The Project Gutenberg EBook of Les mutations du livre, by Marie Lebert

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Title: Les mutations du livre

Author: Marie Lebert

Release Date: October 26, 2008 [EBook #27044]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES MUTATIONS DU LIVRE ***




Produced by Al Haines









LES MUTATIONS DU LIVRE


MARIE LEBERT


NEF, University of Toronto, 2007

Copyright  2007 Marie Lebert

Dat de septembre 2007, un livre de synthse de 1971  nos jours, bas sur le
suivi de l'actualit francophone et internationale, et issu des multiples liens
tisss sur la toile avec nombre de professionnels du livre au fil des ans. La
version originale est disponible sur le NEF:
http://www.etudes-francaises.net/dossiers/mutations.htm


TABLE


1. En quelques mots

2. Introduction

3. Le Projet Gutenberg

4. Des livres  vendre sur le web

5. Les auteurs tissent leur toile

6. Les diteurs sur le rseau

7. La mue des bibliothques

8. Une vaste encyclopdie

9. Le livre numrique

10. Les supports de lecture

11. Une information multilingue

12. De nombreux dfis

13. Conclusion

14. Chronologie commente

15. Remerciements

16. Commentaires

17. Sites et pages web

18. Index


1. EN QUELQUES MOTS


Les mutations du livre est un livre de synthse de 1971  nos jours, bas sur
le suivi de l'actualit francophone et internationale, et issu des multiples
liens tisss sur la toile avec nombre de professionnels du livre au fil des ans.

L'internet et les technologies numriques bouleversent le monde du livre.
Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le livre se
convertit. Si le livre imprim a toujours sa place, d'autres supports se
dveloppent, et les habitudes de travail changent. On voit apparatre les textes
lectroniques, les bibliothques numriques, les librairies en ligne, les
diteurs lectroniques, les encyclopdies en ligne, les oeuvres hypermdias, les
logiciels de lecture et les appareils de lecture ddis. Le web devient une
vaste encyclopdie et le patrimoine mondial est en cours de numrisation. Le
papier lectronique est pour bientt. Bas sur une centaine d'entretiens, ce
livre tente de faire le tour de la question. Il est complt par une chronologie
dtaille et une liste de sites web.

Marie Lebert est chercheuse et journaliste. Elle s'intresse de prs aux
changements apports par les technologies numriques dans le monde du livre et
celui des langues. Aprs De l'imprim  Internet (00h00, 1999), Le Livre 010101
(NEF/Numilog, 1993-2003) et le Dictionnaire du NEF (2003-2007), la journaliste
la plus assidue de la sphre cyberbibliophile nous livre un nouvel tat des
lieux de la rvolution numrique engage au milieu des annes 90 dans le secteur
du livre et de la culture. La chronologie mticuleuse et source de Marie Lebert
retend le fil d'Ariane que l'on croyait dfinitivement perdu avec le brouillage
smantique de ces dernires annes. (Marc Autret, juillet 2007)

Ce livre est issu des multiples liens tisss sur le Net des tudes franaises
(NEF), fond en mai 2000 par Russon Wooldridge, professeur  l'Universit de
Toronto (Canada). Le NEF se veut d'une part un filet trouv qui ne capte que
des morceaux choisis du monde des tudes franaises, tout en tissant des liens
entre eux, d'autre part un rseau dont les auteurs sont des personnes oeuvrant
dans le champ des tudes franaises et partageant librement leur savoir et leurs
produits avec autrui, deux belles dfinitions qui conviennent aussi  ce livre
et aux nombreux entretiens, tudes et enqutes qui l'ont prcd. L'ensemble de
ces travaux est librement disponible en ligne sur le NEF.


2. INTRODUCTION


L'internet et les technologies numriques bouleversent le monde du livre.
Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le livre se
convertit. Si le livre imprim a toujours sa place, d'autres supports se
dveloppent, et les habitudes de travail changent. On voit apparatre les textes
lectroniques, les bibliothques numriques, les librairies en ligne, les
diteurs lectroniques, les encyclopdies en ligne, les oeuvres hypermdias, les
logiciels de lecture et les appareils de lecture ddis. Le web devient une
vaste encyclopdie et le patrimoine mondial est en cours de numrisation. Le
papier lectronique est pour bientt.

Apparu en 1974, l'internet est d'abord un phnomne exprimental enthousiasmant
quelques branchs. A partir de 1983, il relie les centres de recherche et les
universits. Suite  l'apparition du web en 1990 et du premier navigateur en
1993, il envahit notre vie quotidienne. Les signes cabalistiques des adresses
web fleurissent sur les livres, les journaux, les affiches et les publicits. La
presse s'enflamme pour ce nouveau mdium. La majuscule d'origine d'Internet
s'estompe. Internet devient l'internet, avec un i minuscule. De nom propre il
devient nom commun, au mme titre que l'ordinateur, le tlphone, le fax et le
minitel. La mme remarque vaut pour le World Wide Web, qui devient tout
simplement le web.

Alors que leur vie professionnelle tait relativement stable jusque-l, les
professionnels du livre doivent composer avec un outil nouveau venu bousculer
l'imprim pluricentenaire. Antagonisme ou complmentarit? L'internet avale-t-il
vraiment le monde de l'imprim? L'internet rvolutionne-t-il vraiment le monde
du livre, au mme titre que l'imprimerie en d'autres temps? Certains annoncent
mme la mort prochaine du papier traditionnel et son remplacement par le papier
lectronique.

Au dbut des annes 2000, des milliers d'oeuvres du domaine public sont en accs
libre sur le web. Les libraires et les diteurs ont pour la plupart un site web.
Certains naissent  directement sur le web, avec la totalit de leurs
transactions s'effectuant via l'internet. De plus en plus de livres et revues ne
sont disponibles qu'en version numrique, pour viter les cots d'une
publication imprime. L'internet devient indispensable pour se documenter, avoir
accs aux documents et largir ses connaissances. Le web devient une gigantesque
encyclopdie, une norme bibliothque, une immense librairie et un mdium des
plus complets. De statique dans les livres imprims, l'information devient
fluide, avec possibilit d'actualisation constante.

A ceci s'ajoute la mise au point de technologies numriques pour faire passer
les oeuvres du papier  l'cran, pour concevoir des logiciels de lecture et pour
mettre au point des appareils de lecture. Le livre imprim doit dsormais
compter avec le livre numrique, qu'on peut lire sur son ordinateur, sur son
assistant personnel (PDA), sur son tlphone ou sur un appareil ddi. Des
crivains explorent les possibilits offertes par l'hyperlien et le courriel
pour crer des oeuvres d'un genre nouveau.

Contrairement aux pronostics un peu rapides de quelques spcialistes
enthousiastes, le livre imprim n'est pas menac pour autant, loin s'en faut, et
il est un peu tt pour pleurer la mort du papier. On a dsormais deux supports -
papier et numrique - au lieu d'un seul. Si les lecteurs sont maintenant
nombreux  utiliser les ressources offertes par le numrique, peu d'entre eux
sont devenus pour autant des adeptes du zro papier, et beaucoup restent
amoureux du livre imprim,  la fois pour son ct pratique et pour le plaisir
de l'objet.

Le livre imprim a cinq sicles et demi. Le livre numrique a tout juste 35ans.
Il est n avec le Projet Gutenberg, cr en juillet 1971 par Michael Hart pour
distribuer gratuitement les oeuvres du domaine public par voie lectronique. Si
on le rduit  son aspect commercial, il est n en mai 1998 avec la mise en
vente des premiers titres numriques par les ditions 00h00.

Signe des temps, en novembre 2000, la British Library met en ligne la version
numrique de la Bible de Gutenberg, premier livre  avoir jamais t imprim.
Datant de 1454 ou 1455, cette Bible aurait t imprime par Gutenberg en 180
exemplaires dans son atelier de Mayence, en Allemagne. 48 exemplaires, dont
certains incomplets, existeraient toujours. La British Library en possde deux
versions compltes, et une partielle. En mars 2000, dix chercheurs et experts
techniques de l'Universit Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and
Telephone Communications) viennent travailler sur place pendant deux semaines
pour numriser les deux versions compltes, lgrement diffrentes.

Le prsent livre se base  la fois sur le suivi de l'actualit et sur une
centaine d'entretiens mens par courriel dans nombre de pays et sur plusieurs
annes, les mmes personnes tant souvent interviewes plusieurs fois. Il ne
prend malheureusement pas en compte - ou si peu - les vastes domaines que sont
les manuels d'enseignement et les livres pour enfants. On ne parle donc ni du
cartable lectronique ni de Harry Potter, except pour son dition en braille.
Les quelque 250 pages de ce livre ne peuvent couvrir les multiples facettes d'un
sujet qui volue sans arrt. Tenter de faire le tour de la question ne signifie
pas prtendre  l'exhaustivit, malheureusement. On s'est galement efforc
d'viter le jargon informatique rserv aux initis, ce qui n'est pas toujours
facile. Tout en restant modeste, parce que tenter de concilier analyse et
synthse est loin d'tre vident. Et coller  l'actualit tout en gardant le
recul ncessaire est souvent une gageure.

Ce livre se veut francophone, sans souci de frontires. On privilgie les
informations concernant l'ensemble de la Francophonie, plutt que celles
provenant d'un pays donn. Tout en accordant une large place  la communaut
anglophone, pour des raisons videntes, l'internet ayant dbut en Amrique du
Nord avant de s'tendre au monde entier. On n'oublie pas non plus le grand ple
technologique qu'est l'Asie. Nombreuses sont les informations concernant
l'ensemble de la plante, l'internet n'ayant pas de frontires.

Autre originalit du prsent livre, la quasi-totalit des informations mane de
l'internet. Les premiers sites sont pluchs directement sur le web ds ses
dbuts,  l'poque o il est encore embryonnaire. Le travail se poursuit au fil
des ans, en suivant l'actualit sur la vaste encyclopdie que devient le web.
Les entretiens sont conduits via l'internet aprs avoir trouv les courriels des
personnes concernes sur leurs sites respectifs. Les changes se poursuivent
d'anne en anne,  distance et en personne. La totalit des entretiens, tudes,
enqutes et analyses est disponible en ligne sur le Net des tudes franaises
(www.etudes-francaises.net/entretiens/), bas  l'Universit de Toronto
(Canada).


3. LE PROJET GUTENBERG


[3.1. De 1971  2006 / Un pari sur 35 ans / Gestation puis persvrance / De dix
 mille livres / De mille  dix mille livres / De dix mille  vingt mille livres
// 3.2. La mthode adopte // 3.3. La correction partage // 3.4. Des
collections multilingues // 3.5. Du pass vers l'avenir // 3.6. Chronologie]

Si le livre imprim a cinq sicles et demi, le livre numrique a tout juste 35
ans. Il est n avec le Projet Gutenberg, cr en juillet 1971 par Michael Hart
pour diffuser gratuitement sous forme lectronique les oeuvres littraires du
domaine public. Site pionnier  tous gards, le Projet Gutenberg est  la fois
le premier site d'information sur un rseau encore embryonnaire et la premire
bibliothque numrique. Longtemps considr par ses dtracteurs comme totalement
irraliste, le Projet Gutenberg compte 20.000 titres en dcembre 2006, avec des
dizaines de milliers de tlchargements quotidiens. A ce jour, personne n'a fait
mieux pour mettre les classiques de la littrature mondiale  la disposition de
tous, ni pour crer  moindres frais un immense rseau de volontaires de par le
monde, sans gchis de comptences ni d'nergie.


3.1. De 1971  2006


= Un pari sur 35 ans

Les vingt premires annes, Michael Hart numrise lui-mme les cent premiers
livres, avec l'aide occasionnelle de telle ou telle personne. Lorsque
l'utilisation du web se gnralise au milieu des annes 1990, le projet trouve
un second souffle et un rayonnement international. Tout en continuant de
numriser des livres, Michael Hart coordonne dsormais le travail de dizaines
puis de centaines de volontaires de par le monde. Les collections atteignent
1.000 livres en aot 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en dcembre
2000 et 4.000 livres en octobre 2001.

Trente ans aprs ses dbuts, le Projet Gutenberg fonctionne  plein rgime. La
barre des 5.000 livres est franchie en avril 2002, celle des 10.000 livres en
octobre 2003, celle des 15.000 livres en janvier 2005 et celle des 20.000 livres
en dcembre 2006. Avec 360nouveaux livres par mois, 38 sites miroirs dans de
nombreux pays, plusieurs dizaines de milliers de tlchargements par jour et des
milliers de volontaires toutes quipes confondues.

Qu'ils aient t numriss il y a trente ans ou qu'ils soient numriss
maintenant, tous les livres sont numriss en mode texte, en utilisant l'ASCII
(American standard code for information interchange) original sur sept bits,
avec des rgles prcises pour le formatage. Grce  quoi les textes peuvent tre
lus sans problme quels que soient la machine, la plateforme et le logiciel
utiliss, y compris sur un PDA ou sur une tablette de lecture. Libre ensuite 
chacun de convertir les livres dans d'autres formats, aprs avoir vrifi que
les oeuvres sont galement du domaine public dans le pays concern.

En janvier 2004, le Projet Gutenberg essaime outre-Atlantique avec la cration
du Projet Gutenberg Europe. A la mission originelle s'ajoute le rle de
passerelle entre les langues et les cultures, l'objectif tant une bibliothque
d'un million de livres d'ici 2015, avec de nombreuses sections nationales et
linguistiques. Tout en conservant la mme ligne de conduite,  savoir la lecture
pour tous  moindres frais, par le biais du texte lectronique gratuit,
indfiniment utilisable et reproductible. Et, dans un deuxime temps, la
numrisation de l'image et du son, dans le mme esprit.

= Gestation puis persvrance

Revenons aux tous dbuts du projet. Alors tudiant  l'Universit d'Illinois
(Etats-Unis), Michael Hart se voit attribuer 100 millions de dollars de temps
machine par le laboratoire informatique (Materials Research Lab) de son
universit. Le 4 juillet 1971, jour de la fte nationale, il saisit The United
States Declaration of Independence (Dclaration de l'indpendance des
Etats-Unis, signe le 4 juillet 1776) sur le clavier de son ordinateur. En
caractres majuscules, puisque les caractres minuscules n'existent pas encore.
Le texte lectronique reprsente 5 Ko (kilo-octets). Mais l'envoi d'un fichier
de 5Ko  la centaine de personnes que reprsente le rseau de l'poque aurait
fait imploser celui-ci, la bande passante tant infime. Michael Hart diffuse
donc un message indiquant o le texte est stock (sans lien hypertexte
toutefois, puisque le web ne voit le jour que vingt ans aprs), suite  quoi le
fichier est tlcharg par six personnes. Le Projet Gutenberg est n.

Dans la foule, Michael Hart dcide de consacrer ce crdit-temps de 100 millions
de dollars  la recherche des oeuvres du domaine public disponibles en
bibliothque et  la numrisation de celles-ci. Il dcide aussi de stocker les
textes lectroniques de la manire la plus simple possible, au format ASCII,
pour que ces textes puissent tre lus sans problme quels que soient la machine,
la plateforme et le logiciel utiliss. Au lieu d'un ensemble de pages relies,
le livre devient un texte lectronique que l'on peut drouler en continu, avec
des lettres capitales pour les termes en italique, en gras et souligns de la
version imprime.

Peu aprs, il dfinit la mission du Projet Gutenberg: mettre  la disposition de
tous, par voie lectronique, le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine
public. Nous considrons le texte lectronique comme un nouveau mdium, sans
vritable relation avec le papier, explique-t-il beaucoup plus tard, en aot
1998. Le seul point commun est que nous diffusons les mmes oeuvres, mais je ne
vois pas comment le papier peut concurrencer le texte lectronique une fois que
les gens y sont habitus, particulirement dans les coles.

Aprs avoir saisi The United States Declaration of Independence en 1971, Michael
Hart poursuit ses efforts en 1972 en saisissant un texte plus long, The United
States Bill of Rights (Dclaration des droits amricaine). Cette Dclaration des
droits comprend les dix premiers amendements ajouts en 1789  la Constitution
des Etats-Unis (qui date elle-mme de 1787), et dfinissant les droits
individuels des citoyens et les pouvoirs respectifs du gouvernement fdral et
des Etats. En 1973, Michael Hart saisit The United States Constitution
(Constitution des Etats-Unis) dans son entier.

D'anne en anne, la capacit de la disquette augmente rgulirement (le disque
dur n'existe pas encore), si bien qu'il est possible d'envisager des fichiers de
plus en plus volumineux. Michael Hart entreprend la numrisation de la Bible,
compose elle-mme de plusieurs livres, qui peuvent tre traits sparment et
occuper chacun un fichier diffrent. Il dbute aussi la saisie des oeuvres
compltes de Shakespeare, une pice aprs l'autre, avec un fichier pour chaque
pice. Cette dition n'est d'ailleurs jamais mise en ligne, du fait d'une loi
plus contraignante sur le copyright entre en vigueur dans l'intervalle, et qui
vise non pas le texte de Shakespeare, tomb depuis longtemps dans le domaine
public, mais les commentaires et notes de cette dition. D'autres ditions
annotes appartenant au domaine public sont mises en ligne quelques annes
aprs.

Paralllement, l'internet, qui tait encore embryonnaire en 1971, dbute
vritablement en 1974, suite  la cration du protocole TCP/IP (transmission
control protocol / internet protocol). En 1983, le rseau est en plein essor.

= De dix  mille livres

En aot 1989, le Projet Gutenberg met en ligne son dixime texte, The King James
Bible. En 1990, les internautes sont au nombre de 250.000, et le standard en
vigueur est la disquette de 360 Ko (kilo-octets). En janvier 1991, Michael Hart
saisit Alice's Adventures in Wonderland (Alice au pays des merveilles) de Lewis
Carroll (paru en 1865). En juillet de la mme anne, il saisit Peter Pan de
James M. Barrie (paru en 1904). Ces deux classiques de la littrature enfantine
tiennent chacun sur une disquette standard.

Arrive ensuite le web, oprationnel en 1991. Le premier navigateur, Mosaic,
apparat en novembre 1993. Lorsque l'utilisation du web se gnralise, il
devient plus facile de faire circuler les textes lectroniques et de recruter
des volontaires. Le Projet Gutenberg rode sa mthode de travail, avec la
numrisation d'un texte par mois en 1991, deux textes par mois en 1992, quatre
textes par mois en 1993 et huit textes par mois en 1994. En janvier 1994, le
Projet Gutenberg fte son centime livre avec la mise en ligne de The Complete
Works of William Shakespeare (Les oeuvres compltes de William Shakespeare). La
production continue ensuite d'augmenter, avec une moyenne de 8 textes par mois
en 1994, 16 textes par mois en 1995 et 32 textes par mois en 1996.

Comme on le voit, entre 1991 et 1996, la production double chaque anne. Tout en
continuant de numriser des livres, Michael Hart coordonne dsormais le travail
de dizaines de volontaires. Depuis la fin 1993, le Projet Gutenberg s'articule
en trois grands secteurs: a)Light Literature (littrature de divertissement),
qui inclut par exemple Alice's Adventures in Wonderland, Peter Pan ou Aesop's
Fables (Les Fables d'Esope); b)Heavy Literature (littrature srieuse),
qui inclut par exemple La Bible, les oeuvres de Shakespeare ou Moby Dick; c)
Reference Literature (littrature de rfrence), compose d'encyclopdies et
de dictionnaires, par exemple le Roget's Thesaurus. Cette prsentation en trois
secteurs est abandonne par la suite.

Le Projet Gutenberg se veut universel, aussi bien pour les oeuvres choisies
que pour le public vis, le but tant de mettre la littrature  la disposition
de tous, en dpassant largement le public habituel des tudiants et des
enseignants. Le secteur consacr  la littrature de divertissement est destin
 amener devant l'cran un public trs divers, par exemple des enfants et leurs
grands-parents recherchant le texte lectronique de Peter Pan aprs avoir vu le
film Hook, ou bien la version lectronique d'Alice au pays des merveilles aprs
avoir regard l'adaptation filme  la tlvision, ou encore l'origine d'une
citation littraire aprs avoir vu un pisode de Star Trek. Pratiquement tous
les pisodes de Star Trek citent des livres ayant leur correspondant numrique
dans les collections du Projet Gutenberg.

L'objectif est donc que tous les publics, qu'ils soient familiers ou non avec le
livre imprim, puissent facilement retrouver des textes entendus dans des
conversations, des films, des musiques, ou alors lus dans d'autres livres,
journaux et magazines. Les fichiers lectroniques prennent peu de place grce 
l'utilisation du format ASCII. On peut facilement les tlcharger par le biais
de la ligne tlphonique. La recherche textuelle est tout aussi simple. Il
suffit d'utiliser la fonction recherche prsente dans n'importe quel logiciel.

En 1997, la production est toujours de 32 titres par mois. En juin 1997, le
Projet Gutenberg met en ligne The Merry Adventures of Robin Hood (Les aventures
de Robin des Bois) de Howard Pyle (paru en 1883). En aot 1997, il met en ligne
son millime texte lectronique, La Divina Commedia di Dante (La Divine Comdie
de Dante, parue en 1321), dans sa langue d'origine, en italien.

En aot 1998, Michael Hart crit: Mon projet est de mettre 10.000 textes
lectroniques sur l'internet. (Ce sera chose faite en octobre 2003, ndlr.) Si je
pouvais avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu' un million
et tendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x%  10% de la
population mondiale, ce qui reprsenterait la diffusion de 1.000 fois un
milliard de textes lectroniques au lieu d'un milliard seulement.

= De mille  dix mille livres

Entre 1998 et 2000, la moyenne est constante, avec 36 textes par mois. En mai
1999, les collections comptent 2.000 livres. Le 2.000e texte est Don Quijote
(Don Quichotte) de Cervants (paru en 1605), dans sa langue d'origine, en
espagnol.

Disponible en dcembre 2000, le 3.000e titre est le troisime volume de A
l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust (paru en 1919), dans sa
langue originale, en franais. La moyenne passe  104 livres par mois en 2001.

Mis en ligne en octobre 2001, le 4.000e texte est The French Immortals Series
(La srie des Immortels franais), dans sa traduction anglaise. Publi en 1905
par la Maison Mazarin (Paris), ce livre rassemble plusieurs fictions d'crivains
couronns par l'Acadmie franaise, comme Emile Souvestre, Pierre Loti, Hector
Malot, Charles de Bernard, Alphonse Daudet, etc.

Disponible en avril 2002, le 5.000e texte est The Notebooks of Leonardo da Vinci
(Les Carnets de Lonard de Vinci), qui datent du dbut du 16e sicle. Un texte
qui, en 2008, se trouve toujours dans le Top 100 des livres tlchargs.

En 1988, Michael Hart choisit de numriser Alice's Adventures in Wonderland et
Peter Pan parce que, dans l'un et l'autre cas, leur version numrise tient sur
la disquette standard de l'poque de 360 Ko (kilo-octets). Quinze ans plus tard,
en 2002, on dispose de disquettes de 1,44 Mo (mgaoctets) et on peut aisment
compresser les fichiers en les zippant. Un fichier standard peut dsormais
comporter trois millions de caractres, plus qu'il n'en faut pour un livre de
taille moyenne. Un roman de 300 pages numris au format ASCII reprsente un
mgaoctet. Un livre volumineux reprsente deux fichiers ASCII, tlchargeables
tels quels ou en version zippe.

Cinquante heures environ sont ncessaires pour slectionner un livre de taille
moyenne, vrifier qu'il est bien du domaine public, le scanner, le corriger, le
formater et le mettre en page.

Quelques numros de livres sont rservs pour l'avenir, par exemple le numro
1984 (eBook #1984) pour le roman ponyme de George Orwell, publi en 1949, et
qui est donc loin d'tre tomb dans le domaine public.

En 2002, les collections s'accroissent de 203 titres par mois. Au printemps
2002, elles reprsentent le quart des oeuvres du domaine public en accs libre
sur le web, recenses de manire pratiquement exhaustive par l'Internet Public
Library (IPL). Un beau rsultat d au patient travail de milliers de volontaires
actifs dans plusieurs pays.

1.000 livres en aot 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en dcembre
2000, 4.000 livres en octobre 2001, 5.000 livres en avril 2002, 10.000 livres en
octobre 2003. Le 10.000e livre est The Magna Carta, qui fut le premier texte
constitutionnel anglais, sign au dbut du 13e sicle.

Entre avril 2002 et octobre 2003, les collections doublent, passant de 5.000 
10.000 livres en dix-huit mois. La moyenne mensuelle est de 348 livres numriss
en 2003.

Un CD Best of Gutenberg est disponible en aot 2003 avec une slection de 600
livres. En dcembre 2003, date  laquelle le Projet Gutenberg franchit la barre
des 10.000 livres, la quasi-totalit des livres (9.400 livres) est grave sur un
DVD. CD et DVD sont envoys gratuitement  qui en fait la demande. Libre ensuite
 chacun de faire autant de copies que possible et de les distribuer autour de
soi.

Dix mille livres. Un chiffre impressionnant quand on pense  ce que cela
reprsente de pages scannes, relues et corriges. Cette croissance rapide est
due  l'activit de Distributed Proofreaders (DP), un site conu en 2000 par
Charles Franks pour permettre la correction partage. Les volontaires
choisissent un livre en cours de traitement pour relire et corriger une page
donne. Chacun travaille  son propre rythme. A titre indicatif, le site
conseille de relire une page par jour. C'est peu de temps sur une journe, et
c'est beaucoup pour le projet.

= De dix mille  vingt mille livres

En dcembre 2003, les collections approchent les 11.000 livres. Plusieurs
formats sont dsormais prsents,  commencer par les formats HTML, XML et RTF,
le format principal (et obligatoire) restant l'ASCII. Le tout reprsente 46.000
fichiers, soit une capacit totale de 110 gigaoctets. Le 13 fvrier 2004, date
de la confrence de Michael Hart au sige de l'UNESCO  Paris, les collections
comprennent trs exactement 11.340 livres dans 25 langues diffrentes. En mai
2004, les 12.581 livres disponibles reprsentent 100.000 fichiers dans vingt
formats diffrents, soit une capacit totale de 135 gigaoctets, destine 
doubler chaque anne avec l'ajout de plus de 300 livres par mois (348 livres en
2003 et 338 livres en 2004).

Paralllement, le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC), qui avait t lanc
en 1997 pour rassembler des collections de livres numriques avec point d'accs
unique, est officiellement affili au Projet Gutenberg en 2003. Par ailleurs, 
l'instigation du Projet Rastko, bas  Belgrade (Serbie), les activits du
Projet Gutenberg Europe dbutent en janvier 2004, avec la mise en ligne des cent
premiers livres dans les mois qui suivent. La prsence de plusieurs langues
reflte la diversit linguistique prvalant en Europe. Cent langues sont prvues
sur le long terme.

En janvier 2005, le Projet Gutenberg fte ses 15.000 livres, avec la mise en
ligne de The Life of Reason de George Santayana (paru en 1906). En juin 2005, le
nombre de livres s'lve  16.000 et 42 langues sont reprsentes. Le 3 aot
2005, outre l'anglais (14.590 livres), six langues disposent d'un nombre de
livres significatif: le franais (578 livres), l'allemand (349 livres), le
finnois (225 livres), le hollandais (130 livres), l'espagnol (105 livres) et le
chinois (69 livres).

Lanc en aot 2001, le Project Gutenberg of Australia fte ses 500 livres en
juillet 2005, tandis que le Project Gutenberg of Canada est en gestation, avec
un suivi grce  la liste PGCanada. Les choses sont en bonne voie pour un Projet
Gutenberg au Portugal et aux Philippines.

En dcembre 2006, le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000 livres, dont
10.000 produits par Distributed Proofreaders depuis octobre 2000. La moyenne est
de 346nouveaux livres par mois en 2006. Le nombre de nouveaux livres pour
l'anne 2006 s'lve  4.146 alors qu'il tait de 3186 pour l'anne 2005. S'il
a fallu 32 ans pour numriser les 10.000 premiers livres, entre juillet 1971 et
octobre 2003, il n'a fallu que trois ans et deux mois, d'octobre 2003  dcembre
2006, pour numriser les 10.000 livres suivants. Le Project Gutenberg of
Australia approche les 1.500 livres (c'est chose faite en avril 2007). Le Projet
Gutenberg Europe compte 500 livres.

La section Project Gutenberg PrePrints dbute en janvier 2006 pour accueillir de
nouveaux documents suffisamment intressants pour tre mis en ligne, mais ne
pouvant tre intgrs aux collections existantes sans traitement ultrieur par
des volontaires, pour diverses raisons: collections incompltes, qualit
insuffisante, conversion souhaite dans un autre format, etc. Cette section
comprend 379 titres en dcembre 2006.

Le site Project Gutenberg News dbute en novembre 2006  l'instigation de Mike
Cook, le nouvel diteur de la lettre d'information hebdomadaire et mensuelle. Le
site offre par exemple les statistiques de production hebdomadaires, mensuelles
et annuelles depuis 2001. La production hebdomadaire est de 24 livres en 2001,
47 livres en 2002, 79 livres en 2003, 78 livres en 2004, 58 livres en 2005 et 80
livres en 2006. La production mensuelle est de 104 livres en 2001, 203 livres en
2002, 348 livres en 2003, 338 livres en 2004, 251 livres en 2005 et 346 livres
en 2006. La production annuelle est de 1.244 livres en 2001, 2.432 livres en
2002, 4.176 livres en 2003, 4.058 livres en 2004, 3.017 livres en 2005 et 4.146
livres en 2006.


3.2. La mthode adopte


Qu'ils aient t numriss il y a des annes ou qu'ils soient numriss
maintenant, tous les livres sont numriss en mode texte, en utilisant l'ASCII
original. Prsent ds les dbuts de l'informatique et dnomm Plain Vanilla
ASCII, cet ASCII sur sept bits traite 128 caractres, dont 97 caractres
imprimables correspondant aux touches du clavier anglais ou amricain (A-Z, a-z,
chiffres, ponctuation et quelques symboles). Dans le cas de langues autres que
l'anglais, on utilise des extensions de l'ASCII (appeles ISO-8859 ou ISO-Latin)
prenant en compte les caractres accentus. Mais, mme dans ce cas, le Projet
Gutenberg propose systmatiquement en complment une version ASCII sur sept bits
sans accents. Sauf, bien entendu, dans le cas de langues non traduisibles en
ASCII, comme le chinois, qui est encod au format Big-5.

Dnomm  juste titre le plus petit dnominateur commun, l'ASCII sur sept bits
est le seul format compatible avec 99% des machines et des logiciels, et pouvant
tre converti dans d'autres formats. Il sera toujours utilis quand d'autres
formats auront disparu,  commencer par les formats phmres lis  quelques
tablettes de lecture commercialises entre 1999 et 2003 et dj disparues du
march. Il est l'assurance que les collections ne deviendront jamais obsoltes,
et survivront aux changements technologiques des prochaines dcennies ou mme
des prochains sicles. Il n'existe pas d'autre standard aussi largement utilis
pour le moment, y compris l'Unicode, systme d'encodage universel cr en
1991.

Le Projet Gutenberg propose toutefois certains livres dans d'autres formats,
notamment dans les trois formats rpandus que sont les formats HTML, XML et RTF.
Des fichiers Unicode sont galement prsents. De plus, tout format propos par
tel ou tel volontaire (PDF, LIT, TeX et beaucoup d'autres) est gnralement
accept, dans la mesure o un fichier ASCII est galement prsent.

Pour une conversion  grande chelle dans un format donn, le relais est pass 
d'autres organismes. Par exemple Blackmask Online, qui puise dans les
collections du Projet Gutenberg pour proposer des milliers de livres gratuits
dans huit formats diffrents, tous issus du format Open eBook (OeB). Ou encore
Manybooks.net, qui convertit les collections du Projet Gutenberg dans des
formats lisibles sur PDA. Ou encore GutenMark, un outil permettant de reformater
les livres aux formats HTML et LaTEX pour une lecture plus attractive ou de les
reformater au format PDF pour une impression  la demande. Ou encore
MobileBooks, qui propose 5.000 livres en Java pour lecture sur l'cran d'un
tlphone portable. Ou encore Bookshare.org, la grande bibliothque numrique
destine aux personnes aveugles et malvoyantes rsidant aux Etats-Unis.
Bookshare.org utilise les collections du Projet Gutenberg pour offrir les
classiques du domaine public au format braille et au format DAISY, qui permet
l'coute du livre sur synthse vocale.

En quoi consiste exactement le travail des volontaires, une fois reue la
confirmation que le livre est bien du domaine public? Il consiste  scanner le
livre page aprs page, ce qui donne des fichiers numriss en mode image, puis 
utiliser un logiciel OCR (optical character recognition), qui permet de
convertir chaque fichier image en un fichier texte. Il consiste ensuite  relire
le contenu du fichier texte au regard de l'original (image scanne ou livre
imprim) en corrigeant les erreurs,  savoir dix erreurs par page en moyenne
quand le logiciel OCR est de qualit.

Le livre est relu et corrig  deux reprises par deux personnes diffrentes. Les
livres anciens sont parfois saisis ligne aprs ligne si le texte original manque
de clart. Certains volontaires prfrent galement taper eux-mmes des textes
courts ou des oeuvres qu'ils aiment particulirement. Mais les livres sont le
plus souvent scanns et OCRiss, puis relus et corrigs.

Contrairement  la numrisation en mode image (qui s'arrte  l'tape du
scanner), la numrisation en mode texte permet la copie du texte, l'indexation,
la recherche plein texte, l'analyse textuelle, une tude comparative entre
plusieurs textes, etc. On peut aussi lancer une recherche  partir de la
fonction chercher propose par n'importe quel programme, sans logiciel de
recherche intermdiaire.

Le Projet Gutenberg dispose d'un moteur de recherche pour l'ensemble de ses
collections, grce  un partenariat avec Google, avec mise  jour mensuelle.
Tout comme une recherche sur les mtadonnes (auteur, titre, descriptif,
mots-cls) grce  un partenariat avec Yahoo!, avec mise  jour hebdomadaire.
Pour la recherche avance (Advanced Search), la recherche multicritres (auteur,
titre, sujet, langue, catgorie, classification, format, numro) inclut
dsormais un critre supplmentaire de recherche plein texte (Full Text), 
titre exprimental.

Les avantages de la numrisation en mode texte sont multiples. Les fichiers
prennent peu de place et circulent d'autant plus facilement. Contrairement 
d'autres formats, le tlchargement d'un livre au format texte ne requiert pas
de bande passante large. Le fichier texte peut tre copi  l'infini, et
constituer la base de centaines de nouvelles versions numriques et imprimes,
pour un cot pratiquement nul. A tout moment, on peut corriger les erreurs
typographiques qui auraient pu subsister. Les lecteurs peuvent changer  volont
la taille et la police des caractres, ainsi que les marges ou le nombre de
lignes par page. Le lecteur malvoyant peut grossir la taille des polices et le
lecteur aveugle utiliser un logiciel de reconnaissance vocale. Tout ceci est
nettement plus difficile, sinon impossible, avec nombre d'autres formats.

Si la correction par deux personnes diffrentes permet de mettre en ligne un
texte fiable  99,9%, le but n'est pas pour autant de crer des ditions faisant
autorit, ou d'piloguer sans fin avec un lecteur pointilleux sur le bien-fond
ou non d'un signe de ponctuation tel que deux points  la place d'un point
virgule entre deux propositions.

Le Projet Gutenberg insiste rgulirement sur la ncessit de la relecture,
qu'il juge essentielle. Utiliser directement des livres scanns puis convertis
au format texte par un logiciel OCR, sans relecture, donne un rsultat de bien
moindre qualit, avec une fiabilit de 99% dans le meilleur des cas. L'tape de
la relecture avec correction permet d'atteindre une fiabilit de 99,95%, un
pourcentage lev qui est aussi le standard de la Library of Congress.

Le Projet Gutenberg s'inscrit donc dans une perspective assez diffrente de la
bibliothque de l'Internet Archive (qui hberge galement les collections du
Projet Gutenberg, en tant que deuxime site de distribution et site de
sauvegarde). Dans le cas de l'Internet Archive, les livres sont scanns puis
OCRiss, mais ils ne sont pas relus par des correcteurs s'attachant  traquer
les erreurs. Plus rapide et moins fiable quant au rsultat, la numrisation des
livres sans relecture est aussi la mthode adopte par Google, Microsoft et bien
d'autres pour leurs propres bibliothques numriques.

Disponible sur le site du Projet Gutenberg, le File Recode Service permet de
convertir les fichiers d'un systme d'encodage (ASCII, ISO-8859, Unicode, Big-5,
etc.)  un autre. A l'avenir, un logiciel de conversion beaucoup plus puissant
devrait permettre la conversion automatique dans bien d'autres formats (XML,
HTML, PDF, TeX, RTF, BRF, etc.). Il sera galement possible de choisir d'emble
la taille et la police des caractres, ainsi que le fonds d'cran. Une autre
conversion trs attendue est la conversion d'une langue  une autre par le biais
d'un logiciel de traduction automatique. Une telle conversion pourrait tre
possible dans quelques annes, quand ce type de logiciel aura gagn en qualit.


3.3. La correction partage


La croissance rapide des collections depuis 2001 est due  l'activit de
Distributed Proofreaders, site lanc en octobre 2000 par Charles Franks pour
grer la correction partage entre les volontaires. A l'origine, il s'agit
seulement d'intensifier la production de livres du Projet Gutenberg. Mais le
succs est tel que le site devient la principale source des collections. En
2002, Distributed Proofreaders est officiellement affili au Projet Gutenberg.

Les volontaires n'ont aucun quota  respecter. A titre indicatif, il est suggr
de relire une page par jour, si possible. Cela semble peu, mais une page
multiplie par des centaines de volontaires reprsente un chiffre considrable.
La progression est rapide. En 2003, une moyenne de 250  300 relecteurs
quotidiens permet de produire entre 2.500 et 3.000 pages par jour, ce qui
reprsente deux pages par minute. En 2004, la moyenne est de 300  400
relecteurs quotidiens produisant entre 4.000 et 7.000 pages par jour,  savoir
quatre pages par minute. Distributed Proofreaders comptabilise un total de 3.000
livres en fvrier 2004, 5.000 livres en octobre 2004, 7.000 livres en mai 2005,
8.000 livres en fvrier 2006 et 10.000 livres en mars 2007, avec plusieurs
milliers de volontaires dans le monde et une production de cinq livres par jour.

Le site a pour but de permettre  plusieurs correcteurs de travailler
simultanment au mme livre, sur des pages diffrentes. Le volontaire commence
par s'inscrire. Il reoit des directives dtailles. Ces directives concernent
par exemple les parties en gras, en italique et soulignes, ou les notes, qui
sont toutes traites de la mme manire. Un forum permet de poser des questions
et de demander de l'aide si ncessaire. Quand le volontaire se connecte au site,
il slectionne le livre de son choix  partir d'une liste donne. Une page du
livre choisi apparat simultanment en deux versions: d'une part l'image
scanne, d'autre part le texte issu de cette image, produit par un logiciel OCR.
Le relecteur compare les deux versions et corrige les diffrences. Un logiciel
OCR tant fiable  99%, cela reprsente une moyenne de dix erreurs  corriger
par page. La page est ensuite sauvegarde. Le relecteur peut soit cesser le
travail, soit opter pour la correction d'une autre page. Tous les livres sont
relus et corrigs deux fois de suite et, la deuxime fois, uniquement par des
correcteurs expriments. Les pages corriges sont ensuite formates selon des
rgles prcises et assembles par d'autres volontaires pour obtenir un livre
numrique. Durant tout le processus, un livre donn est suivi par un responsable
(project manager) qui s'assure du bon droulement des oprations. Aprs la mise
en forme suit la mise en ligne, avec indexation (titre, sous-titre, numro de
l'ebook et format) puis catalogage (dates de naissance et de dcs de l'auteur,
classification de la Library of Congress, etc.).

Les volontaires peuvent aussi travailler de manire indpendante, en s'adressant
directement au Projet Gutenberg. Ils peuvent saisir leur livre prfr de bout
en bout sur le traitement de texte de leur choix. Ils peuvent aussi scanner
eux-mmes un livre, le convertir en texte par le biais d'un logiciel OCR et
faire les corrections ncessaires en comparant le rsultat  l'original. Dans
les deux cas, une deuxime relecture est faite par une autre personne. Toute
participation est bienvenue, quelle que soit la mthode adopte. Il est tout 
fait possible de joindre des fichiers dans d'autres formats en complment du
fichier ASCII.

Aussi bien pour Distributed Proofreaders (DP-INT) que pour Distributed
Proofreaders Europe (DP Europe), de nouveaux volontaires sont bienvenus, y
compris pour les livres en franais. La tche est immense. Comme indiqu sur les
deux sites, DP ne s'attend pas  un engagement inconditionnel de votre part.
Corrigez des textes aussi souvent que vous le voulez, et le nombre de pages que
vous voulez. Nous encourageons les gens  corriger une page par jour, mais vous
tes tout  fait libre de faire ce qui vous plat. Nous esprons que vous vous
joindrez  notre mission de prserver "la littrature mondiale dans un format
gratuit et disponible pour tous".


3.4. Des collections multilingues


Qu'en est-il exactement des langues? Dans un premier temps, le Projet Gutenberg
est essentiellement anglophone, puisqu'il est bas aux Etats-Unis et qu'il sert
en priorit la communaut anglophone nationale et internationale.

En octobre 1997, Michael Hart annonce son intention d'intensifier la production
de livres dans d'autres langues. Dbut 1998, le catalogue comprend quelques
oeuvres en allemand, en espagnol, en franais (dix titres), en italien et en
latin. En juillet 1999, Michael Hart crit: J'introduis une nouvelle langue par
mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique aussi longtemps que
possible.

Dbut 2004, 25 langues sont reprsentes. En juillet 2005, 42 langues sont
reprsentes, dont l'iroquois, le sanscrit et les langues mayas. Outre l'anglais
(14548 livres le 27juillet 2005), six langues disposent de plus de cinquante
titres: le franais (577livres), l'allemand (349 livres), le finnois (218
livres), le hollandais (130 livres), l'espagnol (103 livres) et le chinois (69
livres). En dcembre 2006, 50 langues sont reprsentes. Les langues comprenant
plus de 50 titres sont l'anglais (17377 livres le 16dcembre 2006), le
franais (966 titres), l'allemand (412 titres), le finnois (344titres), le
hollandais (244 titres), l'espagnol (140 titres), l'italien (102 titres), le
chinois (69 titres), le portugais (68 titres) et le tagalogue (51 titres).

La quantit de livres progresse rapidement pour chaque langue. Pour le franais
par exemple, sur 11340 livres disponibles le 13 fvrier 2004, on comptait
seulement 181livres en franais. Sur 15505 livres disponibles le 16 mai 2005,
on compte 547livres en franais. Soit trois fois plus en quinze mois. Sur 19
996 livres disponibles le 16 dcembre 2006, on compte 966 livres en franais,
soit un peu moins du double en dix-huit mois. Le mouvement devrait sensiblement
s'acclrer avec le lancement du Projet Gutenberg Europe en janvier 2004.

Les premiers titres disponibles dans la langue de Molire sont six romans de
Stendhal et deux romans de Jules Verne, tous mis en ligne au dbut de 1997. Les
six romans de Stendhal sont L'Abbesse de Castro, Les Cenci, La Chartreuse de
Parme, La Duchesse de Palliano, Le Rouge et le Noir et Vittoria Accoramboni, et
les deux romans de Jules Verne De la terre  la lune et Le tour du monde en
quatre-vingts jours. A la mme date, si aucun titre de Stendhal n'est disponible
en anglais, trois romans de Jules Verne le sont: 20,000 Leagues Under the Seas
(Vingt mille lieues sous les mers, mis en ligne en septembre 1994), Around the
World in 80 Days (Le tour du monde en quatre-vingts jours, mis en ligne en
janvier 1994) et From the Earth to the Moon (De la terre  la lune, mis en ligne
en septembre 1993). Stendhal et Jules Verne sont suivis par Edmond Rostand avec
Cyrano de Bergerac, mis en ligne en mars 1998.

A la fin de 1999, le Top 20,  savoir la liste des vingt auteurs les plus lus,
mentionne Jules Verne  la onzime place, et Emile Zola  la seizime place. Ils
sont toujours en bonne position dans le Top 100 actuel.

A titre anecdotique, le premier document illustr disponible toutes langues
confondues est French Cave Paintings (Peintures des cavernes en France), mis en
ligne ds avril 1995, avec une version XHTML ajoute en novembre 2000. Il s'agit
de quatre photos de peintures palolithiques retrouves dans une grotte de
l'Ardche (dpartement de la rgion Rhne-Alpes). Ces photos sous droits ont t
mises  la disposition du Projet Gutenberg par Jean Clottes, conservateur
gnral du patrimoine, pour tre largement diffuses.

En 2004, le multilinguisme devient l'une des priorits du Projet Gutenberg, tout
comme l'internationalisation. Michael Hart prend son bton de plerin vers
l'Europe, avec des tapes  Bruxelles, Paris et Belgrade. Le 12 fvrier 2004, il
donne une confrence au sige de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour
l'ducation, la science et la culture)  Paris. Le lendemain, toujours  Paris,
il anime un dbat  l'Assemble nationale. La semaine suivante, il s'adresse au
Parlement europen  Bruxelles. Puis il rend visite  l'quipe du Projet Rastko
 Belgrade, pour soutenir la cration du Projet Gutenberg Europe (PG Europe) et
de Distributed Proofreaders Europe (DP Europe).

Le lancement de DP Europe par le Projet Rastko en janvier 2004 reprsente une
tape importante. DP Europe est calqu sur le site original de Distributed
Proofreaders, pour grer la relecture partage du Projet Gutenberg Europe. Ds
ses dbuts, DP Europe est un site multilingue, qui prend en compte les
principales langues nationales. En avril 2004, grce  des traducteurs
volontaires, le site de DP Europe est disponible en douze langues. L'objectif 
moyen terme est soixante langues, et donc soixante quipes linguistiques, avec
prise en compte de toutes les langues europennes. Quand il aura atteint sa
vitesse de croisire, DP Europe devrait alimenter plusieurs bibliothques
numriques nationales et/ou linguistiques, par exemple le Projet Gutenberg
France pour la France. Le but tant que chaque pays ou rgion ait son propre
accs rseau autoris (respectant la lgislation en vigueur dans le pays donn),
qui sera un accs local au sein d'un rseau continental (dans le cas de la
France, le rseau europen) et d'un rseau global ( l'chelle de la plante).

Quelques mots maintenant sur le Projet Rastko, qui s'est port volontaire pour
un pari aussi fou, catalysant du mme coup les bonnes volonts europennes 
l'est comme  l'ouest. Fond en 1997, le Projet Rastko est une initiative non
gouvernementale  vocation culturelle et pdagogique. L'un de ses objectifs est
la mise en ligne de la culture serbe. Il fait partie de la Balkans Cultural
Network Initiative, un rseau culturel rgional couvrant la pninsule des
Balkans, situe au sud-est de l'Europe.

En mai 2005, Distributed Proofreaders Europe fte le centime livre numris par
ses soins, avec mise en ligne de ces cent livres le mois suivant sur le site du
Projet Gutenberg Europe. En dcembre 2006, DP Europe comptabilise 400 livres
numriss. La rgle utilise pour dfinir le domaine public est l'quation
dcs de l'auteur + 70ans, qui correspond  la lgislation en vigueur dans
l'Union europenne. DP Europe utilise l'Unicode pour pouvoir traiter des livres
dans un grand nombre de langues. Cr en 1991 et largement rpandu  partir de
1998, l'Unicode est un systme d'encodage qui attribue un code unique  chaque
caractre pour tre en mesure de traiter toutes les langues, contrairement 
l'ASCII qui ne peut traiter que l'anglais et quelques langues europennes.


3.5. Du pass vers l'avenir


Le pari fait par Michael Hart en 1971 est donc russi. Le Projet Gutenberg
compte 10livres en aot 1989, 100 livres en janvier 1994, 1.000 livres en aot
1997, 2.000livres en mai 1999, 3.000 livres en dcembre 2000, 4.000 livres en
octobre 2001, 5.000 livres en avril 2002, 10.000 livres en octobre 2003, 15.000
livres en janvier 2005 et 20.000 livres en dcembre 2006, avec une prvision
d'un million de livres d'ici 2015.

Mais les rsultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas seulement  ces
chiffres, qui restent assez modestes par rapport  la production imprime. Les
rsultats se mesurent galement  l'influence du projet, qui est considrable.
Premier site d'information sur l'internet et premire bibliothque numrique, le
Projet Gutenberg a inspir bien d'autres bibliothques numriques depuis, par
exemple le Projekt Runeberg pour la littrature scandinave ou le Projekt
Gutenberg-DE pour la littrature allemande, pour n'en citer que deux. Fond en
dcembre 1992 par Lysator, un club informatique d'tudiants, en collaboration
avec la Linkping University Library (Sude), le Projekt Runeberg regroupe 200
oeuvres appartenant  la littrature nordique. Cr en 1994, le Projekt
Gutenberg-DE (dsormais hberg sur le site de l'hebdomadaire Der Spiegel)
comprend 200 titres de littrature allemande et de littrature trangre en
allemand.

La structure administrative et financire du Projet Gutenberg se limite au
strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: Less is more.
Michael Hart insiste rgulirement sur la ncessit d'un cadre aussi souple que
possible laissant toute initiative aux volontaires, et la porte grande ouverte
aux ides nouvelles. Le but est d'assurer la prennit du projet indpendamment
des crdits, des coupures de crdits et des priorits politiques et culturelles
du moment. Pas de pression possible donc par le pouvoir et par l'argent. Et
respect  l'gard des volontaires, qui sont assurs de voir leur travail utilis
pendant de nombreuses annes, si ce n'est pour plusieurs gnrations, d'o
l'intrt d'un format numrique qui soit toujours valable dans quelques sicles.
Le suivi rgulier du projet est assur grce  une lettre d'information
hebdomadaire et mensuelle et des forums de discussion.

Les dons servent  financer des ordinateurs et des scanners, et  envoyer des CD
et DVD gratuits  ceux qui en font la demande. Suite au CD Best of Gutenberg
disponible en aot 2003 avec une slection de 600 titres et  un premier DVD
disponible en dcembre 2003 avec 9.400 titres, un deuxime DVD est disponible en
juillet 2006 avec 17.000 titres sur les 19.000 titres que comprennent dsormais
les collections. Le contenu des CD et DVD est galement tlchargeable sur le
site de BitTorrent. Cr en 2000, le PGLAF (Project Gutenberg Literary Archive
Foundation) emploie en tout et pour tout trois personnes  temps partiel.

Chose souvent passe sous silence, Michael Hart est le vritable inventeur de
l'ebook. Si on considre l'ebook dans son sens tymologique,  savoir un livre
numris pour diffusion sous forme de fichier lectronique, celui-ci aurait 35
ans et serait n avec le Projet Gutenberg en juillet 1971. Une paternit
beaucoup plus rconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format
propritaire ayant maill le dbut des annes 2000. Il n'y a aucune raison pour
que la dnomination ebook ne dsigne que l'ebook commercial et soit rserve
aux Amazon, Barnes & Noble, Gemstar et autres. L'ebook non commercial est un
ebook  part entire, et non un parent pauvre, tout comme l'dition lectronique
non commerciale est une forme d'dition  part entire, et tout aussi valable
que l'dition commerciale. En 2003, les etexts du Projet Gutenberg deviennent
des ebooks, pour coller  la terminologie ambiante.

En juillet 1971, l'envoi d'un fichier de 5 Ko (kilo-octets)  cent personnes
aurait fait sauter l'embryon de rseau disponible  l'poque. En novembre 2002,
le Projet Gutenberg peut mettre en ligne les 75 fichiers du Human Genome Project
(Le squenage du gnome humain), chaque fichier se chiffrant en dizaines sinon
en centaines de mgaoctets. Ceci peu de temps aprs sa parution initiale en
fvrier 2001, puisqu'il appartient d'emble au domaine public. En 2004, la
capacit de stockage des disques durs est telle qu'il serait possible de faire
tenir l'intgralit de la Library of Congress sur un support de stockage cotant
140 dollars US. Et quelques annes seulement nous spareraient d'une cl USB
permettant de stocker l'intgralit du patrimoine crit de l'humanit.

Qu'en est-il des documents autres que l'crit? En septembre 2003, le Projet
Gutenberg se lance dans la diffusion de livres audio. En dcembre 2006, on
compte 367 titres lus par une synthse vocale (Audio Book, computer-generated)
et 132 titres lus par l'tre humain (Audio Book, human-read). Le nombre de ces
derniers devrait fortement augmenter dans un proche avenir. Par contre, les
titres lus par une synthse vocale ne devraient plus tre stocks dans une
section spcifique, mais raliss  la demande  partir des fichiers
lectroniques existant dans les collections gnrales. Les lecteurs aveugles ou
malvoyants pourront utiliser une commande vocale pour demander le texte de tel
ou tel livre.

Lance  la mme poque, la section The Sheet Music Subproject est consacre aux
partitions musicales numrises (Music, Sheet). Elle est complte par une
section d'enregistrements musicaux (Music, recorded). Des sections sont
galement disponibles pour les images fixes (Pictures, still) et animes
(Pictures, moving). Ces nouvelles collections devraient tre dveloppes dans
les prochaines annes.

Mais la numrisation des livres reste prioritaire. Et la demande est norme. En
tmoigne le nombre de tlchargements, qui se comptent dsormais en dizaines de
milliers par jour. A la date du 31 juillet 2005, on compte 37.532 fichiers
tlchargs dans la journe, 243.808 fichiers tlchargs dans la semaine et
1.154.765 fichiers tlchargs dans le mois. A la date du 6 mai 2007, on compte
89.841 fichiers tlchargs dans la journe, 697.818 fichiers tlchargs dans
la semaine et 2.995.436 fichiers tlchargs dans le mois. Courant mai, la
nombre de tlchargements mensuels atteint la barre des trois millions. Ceci
uniquement pour le principal site de tlchargement, ibiblio.org (bas 
l'Universit de Caroline du Nord, Chapel Hill, Etats-Unis), qui hberge aussi le
site du Projet Gutenberg. Le deuxime site de tlchargement est l'Internet
Archive, qui met galement  disposition une capacit de stockage considrable.
Un Top 100 recense les cent titres et les cent auteurs les plus tlchargs
dans la journe, dans la semaine et dans le mois. Le Projet Gutenberg dispose de
38 sites miroirs rpartis dans de nombreux pays, et il en cherche d'autres. La
circulation des fichiers se fait aussi en mode P2P (peer-to-peer), qui permet
d'changer des fichiers directement d'un utilisateur  l'autre.

Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider  combler la fracture numrique.
Ils sont aisment tlchargeables sur PDA. Un ordinateur ou un PDA d'occasion ne
cote que quelques dollars ou quelques dizaines de dollars, en fonction du
modle. Certains PDA fonctionnent  l'nergie solaire, permettant la lecture
dans les rgions recules et les pays en dveloppement.

Lorsque, dans une dizaine d'annes, les collections atteindront un million de
livres, on pourra peut-tre bnficier de leur traduction simultane dans une
centaine de langues. En utilisant la traduction automatique qui, d'ici l,
pourrait avoir atteint un taux de fiabilit de l'ordre de 99%, un pourcentage
dont on est encore loin. En 2004, le Projet Gutenberg tait en lien avec un
projet europen envisageant un logiciel de traduction automatique relay par des
traducteurs (non pas des machines, mais des tres humains), sur un modle
comparable  la technologie OCR relaye par des correcteurs (non pas des
logiciels, mais des tres humains) pour offrir un contenu de grande qualit.

35 ans aprs les dbuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se dfinit toujours
comme un fou de travail ddiant toute sa vie  son projet, qu'il voit comme
tant  l'origine d'une rvolution no-industrielle. Il se dfinit aussi comme
altruiste, pragmatique et visionnaire. Aprs avoir t trait de toqu pendant
de nombreuses annes, il force maintenant le respect. Au fil des ans, la mission
du Projet Gutenberg reste la mme,  savoir changer le monde par le biais de
l'ebook gratuit indfiniment utilisable et reproductible. L'objectif reste lui
aussi le mme,  savoir la lecture et la culture pour tous  moindres frais.
Quant  la mission, elle se rsume en quelques mots: encourager la cration et
la distribution d'ebooks, par autant de personnes que possible, et par tous les
moyens. Tout en prenant les virages ncessaires pour intgrer de nouvelles
ides, de nouvelles mthodes et de nouveaux supports.

D'aprs Michael Hart, le patrimoine crit de l'humanit reprsenterait 25
millions de livres appartenant au domaine public, qui pourraient tre collects
auprs des grandes bibliothques nationales et rgionales,  raison d'un
exemplaire par livre, sans tenir compte des nombreuses ditions annotes et
commentes. Si Gutenberg a permis  chacun d'avoir des livres grce 
l'invention de l'imprimerie, le Projet Gutenberg permet  chacun d'avoir une
bibliothque de livres grce au stockage de ceux-ci sur un support numrique
tenant dans un sac sinon dans une poche. Fin 2006, le Projet Gutenberg permet
d'ores et dj  chacun d'avoir une bibliothque numrique de 20.000 livres,
auxquels s'ajoutent les 75.000 livres provenant de diverses collections
rassembls par le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC).

Laissons le mot de la fin  Michael Hart,  qui je demandais en aot 1998 quel
tait son meilleur souvenir. A l'poque, il rpondait: Le courrier que je
reois me montre combien les gens apprcient que j'aie pass ma vie  mettre des
livres sur l'internet. Certaines lettres sont vraiment mouvantes, et elles me
rendent heureux pour toute la journe. Quelques annes aprs, il confirme que
sa rponse serait toujours la mme.


3.6. Chronologie


1971 (juillet): Saisie par Michael Hart de The United States Declaration of
Independence (ebook #1) et diffusion d'un message auprs des cent premiers
usagers du rseau. Le Projet Gutenberg est n.

1972: Saisie de The United States Bill of Rights (ebook #2).

1973: Saisie de The United States Constitution (ebook #5).

1974-1988: Saisie de la Bible et de plusieurs pices de Shakespeare.

1989 (aot): The King James Bible (ebook #10).

1991 (janvier): Alice's Adventures in Wonderland (ebook #11).

1991 (juin): Peter Pan (ebook #16).

1991: Numrisation d'un livre par mois.

1992: Numrisation de deux livres par mois.

1993: Numrisation de quatre livres par mois.

1993 (dcembre): Constitution de trois grands secteurs: Light Literature, Heavy
Literature, Reference Literature.

1994: Numrisation de huit livres par mois.

1994 (janvier): The Complete Works of William Shakespeare (ebook #100).

1995: Numrisation de 16 livres par mois.

1996-1997: Numrisation de 32 livres par mois.

1997 (aot): La Divina Commedia di Dante, en italien (ebook #1000).

1997: Lancement du Project Gutenberg Consortia Center (PGCC).

1998-2000: Numrisation de 36 livres par mois.

1999 (mai): Don Quijote, de Cervants, en espagnol (ebook #2000).

2000: Cration de la Project Gutenberg Literary Archive Foundation (PGLAF).

2000 (octobre): Conception de Distributed Proofreaders par Charles Franks pour
permettre la correction partage.

2000 (dcembre): A l'ombre des jeunes filles en fleurs (vol. 3), de Proust, en
franais (ebook #3000).

2001 (aot): Cration du Project Gutenberg of Australia.

2001 (octobre): The French Immortals Series, en anglais (eBook #4000).

2001: Numrisation de 104 livres par mois.

2002: Affiliation officielle de Distributed Proofreaders au Projet Gutenberg.

2002 (avril): The Notebooks of Leonardo da Vinci, en anglais (ebook #5000).

2002: Numrisation de 203 livres par mois.

2003 (aot): Edition d'un CD Best of Gutenberg contenant 600 livres.

2003 (septembre): Lancement de la section Project Gutenberg Audio eBooks.

2003 (octobre): Les collections doublent en dix-huit mois, passant de 5.000 
10.000 livres.

2003 (octobre): The Magna Carta (ebook # 10000).

2003 (dcembre): Edition du premier DVD, qui contient 9.400 livres.

2003: Numrisation de 348 livres par mois.

2003: Affiliation officielle du Project Gutenberg Consortia Center (PGCC) au
Projet Gutenberg.

2004 (janvier): Lancement du Projet Gutenberg Europe par le Projet Rastko.

2004 (janvier): Lancement de Distributed Proofreaders Europe par le Projet
Rastko.

2004 (fvrier): Voyage de Michael Hart en Europe (Paris, Bruxelles, Belgrade).

2004 (fvrier): Confrence de Michael Hart au sige de l'UNESCO,  Paris.

2004 (fvrier): Visite de Michael Hart au Parlement europen,  Bruxelles.

2004 (octobre): 5.000 livres produits par Distributed Proofreaders.

2004: Numrisation de 338 livres par mois.

2005 (janvier): The Life of Reason, par George Santayana (ebook #15000).

2005 (mai): 7.000 livres produits par Distributed Proofreaders.

2005 (mai): 100 premiers livres produits par Distributed Proofreaders Europe.

2005 (juin): Le Projet Gutenberg compte 16.000 livres.

2005 (juin): Le Projet Gutenberg Europe compte 100 livres.

2005 (juillet): Premiers pas du Project Gutenberg of Canada.

2005 (octobre): 5e anniversaire de Distributed Proofreaders.

2005: Numrisation de 251 livres par mois.

2006 (janvier):  Lancement de la section Project Gutenberg PrePrints.

2006 (fvrier): 8.000 livres produits par Distributed Proofreaders.

2006 (mai): Cration de la Distributed Proofreaders Foundation.

2006 (juillet): 35e anniversaire du Projet Gutenberg.

2006 (juillet): Edition d'un nouveau DVD, qui contient 17.000 livres.

2006 (novembre): Lancement du site PG News.

2006 (dcembre): Le Projet Gutenberg compte 20.000 livres.

2006 (dcembre): 400 livres produits par Distributed Proofreaders Europe.

2006: Numrisation de 346 livres par mois.

2007 (mars): 10.000 livres produits par Distributed Proofreaders.

2007 (avril): 1.500 livres pour Project Gutenberg of Australia.

2007 (juillet): Lancement de Project Gutenberg Canada.

2010 (estimation): Conversion automatique dans de nombreux formats.

2015 (estimation): Un million de livres au catalogue.

2015 (estimation): Conversion automatique dans cent langues diffrentes.


4. DES LIVRES A VENDRE SUR LE WEB


[4.1. Dans le sillage d'Amazon / Amazon, librairie en ligne / Internet Bookshop
// 4.2. Librairies en ligne francophones // 4.3. Expriences de libraires /
Librairies traditionnelles / Librairies de voyage / Librairies d'ancien // 4.4.
Numilog, librairie numrique // 4.5. Chronologie]

Nes sur le web au milieu des annes 1990, de nouvelles librairies n'ont ni
murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue, et toutes leurs transactions
s'effectuent sur le rseau. C'est le cas d'Amazon qui, sous la houlette de Jeff
Bezos, ouvre ses portes virtuelles en juillet 1995 avec dix salaris et trois
millions d'articles pour devenir rapidement un gant du commerce lectronique.
D'autres librairies suivent. On peut consulter le catalogue  l'cran, lire le
rsum du livre ou mme des extraits, puis passer sa commande en ligne. Cinq ans
plus tard, dans les annes 2000, on voit surgir des librairies qui ne vendent
que des livres numriques, avec tlchargement des livres dans les minutes
suivant la commande.


4.1. Dans le sillage d'Amazon


= Amazon, librairie en ligne

Fond par Jeff Bezos, Amazon.com (devenue Amazon dans le langage courant) voit
le jour en juillet 1995  Seattle, dans l'Etat de Washington, sur la cte ouest
des Etats-Unis. Quinze mois auparavant, au printemps 1994, Jeff Bezos fait une
tude de march pour dcider du meilleur produit de consommation  vendre sur
l'internet. Dans sa liste de vingt produits marchands, qui comprennent entre
autres les vtements et les instruments de jardinage, les cinq premiers du
classement se trouvent tre les livres, les CD, les vidos, les logiciels et le
matriel informatique.

J'ai utilis tout un ensemble de critres pour valuer le potentiel de chaque
produit, relate Jeff Bezos dans le kit de presse d'Amazon. Le premier critre a
t la taille des marchs existants. J'ai vu que la vente des livres
reprsentait un march mondial de 82milliards de dollars US. Le deuxime
critre a t la question du prix. Je voulais un produit bon march. Mon
raisonnement tait le suivant: puisque c'tait le premier achat que les gens
allaient faire en ligne, il fallait que la somme  payer soit modique. Le
troisime critre a t la varit dans le choix: il y avait trois millions de
titres de livres alors qu'il n'y avait que 300.000 titres pour les CD, par
exemple.

La vente de livres en ligne dbute en juillet 1995, avec dix salaris et un
stock quatorze fois suprieur  celui des hypermarchs. Le catalogue en ligne
permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. On y
trouve aussi des CD, des DVD, des jeux informatiques, etc. Trs attractif, le
contenu ditorial du site change quotidiennement et forme un vritable magazine
littraire proposant des extraits de livres, des entretiens avec des auteurs et
des conseils de lecture. Amazon devient le pionnier d'un nouveau modle
conomique. Son volution rapide est suivie de prs par des analystes de tous
bords.

En 1998, avec 1,5 million de clients dans 160 pays et une trs bonne image de
marque, Amazon est rgulirement cit comme un symbole de russite dans le
cybercommerce. Si la librairie en ligne est toujours dficitaire, sa cotation
boursire est excellente, suite  une introduction  la Bourse de New York en
mai 1997.

En novembre 2000, la socit compte 7.500 salaris, 28 millions d'articles, 23
millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne, France, Japon),
auxquelles s'ajoute en juin 2002 une cinquime filiale au Canada. La maison mre
diversifie ses activits. Elle vend non seulement des livres, des vidos, des CD
et des logiciels, mais aussi des produits de sant, des jouets, des appareils
lectroniques, des ustensiles de cuisine, des outils de jardinage, etc. En
novembre 2001, la vente des livres, disques et vidos ne reprsente plus que 58%
du chiffre d'affaires global. Admir par certains, le modle conomique d'Amazon
est contest par d'autres, notamment en matire de gestion du personnel, avec
des contrats de travail prcaires et de bas salaires.

Tout comme la grande librairie en ligne britannique Internet Bookshop, Amazon
offre une part des bnfices  ses associs en ligne. Depuis le printemps
1997, tous les possesseurs d'un site web peuvent vendre des livres appartenant
au catalogue de la librairie et toucher un pourcentage de 15% sur les ventes.
Ces associs font une slection dans les titres du catalogue et rdigent leurs
propres rsums. Amazon reoit les commandes par leur intermdiaire, expdie les
livres et rdige les factures. Les associs reoivent un rapport hebdomadaire
d'activit. Au printemps 1998, le libraire en ligne compte plus de 30.000 sites
affilis.

La prsence europenne d'Amazon dbute en octobre 1998. Les deux premires
filiales sont implantes en Allemagne et au Royaume-Uni. En aot 2000, avec 1,8
million de clients en Grande-Bretagne, 1,2 million de clients en Allemagne et
quelques centaines de milliers de clients en France, la librairie ralise 23% de
ses ventes hors des Etats-Unis. A la mme date, elle ouvre sa filiale franaise.
Une filiale japonaise est ouverte en octobre 2000. En novembre 2000, Amazon
ouvre un secteur eBooks,  savoir un secteur vendant des livres numriques. En
2001, les 29 millions de clients d'Amazon gnrent un chiffre d'affaires de 4
milliards de dollars US. En juin 2002, une cinquime filiale est ouverte au
Canada. Au 3e trimestre 2003, la socit devient bnficiaire pour la premire
fois de son histoire. En octobre 2003, Amazon lance un service de recherche
plein texte (Search Inside the Book) qui scanne le texte intgral de 120.000
titres, un nombre promis  une croissance rapide. Amazon lance aussi son propre
moteur de recherche A9.com mais, contrairement aux autres initiatives, le succs
n'est pas au rendez-vous. Une sixime filiale est ouverte en Chine sous le nom
de Joyo en septembre 2004.

En 2004, le bnfice net d'Amazon est de 588 millions de dollars US, dont 45%
gnr par ses filiales, avec un chiffre d'affaires de 6,9 milliards de dollars.
Prsent dans sept pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, France,
Japon, Chine) et devenu une rfrence mondiale du commerce en ligne, Amazon fte
ses dix ans d'existence en juillet 2005, avec 9.000 salaris et 41 millions de
clients actifs, attirs par des produits culturels, high-tech et autres aux prix
attractifs et une livraison en 48 heures maximum dans les pays hbergeant une
plateforme Amazon.

= Internet Bookshop

Base au Royaume-Uni, l'Internet Bookshop (iBS) se trouve tre la plus grande
librairie europenne en 1998, avec un catalogue de 1,4 million de titres. Moins
connue qu'Amazon, elle lance cependant  plusieurs reprises des initiatives
originales et indites copies ensuite par les librairies concurrentes, Amazon y
compris.

La librairie dveloppe d'abord un systme de partenariat sur le web, repris par
Amazon dans sa politique de sites affilis. Tout possesseur d'un site web peut
devenir partenaire de l'Internet Bookshop en slectionnant sur son propre site
un certain nombre de titres prsents dans le catalogue de la librairie. Celle-ci
prend en charge toute la partie commerciale,  savoir les commandes, les envois
et les factures. L'internaute partenaire reoit 10% du prix des ventes. C'est la
premire fois qu'une librairie en ligne propose une part aux bnfices par le
biais du web, entranant  terme la ncessit d'une nouvelle rglementation dans
ce domaine.

Autre initiative originale, qui dbute en octobre 1997, une politique de grosses
remises, chose inconnue jusque-l. La librairie propose des remises allant
jusqu' 45%, prenant le risque d'une guerre des prix et des droits avec les
libraires et les diteurs traditionnels. L'ide est ensuite reprise
outre-Atlantique. Principale chane de librairies traditionnelles aux
Etats-Unis, avec 480 librairies rparties dans tout le pays, Barnes & Noble
dcide de se lancer dans la vente en ligne en crant en mai 1997 son site
barnesandnoble.com. Il devient rapidement le principal concurrent d'Amazon et
dclenche lui aussi une guerre des prix - puisque le prix du livre est libre aux
Etats-Unis -  la grande satisfaction des internautes, qui, sur l'un ou l'autre
site, se voient parfois offrir des rductions allant jusqu' 50% pour certains
titres.

En octobre 1997, l'Internet Bookshop attend galement la raction des libraires
et des diteurs traditionnels  sa dcision de vendre des livres provenant des
Etats-Unis, une initiative dbute un mois auparavant. Une deuxime librairie en
ligne britannique, Waterstone's (rachete ensuite par Amazon), songe elle aussi
 introduire des titres amricains dans son catalogue,  partir de janvier 1998.
The Publishers Association, organisme reprsentant les diteurs du Royaume-Uni,
a fort  faire pour tudier les dolances de ceux-ci, jointes  celles des
libraires traditionnels, qui souhaiteraient non seulement faire interdire la
vente de titres amricains par des librairies en ligne britanniques, mais aussi
faire interdire l'activit des librairies en ligne amricaines au Royaume-Uni,
sous-entendu: qu'elles ne puissent pas vendre de livres  des clients
britanniques. Sur le site web de l'Internet Bookshop, en 1997 et 1998, la
rubrique iBS News permet de suivre pas  pas le combat engag par les libraires
en ligne contre les associations d'diteurs et de libraires traditionnels, afin
d'obtenir la suppression totale des frontires pour la vente des livres. Comme
on le voit, ce qui nous parat vident maintenant ne l'tait gure il y a dix
ans. Mais, de par la structure mme de l'internet, l'abolition des frontires
dans le march du livre est invitable, et les librairies en ligne europennes
ne tardent pas  suivre l'exemple de l'Internet Bookshop.

Concernant la fiscalit, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l'Union
europenne est conclu en dcembre 1997. L'internet est considr comme une zone
de libre-change, c'est--dire sans droits de douane pour les logiciels, les
films et les livres achets sur le rseau. Les biens matriels et autres
services sont soumis au rgime existant dans les pays concerns, avec perception
de la TVA (taxe sur la valeur ajoute) sans frais de douane supplmentaires. Cet
accord-cadre est suivi ensuite d'une convention internationale.

Quelques annes plus tard, l'Internet Bookshop ancienne formule est intgr  la
librairie en ligne de la chane de librairies WHSmith. En 2007, un Internet
Bookshop nouvelle formule, dnomm Internet Bookshop UK (IBUK), se trouve tre
la troisime librairie en ligne mondiale, avec un stock de 2 millions de livres
neufs, puiss, anciens et d'occasion, et 4.000 nouveaux titres par semaine. Ses
locaux sont implants dans un cadre idyllique,  Cambridge, village du comt du
Gloucestershire, au sud-ouest de l'Angleterre.

= Librairies en ligne francophones

Fonde en 1996 par Patrice Magnard, la librairie en ligne Alapage vend tous les
livres, disques et vidos disponibles sur le march franais, soit 400.000
articles, avec paiement scuris. Sur le site bilingue franais-anglais, la
recherche est possible par auteur, titre et diteur. Le mme service est
disponible sur minitel (3615 Alapage).

Alapage travaille en partenariat avec la librairie en ligne Novalis (intgre
plus tard  Alapage) qui assure elle aussi la vente par correspondance de
produits culturels: disques, livres, vidos et multimdia.

En octobre 1997, les deux librairies dcident de crer le premier prix
littraire francophone sur l'internet. Comme indiqu  la mme date sur leurs
sites respectifs: 1) C'est la premire fois que l'on utilise le support
internet pour organiser un vote autour d'un prix littraire. 2) C'est la
premire fois qu'est constitu un jury littraire compos d'un potentiel aussi
important et diversifi de votants, fidle reflet de la diffusion de la culture
franaise. Ce vote est en effet ouvert  nos visiteurs de tous horizons,
dissmins sur les cinq continents, qui pourront mettre leur avis sur
l'ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littraires de fin
d'anne. 3)C'est la premire fois qu'est imagin un instrument de mesure de la
satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas seulement
un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il. Un vote est
organis entre le 20 octobre et le 9novembre 1997 auprs des internautes. Afin
d'viter les votes multiples, chaque voix n'est valide que si la fiche de vote
est scrupuleusement remplie. Toute fiche double est annule. Ce premier prix
littraire des internautes est remport par Marc Trillard pour son roman Coup de
lame, paru aux ditions Phbus.

A Alapage et Novalis vient s'ajouter une troisime librairie en ligne,
Chapitre.com, librairie indpendante cre en 1997 par Juan Pirlot de Corbion.
Son catalogue de 350.000 titres est complt par une bouquinerie, un choix
d'diteurs, une slection de 1.000 sites littraires et culturels, ainsi qu'une
revue des littratures intitule Tte de chapitre.

Contrairement  leurs homologues anglophones, les libraires en ligne franais ne
peuvent se permettre les rductions substantielles proposes par leurs collgues
des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, pays dans lesquels le prix du livre est libre.
Si la loi franaise sur le prix unique du livre leur laisse peu de latitude, les
libraires sont toutefois optimistes sur les perspectives d'un march francophone
international. Ds 1997, un nombre significatif de commandes provient de
l'tranger, par exemple 10% des commandes pour le service en ligne de la Fnac.

Alapage rejoint le groupe France Tlcom en septembre 1999 puis devient en
juillet 2000 une filiale  part entire de Wanadoo, le fournisseur d'accs
internet de France Tlcom. Quant  Chapitre.com, il comprend dsormais
plusieurs secteurs: livres neufs, livres neufs  prix rduit, livres anciens,
revues anciennes ou puises, gravures et affiches.

Alapage, Chapitre.com, la Fnac et quelques autres voient dbarquer avec
inquitude Amazon.fr, la filiale qu'Amazon ouvre en aot 2000 dans l'hexagone.
Un mois aprs son lancement, Amazon.fr est  la seconde place des sites de biens
culturels franais, aprs la Fnac. La socit de mesure d'audience Media Metrix
Europe donne les chiffres suivants pour septembre 2000: 40.000 requtes
individuelles pour Fnac.com, 217.000 requtes pour Amazon.fr, 209.000 requtes
pour Alapage et 74.000 requtes pour BOL.fr, la succursale franaise de
l'europen BOL.com (BOL: Bertelsmann On Line).

Le nombre de librairies en ligne s'avre toutefois trop lev par rapport au
march existant. En juillet 2001, BOL.com annonce la fermeture de BOL.fr, cr
deux ans auparavant par les deux gants des mdias Bertelsmann et Vivendi. A la
mme date, les difficults rencontres par d'autres libraires en ligne montrent
la ncessit de revoir  la baisse des prvisions quelque peu optimistes, afin
de laisser  la clientle le temps de s'habituer  ce nouveau mode d'achat.


4.2. Expriences de libraires


= Librairies traditionnelles

Qu'en est-il des librairies traditionnelles? A la fin des annes 1990, les
chanes de librairies ont toutes une librairie en ligne  ct de leur rseau de
librairies en dur. C'est le cas notamment de la Fnac, de Virgin, de France
Loisirs, ou encore du Furet du Nord, qui dessert le Nord de la France, et de
Decitre, qui dessert la rgion Rhne-Alpes.

Le site de la Fnac ouvre sur le logo fnac blanc et ocre bien connu. Prsente
en France, en Belgique et en Espagne, la Fnac, selon ses propres termes, se veut
 la fois dfricheur, agitateur culturel et commerant, et se dfinit par une
politique commerciale fonde sur l'alliance avec le consommateur, sa vocation
culturelle et sa volont de dcouvrir les nouvelles technologies. La Fnac cre
un magazine littraire en ligne et ouvre un secteur commerce lectronique
permettant de commander livres, disques, vidos et CD-Rom par internet, minitel
ou tlphone. La livraison est possible en France comme  l'tranger. Les modes
de paiement sont la carte de crdit ou le chque  la commande.

Le Furet du Nord est une chane de librairies implante dans le Nord de la
France et dont le sige est  Lille. Son site permet de consulter une base de
donnes de 250.000 livres et de les commander en ligne. Il propose aussi un
suivi permanent de l'actualit littraire. La vente  distance reprsente 15 
20% du chiffre d'affaires total de l'entreprise. Les meilleurs clients sont les
coles, les universits, les comits d'entreprise et les ambassades.

La chane de librairies Decitre officie dans la rgion Rhne-Alpes. Ses neuf
librairies sont particulirement dynamiques dans le domaine de l'informatique,
du multimdia et de l'internet, avec des prsentations rgulires de nouveaux
CD-Rom et des initiations  l'internet. Cr en 1996, le site est remani en
dcembre 1997. Notre site est pour l'instant juste un moyen de communication de
plus (par le biais du mail) avec nos clients des magasins et nos clients
bibliothques et centres de documentation, explique en juin 1998 Muriel Goiran,
libraire. Nous avons dcouvert son importance en organisant DocForum, le
premier forum de la documentation et de l'dition spcialise, qui s'est tenu 
Lyon en novembre 1997. Il nous est apparu clairement qu'en tant que libraires,
nous devions avoir un pied dans le net. Internet est trs important pour notre
avenir. Nous allons mettre en ligne notre base de 400.000 livres franais 
partir de fin juillet 1998, et elle sera en accs gratuit pour des recherches
bibliographiques. Ce ne sera pas une n-ime dition de la base de Plante Livre,
mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur internet.

Spcialise dans les ouvrages scientifiques, la librairie Interfrences serait
la premire librairie franaise  avoir cr un site web, ds 1995. Le Monde en
Tique propose quant  lui un catalogue de 37.000 titres sur l'informatique, les
nouvelles technologies, le multimdia et l'internet.

Mais la vente  distance n'est pas l'apanage des grandes librairies ni des
librairies  vocation scientifique et technique, comme le montrent les exemples
qui suivent, pris dans les librairies de voyage et les librairies d'ancien.

= Librairies de voyage

Fonde en 1985 par Hlne Larroche, Itinraires est une librairie de voyages
situe au coeur de Paris, rue Saint-Honor, dans l'ancien quartier des Halles. La
librairie propose guides, cartes, manuels de conversation, reportages, rcits de
voyage, livres de cuisine, livres d'art et de photos, ouvrages d'histoire, de
civilisation, d'ethnographie, de religion et de littrature trangre, et ceci
pour 160 pays et 250 destinations. Le monde en mmoire, tel est le sous-titre
de son site bilingue franais-anglais.

Ds les dbuts de la librairie, le personnel cre une base de donnes avec
classement des livres par pays et par sujets. Dix ans aprs, en 1995, la
consultation du catalogue est possible sur minitel. Trois ans plus tard, la
librairie est prsente sur le web. En juin 1998, Hlne Larroche relate: Il y a
un peu plus de trois ans, nous avons rendu la consultation de notre base de
donnes possible sur minitel et effectuons prs de 10% de notre chiffre
d'affaires avec la vente  distance. Passer du minitel  internet nous semblait
intressant pour atteindre la clientle de l'tranger, les expatris dsireux de
garder par les livres un contact avec la France et  la recherche d'une
librairie qui "livre  domicile" et bien sr les "surfeurs sur le net", non
minitlistes.

La vente  distance est encore trop peu utilise sur internet pour avoir modifi
notre chiffre d'affaires de faon significative. Internet a cependant eu une
incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la cration d'une rubrique
sur le web, spcialement destine aux expatris, dans laquelle nous mettons des
livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment
ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois dcid de
limiter cette rubrique  60 titres quand notre base en compte 13.000. Un
changement non ngligeable, c'est le temps qu'il faut dgager ne serait-ce que
pour rpondre au courrier que gnrent les consultations du site. Outre le
bnfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous
ressentons dj les effets), nous esprons pouvoir capter une nouvelle clientle
dans notre spcialit (la connaissance des pays trangers), atteindre et
intresser les expatris et augmenter nos ventes  l'tranger.

En janvier 2000, Hlne Larroche ajoute: Un net regain de personnes viennent 
notre librairie aprs nous avoir dcouvert sur le web. C'est plutt une
clientle parisienne ou une clientle venue de province pour pouvoir feuilleter
sur place ce que l'on a dcouvert sur le web. Mais l'exprience est trs
intressante et nous conduit  poursuivre.

D'autres librairies se dbrouillent au mieux avec des moyens limits, comme la
librairie Ulysse, sise elle aussi  Paris, dans l'le Saint-Louis. Cre en 1971
par Catherine Domain, elle est la premire librairie au monde uniquement
consacre au voyage. Ses 20.000 livres, cartes et revues neufs et d'occasion
reclent des documents introuvables ailleurs. A la fois libraire et grande
voyageuse, Catherine Domain est membre du Syndicat national de la librairie
ancienne et moderne (SLAM), du Club des explorateurs et du Club international
des grands voyageurs. En 1999, elle dcide de se lancer dans un voyage autrement
plus ingrat, virtuel cette fois-ci,  savoir la ralisation d'un site web en
autodidacte. Mon site est embryonnaire et en construction, raconte-t-elle en
novembre 2000. Il se veut  l'image de ma librairie, un lieu de rencontre avant
d'tre un lieu commercial. Il sera toujours en perptuel devenir! Internet me
prend la tte, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien, mais cela ne
m'ennuie pas... Elle est toutefois assez pessimiste sur l'avenir des librairies
comme la sienne. Internet tue les librairies spcialises. En attendant d'tre
dvore, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et aussi de
trouver des livres pour ceux qui n'ont pas encore internet chez eux! Mais j'ai
peu d'espoir...

= Librairies d'ancien

L'internet permet aux libraires d'ancien de considrablement largir leur champ
d'action. Dans un domaine o la vente par correspondance sur catalogue a
toujours t primordiale, l'internet vient  point nomm pour faciliter les
transactions. Courriel, listes de diffusion, bases de donnes sur le web et
commerce lectronique prennent le relais des mthodes traditionnelles.

Pascal Chartier est le grant de la librairie du Bt d'Argent (Lyon). Ds
novembre 1995, il cre Livre-rare-book, un site professionnel de livres
d'occasion, anciens et modernes disponible en franais et en anglais. Un
catalogue en ligne regroupe les catalogues de plusieurs librairies de la rgion,
situes  Lyon, Moulins, Dijon et Naples. Il est complt par un annuaire
international des librairies d'occasion.  Pascal Chartier considre le web comme
une vaste porte,  la fois pour lui et pour ses clients. L'internet est
peut-tre la pire et la meilleure des choses. La pire parce qu'il peut gnrer
un travail constant sans limite et la dpendance totale. La meilleure parce
qu'il peut s'largir encore et permettre surtout un travail intelligent!,
crit-il en juin 1998. En aot 2003, Livre-rare-book propose un catalogue de
plus d'un million de livres manant de quelque 320 librairies situes en France
et  l'tranger, et un annuaire international recensant prs de 4.000
librairies. Le catalogue comprend 2 millions de livres manant de 500 librairies
en septembre 2005, et 2,6 millions de livres manant de 550 librairies en
dcembre 2006.

Autre ralisation, celle du Syndicat national de la librairie ancienne et
moderne (SLAM), un syndicat professionnel regroupant 220 librairies franaises.
Le SLAM met en ligne un premier site web en 1997, remplac par une nouvelle
version de conception plus dynamique en juillet 1999. Alain Marchiset, prsident
du SLAM, explique en juillet 2000: Ce site intgre une architecture de type
"base de donnes", et donc un vritable moteur de recherche, qui permet de faire
des recherches spcifiques (auteur, titre, diteur, et bientt sujet) dans les
catalogues en ligne des diffrents libraires. Le site contient l'annuaire des
libraires avec leurs spcialits, des catalogues en ligne de livres anciens avec
illustrations, un petit guide du livre ancien avec des conseils et les termes
techniques employs par les professionnels, et aussi un service de recherche de
livres rares. De plus, l'association organise chaque anne en novembre une foire
virtuelle du livre ancien sur le site, et en mai une vritable foire
internationale du livre ancien qui a lieu  Paris et dont le catalogue officiel
est visible aussi sur le site. (...)

Les libraires membres proposent sur le site du SLAM des livres anciens que l'on
peut commander directement par courriel et rgler par carte de crdit. Les
livres sont expdis dans le monde entier. Les libraires de livres anciens
vendaient dj par correspondance depuis trs longtemps au moyen de catalogues
imprims adresss rgulirement  leurs clients. Ce nouveau moyen de vente n'a
donc pas t pour nous vraiment rvolutionnaire, tant donn que le principe de
la vente par correspondance tait dj matris par ces libraires. C'est
simplement une adaptation dans la forme de prsentation des catalogues de vente
qui a t ainsi ralise. Dans l'ensemble, la profession envisage assez
sereinement ce nouveau moyen de vente.

Rsolument optimiste en 1999 et 2000, la profession revoit ensuite ses
esprances  la baisse. En juin 2001, Alain Marchiset crit: Aprs une
exprience de prs de cinq annes sur le net, je pense que la rvolution
lectronique annonce est moins vidente que prvue, et sans doute plus
"virtuelle" que relle pour le moment. Les nouvelles technologies n'ont pas
actuellement rvolutionn le commerce du livre ancien. Nous assistons surtout 
une srie de faillites, de rachats et de concentrations de socits de services
(principalement amricaines) autour du commerce en ligne du livre, chacun
essayant d'avoir le monopole, ce qui bien entendu est dangereux  la fois pour
les libraires et pour les clients qui risquent  la longue de ne plus avoir de
choix concurrentiel possible. Les associations professionnelles de libraires des
29 pays fdres autour de la Ligue internationale de la librairie ancienne
(LILA) ont dcid de ragir et de se regrouper autour d'un gigantesque moteur de
recherche mondial sous l'gide de la LILA. Cette fdration reprsente un
potentiel de 2.000 libraires indpendants dans le monde, mais offrant des
garanties de scurit et de respect de rgles commerciales strictes. Ce nouveau
moteur de recherche de la LILA (ILAB en anglais) en pleine expansion est dj
rfrenc par AddALL et BookFinder.com.


4.3. Numilog, librairie numrique


Les librairies en ligne vendront-elles un jour le texte intgral des livres en
version lectronique?, se demande-t-on en 1998. Dans ce cas, l'invitable dlai
d  l'envoi postal disparatra, puisque les fichiers lectroniques pourront
parvenir au lecteur en un temps infime via l'internet. Deux ans plus tard, c'est
chose faite avec le lancement des premires librairies numriques.

Les librairies en ligne Amazon.com et Barnes & Noble.com ouvrent toutes deux un
secteur numrique  quelques mois d'intervalle. Barnes & Noble.com ouvre son
secteur eBooks en aot 2000, suite  un accord pass avec Microsoft en janvier
2000 pour la vente de livres lisibles sur son nouveau logiciel de lecture, le
Microsoft Reader. Amazon.com suit son concurrent de peu. Aprs avoir conclu une
alliance avec Microsoft en aot 2000, Amazon ouvre son service eBooks en
novembre 2000, avec 1.000 titres disponibles au dpart. En septembre 2001,
Yahoo! leur embote le pas en crant son eBook Store, suite  des accords passs
avec de grands diteurs: Penguin Putnam, Simon & Schuster, Random House et
HarperCollins.

Mais les librairies numriques ne sont pas l'apanage des mastodontes du mtier,
comme en tmoigne l'activit de Numilog, une librairie numrique qui ouvre ses
portes en octobre 2000 pour devenir rapidement la grande librairie numrique
francophone du rseau.

En fvrier 2001, Denis Zwirn, prsident de Numilog, relate: Ds 1995, j'avais
imagin et dessin des modles de lecteurs lectroniques permettant d'emporter
sa bibliothque avec soi et pesant comme un livre de poche. Dbut 1999, j'ai
repris ce projet avec un ami spcialiste de la cration de sites internet, en
ralisant la formidable synergie possible entre des appareils de lecture
lectronique mobiles et le dveloppement d'internet, qui permet d'acheminer les
livres dmatrialiss en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...)
Nous avons cr une base de livres accessible par un moteur de recherche. Chaque
livre fait l'objet d'une fiche avec un rsum et un extrait. En quelques clics,
il peut tre achet en ligne par carte bancaire, puis reu par e-mail ou
tlchargement.

Le site offre ensuite des fonctionnalits nouvelles, comme l'intgration d'une
"authentique vente au chapitre" (les chapitres vendus isolment sont traits
comme des lments inclus dans la fiche-livre, et non comme d'autres livres) et
la gestion trs ergonomique des formats de lecture multiples.

Fonde en avril 2000 par Denis Zwirn, la socit Numilog a en fait une triple
activit: librairie en ligne, studio de fabrication et diffuseur. Numilog est
d'abord une librairie en ligne de livres numriques, explique Denis Zwirn en
2001. Notre site internet est ddi  la vente en ligne de ces livres, qui sont
envoys par courrier lectronique ou tlchargs aprs paiement par carte
bancaire. Il permet aussi de vendre des livres par chapitres. Numilog est
galement un studio de fabrication de livres numriques: aujourd'hui, les livres
numriques n'existent pas chez les diteurs, il faut donc d'abord les fabriquer
avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de contrats ngocis avec les
diteurs dtenteurs des droits. Ce qui signifie les convertir  des formats
convenant aux diffrents "readers" du march. (...) Enfin Numilog devient aussi
progressivement un diffuseur. Car, sur internet, il est important d'tre prsent
en de trs nombreux points du rseau pour faire connatre son offre. Pour les
livres en particulier, il faut les proposer aux diffrents sites thmatiques ou
de communauts, dont les centres d'intrt correspondent  leur sujet (sites de
fans d'histoire, de management, de science-fiction...). Numilog facilitera ainsi
la mise en oeuvre de multiples "boutiques de livres numriques" thmatiques.

Rpartis  l'origine en trois grandes catgories - savoir, guides pratiques et
littrature - les livres sont disponibles en plusieurs formats: format PDF
(portable document format) pour lecture sur l'Acrobat Reader et l'Adobe Reader,
format LIT (abrg du terme anglais literature) pour lecture sur le Microsoft
Reader et format PRC (Palm resource) pour lecture sur le Mobipocket Reader.

En septembre 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et priodiques) en
franais et en anglais, grce  un partenariat avec une quarantaine d'diteurs,
le but  long terme tant de permettre  un public d'internautes de plus en
plus large d'avoir progressivement accs  des bases de livres numriques aussi
importantes que celles des livres papier, mais avec plus de modularit, de
richesse d'utilisation et  moindre prix.

Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de livres
numriques, suite  des accords avec de nombreux diteurs: Gallimard, Albin
Michel, Eyrolles, Herms Science, Pearson Education France, etc. Numilog propose
aussi des livres audionumriques lisibles sur synthse vocale. Une librairie
anglophone est lance suite  des accords de diffusion conclus avec plusieurs
diteurs anglo-saxons: Springer-Kluwer, Oxford University Press, Taylor &
Francis, Kogan Page, etc. Les diffrents formats proposs permettent la lecture
des livres sur tout appareil lectronique: ordinateur, assistant personnel,
tlphone portable, smartphone, etc.

La socit est galement prestataire de services pour les technologies DRM
(digital rights management),  savoir les systmes de gestion des droits
numriques permettant de contrler l'accs aux livres numriques sous droits, et
donc de grer les droits d'un livre selon les consignes donnes par le
gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l'impression ou le
prt.

En 2004, Numilog met sur pied un systme de bibliothque en ligne pour le prt
de livres numriques. Ce systme est surtout destin aux bibliothques, aux
administrations et aux entreprises. En janvier 2006, Numilog contribue au
lancement  titre exprimental de la Bibliothque numrique pour le Handicap
(BnH), en partenariat avec la ville de Boulogne-Billancourt (rgion parisienne).
En dcembre 2006, le catalogue de la librairie numrique de Numilog comprend
35.000 livres grce  un partenariat avec 200 diteurs, dont 60 diteurs
francophones.

Une autre grande librairie numrique est celle de Mobipocket. Fond  Paris par
Thierry Brethes et Nathalie Ting en mars 2000, Mobipocket se spcialise d'emble
dans la lecture et la distribution scurise de livres pour assistant personnel
(PDA). Son logiciel de lecture, le Mobipocket Reader, est universel,
c'est--dire utilisable sur n'importe quel PDA, puis sur ordinateur en avril
2002. En 2003, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre
 6.000 titres dans plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol),
distribus soit dans la librairie de Mobipocket soit dans les librairies
partenaires. Mobipocket est rachet par la grande librairie en ligne Amazon en
avril 2005.


4.4. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1994 (printemps): Etude de march par Jeff Bezos, futur fondateur d'Amazon.com.

1995 (juillet): Amazon.com, librairie en ligne fonde par Jeff Bezos.

1995 (novembre): Livre-rare-book, catalogue de Pascal Chartier.

1996: Alapage, librairie en ligne fonde par Patrice Magnard.

1997: Chapitre.com, librairie en ligne fonde par Juan Pirlot de Corbion.

1997: Site web du Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM).

1997 (octobre): Politique de grosses remises inaugure par l'Internet Bookshop.

1998: BOL.com, librairie en ligne europenne fonde par Bertelsmann.

1999 (juillet): BOL.fr, filiale de BOL.com.

2000 (mars): Mobipocket, socit fonde par Thierry Brethes et Nathalie Ting.

2000 (mars): Numilog, socit fonde par Denis Zwirn.

2000 (aot): Amazon.fr, filiale d'Amazon.

2000 (aot): Secteur eBooks de Barnes & Noble.com.

2000 (octobre): Numilog lance sa librairie numrique.

2000 (novembre): Secteur eBooks d'Amazon.

2001 (juillet): Fermeture de BOL.fr.

2001 (septembre): Secteur eBooks de Yahoo!

2005 (avril): Rachat de Mobipocket par Amazon.


5. LES AUTEURS TISSENT LEUR TOILE


[5.1. Des changes accrus // 5.2. Best-sellers en numrique / The Plant, de
Stephen King / Deux expriences europennes / Des centaines de titres // 5.3.
Nouveaux genres littraires / Sites d'criture hypermdia / Hyper-romans /
Mail-romans / Littrature numrique // 5.4. Chronologie]

On oublie parfois que les auteurs ne sont pas seulement les crivains faisant
partie de notre patrimoine, mais aussi les passionns du verbe, souvent
inconnus, qui crivent tout en gagnant leur vie par ailleurs. Publis ou non,
nombre d'entre eux s'accordent  reconnatre les bienfaits du web et du
courriel, que ce soit pour la recherche d'information, la diffusion de leurs
oeuvres, les changes avec les lecteurs ou la collaboration avec d'autres
crateurs. Des crivains frus de nouvelles technologies explorent les
possibilits offertes par l'hyperlien ou se lancent dans le mail-roman. Appele
aussi littrature lectronique ou littrature informatique, la littrature
numrique devient un genre  part entire.


5.1. Des changes accrus


Pote et plasticienne, Silvaine Arabo vit dans la rgion Poitou-Charentes. En
mai 1997, elle cre l'un des premiers sites francophones consacrs  la posie,
Posie d'hier et d'aujourd'hui, sur lequel elle propose de nombreux pomes, y
compris les siens. En juin 1998, elle raconte: Je suis pote, peintre et
professeur de lettres (13 recueils de pomes publis, ainsi que deux recueils
d'aphorismes et un essai sur le thme: posie et transcendance; quant  la
peinture, j'ai expos mes toiles  Paris - deux fois - et en province). (...)
Pour ce qui est d'internet, je suis autodidacte (je n'ai reu aucune formation
informatique quelle qu'elle soit). J'ai eu l'ide de construire un site
littraire centr sur la posie: internet me semble un moyen privilgi pour
faire circuler des ides, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc
mise au travail, trs empiriquement, et ai finalement abouti  ce site sur
lequel j'essaye de mettre en valeur des potes contemporains de talent, sans
oublier la ncessaire prise de recul (rubrique "Rflexions sur la posie") sur
l'objet considr. (...) Par ailleurs, internet m'a mis en contact avec d'autres
potes, dont certains fort intressants. Cela rompt le cercle de la solitude et
permet d'changer des ides. On se lance des dfis aussi. Internet peut donc
pousser  la crativit et relancer les motivations des potes puisqu'ils savent
qu'ils seront lus et pourront mme, dans le meilleur des cas, correspondre avec
leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne
vois personnellement que des aspects positifs  la promotion de la posie par
internet, tant pour le lecteur que pour le crateur.

Trs vite, Posie d'hier et d'aujourd'hui prend la forme d'une cyber-revue.
Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo cre une deuxime revue,
Saraswati: revue de posie, d'art et de rflexion, cette fois sur papier. Les
deux revues se compltent et sont vraiment  placer en regard l'une de
l'autre.

Romancire et essayiste, Anne-Bndicte Joly habite en rgion parisienne. En
avril 2000, elle dcide d'auto-publier ses oeuvres en utilisant l'internet pour
les faire connatre. Mon site a plusieurs objectifs, relate-t-elle en juin
2000. Prsenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-dits)  travers
des fiches signaltiques (dont le format est identique  celui que l'on trouve
dans la base de donnes Electre) et des extraits choisis, prsenter mon parcours
(de professeur de lettres et d'crivain), permettre de commander mes ouvrages,
offrir la possibilit de laisser des impressions sur un livre d'or, guider le
lecteur  travers des liens vers des sites littraires. (...) Crer un site
internet me permet d'largir le cercle de mes lecteurs en incitant les
internautes  dcouvrir mes crits. Internet est galement un moyen pour largir
la diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une politique de liens, j'espre
susciter des contacts de plus en plus nombreux.

Pote et romancier, Nicolas Ancion vit  Madrid. Lui aussi utilise l'internet
comme outil de diffusion. En avril 2001, il raconte: Je publie des textes en
ligne, soit de manire exclusive (j'ai publi un polar uniquement en ligne et je
publie depuis fvrier 2001 deux romans-feuilletons crits spcialement pour ce
support), soit de manire complmentaire (mes textes de posie sont publis sur
papier et en ligne). Je dialogue avec les lecteurs et les enseignants  travers
mon site web.

Michel Benot habite Montral. Auteur de nouvelles policires, de rcits noirs
et d'histoires fantastiques, il utilise l'internet pour largir ses horizons et
pour abolir le temps et la distance. Il crit en juin 2000: L'internet s'est
impos  moi comme outil de recherche et de communication, essentiellement. Non,
pas essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l'on pense: recherche, on
pense: information. Voyez-vous, si l'on pense: criture, rflexion, on pense:
connaissance, recherche. Donc on va sur la toile pour tout, pour une ide, une
image, une explication. Un discours prononc il y a vingt ans, une peinture
expose dans un muse  l'autre bout du monde. On peut donner une ide 
quelqu'un qu'on n'a jamais vu, et en recevoir de mme. La toile, c'est le monde
au clic de la souris. On pourrait penser que c'est un beau clich. Peut-tre
bien,  moins de prendre conscience de toutes les implications de la chose.
L'instantanit, l'information tout de suite, maintenant. Plus besoin de
fouiller, de se taper des heures de recherche. On est en train de faire, de
produire. On a besoin d'une information. On va la chercher, immdiatement. De
plus, on a accs aux plus grandes bibliothques, aux plus importants journaux,
aux muses les plus prestigieux. (...)

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser.
Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce
qui m'aurait pris des mois. Plus beau, plus esthtique. Je me vois russir des
travaux plus raffins, d'une facture plus professionnelle, mme et surtout dans
des domaines connexes  mon travail, comme la typographie, o je n'ai aucune
comptence. La prsentation, le transport de textes, par exemple. Le travail
simultan de plusieurs personnes qui seront sur des continents diffrents.
Arriver  un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant le net,
il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les Francophones. Plus
le net ira se complexifiant, plus l'utilisation du net deviendra profitable,
ncessaire, essentielle.

Murray Suid vit  Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il est
l'auteur de livres pdagogiques, de livres pour enfants, d'oeuvres multimdias
et de scnarios. Ds septembre 1998, il prconise une solution choisie depuis
par de nombreux auteurs: Un livre peut avoir un prolongement sur le web - et
donc vivre en partie dans le cyberespace. L'auteur peut ainsi aisment
l'actualiser et le corriger, alors qu'auparavant il devait attendre longtemps,
jusqu' l'dition suivante, quand il y en avait une. (...) Je ne sais pas si je
publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprime.
J'utiliserai peut-tre ce nouveau support si les livres deviennent multimdias.
Pour le moment, je participe au dveloppement de matriel pdagogique
multimdia. C'est un nouveau type de matriel qui me plat beaucoup et qui
permet l'interactivit entre des textes, des films, des bandes sonores et des
graphiques qui sont tous relis les uns aux autres.

Un an aprs, en aot 1999, il ajoute: En plus des livres complts par un site
web, je suis en train d'adopter la mme formule pour mes oeuvres multimdias -
qui sont sur CD-Rom - afin de les actualiser et d'enrichir leur contenu.
Quelques mois plus tard, l'intgralit de ses oeuvres multimdias est sur le
rseau. Le matriel pdagogique auquel il contribue est conu non plus pour
diffusion sur CD-Rom, mais pour diffusion sur le web. D'entreprise multimdia,
la socit de logiciels ducatifs qui l'emploie devient une entreprise internet.

On assiste aussi  l'apparition du roman interactif qui,  l'poque, dsigne
une oeuvre de fiction  laquelle participent les internautes. Le pionnier est
le grand crivain amricain John Updike, qui, l'an dernier, balana sur le web
le premier chapitre d'un roman que les internautes taient censs poursuivre,
raconte Emmanule Peyret, journaliste, dans le quotidien Libration du 27
fvrier 1998. Cette premire exprience de littrature interactive est ralise
 l'initiative de la librairie en ligne Amazon.

En France, lors de la fte de l'internet des 20 et 21 mars 1998, ATOS et France
Loisirs lancent  leur tour le premier roman interactif francophone. Sign par
le romancier Yann Quefflec, le premier chapitre est disponible sur le site de
France Loisirs le 20mars 1998. Les internautes disposent de deux semaines pour
proposer un deuxime chapitre. Le jury du club slectionne le meilleur chapitre,
qui devient la suite officielle du roman, et ainsi de suite jusqu'au 27 juillet.
Yann Quefflec prend  nouveau la plume pour rdiger le huitime et dernier
chapitre. France Loisirs publie le roman en septembre 1998.

Pour les auteurs de documentaires galement, l'apport de l'internet est rel,
comme en tmoigne l'exprience d'Esther Dyson, prsidente d'EDventure Holdings,
socit spcialise dans l'tude des technologies de l'information. Depuis 1982,
elle publie Release 1.0, lettre d'information mensuelle trs prise des
spcialistes et surnomme la lettre intellectuelle du monde informatique. En
1997, elle publie aussi un livreRelease 2.0: A Design for Living in the Digital
Age. Paralllement  la publication simultane de son livre par plusieurs
diteurs dans divers pays, Esther Dyson ouvre le site Release 2.0 afin de
dialoguer avec ses lecteurs et tirer parti de tous ces changes pour prparer
une nouvelle dition de son livre. Dans ce cas prcis, le site web se trouve
tre une tape intermdiaire entre deux publications imprimes.


5.2. Best-sellers en numrique


En 2000, lorsque le livre numrique commence  se gnraliser mais que la partie
est loin d'tre gagne, trois auteurs de best-sellers se lancent dans l'aventure
malgr les risques commerciaux encourus. Aux Etats-Unis, Stephen King tente de
publier un roman pistolaire indpendamment de son diteur. Au Royaume-Uni,
Frederick Forsyth publie un recueil de nouvelles chez l'diteur lectronique
Online Originals. En Espagne, en partenariat avec son diteur habituel, Arturo
Prez-Reverte diffuse son nouveau roman sous forme numrique en exclusivit
pendant un mois, avant la sortie de la version imprime.

= The Plant, de Stephen King

En mars 2000, le matre du suspense Stephen King commence d'abord par distribuer
uniquement sur l'internet sa nouvelle Riding the Bullet, assez volumineuse
puisqu'elle fait 66 pages. Il est le premier auteur  succs  tenter un pari
considr par beaucoup comme perdu d'avance. Mais, du fait de la notorit de
l'auteur et de la couverture mdiatique de ce scoop, la sortie de cette
nouvelle sur le web est un succs immdiat, avec 400.000 exemplaires tlchargs
lors des premires ving-quatre heures dans les librairies en ligne qui la
vendent (au prix de 2,5 dollars US).

En juillet 2000, fort de cette exprience prometteuse, Stephen King dcide de se
passer des services de Simon & Schuster, son diteur habituel. Il cre un site
web spcifique pour dbuter l'auto-publication en pisodes de The Plant, un
roman pistolaire indit qui raconte l'histoire d'une plante carnivore
s'emparant d'une maison d'dition en lui promettant le succs commercial en
change de sacrifices humains. Le premier chapitre est tlchargeable en
plusieurs formats - PDF, OeB, HTML, TXT - pour la somme de undollar, avec
paiement diffr ou paiement immdiat sur le site d'Amazon.

Dans une lettre aux lecteurs disponible sur son site  la mme date, l'auteur
raconte que la cration du site, le design et la publicit lui ont cot la
somme de 124.150 dollars, sans compter sa prestation en tant qu'crivain ni la
rmunration de son assistante. Il prcise aussi que la publication des
chapitres suivants est lie au paiement du premier chapitre par au moins 75% des
internautes. Mes amis, vous avez l'occasion de devenir le pire cauchemar des
diteurs, dclare-t-il. Comme vous le voyez, c'est simple. Pas de cryptage
assommant! Vous voulez imprimer l'histoire et en faire profiter un(e) ami(e)?
Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout simplement.
C'est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est
l'honntet. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe.
Le second est que vous aimerez suffisamment l'histoire pour vouloir en lire
davantage. Si vous le souhaitez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous:
payez, et l'histoire continue; volez, et l'histoire s'arrte.

Une semaine aprs la mise en ligne du premier chapitre, on compte 152.132
tlchargements, avec paiement par 76% des lecteurs. Certains paient davantage
que le dollar demand, allant parfois jusqu' 10 ou 20 dollars pour compenser le
manque  gagner de ceux qui ne paieraient pas, et viter ainsi que la srie ne
s'arrte. La barre des 75% est dpasse de peu, au grand soulagement des fans,
si bien que le deuxime chapitre suit un mois aprs. En aot 2000, dans une
nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un nombre de tlchargements
lgrement infrieur  celui du premier chapitre. Il en attribue la cause  une
publicit moindre et  des problmes de tlchargement. Si le nombre de
tlchargements n'a que lgrement dcru, le nombre de paiements est en nette
diminution, les internautes ne rglant leur d qu'une seule fois pour plusieurs
tlchargements. L'auteur s'engage toutefois  publier le troisime chapitre
comme prvu, fin septembre, et  prendre une dcision ensuite sur la poursuite
ou non de l'exprience, en fonction du nombre de paiements. Ses prvisions sont
de onze ou douze chapitres en tout, avec un nombre total de 1,7 million de
tlchargements. Le ou les derniers chapitres seraient gratuits.

Plus volumineux (environ 10.000 signes au lieu de 5.000), les chapitres 4 et 5
passent  2 dollars. Mais le nombre de tlchargements et de paiements ne cesse
de dcliner: 40.000 tlchargements seulement pour le cinquime chapitre, alors
que le premier chapitre avait t tlcharg 120.000 fois, et paiement pour 46%
des tlchargements seulement.

Fin novembre, Stephen King annonce l'interruption de la publication pendant une
priode indtermine, aprs la parution du sixime chapitre, tlchargeable
gratuitement  la mi-dcembre. The Plant va retourner en hibernation afin que
je puisse continuer  travailler, prcise-t-il sur son site. Mes agents
insistent sur la ncessit d'observer une pause afin que la traduction et la
publication  l'tranger puissent rattraper la publication en anglais. Mais
cette dcision semble d'abord lie  l'chec commercial de l'exprience.

Cet arrt suscite de vives critiques. On oublie de reconnatre  l'auteur au
moins un mrite, celui d'avoir t le premier  se lancer dans l'aventure, avec
les risques qu'elle comporte. Entre juillet et dcembre 2000, pendant les six
mois qu'elle aura dur, nombreux sont ceux qui suivent les tribulations de The
Plant,  commencer par les diteurs, quelque peu inquiets face  un mdium qui
pourrait un jour concurrencer le circuit traditionnel. Quand Stephen King dcide
d'arrter l'exprience, plusieurs journalistes et critiques littraires
affirment qu'il se ridiculise aux yeux du monde entier. N'est-ce pas un peu
exagr? L'auteur avait d'emble annonc la couleur puisqu'il avait li la
poursuite de la publication  un pourcentage de paiements satisfaisant.

Qu'est-il advenu ensuite des expriences numriques de Stephen King? L'auteur
reste trs prsent dans ce domaine, mais cette fois par le biais de son diteur.
En mars 2001, son roman Dreamcatcher est le premier roman  tre lanc
simultanment en version imprime par Simon & Schuster et en version numrique
par Palm Digital Media, pour lecture sur les assistants personnels Palm Pilot et
Pocket PC. En mars 2002, son recueil de nouvelles Everything's Eventual est lui
aussi publi simultanment en deux versions: en version imprime par Scribner,
subdivision de Simon & Schuster, et en version numrique par Palm Digital Media,
qui en propose un extrait en tlchargement libre.

= Deux expriences europennes

En novembre 2000, deux Europens, l'anglais Frederick Forsyth et l'espagnol
Arturo Prez-Reverte, dcident eux aussi de tenter l'aventure numrique. Mais,
forts de l'exprience d'auto-publication de Stephen King peut-tre, ni l'un ni
l'autre n'ont l'intention de se passer d'diteur.

Frederick Forsyth, le matre britannique du thriller, aborde la publication
numrique avec l'appui de l'diteur lectronique londonien Online Originals. En
novembre 2000, Online Originals publie The Veteran, histoire d'un crime violent
commis  Londres et premier volet de Quintet, une srie de cinq nouvelles
lectroniques (annonces dans l'ordre suivant: The Veteran, The Miracle, The
Citizen, The Art of the Matter, Draco). Disponible en trois formats (PDF,
Microsoft Reader et Glassbook Reader), la nouvelle est vendue au prix de 3,99
pounds (6,60 euros) sur le site de l'diteur et dans plusieurs librairies en
ligne au Royaume-Uni (Alphabetstreet, BOL.com, WHSmith)  et aux Etats-Unis
(Barnes & Noble, Contentville, Glassbook).

La publication en ligne sera essentielle  l'avenir, dclare Frederick Forsyth
sur le site d'Online Originals. Elle cre un lien simple et surtout rapide et
direct entre le producteur original (l'auteur) et le consommateur final (le
lecteur), avec trs peu d'intermdiaires. Il est passionnant de participer 
cette exprience. Je ne suis absolument pas un spcialiste des nouvelles
technologies. Je n'ai jamais vu de livre numrique. Mais je n'ai jamais vu non
plus de moteur de Formule 1, ce qui ne m'empche pas de constater combien ces
voitures de course sont rapides.

La premire exprience numrique d'Arturo Prez-Reverte est un peu diffrente.
La srie best-seller du romancier espagnol relate les aventures du Capitan
Alatriste au 17esicle. Le nouveau titre  paratre en 2000 s'intitule El Oro
del Rey. En novembre 2000, en collaboration avec son diteur Alfaguara, l'auteur
dcide de diffuser El Oro del Rey en version numrique sur un site spcifique du
portail Inicia, en exclusivit pendant un mois, avant sa sortie en librairie. Le
roman est disponible au format PDF pour 2,90 euros, un prix trs infrieur aux
15,10 euros annoncs pour le livre imprim.

Rsultat de l'exprience, le nombre de tlchargements est trs satisfaisant,
mais pas celui des paiements. Un mois aprs la mise en ligne du roman, on compte
332.000 tlchargements, avec paiement par 12.000 lecteurs seulement. A la mme
date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia, explique
dans un communiqu: Pour tout acheteur du livre numrique, il y avait une cl
pour le tlcharger en 48heures sur le site internet et, surtout au dbut,
beaucoup d'internautes se sont changs ce code d'accs dans les forums de
dialogue en direct (chats) et ont tlcharg leur exemplaire sans payer. On a
voulu tester et cela faisait partie du jeu. Arturo Prez-Reverte voulait surtout
qu'on le lise. En 2006, les cinq premiers tomes de cette saga littraire
devenue un succs plantaire ont t vendus  4 millions d'exemplaires. Ils sont
galement condenss dans le film Alatriste, une superproduction espagnole de 20
millions d'euros.

= Des centaines de titres

Trois ans aprs ces premires tentatives, si les expriences purement numriques
sont provisoirement abandonnes, les livres numriques ont une place
significative  ct de leurs correspondants imprims. En 2003, des centaines de
best-sellers sont vendus en version numrique sur Amazon.com, Barnes &
Noble.com, Yahoo! eBook Store ou sur des sites d'diteurs (Random House,
PerfectBound, etc.), pour lecture sur ordinateur ou sur assistant personnel.
Mobipocket distribue 6.000 titres numriques dans plusieurs langues, soit sur
son site soit dans des librairies partenaires. Le catalogue de Palm Digital
Media approche les 10.000 titres, lisibles sur les gammes Palm et Pocket PC,
avec 15  20 nouveaux titres par jour et 1.000 nouveaux clients par semaine.

Romancier brsilien, Paulo Coelho est devenu mondialement clbre depuis la
parution de L'Alchimiste. Dbut 2003, ses livres, traduits en 56 langues, ont
t vendus en 53millions d'exemplaires dans 155 pays, dont 6,5 millions
d'exemplaires dans les pays francophones. En mars 2003, Paulo Coelho dcide de
distribuer plusieurs de ses romans gratuitement en version PDF, en diverses
langues, avec l'accord de ses diteurs respectifs, dont Anne Carrire, son
ditrice en France. Trois romans sont disponibles en franais: Manuel du
guerrier de la lumire, La cinquime montagne et Veronika dcide de mourir.
Pourquoi une telle dcision? Comme le franais est prsent,  plus ou moins
grande chelle, dans le monde entier, je recevais sans cesse des courriers
lectroniques d'universits et de personnes habitant loin de la France, qui ne
trouvaient pas mes oeuvres, dclare le romancier par le biais de son ditrice.
A la question classique relative au prjudice ventuel sur les ventes futures,
il rpond: Seule une minorit de gens a accs  l'internet, et le livre au
format ebook ne remplacera jamais le livre papier. Une remarque trs juste en
2003, mais qui ne sera peut-tre plus de mise dans quelques annes.


5.3. Nouveaux genres littraires


Principe de base du web, le lien hypertexte permet de relier entre eux des
documents textuels et des images. Quant au lien hypermdia, il permet l'accs 
des graphiques, des images animes, des bandes sonores et des vidos. Des
crivains frus de nouvelles technologies ne tardent pas  en explorer les
possibilits, dans des sites d'criture hypermdia ou des oeuvres
d'hyperfiction. D'autres utilisent les outils que sont le courriel et la liste
de diffusion pour se lancer dans le mail-roman.

= Sites d'criture hypermdia

Webmestre du site hypermdia cotres.net, Jean-Paul relate en juin 2000: La
navigation par hyperliens se fait en rayon (j'ai un centre d'intrt et je
clique mthodiquement sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements
(de clic en clic,  mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon
sujet). Bien sr, les deux sont possibles avec l'imprim. Mais la diffrence
saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a donc pas chang ma
vie, mais mon rapport  l'criture. On n'crit pas de la mme manire pour un
site que pour un scnario, une pice de thtre, etc. (...) Depuis, j'cris
(compose, mets en page, en scne) directement  l'cran. L'tat "imprim" de mon
travail n'est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui
privilgie la linarit et l'image, et qui exclut le son et les images animes.
(...)

C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouv la
mobilit, la fluidit que je cherchais. Le matre mot y est "chantier en cours",
sans palissades. Accouchement permanent,  vue, comme le monde sous nos yeux.
Provisoire, comme la vie qui ttonne, se cherche, se dprend, se reprend. Avec
videmment le risque soulign par les gutenbergs, les orphelins de la
civilisation du livre: plus rien n'est sr. Il n'y a plus de source fiable,
elles sont trop nombreuses, et il devient difficile de distinguer un clerc d'un
gourou. Mais c'est un problme qui concerne le contrle de l'information. Pas la
transmission des motions.

Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un espace d'criture conu par un
collectif de six auteurs issus du dpartement hypermdias de l'Universit Paris
8: Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall'Armellina (qui est aussi webmestre),
Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah. oVosite est un site web
conu et ralis (...) autour d'un symbole primordial et spirituel, celui de
l'oeuf, explique Luc Dall'Armellina en juin 2000. Le site s'est constitu selon
un principe de cellules autonomes qui visent  exposer et intgrer des sources
htrognes (littrature, photo, peinture, vido, synthse) au sein d'une
interface unifiante.

Les possibilits offertes par l'hypertexte ont-elles chang son mode d'criture?
Sa rponse est  la fois ngative et positive.

Ngative d'abord: Non - parce qu'crire est de toute faon une affaire trs
intime, un mode de relation qu'on entretient avec son monde, ses proches et son
lointain, ses mythes et fantasmes, son quotidien et enfin, appendus  l'espace
du langage, celui de sa langue d'origine. Pour toutes ces raisons, je ne pense
pas que l'hypertexte change fondamentalement sa manire d'crire, qu'on procde
par touches, par impressions, associations, quel que soit le support
d'inscription, je crois que l'essentiel se passe un peu  notre insu.

Positive ensuite: Oui - parce que l'hypertexte permet sans doute de commencer
l'acte d'criture plus tt: devanant l'activit de lecture (associations,
bifurcations, sauts de paragraphes) jusque dans l'acte d'crire. L'criture
(ceci est significatif avec des logiciels comme StorySpace) devient peut-tre
plus modulaire. On ne vise plus tant la longue horizontalit du rcit, mais la
mise en espace de ses fragments, autonomes. Et le travail devient celui d'un
tissage des units entre elles. L'autre aspect li  la modularit est la
possibilit d'critures croises,  plusieurs auteurs. Peut-tre s'agit-il
d'ailleurs d'une mta-criture, qui met en relation les units de sens
(paragraphes ou phrases) entre elles.

= Hyper-romans

Lucie de Boutiny est l'auteur de Non, roman multimdia dbut en aot 1997 et
publi en feuilleton par la revue en ligne d'art contemporain Synesthsie. NON
est un roman comique qui fait la satire de la vie quotidienne d'un couple de
jeunes cadres supposs dynamiques, raconte-t-elle en juin 2000. Bien
qu'appartenant  l'lite high-tech d'une industrie florissante, Monsieur et
Madame sont les jouets de la dite rvolution numrique. (...) Non prolonge les
expriences du roman post-moderne (rcits tout en digression, polysmie avec
jeux sur les registres - naturaliste, mlo, comique... - et les niveaux de
langues, etc.). Cette hyperstylisation permet  la narration des dveloppements
inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une navigation dans des rcits
multiples et multimdias, car l'crit  l'cran s'apparente  un jeu et non
seulement se lit mais aussi se regarde.

Les romans prcdents de Lucie de Boutiny sont publis sous forme imprime. Un
roman numrique requiert-il une dmarche diffrente? D'une manire gnrale,
mon humble exprience d'apprentie auteur m'a rvl qu'il n'y a pas de
diffrence entre crire de la fiction pour le papier ou le pixel: cela demande
une concentration maximale, un isolement  la limite dsespr, une patience
obsessionnelle dans le travail millimtrique avec la phrase, et bien entendu, en
plus de la volont de faire, il faut avoir quelque chose  dire! Mais avec le
multimdia, le texte est ensuite mis en scne comme s'il n'tait qu'un scnario.
Et si,  la base, il n'y a pas un vrai travail sur le langage des mots, tout le
graphisme et les astuces interactives qu'on peut y mettre fera gadget. Par
ailleurs, le support modifie l'apprhension du texte, et mme, il faut le
souligner, change l'oeuvre originale.

Autre roman numrique, Apparitions inquitantes (devenu ensuite La maldiction
du parasol) est n sous la plume d'Anne-Ccile Brandenbourger. Il s'agit d'une
longue histoire  lire dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises
penses et de plaisirs ambigus. Pendant deux ans, cette histoire se construit
sous forme de feuilleton sur le site d'Anacoluthe, en collaboration avec Olivier
Lefvre. En fvrier 2000, l'histoire est publie en version numrique (au format
PDF) et en version imprime aux ditions 00h00, en tant que premier titre de la
Collection 2003, consacre aux critures numriques.

00h00 prsente l'ouvrage comme un cyber-polar fait de rcits hypertextuels
imbriqus en gigogne. Entre personnages de feuilleton amricain et intrigue
policire, le lecteur est - hypertextuellement - men par le bout du nez dans
cette saga aux allures borgsiennes. (...) C'est une histoire de meurtre et une
enqute policire; des textes crits court et monts serrs; une balade dans
l'imaginaire des sries tl; une destructuration (organise) du rcit dans une
transposition littraire du zapping; et par consquent, des sensations de
lecture radicalement neuves. Suite au succs du livre, les ditions Florent
Massot publient en aot 2000 une deuxime version imprime (la premire tant
celle de 00h00, imprime uniquement  la demande), avec une couverture en 3D, un
nouveau titre - La maldiction du parasol - et une maquette d'Olivier Lefvre
restituant le rythme de la version originale.

Anne-Ccile Brandenbourger crit en juin 2000: Les possibilits offertes par
l'hypertexte m'ont permis de dvelopper et de donner libre cours  des tendances
que j'avais dj auparavant. J'ai toujours ador crire et lire des textes
clats et inclassables (comme par exemple La vie mode d'emploi de Perec ou Si
par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino) et l'hypermdia m'a donn
l'occasion de me plonger dans ces formes narratives en toute libert. Car, pour
crer des histoires non linaires et des rseaux de textes qui s'imbriquent les
uns dans les autres, l'hypertexte est videmment plus appropri que le papier.
Je crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon criture de
plus en plus intuitive. Plus "intrieure" aussi peut-tre, plus proche des
associations d'ides et des mouvements dsordonns qui caractrisent la pense
lorsqu'elle se laisse aller  la rverie. Cela s'explique par la nature de la
navigation hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu'on crit peut tre
un lien, une porte qui s'ouvre sur une histoire.

= Mail-romans

Le mail-roman utilise le canal du courriel. Une premire exprience est relate
dans le quotidien Libration du 27 fvrier 1998. Le romancier amricain Barry
Beckham lance une formule originale pour diffuser son nouveau roman You Have a
Friend: The Rise and Fall and Rise of the Chase Manhattan Bank. Ce roman a pour
dcor la grande banque Chase Manhattan, et ceci sur deux sicles, entre 1793 et
1995. Le sujet est inspir de la vie professionnelle de l'auteur, qui est
rdacteur dans le service des relations publiques de cette banque. Moyennant un
abonnement de 9,95 dollars, le lecteur reoit un pisode par courriel tous les
quinze jours pendant six mois. Barry Beckham inaugure ainsi la formule du
roman-feuilleton sur le web, dans la ligne de Dostoevski, Dumas et Dickens en
d'autres temps. Sur son site (disparu depuis), Barry Beckham dit s'tre inspir
de la dmarche des feuilletonnistes du 19e sicle pour atteindre des lecteurs 
une poque o l'dition littraire est domine par des conglomrats obsds par
des titres ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance
intellectuelle.

Le premier mail-roman francophone est lanc en 2001 par Jean-Pierre Balpe,
directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8, chercheur et
crivain. Pendant trs exactement cent jours, entre le 11 avril et le 19 juillet
2001, il diffuse quotidiennement un chapitre de Rien n'est sans dire auprs de
cinq cents personnes - sa famille, ses amis, ses collgues, etc. - en y
intgrant les rponses et les ractions des lecteurs. Raconte par un narrateur,
l'histoire est celle de Stanislas et Zita, qui vivent une passion tragique
dchire par une sombre histoire politique. Cette ide d'un mail-roman m'est
venue tout naturellement, raconte l'auteur en fvrier 2002. D'une part en me
demandant depuis quelque temps dj ce qu'internet peut apporter sur le plan de
la forme  la littrature (...) et d'autre part en lisant de la littrature
"pistolaire" du 18e sicle, ces fameux "romans par lettres". Il suffit alors de
transposer: que peut tre le "roman par lettres" aujourd'hui?

Jean-Pierre Balpe tire plusieurs conclusions de cette exprience: D'abord c'est
un "genre": depuis, plusieurs personnes m'ont dit lancer aussi un mail-roman.
Ensuite j'ai aperu quantit de possibilits que je n'ai pas exploites et que
je me rserve pour un ventuel travail ultrieur. La contrainte du temps est
ainsi trs intressante  exploiter: le temps de l'criture bien sr, mais aussi
celui de la lecture: ce n'est pas rien de mettre quelqu'un devant la ncessit
de lire, chaque jour, une page de roman. Ce "pacte" a quelque chose de
diabolique. Et enfin le renforcement de ma conviction que les technologies
numriques sont une chance extraordinaire du renouvellement du littraire.

= Littrature numrique

Comme on vient de le voir, les technologies numriques donnent naissance 
plusieurs genres: site d'criture hypermdia, roman multimdia, hyper-roman,
nouvelle hypertexte, feuilleton hypermdia, mail-roman, etc. Une vritable
littrature numrique - appele aussi littrature informatique, littrature
lectronique ou cyber-littrature - bouscule dsormais la littrature
traditionnelle en lui apportant un souffle nouveau, et s'intgre aussi 
d'autres formes artistiques puisque le support numrique favorise la fusion de
l'crit avec l'image et le son.

Selon Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net, interview en aot
1999, l'avenir de la cyber-littrature est trac par sa technologie mme. Il
est maintenant impossible  un(e) auteur(e) seul(e) de manier  la fois les
mots, leur apparence mouvante et leur sonorit. Matriser aussi bien Director,
Photoshop et Cubase, pour ne citer que les plus connus, c'tait possible il y a
dix ans, avec les versions 1. a ne l'est plus. Ds demain (matin), il faudra
savoir dlguer les comptences, trouver des partenaires financiers aux reins
autrement plus solides que Gallimard, voir du ct d'Hachette-Matra, Warner,
Pentagone, Hollywood. Au mieux, le statut de... l'crivaste? du multimdiaste?
sera celui du vidaste, du metteur en scne, du directeur de produit: c'est lui
qui cope des palmes d'or  Cannes, mais il n'aurait jamais pu les dcrocher
seul. Soeur jumelle (et non pas clone) du cinmatographe, la cyber-littrature
(= la vido + le lien) sera une industrie, avec quelques artisans isols dans la
priphrie off-off (aux droits d'auteur ngatifs, donc).

Lucie de Boutiny, romancire multimdia, raconte pour sa part en juin 2000: Mes
"conseillers littraires", des amis qui n'ont pas ressenti le vent de libert
qui souffle sur le web, aimeraient que j'y reste, englue dans la pte  papier.
Appliquant le principe de demi-dsobissance, je fais des allers-retours
papier-pixel. L'avenir nous dira si j'ai perdu mon temps ou si un nouveau genre
littraire hypermdia va natre. (...) Si les crivains franais classiques en
sont encore  se demander s'ils ne prfrent pas le petit carnet Clairefontaine,
le Bic ou le Mont-Blanc ftiche, et un usage modr du traitement de texte,
plutt que l'ordinateur connect, voire l'installation, c'est que l'HTX
(hypertext literature) ncessite un travail d'accouchement visuel qui n'est pas
la vocation originaire de l'crivain papier. En plus des proccupations du
langage (syntaxe, registre, ton, style, histoire...), le techno-crivain -
collons-lui ce label pour le diffrencier - doit aussi matriser la syntaxe
informatique et participer  l'invention de codes graphiques car lire sur un
cran est aussi regarder.

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre de l'espace d'critures hypermdias
oVosite, crit  la mme date: La couverture du rseau autour de la surface du
globe resserre les liens entre les individus distants et inconnus. Ce qui n'est
pas simple puisque nous sommes placs devant des situations nouvelles: ni
vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni vraiment lecteurs, ni vraiment
interacteurs. Ces situations crent des nouvelles postures de rencontre, des
postures de "spectacture" ou de "lectacture" (Jean-Louis Weissberg). Les notions
de lieu, d'espace, de temps, d'actualit sont requestionnes  travers ce mdium
qui n'offre plus gure de distance  l'vnement mais se situe comme aucun autre
dans le prsent en train de se faire. L'cart peut tre mince entre l'envoi et
la rponse, parfois immdiat (cas de la gnration de textes).

Mais ce qui frappe et se trouve reprable ne doit pas masquer les aspects encore
mal dfinis tels que les changements radicaux qui s'oprent sur le plan
symbolique, reprsentationnel, imaginaire et plus simplement sur notre mode de
relation aux autres. "Plus de proximit" ne cre pas plus d'engagement dans la
relation, de mme "plus de liens" ne crent pas plus de liaisons, ou encore
"plus de tuyaux" ne crent pas plus de partage. Je rve d'un internet o nous
pourrions crire  plusieurs sur le mme dispositif, une sorte de lieu d'atelier
d'critures permanent et qui autoriserait l'criture personnelle (c'est en voie
d'exister), son partage avec d'autres auteurs, leur mise en relation dans un
tissage d'hypertextes et un espace commun de notes et de commentaires sur le
travail qui se cre.

En janvier 2007, Jean-Paul fait  nouveau le point sur son activit
d'entoileur du site hypermdia cotres.net: J'ai gagn du temps. J'utilise
moins de logiciels, dont j'intgre le rsultat dans Flash. Ce dernier m'assure
de contrler  90% le rsultat  l'affichage sur les crans de rception (au
contraire de ceux qui prfrent prsenter des oeuvres ouvertes, o
l'intervention tantt du hasard tantt de l'internaute est recherche). Je peux
maintenant me concentrer sur le coeur de la chose: l'architecture et le
dveloppement du rcit. (...) Les deux points forts des trois ou quatre ans 
venir sont: (1)la gnralisation du trs haut dbit (c'est--dire en fait du
dbit normal), qui va m'affranchir des limitations purement techniques,
notamment des soucis de poids et d'affichage des fichiers (mort dfinitive,
enfin, des histogrammes de chargement); (2)le dveloppement de la 3 D. C'est le
rcit en hypermdia (= le multimdia + le clic) qui m'intresse. Les piges que
pose un rcit en 2 D sont dja passionnants. Avec la 3D, il va falloir
chevaucher le tigre pour viter la simple prouesse technique et laisser la
priorit au rcit.


5.4. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1997 (mai): Posie d'hier et d'aujourd'hui, site de Silvaine Arabo.

1997 (juin): oVosite, espace d'criture cr par un collectif.

1997 (aot): Non_roman, roman multimdia de Lucie de Boutiny.

1998 (fvrier): You Have a Friend, mail-roman de Barry Beckham.

1998 (mars): Premier roman interactif francophone.

1998 (octobre): Cotres.net, site hypermdia collectif.

2000 (fvrier): Apparitions inquitantes, roman d'Anne-Ccile Brandenbourger,
aux ditions 00h00.

2000 (mars): Riding the Bullet, nouvelle de Stephen King, distribue sur le web.

2000 (avril): Site d'Anne-Bndicte Joly, crivain auto-diteur.

2000 (juillet): Autopublication de The Plant, roman de Stephen King.

2000 (novembre): Arrt de l'autopublication de The Plant, roman de Stephen King.

2000 (novembre): The Veteran, de Frederick Forsyth, en version numrique.

2000 (novembre): El Oro del Rey, d'Arturo Prez-Reverte, en version numrique.

2001 (t): Rien n'est sans dire, mail-roman de Jean-Pierre Balpe.

2003 (mars): Plusieurs titres de Paulo Coelho mis en ligne gratuitement.


6. LES EDITEURS SUR LE RESEAU


[6.1. Editeurs en ligne littraires / Premiers pas / CyLibris / 00h00 / Luc Pire
lectronique / Choucas / Plateformes d'dition / Auto-dition // 6.2. Editeurs
en ligne scientifiques / Net des tudes franaises / Public Library of Science /
Cours du MIT / Livres gratuits sur le web / Gratuit versus payant // 6.3.
Chronologie]

Au dbut des annes 2000, l'dition lectronique creuse son sillon  ct de
l'dition traditionnelle, du fait des avantages qu'elle procure: stockage plus
simple, accs plus rapide, diffusion plus facile, cot moins lev, etc. Elle
amne aussi un souffle nouveau dans le monde de l'dition, et mme une certaine
zizanie. On voit des diteurs vendre directement leurs titres en ligne, des
diteurs lectroniques commercialiser les versions numrises de livres publis
par des diteurs traditionnels, des librairies numriques vendre les versions
numrises de livres publis par des diteurs partenaires, des auteurs
s'auto-diter ou promouvoir eux-mmes leurs oeuvres publies, des sites
littraires se charger de faire connatre de nouveaux auteurs pour pallier les
carences de l'dition traditionnelle, etc. Le numrique pourra-il  terme
rajeunir la structure ditoriale en place, considre par beaucoup comme
passablement sclrose? Par ailleurs, des diteurs scientifiques et des
organismes de renom dcident de mettre leurs publications et leurs cours en
accs libre sur le web et de privilgier la diffusion libre du savoir.


6.1. Editeurs en ligne littraires


= Premiers pas

Les premiers titres purement lectroniques sont des oeuvres courtes,
rpertories dans l'E-zine-list, une liste cre en t 1993 par John Labovitz.
Abrg de fanzine ou magazine, un zine est gnralement l'oeuvre d'une personne
ou d'un petit groupe. Quant au e-zine, il est uniquement diffus par courriel ou
sur un site web. Le plus souvent, il ne contient pas de publicit, ne vise pas
un profit commercial et n'est pas dirig vers une audience de masse.

Comment l'E-zine-list dbute-t-elle? Dans l'historique prsent sur le site, John
Labovitz relate qu' l'origine son intention est de faire connatre Crash, un
zine imprim pour lequel il souhaite crer une version lectronique. A la
recherche de rpertoires, il ne trouve que le groupe de discussion Alt.zines, et
des archives comme le The Well et The Etext Archives. Lui vient alors l'ide
d'un rpertoire organis. Il commence avec douze titres classs manuellement sur
un traitement de texte. Puis il crit sa propre base de donnes. En quatre ans,
de 1993  1997, les quelques dizaines de e-zines deviennent plusieurs centaines,
et la signification mme d'e-zine s'largit pour recouvrir tout type de
publication publie par voie lectronique, mme s'il subsiste toujours un
groupe original et indpendant dsormais minoritaire qui continue de publier
suivant son coeur ou de repousser les frontires de ce que nous appelons un
e-zine. En t 1998, l'E-zine-list comprend 3.000 titres. Elle sera poursuivie
jusqu'en novembre 2001.

Qu'en est-il pour les textes en franais? En avril 1995, Pierre Franois Gagnon,
pote et essayiste qubcois, dcide d'utiliser le numrique pour la rception
des textes, leur stockage et leur diffusion. Il cre Editel, premier site
d'auto-dition collective de langue franaise. En juillet 2000, il raconte: En
fait, tout le monde et son pre savent ou devraient savoir que le premier site
d'dition en ligne commercial fut CyLibris (fond en aot 1996, ndlr), prcd
de loin lui-mme, au printemps de 1995, par nul autre qu'Editel, le pionnier
d'entre les pionniers du domaine, bien que nous fmes confins  l'action
symbolique collective, faute d'avoir les moyens de dboucher jusqu'ici sur une
formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable (...). Nous sommes
actuellement trois mousquetaires (Pierre Franois Gagnon, Jacques Massacrier et
Mostafa Benhamza, ndlr)  dvelopper le contenu original et indit du webzine
littraire qui continuera de servir de faade d'animation gratuite, offerte
personnellement par les auteurs maison  leur lectorat,  d'ventuelles
activits d'dition en ligne payantes, ds que possible au point de vue
technico-financier. Est-il encore raliste de rver  la dmocratie conomique?

A la suite d'Editel, des diteurs naissent directement sur le web pour tenter
une aventure indite. Dans le monde francophone, le premier diteur lectronique
commercial est CyLibris, fond en aot 1996. CyLibris est suivi en mai 1998 par
00h00, premier diteur au monde  commercialiser des livres numriques.

= CyLibris

Fond par Olivier Gainon en aot 1996, CyLibris (de Cy, cyber et Libris, livre),
bas  Paris, est le pionnier francophone de l'dition lectronique commerciale.
CyLibris est en effet la premire maison d'dition  utiliser l'internet et le
numrique pour publier de nouveaux auteurs littraires, et parfois des auteurs
confirms, dans divers genres: littrature gnrale, policier, science-fiction,
thtre et posie. Vendus uniquement sur le web, les livres sont imprims  la
commande et envoys directement au client, ce qui permet d'viter le stock et
les intermdiaires. Des extraits sont disponibles en tlchargement libre.

Pendant son premier trimestre d'activit, l'diteur signe des contrats avec
treize auteurs. En 2000, CyLibris compte une moyenne de 15.000 visites
mensuelles sur son site, 3.500 livres vendus tous exemplaires confondus et une
anne 1999 financirement quilibre. En 2001, certains titres sont galement
vendus en version imprime par un rseau de librairies partenaires, notamment la
Fnac, et en version numrique par Mobipocket et Numilog, pour lecture sur
ordinateur et sur assistant personnel. En 2003, le catalogue de CyLibris
comprend une cinquantaine de titres.

CyLibris a t cr d'abord comme une maison d'dition spcialise sur un
crneau particulier de l'dition et mal couvert  notre sens par les autres
diteurs: la publication de premires oeuvres, donc d'auteurs dbutants,
explique Olivier Gainon en dcembre 2000. Nous nous intressons finalement  la
littrature qui ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non
seulement les premires oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en
dcalage avec la mouvance et les modes littraires dominantes. Ce qui est
rassurant, c'est que nous avons dj eu quelques succs ditoriaux: le grand
prix de la SGDL (Socit des gens de lettres) en 1999 pour La Toile de
Jean-Pierre Balpe, le prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jrme
Olinon en 2000, etc. Ce positionnement de "dfricheur" est en soi original dans
le monde de l'dition, mais c'est surtout son mode de fonctionnement qui fait de
CyLibris un diteur atypique.

Cr ds 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu contourner les contraintes
de l'dition traditionnelle grce  deux innovations: la vente directe par
l'intermdiaire d'un site de commerce sur internet, et le couplage de cette
vente avec une impression numrique en "flux tendu". Cela permettait de
contourner les deux barrires traditionnelles dans l'dition: les cots
d'impression (et de stockage), et les contraintes de distribution. Notre systme
grait donc des flux physiques: commande reue par internet, impression du livre
command, envoi par la poste. Je prcise que nous sous-traitons l'impression 
des imprimeurs numriques, ce qui nous permet de vendre des livres de qualit
quivalente  celle de l'offset, et  un prix comparable. Notre systme n'est ni
plus cher, ni de moindre qualit, il obit  une conomie diffrente, qui, 
notre sens, devrait se gnraliser  terme.

En quoi consiste l'activit d'un diteur lectronique? Je dcrirais mon
activit comme double, explique Olivier Gainon. D'une part celle d'un diteur
traditionnel dans la slection des manuscrits et leur retravail (je m'occupe
directement de la collection science-fiction), mais galement le choix des
maquettes, les relations avec les prestataires, etc. D'autre part, une activit
internet trs forte qui vise  optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre
une stratgie de partenariat permettant  CyLibris d'obtenir la visibilit qui
lui fait parfois dfaut. Enfin, je reprsente CyLibris au sein du SNE (le
Syndicat national de l'dition, dont CyLibris fait partie depuis le printemps
2000, ndlr). CyLibris est aujourd'hui une petite structure. Elle a trouv sa
place dans l'dition, mais est encore d'une conomie fragile sur internet. Notre
objectif est de la rendre prenne et rentable et nous nous y employons.

Le site web se veut aussi le carrefour de la petite dition. Il procure des
informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit  un
diteur, ce que doit comporter un contrat d'dition, comment protger ses
manuscrits, comment tenter sa chance dans des revues ou concours littraires,
etc.

Par ailleurs, l'quipe de CyLibris lance en mai 1999 CyLibris Infos, une lettre
d'information lectronique gratuite dont l'objectif n'est pas tant de promouvoir
les livres de l'diteur que de prsenter l'actualit de l'dition francophone.
Volontairement dcale et souvent humoristique sinon dcapante, la lettre est
tout d'abord mensuelle, puis elle parat deux fois par mois  compter de fvrier
2000. Elle compte 565 abonns en octobre 2000. Elle change de nom en fvrier
2001 pour devenir Edition-actu. Elle compte 1.500 abonns en 2003. Elle laisse
ensuite la place au blog de CyLibris.

= 00h00

Lui aussi pionnier de l'dition en ligne commerciale, 00h00 fait son apparition
en mai 1998, un peu moins de deux ans aprs la cration de CyLibris. Mais le
champ d'investigation de 00h00  (qui se prononce: zro heure) est diffrent. Il
est le premier diteur au monde  se lancer dans la commercialisation de livres
numriques. En 2000, les versions numriques (au format PDF) reprsentent 85%
des ventes, les 15% restants tant des versions imprimes  la demande du
client.

00h00 est fond  l'instigation de Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira,
respectivement directeur gnral de Flammarion et directeur de Flammarion
Multimdia. Aujourd'hui mon activit professionnelle est 100% base sur
internet, explique Bruno de Sa Moreira en juillet 1998. Le changement ne s'est
pas fait radicalement, lui, mais progressivement (audiovisuel puis multimdia
puis internet). (...) La gestation du projet a dur un an: brainstorming,
faisabilit, cration de la socit et montage financier, dveloppement
technique du site et informatique ditoriale, mise au point et production des
textes et prparation du catalogue  l'ouverture.(...) Nous faisons un pari,
mais l'internet me semble un mdia capable d'une trs large popularisation, sans
doute grce  des terminaux plus faciles d'accs que le seul micro-ordinateur.

La cration de 00h00 marque la vritable naissance de l'dition en ligne,
lit-on sur le site web. C'est en effet la premire fois au monde que la
publication sur internet de textes au format numrique est envisage dans le
contexte d'un site commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs
traditionnels de l'dition (auteurs et diteurs) d'ouvrir avec elle sur le
rseau une nouvelle fentre d'exploitation des droits. Les textes offerts par
00h00 sont soit des indits, soit des textes du domaine public, soit des textes
sous copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs
ayants droit. (...) Avec l'dition en ligne merge probablement une premire
vision de l'dition au 21e sicle. C'est cette ide d'origine, de nouveau dpart
qui s'exprime dans le nom de marque, 00h00. (...) Internet est un lieu sans
pass, o ce que l'on fait ne s'value pas par rapport  une tradition. Il y
faut inventer de nouvelles manires de faire les choses. (...) Le succs de
l'dition en ligne ne dpendra pas seulement des choix ditoriaux: il dpendra
aussi de la capacit  structurer des approches neuves, fondes sur les lecteurs
autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur l'criture, et 
rendre immdiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a commenc.

Les collections sont trs diverses: indits, thtre classique franais, contes
et rcits fantastiques, contes et rcits philosophiques, souvenirs et mmoires,
philosophie classique, ralisme et naturalisme, cyberculture, romans d'enfance,
romans d'amour, nouvelles et romans d'aventure. Le recherche est possible par
auteur, par titre et par genre. Pour chaque livre, on a un descriptif court, un
descriptif dtaill, la table des matires et une courte prsentation de
l'auteur. S'ajoutent ensuite les commentaires des lecteurs. Pas de stock, pas de
contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et
entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs qui le souhaitent
peuvent crer leur espace personnel pour y rdiger leurs commentaires,
participer  des forums ou recommander des liens vers d'autres sites. Ils
peuvent encore s'abonner  la lettre d'information de 00h00 pour tre tenus au
courant des nouveauts. L'diteur produit aussi des clips littraires pour
prsenter les ouvrages publis.

En 2000, le catalogue comprend 600 titres, qui comprennent une centaine
d'oeuvres originales et des rditions lectroniques d'ouvrages publis par
d'autres diteurs. Les oeuvres originales sont rparties en plusieurs
collections: nouvelles critures interactives et hypertextuelles, premiers
romans, documents d'actualit, tudes sur les NTIC (nouvelles technologies de
l'information et de la communication), co-ditions avec des diteurs
traditionnels ou de grandes institutions. Le paiement est effectu en ligne
grce  un systme scuris mis en place par la Banque populaire. Ceux que le
paiement en ligne rebute peuvent rgler leur commande par carte bancaire (envoi
par fax) ou par chque (envoi par courrier postal).

En septembre 2000, 00h00 est rachet par la socit amricaine Gemstar-TV Guide
International, spcialise dans les produits et services numriques pour les
mdias. Quelques mois auparavant, en janvier 2000, Gemstar rachte les deux
socits californiennes  l'origine des premires tablettes lectroniques de
lecture, NuvoMedia, cratrice du Rocket eBook, et Softbook Press, cratrice du
Softbook Reader. Selon un communiqu de Henry Yuen, prsident de Gemstar, les
comptences ditoriales dont dispose 00h00 et les capacits d'innovation et de
crativit dont elle a fait preuve sont les atouts ncessaires pour faire de
Gemstar un acteur majeur du nouvel ge de l'dition numrique qui s'ouvre en
Europe. La communaut francophone ne voit pas ce rachat d'un trs bon oeil, la
mondialisation de l'dition semblant justement peu compatible avec l'innovation
et la crativit. Moins de trois ans plus tard, en juin 2003, 00h00 cesse
dfinitivement ses activits, tout comme la branche eBook de Gemstar.

Il reste le souvenir d'une belle aventure. En octobre 2006, Jean-Pierre Arbon,
devenu chanteur, raconte sur son site: J'avais fond, avec Bruno de Sa Moreira,
une maison d'dition d'un genre nouveau, la premire au monde  tenter  grande
chelle l'aventure de l'dition en ligne. Tout tait  faire,  inventer.
L'dition numrique tait terra incognita: on explorait, on dfrichait.

= Luc Pire lectronique

En Belgique, le premier diteur  s'intresser au numrique est Luc Pire. Fonde
en automne 1994, sa maison d'dition est prsente  Bruxelles et  Lige. Luc
Pire lectronique est lanc en fvrier 2001 pour proposer des versions
numriques de titres dj publis chez l'diteur ou de nouveaux titres en
version numrique. Nicolas Ancion, le responsable ditorial de ce nouveau
secteur, explique en avril 2001: Ma fonction est d'une double nature: d'une
part, imaginer des contenus pour l'dition numrique de demain et, d'autre part,
trouver des sources de financement pour les dvelopper. (...) Je supervise le
contenu du site de la maison d'dition et je conois les prochaines gnrations
de textes publis numriquement (mais pas exclusivement sur internet).

Comment voit-il l'avenir? L'dition lectronique n'en est encore qu' ses
balbutiements. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l'essentiel est
dj acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette
apparition entrane une redfinition du mtier d'diteur. Auparavant, un diteur
pouvait se contenter d'imprimer des livres et de les distribuer. Mme s'il s'en
dfendait parfois, il fabriquait avant tout des objets matriels (des livres).
Dsormais, le rle de l'diteur consiste  imaginer et mettre en forme des
contenus, en collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets
matriels, mais des contenus dmatrialiss. Ces contenus sont ensuite
"matrialiss" sous diffrentes formes: livres papier, livres numriques, sites
web, bases de donnes, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le dpartement de
"production" d'un diteur deviendrait plutt un dpartement d'"exploitation" des
ressources. Le mtier d'diteur se rvle ainsi beaucoup plus riche et plus
large. Il peut amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de
nouveaux publics. C'est un vritable dfi qui demande avant tout de
l'imagination et de la souplesse.

= Choucas

L'exprience des ditions du Choucas est totalement diffrente. Fond en 1992
par Nicolas et Suzanne Pewny, alors libraires en Haute-Savoie, Le Choucas est
une petite maison d'dition spcialise dans les romans policiers, la
littrature, les livres de photos et les livres d'art. En juin 1998, Nicolas
Pewny raconte: Le site des ditions du Choucas a t cr fin novembre 1996.
Lorsque je me suis rendu compte des possibilits qu'internet pouvait nous
offrir, je me suis jur que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit
problme: nous n'avions pas de budget pour le faire raliser. Alors, au prix
d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai cr ce site moi-mme et l'ai fait
rfrencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors volu en mme
temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matire et
s'est agrandi, et a commenc  tre un peu connu mme hors France et Europe.

Le changement qu'internet a apport dans notre vie professionnelle est
considrable. Nous sommes une petite maison d'dition installe en province.
Internet nous a fait connatre rapidement sur une chelle que je ne souponnais
pas. Mme les mdias "classiques" nous ont ouvert un peu leur portes grce 
notre site. Les manuscrits affluent par le courrier lectronique. Ainsi nous
avons dit deux auteurs qubcois (Fernand Hroux et Liz Morency, auteurs de
Affaire de coeurs, paru en septembre 1997, ndlr). Beaucoup de livres se ralisent
(corrections, illustrations, envoi des documents  l'imprimeur) par ce moyen.
Ds le dbut du site nous avons reu des demandes de pays o nous ne sommes pas
(encore) reprsents: Etats-Unis, Japon, Amrique latine, Mexique, malgr notre
volont de ne pas devenir un site "commercial" mais d'information et 
"connotation culturelle". (Nous n'avons pas de systme de paiement scuris,
nous avons juste rfrenc sur une page les libraires qui vendent en ligne).

En ce qui concerne l'avenir, j'aurais tendance  rpondre par deux questions:
Pouvez vous me dire comment va voluer internet? Comment vont voluer les
utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu "commercial" que possible et
augmenter l'interactivit et le contact avec les visiteurs du site. Y
russirons-nous? Nous avons dj reu des propositions qui vont dans un sens
oppos. Nous les avons mis "en veille". Mais si l'volution va dans ce sens,
pourrons-nous rsister, ou trouver une "voie moyenne"? Honntement, je n'en sais
rien.

Bien qu'tant d'abord un diteur  vocation commerciale, Nicolas Pewny tient
aussi  avoir des activits non commerciales pour faire connatre des auteurs
peu diffuss, par exemple Raymond Godefroy, crivain-paysan normand, qui
dsesprait de trouver un diteur pour son recueil de fables, Fables pour l'an
2000. Quelques jours avant le passage  l'an 2000, Nicolas Pewny ralise un beau
design pour ces fables et publie le recueil en ligne sur le site du Choucas.

Internet reprsente pour moi un formidable outil de communication qui nous
affranchit des intermdiaires, des barrages doctrinaires et des intrts des
mdias en place, crit Raymond Godefroy en dcembre 1999. Soumis aux mmes lois
cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connatre, acquerront peu  peu cette
conscience du collectif, d'appartenir  un mme monde fragile pour y vivre en
harmonie sans le dtruire. Internet est absolument comme la langue d'Esope, la
meilleure et la pire des choses, selon l'usage qu'on en fait, et j'espre qu'il
me permettra de m'affranchir en partie de l'dition et de la distribution
traditionnelle qui, referme sur elle-mme, souffre d'une crise d'intolrance
pour entrer  reculons dans le prochain millnaire.

Trs certainement autobiographique, la fable Le pote et l'diteur (sixime
fable de la troisime partie) relate on ne peut mieux les affres du pote  la
recherche d'un diteur. Raymond Godefroy restant trs attach au papier, il
auto-publie la version imprime de ses fables en juin 2001, avec un titre
lgrement diffrent, Fables pour les annes 2000, puisque le cap du 21e sicle
est dsormais franchi.

Quant aux ditions du Choucas, elles cessent leur activit en mars 2001, une
disparition de plus  dplorer chez les diteurs indpendants. Comme je le
prvoyais, notre distributeur a dpos son bilan, raconte Nicolas Pewny en juin
2001. Et malheureusement les ditions du Choucas (ainsi que d'autres diteurs)
ont cess leur activit ditoriale. Je maintiens gracieusement le site web pour
tmoignage de mon savoir-faire d'diteur on- et off-line. (...) Je ne regrette
pas ces dix annes de lutte, de satisfactions et de malheurs passs aux ditions
du Choucas. J'ai connu des auteurs intressants dont certains sont devenus des
amis... Maintenant je fais des publications et des sites internet pour d'autres.
En ce moment pour une ONG (organisation non gouvernementale) internationale
caritative; je suis ravi de participer (modestement)  leur activit  but non
lucratif. Enfin on ne parle plus de profit ou de manque  gagner, c'est
reposant.

= Plateformes d'dition

Des auteurs dus par le systme ditorial en place crent des plateformes
d'dition littraire non commerciale pour faire connatre leurs oeuvres et
celles d'autres auteurs. Eux aussi font un vritable travail d'diteur si l'on
considre que le but premier d'un diteur est de dcouvrir et diffuser des
auteurs.

En 1997, Jacky Minier cre Diamedit, site franais de promotion d'indits
artistiques et littraires. J'ai imagin ce site d'dition virtuelle il y a
maintenant plusieurs annes,  l'aube de l're internautique francophone,
relate-t-il en octobre 2000. A l'poque, il n'y avait aucun site de ce genre sur
la toile  l'exception du site qubcois Editel de Pierre Franois Gagnon (fond
en avril 1995, ndlr). J'avais alors crit un roman et quelques nouvelles que
j'aurais aim publier mais, le systme franais d'dition classique papier tant
ce qu'il est, frileux et  la remorque de l'Audimat, il est devenu de plus en
plus difficile de faire connatre son travail lorsqu'on n'est pas dj connu
mdiatiquement. J'ai donc imagin d'utiliser le web pour faire la promotion
d'auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d'tre lus. Diamedit est fait
pour les indits. Rien que des indits. Pour encourager avant tout la cration.
Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et
multiforme. A la fois informaticien, crivain, auteur de contenus, webmestre,
graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et
commercial, tout  la fois. Mon activit est donc un mlange de ces diverses
facettes.

Comment Jacky Minier voit-il l'avenir? Souriant. Je le vois trs souriant. Je
crois que le plus dur est fait et que le savoir-faire cumul depuis les annes
de dbroussaillage verra bientt la valorisation de ces efforts. Le nombre des
branchs francophones augmente trs vite maintenant et, mme si, en France, on a
encore beaucoup de retard sur les Amriques, on a aussi quelques atouts
spcifiques. En matire de crativit notamment. C'est pile poil le crneau de
Diamedit. De plus, je me sens moins seul maintenant qu'en 1998. Des confrres
srieux ont fait leur apparition dans le domaine de la publication d'indits.
Tant mieux! Plus on sera et plus l'expression artistique et cratrice prendra
son envol. En la matire, la concurrence n'est  craindre que si on ne maintient
pas le niveau d'excellence. Il ne faut pas publier n'importe quoi si on veut que
les visiteurs comme les auteurs s'y retrouvent.

Une des consoeurs de Jacky Minier est Marie-Aude Bourson, lyonnaise frue de
littrature et d'criture qui, en septembre 1999, dbute le site littraire La
Grenouille Bleue. L'objectif est de faire connatre de jeunes auteurs
francophones, pour la plupart amateurs, raconte-t-elle en dcembre 2000. Chaque
semaine, une nouvelle complte est envoye par e-mail aux abonns de la lettre.
Les lecteurs ont ensuite la possibilit de donner leurs impressions sur un forum
ddi. Egalement, des jeux d'criture ainsi qu'un atelier permettent aux auteurs
de "s'entraner" ou dcouvrir l'criture. Un annuaire recense les sites
littraires. Un agenda permet de connatre les diffrentes manifestations
littraires. En dcembre 2000, elle doit fermer le site pour un problme de
marque. En janvier 2001, elle ouvre un deuxime site, Gloupsy.com, gr selon le
mme principe, mais avec plus de "services" pour les jeunes auteurs, le but
tant de mettre en place une vritable plateforme pour "lancer" les auteurs et
fonder peut-tre ensuite une vritable maison d'dition avec impression papier
des auteurs dcouverts. Gloupsy.com cesse ses activits en mars 2003, date de
la fin du contrat d'hbergement du site.

= Auto-dition

L'internet permet de renforcer les relations entre les auteurs et les lecteurs.
Si les diteurs ne peuvent vivre sans les auteurs, les auteurs peuvent enfin
vivre sans les diteurs. Un site web leur permet de promouvoir leurs oeuvres
sans intermdiaire. Le courriel leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En
dfinitive, les auteurs ont-ils encore besoin des diteurs?

L'auto-dition est la solution choisie par Anne-Bndicte Joly, romancire, qui
cre un site web en avril 2000 pour diffuser ses oeuvres. En juin 2000, elle
raconte: Aprs avoir rencontr de nombreuses fins de non-recevoir auprs des
maisons d'dition et ne souhaitant pas opter pour des ditions  compte
d'auteur, j'ai choisi, parce que l'on crit avant tout pour tre lu (!), d'avoir
recours  l'auto-dition. Je suis donc un crivain-diteur et j'assume
l'intgralit des tapes de la chane littraire, depuis l'criture jusqu' la
commercialisation, en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le
dpt lgal et la diffusion de mes livres. Mes livres sont en rgle gnrale
dits  250exemplaires et je parviens systmatiquement  couvrir mes frais
fixes. Je pense qu'internet est avant tout un mdia plus rapide et plus
universel que d'autres, mais je suis convaincue que le livre "papier" a encore,
pour des lecteurs amoureux de l'objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense
que la problmatique rside davantage dans la qualit de certains diteurs, pour
ne pas dire la frilosit, devant les cots lis  la fabrication d'un livre, qui
prfrent diter des livres "vendeurs" plutt que de dcider de prendre le
risque avec certains crits ou certains auteurs moins connus ou inconnus (...).
Si l'internet et le livre lectronique ne remplaceront pas le support livre, je
reste convaincue que disposer d'un tel rseau de communication est un avantage
pour des auteurs moins (ou pas) connus.

Jean-Paul, auteur hypermdia, relate en aot 1999: L'internet va me permettre
de me passer des intermdiaires: compagnies de disques, diteurs,
distributeurs... Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la
tte (et ailleurs) et dont l'imprim (la micro-dition, en fait) ne me
permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermdiaires prendront
tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, l o l'herbe est plus
verte...

Il est possible que l'auto-dition soit promise  un bel avenir. Jean-Pierre
Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, une chronique hebdomadaire des
actualits de l'internet, crit en aot 2000 : J'ai une thorie des forces qui
animent et modifient la socit, et qui se rsume  classer les phnomnes en
tendances fortes, courants porteurs et signaux faibles. Le livre lectronique
(appel ici livre numrique, ndlr) ne rpond pas encore aux critres de tendance
forte. On peroit des signaux faibles qui pourraient annoncer un courant
porteur, mais on n'y est pas encore. Cependant, si et quand on y sera, ce sera
un atout important pour les personnes qui souhaiteront s'auto-diter, et le
phnomne pourrait bouleverser le monde de l'dition traditionnelle.

Mais comment trier le bon grain de l'ivraie? Philippe Renaut, grant des
ditions du Presse-Temps, croit  la ncessit d'un tamis ditorial. Il explique
en fvrier 2003: C'est plutt par la conjonction de ces deux lments
essentiels - vecteur de communication d'un contenu travaill ditorialement -
que l'on peut dfinir le livre par opposition  la mise en ligne ou mise 
disposition massive de textes sans un regard ou une labellisation
professionnels. En effet sans pouvoir assurer que magiquement l'oeil d'un
diteur permet de dceler le mauvais du bon, il reste nanmoins l'instrument par
lequel un lecteur peut tenter de trier dans la production dsormais plthorique
de livres. Parfois des ouvrages de qualit se retrouveront malheureusement
auto-dits pour n'avoir su tre dcels, et d'autres mdiocres se retrouveront
dits envers et contre tout, mais cela ne change rien au processus de base qui
veut que le tamis ditorial joue son rle et aide le public dans ses choix (il
suffit de considrer le niveau moyen des manuscrits reus par une maison
d'dition pour s'en convaincre!). De la mme manire, un surfeur sur le web va
utiliser ses annuaires prfrs pour identifier les sites qui lui sembleront les
plus adapts, seuls outils permettant encore un tri dans la masse dsordonne et
titanesque d'informations qui lui est accessible.


6.2. Editeurs en ligne scientifiques


Des diteurs scientifiques et universitaires dcident d'utiliser l'outil de
diffusion qu'est le web pour mettre des livres, des articles et des cours  la
disposition de tous en privilgiant la diffusion libre du savoir. C'est le cas
par exemple du Net des tudes franaises (NEF), de la Public Library of Science
(PLoS) ou du MIT (Massachusetts Institute of Technology). Des diteurs
commerciaux dcident quant  eux de mettre le texte intgral de certains livres
en accs libre sur le web, sans entraner une baisse des ventes de la version
imprime, au contraire, puisque ces livres voient leurs ventes augmenter.

= Net des tudes franaises

Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, Russon
Wooldridge est un ardent dfenseur de la diffusion libre du savoir. En fvrier
2001, il explique: Je mets toutes les donnes de mes recherches des vingt
dernires annes sur le web (rdition de livres, articles, textes intgraux de
dictionnaires anciens en bases de donnes interactives, de traits du 16e
sicle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'dite un journal, je
collabore avec des collgues franais, mettant en ligne  Toronto ce qu'ils ne
peuvent pas publier en ligne chez eux. (...) Il est crucial que ceux qui croient
 la libre diffusion des connaissances veillent  ce que le savoir ne soit pas
bouff, pour tre vendu, par les intrts commerciaux. Ce qui se passe dans
l'dition du livre en France, o on n'offre gure plus en librairie que des
manuels scolaires ou pour concours (c'est ce qui s'est pass en linguistique,
par exemple), doit tre vit sur le web. Ce n'est pas vers les Amazon.com qu'on
se tourne pour trouver la science dsintresse.

En mai 2000, Russon Wooldridge rassemble quelques collgues francophones 
Toronto lors d'un colloque intitul Colloque international sur les tudes
franaises favorises par les nouvelles technologies d'information et de
communication. A la suite de ce colloque, il cre le Net des tudes franaises
(NEF), qui se veut d'une part un filet trouv qui ne capte que des morceaux
choisis du monde des tudes franaises, tout en tissant des liens entre eux,
d'autre part un rseau dont les auteurs sont des personnes oeuvrant dans le
champ des tudes franaises et partageant librement leur savoir et leurs
produits avec autrui.

Plus prcisment, le NEF est un site web consacr  divers aspects des tudes
franaises, notamment les outils critiques, rflexions et autres ressources,
ainsi que le World Wide Web comme rpositoire de textes et de bases de donnes
textuelles, en mme temps qu'objet d'tude et d'analyse critique (Russon
Wooldridge). Le NEF propose entre autres des bases textuelles interactives, par
exemple les oeuvres compltes de Maupassant, ou encore les thtres complets de
Corneille, Molire, Racine, Marivaux et Beaumarchais (base Thtres d'Ancien
Rgime). Le NEF propose aussi nombre d'entretiens avec des professionnels de
l'information.

Le NEF s'tend ensuite  l'Europe grce au site miroir Translatio, cr dans le
mme esprit en septembre 2001. Emilie Devriendt, sa responsable, relate en
fvrier 2003: Translatio est le site miroir de trois sites acadmiques ddis 
la diffusion de ressources documentaires dans le domaine des tudes franaises,
et plus particulirement de l'histoire de la langue franaise. Il s'agit du site
du professeur Russon Wooldridge, du site Net des tudes franaises (cr et
maintenu par ce dernier), et du site Langue du 19e sicle, du professeur
Jacques-Philippe Saint-Grand, dj miroiris  Clermont-Ferrand. Plus qu'une
simple copie, Translatio est avant toute chose le fruit de collaborations
actives, en rseau, entre enseignants, chercheurs et documentalistes issus de
diffrentes institutions:  Toronto (University of Toronto),  Clermont-Ferrand
(Universit Blaise Pascal), Lisieux (Bibliothque lectronique), Paris (cole
normale suprieure). Fidle  l'architecture initiale des trois sites originaux,
Translatio en conserve aussi les objectifs: diffuser de la connaissance
(sources primaires et secondaires) sous forme de bases linguistiques,
philologiques, culturelles - interactives ou non. Autrement dit, proposer
gratuitement outils de recherche et ressources en ligne offrant toutes les
garanties d'une ncessaire rigueur scientifique.

= Public Library of Science

A l'heure de l'internet, il parat assez scandaleux que le rsultat de travaux
de recherche - travaux originaux et demandant de longues annes d'efforts - soit
dtourn par  des diteurs spcialiss s'appropriant ce travail et le monnayant
 prix fort. L'activit des chercheurs est souvent finance par les deniers
publics, et de manire substantielle en Amrique du Nord. Il semblerait donc
normal que la communaut scientifique et le grand public puissent bnficier
librement du rsultat de ces recherches.

Dans le domaine scientifique et mdical par exemple, 1.000 nouveaux articles
sont publis chaque jour, en ne comptant que les articles rviss par les pairs.
Se basant sur ce constat, la Public Library of Science (PLoS) est fonde en
octobre 2000  San Francisco  l'initiative de Harold Varmus, Patrick Brown et
Michael Eisen, groupe de chercheurs des Universits de Stanford et de Berkeley.
Le but est de contrer les pratiques de l'dition spcialise en regroupant tous
les articles scientifiques et mdicaux au sein d'archives en ligne en accs
libre. Au lieu d'une information dissmine dans des millions de rapports et des
milliers de priodiques en ligne ayant chacun des conditions d'accs
diffrentes, un point d'accs unique permettrait de lire le contenu intgral de
ces articles, avec moteur de recherche multicritres et systme d'hyperliens
entre les articles.

Pour ce faire, PLoS fait circuler une lettre ouverte demandant que les articles
publis par les diteurs spcialiss soient distribus librement dans un service
d'archives en ligne, et incitant les signataires de cette lettre  promouvoir
les diteurs prts  soutenir ce projet. La rponse de la communaut
scientifique internationale est remarquable. Au cours des deux annes suivantes,
la lettre ouverte est signe par 30.000 chercheurs de 180 pays diffrents. Bien
que la rponse des diteurs soit nettement moins enthousiaste, plusieurs
diteurs donnent galement leur accord pour une distribution immdiate des
articles publis par leurs soins, ou alors une distribution dans un dlai de six
mois. Mais, dans la pratique, mme les diteurs ayant donn leur accord
formulent nombre d'objections au nouveau modle propos, si bien que le projet
d'archives en ligne ne voit finalement pas le jour.

Un autre objectif de la Public Library of Science est de devenir elle-mme
diteur. PLoS fonde donc une maison d'dition scientifique non commerciale qui
reoit en dcembre 2002 une subvention de 9 millions de dollars US de la part de
la Moore Foundation. Une quipe ditoriale de haut niveau est constitue en
janvier 2003 pour lancer des priodiques de qualit selon un nouveau modle
d'dition en ligne bas sur la diffusion libre du savoir. Le premier numro de
PLoS Biology sort en octobre 2003, avec une version en ligne gratuite et une
version imprime au prix cotant (couvrant uniquement les frais de fabrication
et de distribution). PLoS Medicine est lanc en octobre 2004. Trois nouveaux
titres voient le jour en 2005: PLoS Genetics, PLoS Computational Biology et PLoS
Pathogens. PLoS Clinical Trials voit le jour en 2006. PloS Neglected Tropical
Diseases est lanc  l'automne 2007 en tant que premire publication
scientifique consacre aux maladies tropicales ngliges. Ces maladies affectent
les populations pauvres des zones rurales ou urbaines.

Tous les articles de ces priodiques sont librement accessibles en ligne, sur le
site de PLoS et dans PubMed Central, le service d'archives en ligne public et
gratuit de la National Library of Medicine (Etats-Unis), avec moteur de
recherches multicritres. Les versions imprimes sont abandonnes en 2006 pour
laisser place  un service d'impression  la demande propos par la socit
Odyssey Press. Ces articles peuvent tre librement diffuss et rutiliss
ailleurs, y compris pour des traductions, selon les termes de la licence
Creative Commons, la seule contrainte tant la mention des auteurs et de la
source. PLoS lance aussi PLoS ONE, un forum en ligne destin  la publication
d'articles sur tout sujet scientifique et mdical.

Le succs est total. Trois ans aprs les dbuts de PLoS en tant qu'diteur, PLoS
Biology et PLos Medicine ont la mme rputation d'excellence que les grandes
revues Nature, Science ou The New England Journal of Medicine. PLoS reoit le
soutien financier de plusieurs fondations tout en mettant sur pied un modle
conomique viable, avec des revenus manant des frais de publication pays par
les auteurs, de la publicit, de sponsors et d'activits destines aux membres
de l'association. PLoS souhaite que ce modle conomique d'un genre nouveau
inspire d'autres diteurs pour crer des revues du mme type ou pour mettre les
revues existantes en accs libre.

= Cours du MIT

Professeur  l'Universit d'Ottawa (Canada), Christian Vandendorpe salue en mai
2001 la dcision du MIT (Massachusetts Institute of Technology) de placer tout
le contenu de ses cours sur le web d'ici dix ans, en le mettant gratuitement 
la disposition de tous. Entre les tendances  la privatisation du savoir et
celles du partage et de l'ouverture  tous, je crois en fin de compte que c'est
cette dernire qui va l'emporter. Le MIT dcide en effet de publier ses cours
en ligne, avec accs libre et gratuit, une initiative mene avec le soutien
financier de la Hewlett Foundation et de la Mellon Foundation.

Mise en ligne en septembre 2002, la version pilote du MIT OpenCourseWare (MIT
OCW) offre en accs libre le matriel d'enseignement de 32 cours reprsentatifs
des cinq facults du MIT. Ce matriel d'enseignement comprend des textes de
confrences, des travaux pratiques, des exercices et corrigs, des
bibliographies, des documents audio et vido, etc. Le lancement officiel du site
a lieu un an plus tard, en septembre 2003, avec accs  quelques centaines de
cours. En mars 2004, 500 cours sont disponibles dans 33 disciplines diffrentes,
avec actualisation rgulire. En mai 2006, les 1.400 cours en ligne manent de
34 dpartements appartenant aux cinq facults du MIT. La totalit des 1.800
cours dispenss par le MIT est en ligne en 2008. Certains cours sont traduits en
espagnol, en portugais et en chinois, avec l'aide d'autres organismes.

Le MIT espre que cette exprience de publication lectronique - la premire du
genre - va permettre de dfinir un standard et une mthode de publication, et
inciter d'autres universits  crer un opencourseware pour la mise 
disposition gratuite de leurs propres cours. Un opencourseware peut tre
dfini comme la publication lectronique en accs libre de matriel
d'enseignement de grande qualit organis sous forme de cours. A cet effet, le
MIT lance l'OpenCourseWare Consortium (OCW Consortium) en dcembre 2005, avec
accs libre et gratuit au matriel d'enseignement de cent universits dans le
monde un an plus tard.

= Livres gratuits sur le web

La publication en ligne d'un livre  titre gratuit nuit-elle aux ventes de la
version imprime ou non? La National Academy Press (NAP) est la premire 
prendre un tel risque, ds 1994, avec un pari gagn. Des expriences plus
rcentes et tout aussi concluantes sont menes par O'Reilly Media et les
ditions de l'Eclat.

A premire vue, cela parat illogique, crit Beth Berselli, journaliste au
Washington Post, dans un article repris par le Courrier international en
novembre 1997. Un diteur de Washington, la National Academy Press (NAP), qui a
publi sur internet 700titres de son catalogue actuel, permettant ainsi  tout
un chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17%
l'anne suivante. Qui a dit que personne n'achterait la vache si on pouvait
avoir le lait gratuitement?

Une politique atypique porte donc ses fruits. Editeur universitaire, la NAP
(National Academy Press, qui devient ensuite la National Academies Press) publie
environ 200livres par an, essentiellement des livres scientifiques et
techniques et des ouvrages mdicaux. En 1994, l'diteur choisit de mettre en
accs libre sur le web le texte intgral de plusieurs centaines de livres, afin
que les lecteurs puissent les feuilleter  l'cran, comme ils l'auraient fait
dans une librairie, avant de les acheter ensuite si utile. La NAP est le premier
diteur  se lancer dans un tel pari, une initiative salue par les autres
maisons d'dition, qui hsitent cependant  se lancer elles aussi dans
l'aventure, et ce pour trois raisons: le cot excessif qu'entrane la mise en
ligne de milliers de pages, les problmes lis au droit d'auteur, et enfin une
concurrence qu'ils estiment nuisible  la vente.

Dans le cas de la NAP, ce sont les auteurs eux-mmes qui, pour des raisons
publicitaires, demandent  ce que leurs livres soient mis en ligne sur le site.
Pour l'diteur, le web est un nouvel outil de marketing face aux 50.000 ouvrages
publis chaque anne aux Etats-Unis. Une rduction de 20% est accorde pour
toute commande effectue en ligne. La prsence de ces livres sur le web entrane
aussi une augmentation des ventes par tlphone. Le mouvement va en s'amplifiant
puisque, en 1998, le site de la NAP propose le texte intgral d'un millier de
titres. La solution choisie par la NAP est galement adopte par la MIT Press,
qui voit rapidement ses ventes doubler pour les livres disponibles en version
intgrale sur le web.

Un autre exemple est celui de O'Reilly Media. Fond par Tim O'Reilly en 1978,
O'Reilly Media est un diteur rput de manuels informatiques et de livres sur
les technologies de pointe. O'Reilly dispose d'une formule de copyright ouvert
 pour les  auteurs qui le souhaitent ou alors pour des projets collectifs. A
partir de 2003, il privilgie le Creative Commons Founders' Copyright permettant
d'offrir des contrats flexibles de droit d'auteur  ceux qui veulent galement
diffuser leurs oeuvres sur le web. En octobre 2005, avec l'accord de certains
auteurs, O'Reilly met en ligne plusieurs livres en version intgrale, avec une
copie numrique dans la bibliothque de l'Internet Archive. Il s'agit soit de
livres rcents, soit de livres plus anciens dont la version imprime est
puise. Lance sous le nom d'Open Books, cette initiative est mene dans le
cadre de l'Open Content Alliance (OCA), un vaste projet de bibliothque
numrique collective dirig par l'Internet Archive et dont O'Reilly Media est
l'un des membres fondateurs.

Michel Valensi, directeur des ditions de l'Eclat, tente une exprience un peu
diffrente  partir de mars 2000 en instituant le lyber, un terme construit 
partir du mot latin liber qui signifie  la fois: libre, livre, enfant, vin. Il
s'agit d'un livre numrique disponible gratuitement sur le web dans son
intgralit, selon le principe du shareware (partagiciel), avec possibilit
d'acheter un exemplaire pour soi ou ses amis, possibilit de signaler l'adresse
du libraire le plus proche et possibilit de laisser des commentaires sur le
texte en ligne. Sur les 180 titres que comprend le catalogue (sciences humaines,
philosophie, thologie), une vingtaine est disponible sous forme de lyber.

A l'occasion du colloque Textualits & nouvelles technologies organis 
Montral en novembre 2001 par la revue ec/arts, Michel Valensi relate: La mise
en ligne de textes dans leur intgralit et gratuitement sur le net n'a en rien
entam les ventes de ces mmes textes sous forme de livre. Mieux: il est arriv
que certains ouvrages dont les ventes pouvaient stagner depuis plusieurs mois,
soient parvenus  un rythme de vente suprieur et plus rgulier depuis leur mise
en ligne. Quelques livres dont les ventes restent faibles sont faiblement
consults. Je ne veux pas tablir de relation de cause  effet entre ces
phnomnes, mais je constate au moins qu'il n'y a pas de perte pour l'diteur
(...). Nos statistiques nous permettent de constater que les ouvrages les mieux
vendus en librairie sont galement les plus consults en ligne. (...) Je signale
que les livres dont il existe une version en ligne sont souvent des livres qui
marchent trs bien en librairie.

= Gratuit versus payant

Question cruciale qui suscite de nombreux dbats, l'accs au savoir doit-il tre
gratuit ou payant? Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de
l'USC/ISI (University of Southern California / Information Sciences Institute),
donne son sentiment sur ce point en septembre 2000: En tant qu'universitaire,
je suis bien sr un des parasites de notre socit (remarque  prendre au
deuxime degr, ndlr), et donc tout  fait en faveur de l'accs libre  la
totalit de l'information. En tant que co-propritaire d'une petite start-up, je
suis conscient du cot reprsent par la collecte et le traitement de
l'information, et de la ncessit de faire payer ce service d'une manire ou
d'une autre. Pour quilibrer ces deux tendances, je pense que l'information 
l'tat brut et certaines ressources  l'tat brut (langages de programmation ou
moyens d'accs  l'information de base comme les navigateurs web) doivent tre
disponibles gratuitement. Ceci cre un march et permet aux gens de les
utiliser. Par contre l'information traite doit tre payante, tout comme les
systmes permettant d'obtenir et de structurer trs exactement ce dont on a
besoin. Cela permet de financer ceux qui dveloppent ces nouvelles
technologies.

Dans le domaine du livre, l'dition non commerciale offre des avantages sans
prcdent. Au lieu de vendre quelques dizaines ou quelques centaines de livres
et de toucher des droits d'auteur souvent insignifiants, l'auteur a un vaste
lectorat et ne touche pas de droits d'auteur, tout en chappant aux contraintes
souvent inacceptables des diteurs commerciaux. A chacun de choisir s'il veut
cder les droits de ses travaux, gagner quelques euros et n'tre lu par
(presque) personne, ou s'il prfre garder le copyright de ses crits, tre
largement diffus et ne rien gagner, sous-entendu ne pas gagner d'argent, parce
qu'en fait il gagne le plus important,  savoir le fait d'tre lu et de partager
un savoir.

Grce au rseau, l'dition non commerciale a le vent en poupe. Des organismes
deviennent diteurs dans le vrai sens du terme. Des auteurs sont heureux  juste
titre de voir leurs textes publis en ligne. Des lecteurs avides, enthousiastes
et exigeants ne choisissent pas leurs lectures en fonction de la dernire liste
de best-sellers, mais les choisissent dans une profusion de fictions, de
documentaires, d'tudes gnralistes et d'articles scientifiques, avec en prime
la diffusion libre du savoir. Et, pour finir, de plus en plus d'auteurs ne se
soucient mme plus du fait que leurs textes auraient pu tre accepts par un
diteur traditionnel, dont ils jugent le modle compltement dpass.

Certains prfrent la rentabilit conomique  la diffusion gratuite du savoir,
y compris pour les oeuvres tombes dans le domaine public. On a d'un ct des
diteurs lectroniques qui vendent notre patrimoine en version numrique, de
l'autre des bibliothques numriques qui diffusent gratuitement ce patrimoine 
l'chelle de la plante. De mme, on a d'une part des organismes publics et
privs qui monnaient leurs bases de donnes au prix fort, d'autre part des
diteurs et des universits qui mettent leurs publications et leurs cours en
accs libre sur le web. Reste  savoir si, pour les premiers, les profits
dgags en valent vraiment la peine. Dans de nombreux cas, il semblerait que la
somme ncessaire  la gestion interne soit au moins quivalente sinon suprieure
aux gains raliss. Est-il vraiment utile de mettre un pareil frein  la
diffusion de l'information pour un profit finalement nul?

La diffusion gratuite du savoir n'est toutefois possible que parce qu'il existe
en amont des organismes financeurs, par exemple des universits ou des centres
de recherche. Ou alors parce qu'une petite quipe en place (rmunre) est
relaye par un vaste rseau de volontaires (bnvoles) gagnant leur vie par
ailleurs et dcidant de consacrer une partie de leur temps  une activit qu'ils
estiment importante pour le bien de la collectivit. C'est le cas du Projet
Gutenberg, pionnier des bibliothques numriques, ou de Bookshare.org, une
bibliothque numrique destine aux personnes ayant un problme visuel. C'est
aussi le cas des grandes encyclopdies collaboratives en ligne que sont
Wikipedia (dbut en janvier 2001), Citizendium (dbut en mars 2007) et
l'Encyclopedia of Life (dbute en mai 2007).


6.3. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1993 (t): L'E-zine-list, liste de John Labovitz.

1994: Livres de la National Academy Press (NAP) mis en ligne gratuitement.

1995 (avril): Editel, premier diteur en ligne francophone, fond par Pierre
Franois Gagnon.

1996 (aot): CyLibris, premier diteur en ligne francophone commercial, fond
par Olivier Gainon.

1996 (novembre): Site web des ditions du Choucas lanc par Nicolas Pewny.

1997: Diamedit, plateforme d'dition littraire cre par Jacky Minier.

1998 (mai): 00h00, premier diteur commercial de livres numriques, fond par
Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira.

2000 (mars): Le lyber, concept de Michel Valensi, directeur des ditions de
l'Eclat.

2000 (mai): Cration du Net des tudes franaises (NEF) par Russon Wooldridge.

2000 (septembre): Rachat de 00h00 par Gemstar-TV Guide International.

2000 (octobre): Fondation de la Public Library of Science (PLoS).

2001 (fvrier): Luc Pire lectronique, secteur lectronique des ditions Luc
Pire.

2002 (septembre): Lancement du MIT OpenCourseWare en version bta.

2003 (juin): Arrt des activits de 00h00 et de la branche eBook de Gemstar.

2003 (septembre): Lancement officiel du MIT OpenCourseWare.

2003 (octobre): La Public Library of Science (PLoS) devient diteur.

2005 (octobre): Livres des ditions O'Reilly Media mis en ligne gratuitement.

2005 (dcembre): Lancement de l'OpenCourseWare Consortium.


7. LA MUE DES BIBLIOTHEQUES


[7.1. Bibliothques numriques / Premiers pas / Numrisation: mode texte ou
image / ABU et Athena / Bibliothque lectronique de Lisieux / Gallica / Online
Books Page // 7.2. Bibliothques traditionnelles / ARPALS, en milieu rural /
Cyberespace des Nations Unies / Enluminures de la Bibliothque de Lyon /
Gabriel, serveur europen / De la conservation  la communication // 7.3. Du
bibliothcaire au cyberthcaire / Bibliothcaires et internet / Quelques
expriences // 7.4. Dans la ligne de Handicapzro/ Premiers pas / Bookshare.org
/ Handicapzro / Bibliothque numrique pour le Handicap // 7.5. Une future
bibliothque plantaire / Google Book Search - Google Livres / Open Content
Alliance / Autres initiatives // 7.6. Chronologie]

Qu'il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique: "La
bibliothque est une sphre dont le centre vritable est un hexagone quelconque,
et dont la circonfrence est inaccessible." Cette citation de Jorge Luis Borges
peut tout aussi bien dfinir la bibliothque numrique. La numrisation du
patrimoine mondial est en cours, d'abord pour le texte, et ensuite pour l'image
et le son, avec la mise en ligne de centaines puis de milliers d'oeuvres du
domaine public, de publications littraires et scientifiques, d'articles,
d'images, de bandes sonores et de films. Nombre d'entre eux sont en accs libre.
En 2005, le mouvement va en s'amplifiant avec l'entre en lice des gants de
l'internet pour la constitution d'une bibliothque plantaire.


7.1. Bibliothques numriques


= Premiers pas

Objectif poursuivi par des gnrations de bibliothcaires, la diffusion
d'oeuvres du domaine public devient enfin possible  vaste chelle dans les
annes 1990, puisque les livres peut dsormais tre convertis en fichiers
lectroniques et transiter via l'internet.

Si certaines bibliothques numriques naissent directement sur le web, la
plupart manent de bibliothques traditionnelles. En 1996, la Bibliothque
municipale de Lisieux (Normandie) lance la Bibliothque lectronique de Lisieux,
qui offre les versions numriques d'oeuvres littraires courtes choisies dans
les collections municipales. En 1997, la Bibliothque nationale de France (BnF)
cre Gallica qui, dans un premier temps, propose des images et textes du 19e
sicle francophone. Une slection de 3.000 livres est complte par un
chantillon de la future iconothque numrique. En 1998, la Bibliothque
municipale de Lyon met les enluminures de 200 manuscrits et incunables  la
disposition de tous sur son site web. Trois exemples parmi tant d'autres.

Les bibliothques numriques permettent  un large public d'avoir accs  des
documents difficiles  consulter parce qu'appartenant  des fonds anciens,
locaux,  rgionaux ou spcialiss. Ces fonds sont souvent peu accessibles pour
des raisons diverses: souci de conservation des documents rares et fragiles,
heures d'ouverture rduites, nombreux formulaires  remplir, longs dlais de
communication, pnurie de personnel, qui sont autant de barrires  franchir et
demandent souvent au lecteur une patience  toute preuve et une dtermination
hors du commun pour arriver jusqu'au document.

Grce  la bibliothque numrique, la bibliothque traditionnelle peut enfin
rendre compatibles deux objectifs qui jusque-l ne l'taient gure,  savoir la
conservation des documents et la communication de ceux-ci. D'une part le
document ne quitte son rayonnage qu'une seule fois pour tre scann, d'autre
part le grand public y a enfin accs. Si le lecteur souhaite consulter le
document original, il pourra se lancer dans le parcours voqu plus haut, mais
en connaissance de cause, grce au feuilletage pralable  l'cran.

Selon la British Library, la bibliothque numrique peut tre dfinie comme une
entit rsultant de l'utilisation des technologies numriques pour acqurir,
stocker, prserver et diffuser des documents. Ces documents sont soit publis
directement sous forme numrique, soit numriss  partir d'un document imprim,
audiovisuel ou autre. Une collection numrique devient une bibliothque
numrique si elle rpond aux quatre critres suivants: 1)elle peut tre cre
et produite dans un certain nombre d'endroits diffrents, mais elle est
accessible en tant qu'entit unique; 2)elle doit tre organise et indexe pour
un accs aussi facile que possible  partir du lieu o elle est produite; 3)
elle doit tre stocke et gre de manire  avoir une existence assez longue
aprs sa cration; 4)elle doit trouver un quilibre entre le respect du droit
d'auteur et les exigences universitaires.

Dans Information Systems Strategy, un document disponible sur le site de la
British Library en 1997, Brian Lang, directeur de projet, explique que la future
bibliothque numrique de la British Library n'est pas envisage comme un
secteur  part, mais qu'elle fera partie intgrante d'une vision globale de la
bibliothque. Si d'autres bibliothques pensent que les documents numriques
prdomineront dans les bibliothques du futur, la British Library n'envisage pas
une bibliothque exclusivement numrique. Elle considre comme fondamentale la
communication physique des imprims, manuscrits, partitions musicales, bandes
sonores, etc., tout en ayant conscience de la ncessit du dveloppement
parallle de collections numriques.

Hberge par l'Universit Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis)
et relie au catalogue exprimental (ESS: experimental search system) de la
Library of Congress, l'Universal Library insiste sur les trois avantages de la
bibliothque numrique: 1)elle occupe moins de place qu'une bibliothque
traditionnelle et son contenu peut tre copi ou sauvegard lectroniquement; 2)
elle est immdiatement accessible  quiconque sur l'internet; 3)comme toute
recherche sur son contenu est automatise, elle permet une rduction des cots
importante et une plus grande accessibilit des documents.

A titre historique, le site Library 2000 prsente un condens des recherches
menes entre octobre 1995 et octobre 1997 par le MIT/LCS (Massachusetts
Institute of Technology / Laboratory of Computer Science). Pragmatique, le
projet Library 2000 tudie pendant deux ans les problmes poss par le stockage
en ligne d'une trs grande quantit de documents. Il dveloppe un prototype
utilisant la technologie et les configurations de systmes senss conomiquement
viables en l'an 2000, prototype grce auquel plusieurs grandes bibliothques
numriques sont mises en ligne  compter de l'automne 1997.

= Numrisation: mode texte ou image

Qui dit bibliothque numrique dit numrisation. Pour pouvoir tre consult 
l'cran, un livre peut tre numris soit en mode texte soit en mode image.

La numrisation en mode texte implique la saisie d'un texte. Elle consiste 
patiemment saisir le livre sur un clavier, page aprs page, solution souvent
adopte lors de la constitution des premires bibliothques numriques, ou alors
 scanner le livre et le convertir en texte grce  un logiciel OCR (optical
character recognition), puis  contrler le rsultat  l'cran en relisant
intgralement le texte obtenu pour le comparer avec le texte scann et le
corriger si ncessaire. Quand les documents originaux manquent de clart, pour
les livres anciens par exemple, ils sont saisis ligne aprs ligne, de la
premire page  la dernire. Contrairement  la numrisation en mode image, la
version informatique ne conserve pas la prsentation originale du livre ou de la
page. Le livre devient texte,  savoir un ensemble de caractres apparaissant en
continu  l'cran. A cause du temps pass au traitement de chaque livre, ce mode
de numrisation est assez long, et donc nettement plus coteux que la
numrisation en mode image. Dans de nombreux cas, il est toutefois trs
prfrable, puisqu'il permet l'indexation, la recherche et l'analyse textuelles,
une tude comparative entre plusieurs textes ou plusieurs versions du mme
texte, etc. C'est la mthode utilise par exemple par le Projet Gutenberg, fond
ds 1971, ou encore la Bibliothque lectronique de Lisieux, cre en 1996.

La numrisation en mode image correspond  la photographie du livre page aprs
page. La version informatique est le fac-simil numrique de la version
imprime. La prsentation originale tant conserve, on peut feuilleter le texte
page aprs page  l'cran. C'est la mthode employe pour les numrisations 
grande chelle, par exemple pour le programme de numrisation de la Bibliothque
nationale de France (BnF) et la constitution de sa bibliothque numrique
Gallica. La numrisation en mode texte est toutefois utilise pour les tables
des matires, les sommaires et les corpus de documents iconographiques, ce afin
de faciliter la recherche textuelle. Pourquoi ne pas tout numriser en mode
texte? La BnF rpond sur le site de Gallica: Le mode image conserve l'aspect
initial de l'original y compris ses lments non textuels. Si le mode texte
autorise des recherches riches et prcises dans un document et permet une
rduction significative du volume des fichiers manipuls, sa ralisation, soit
par saisie soit par OCR, implique des cots de traitement environ dix fois
suprieurs  la simple numrisation. Ces techniques, parfaitement envisageables
pour des volumes limits, ne pouvaient ici tre conomiquement justifiables au
vu des 50.000 documents (reprsentant presque 15 millions de pages) mis en
ligne.

Concepteur de Mot@mot, logiciel de remise en page de fac-simils numriques,
Pierre Schweitzer insiste sur l'utilit des deux modes de numrisation. Le mode
image permet d'avancer vite et  trs faible cot, explique-t-il en janvier
2001. C'est important car la tche de numrisation du domaine public est
immense. Il faut tenir compte aussi des diffrentes ditions: la numrisation du
patrimoine a pour but de faciliter l'accs aux oeuvres, il serait paradoxal
qu'elle aboutisse  se focaliser sur une dition et  abandonner l'accs aux
autres. Chacun des deux modes de numrisation s'applique de prfrence  un type
de document, ancien et fragile ou plus rcent, libre de droit ou non (pour
l'auteur ou pour l'dition), abondamment illustr ou pas. Les deux modes ont
aussi des statuts assez diffrents: en mode texte a peut tre une nouvelle
dition d'une oeuvre, en mode image c'est une sorte d'"dition d'dition", grce
 un de ses exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d'imprimerie pour
du papier). En pratique, le choix dpend bien sr de la nature du fonds 
numriser, des moyens et des buts  atteindre. Difficile de se passer d'une des
deux faons de faire.

Si une bibliothque numrique est d'abord une bibliothque d'oeuvres numrises,
ce terme s'applique aussi par extension  une collection organise de liens vers
des oeuvres numrises disponibles sur le web. C'est le cas de l'Online Books
Page, un rpertoire d'oeuvres anglophones en accs libre cr en 1993 par John
Mark Ockerbloom. C'est galement le cas de l'Internet Public Library (IPL),
fonde en 1995 pour rpertorier les ressources disponibles sur l'internet.
D'autres bibliothques numriques proposent  la fois des textes numriss par
l'quipe en place et un ensemble de liens vers des oeuvres disponibles ailleurs.
C'est le cas d'Athena, bibliothque numrique fonde en 1994 par Pierre Perroud
et hberge sur le site de l'Universit de Genve.

= ABU et Athena

L'ABU est la premire bibliothque numrique francophone du rseau. Fonde en
avril 1993 par l'Association des bibliophiles universels (ABU) dans la ligne du
Projet Gutenberg, elle est hberge par le Centre d'tudes et de recherche
informatique (CEDRIC) du Conservatoire des arts et mtiers (CNAM) de Paris. En
janvier 2002, les collections comptent 288 textes et 101 auteurs. Il ne semble
pas que d'autres textes aient t ajouts depuis.

Ce nom ABU est aussi une rfrence  Aboulafia, petit ordinateur prsent dans Le
pendule de Foucault, un roman d'Umberto Ecco dans lequel s'entremlent savoirs
anciens et high tech, et dont l'intrigue se situe justement au CNAM. Quant au
nom de l'association, au dpart, il s'agissait de biblioFiles universels, et
non de biblioPHiles, mais la prfecture de Paris n'a pas sembl saisir tout le
sel de ce nologisme, explique l'ABU sur son site.

Dans la FAQ (foire aux questions) prsente sur le site, l'ABU donne les neuf
conseils suivants aux volontaires souhaitant scanner ou saisir des textes: 1)
pas de mise en page, mais un texte en continu avec des lignes d'environ 70
caractres et des sauts de ligne; 2)des sauts de ligne avant chaque paragraphe,
y compris pour les dialogues; 3)la transcription du tiret long accompagnant les
dialogues par deux petits tirets; 4)des majuscules pour les titres, noms de
chapitres et sections, avec un soulignement fait de petits tirets; 5)la
transcription des mots en italique par des blancs souligns; 6)pas de
tabulation, mais des blancs; 7)les notes de l'auteur mises entre crochets dans
le corps du texte; 8)la pagination de l'dition originale entre crochets
(facultatif); 9)l'encodage final en ISO-Latin-1, qui est une extension de
l'ASCII.

Cre en 1994 et hberge sur le site de l'Universit de Genve, Athena est
l'oeuvre de Pierre Perroud, qui y consacre trente heures par semaine, en plus de
son activit de professeur au collge Voltaire (Genve). Pierre-Louis Chantre,
journaliste, raconte dans L'Hebdo n7 du 13 fvrier 1997: Il numrise des
livres, met en page des textes que des correspondants inconnus lui envoient,
cre des liens lectroniques avec des livres disponibles ailleurs, tout en
essayant de rpondre le mieux possible aux centaines de lettres lectroniques
qu'il reoit (mille personnes consultent Athena chaque jour). Un travail
artisanal qu'il accomplit seul, sans grande rmunration. Malgr des demandes
rptes, le Dpartement de l'instruction publique de Genve ne lui paie que
deux heures par semaine.

En 1997, le site bilingue franais-anglais donne accs  3.500 textes
lectroniques dans des domaines aussi varis que la philosophie, les sciences,
la priode classique, la littrature, l'histoire, l'conomie, etc. En dcembre
1998, les collections comprennent 8.000 textes. Un des objectifs d'Athena est de
mettre en ligne des textes franais. Une section spcifique (Swiss Authors and
Texts) regroupe les auteurs et textes suisses. On y trouve aussi un rpertoire
mondial des ressources littraires en ligne (Athena Literature Resources). Par
ailleurs, Athena propose une table de minralogie qui est l'oeuvre de Pierre
Perroud et qui est consulte dans le monde entier.

Dans un article publi en fvrier 1997 dans la revue Informatique-Informations,
Pierre Perroud insiste sur la complmentarit du texte lectronique et du livre
imprim. Selon lui, les textes lectroniques reprsentent un encouragement  la
lecture et une participation conviviale  la diffusion de la culture, notamment
pour l'tude et la recherche textuelle. Ces textes sont un bon complment du
livre imprim - celui-ci restant irremplaable lorsqu'il s'agit de lire. S'il
est persuad de l'utilit du texte lectronique, le livre imprim reste un
compagnon mystrieusement sacr vers lequel convergent de profonds symboles: on
le serre dans la main, on le porte contre soi, on le regarde avec admiration; sa
petitesse nous rassure autant que son contenu nous impressionne; sa fragilit
renferme une densit qui nous fascine; comme l'homme il craint l'eau et le feu,
mais il a le pouvoir de mettre la pense de celui-l  l'abri du Temps.

= Bibliothque lectronique de Lisieux

En juin 1996 apparat la Bibliothque lectronique de Lisieux, cre 
l'initiative d'Olivier Bogros, directeur de la Bibliothque municipale de
Lisieux, en Normandie. Ds ses dbuts, cette ralisation suscite l'intrt de la
communaut francophone parce qu'elle montre ce qui est faisable sur l'internet
avec beaucoup de dtermination et des moyens limits. Le site propose chaque
mois la version intgrale d'une oeuvre littraire du domaine public. S'y
ajoutent les archives des mois prcdents, une slection d'oeuvres courtes du
19e sicle, une slection du fonds documentaire de la bibliothque (opuscules,
brochures, tirs  part), une slection de son fonds normand (brochures et
bibliographies), et enfin un choix de sites normands et de sites littraires
francophones.

En juin 1998, Olivier Bogros enregistre le nom de domaine bmlisieux.com et
dmnage l'ensemble sur un nouveau serveur. A la mme date, il relate: Le site
a t ouvert en juin 1996. Hberg sur les pages personnelles, limites  5
mgaoctets, de mon compte CompuServe, il est depuis quelques jours install sur
un nouveau serveur o il dispose d'un espace disque plus important (15
mgaoctets) et surtout d'un nom de domaine. Les frais inhrents  l'entretien du
site sont  ma charge, la ville finance de manire indirecte le site en
acceptant que tous les textes soient choisis, saisis et relus par du personnel
municipal sur le temps de travail (ma secrtaire pour la saisie et une collgue
pour la relecture). Ce statut trange et original fait de la Bibliothque
lectronique de Lisieux le site presque officiel de la Bibliothque municipale,
tout en restant sous mon entire responsabilit, sans contrle ni contrainte.

J'ai dj rapport dans un article paru dans le Bulletin des bibliothques de
France (1997, n 3, ndlr) ainsi que dans le Bulletin de l'ABF (Association des
bibliothcaires franais) (n 174, 1997, ndlr), comment l'envie de crer une
bibliothque virtuelle avait rapidement fait son chemin depuis ma dcouverte de
l'informatique en 1994: cration d'un bulletin lectronique d'informations
bibliographiques locales (Les Affiches de Lisieux) en 1994 dont la diffusion
locale ne rencontre qu'un trs faible cho, puis en 1995 dbut de la
numrisation de nos collections de cartes postales en vue de constituer une
photothque numrique, saisie de nouvelles d'auteurs d'origine normande courant
1995 en imitation (modeste) du projet de l'ABU (Association des bibliophiles
universels) avec diffusion sur un BBS spcialis.

L'ide du site internet vient d'Herv Le Crosnier, enseignant  l'Universit de
Caen et modrateur de la liste de diffusion Biblio-fr, qui monta sur le serveur
de l'universit la maquette d'un site possible pour la Bibliothque municipale
de Lisieux, afin que je puisse en faire la dmonstration  mes lus. La suite
logique en a t le vote au budget primitif de 1996 d'un crdit pour l'ouverture
d'une petite salle multimdia avec accs public au rseau pour les Lexoviens
(habitants de Lisieux, ndlr). Depuis cette date un crdit d'entretien pour la
mise  niveau des matriels informatiques est allou au budget de la
bibliothque qui permettra cette anne la monte en puissance des machines,
l'achat d'un graveur de cdroms et la mise  disposition d'une machine
bureautique pour les lecteurs de l'tablissement.... ainsi que la cration en ce
dbut d'anne d'un emploi jeune pour le dveloppement des nouvelles
technologies.

En juillet 1999, 370 oeuvres sont disponibles en ligne. A la mme date, Olivier
Bogros explique: Les oeuvres  diffuser sont choisies  partir d'exemplaires
conservs  la Bibliothque municipale de Lisieux ou dans des collections
particulires mises  disposition. Les textes sont saisis au clavier et relus
par du personnel de la bibliothque, puis mis en ligne aprs encodage. La mise 
jour est mensuelle (3  6 textes nouveaux). Par got, mais aussi contraints par
le mode de production, nous slectionnons plutt des textes courts (nouvelles,
brochures, tirs  part de revues, articles de journaux...). De mme nous
laissons  d'autres (bibliothques ou diteurs) le soin de mettre en ligne les
grands classiques de la littrature franaise, prfrant consacrer le peu de
temps et de moyens dont nous disposons  mettre en ligne des textes excentriques
et improbables. (...) Nous rflchissons aussi, dans le domaine patrimonial, 
un prolongement du site actuel vers les arts du livre - illustration,
typographie... - toujours  partir de notre fonds. Sinon, pour ce qui est des
textes, nous allons vers un largissement de la part rserve au fonds normand.

L'anne 2000 marque le dbut du partenariat de la Bibliothque lectronique de
Lisieux avec l'Universit de Toronto. Lanc officiellement en aot 2000, LexoTor
est une base de donnes utilisant le logiciel TACTweb (TACT: text analysis
computing tools) et permettant l'interrogation en ligne des oeuvres de la
bibliothque, ainsi que des analyses et des comparaisons textuelles. Le projet
est issu de la rencontre d'Olivier Bogros avec Russon Wooldridge, professeur au
dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, lors d'un colloque
organis par ce dernier en mai 2000  Toronto (colloque international sur les
tudes franaises valorises par les nouvelles technologies d'information et de
communication). Deux ans aprs, en mai 2002, un deuxime colloque international
sur le mme sujet est organis cette fois par Olivier Bogros  Lisieux.

En septembre 2003, la bibliothque lectronique approche les 600 textes. En
dcembre 2006, les collections comprennent 930 oeuvres et 20 galeries d'images,
le tout reprsentant 327,1 Mo  (mgaoctets) sur une capacit de stockage de 600
Mo.

= Gallica

Secteur numrique de la Bibliothque nationale de France (BnF), Gallica est
inaugur en 1997 avec des images et textes du 19e sicle francophone, sicle de
l'dition et de la presse moderne, sicle du roman mais aussi des grandes
synthses historiques et philosophiques, sicle scientifique et technique. A
l'poque, le serveur stocke 2.500livres numriss en mode image complts par
les 250 volumes numriss en mode texte de la base Frantext de l'INaLF (Institut
national de la langue franaise). Classes par discipline, ces ressources sont
compltes par une chronologie du 19esicle et des synthses sur les grands
courants en histoire, sciences politiques, droit, conomie, littrature,
philosophie, sciences et histoire des sciences. Le site propose aussi un
chantillon de la future iconothque numrique,  savoir le fonds du photographe
Eugne Atget, une slection de documents sur l'crivain Pierre Loti, une
collection d'images de l'Ecole nationale des ponts et chausses sur les grands
travaux lis  la rvolution industrielle en France, et enfin un choix de livres
illustrs de la Bibliothque du Muse de l'homme.

Fin 1997, Gallica se considre moins comme une banque de donnes numrises que
comme un laboratoire dont l'objet est d'valuer les conditions d'accs et de
consultation  distance des documents numriques. Le but est d'exprimenter la
navigation dans ces collections, en permettant aussi bien le libre parcours du
chercheur ou du curieux que des recherches textuelles pointues.

Dbut 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la fin 1999,
avec un accroissement rapide des collections ensuite. Ces collections numriques
pourront galement tre consultes sur place  la BnF au moyen de 3.000 postes
multimdias, dont quelques centaines fonctionnent dj dbut 1998. Sur les
100.000 volumes prvus, qui reprsenteront 30 millions de pages numrises, plus
du tiers concerne le 19e sicle. Quant aux 300.000 images fixes, la moiti
appartient aux dpartements spcialiss de la BnF (Estampes et photographie,
Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et mdailles, etc.). L'autre moiti
provient de collections d'tablissements publics (muses et bibliothques,
Documentation franaise, Ecole nationale des ponts et chausses, Institut
Pasteur, Observatoire de Paris, etc.) ou privs (agences de presse dont Magnum,
l'Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

Par ailleurs,  la mme date, le site bilingue franais-anglais de la BnF est 
la fois solidement ancr dans le pass et rsolument ouvert sur l'avenir, comme
en tmoigne le menu principal de la page d'accueil avec ses neuf rubriques:
nouveau ( savoir les nouvelles manifestations culturelles), connatre la BnF,
les actualits culturelles, les expositions virtuelles (quatre expositions en
septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son temps,
naissance de la culture franaise, tous les savoirs du monde), des informations
pratiques, l'accs aux catalogues de la BnF, l'information professionnelle
(conservation, dpt lgal, produits bibliographiques, etc.), la bibliothque en
rseau (Francophonie, coopration nationale, coopration internationale, etc.),
et les autres serveurs (bibliothques nationales, bibliothques franaises,
universits, etc.). Enfin, bien en vue sur la page d'accueil, un logo permet
d'accder  Gallica.

En mai 1998, la BnF revoit ses esprances  la baisse et modifie quelque peu ses
orientations premires. Jrme Strazzulla, journaliste, crit dans Le Figaro du
3 juin 1998 que la BnF est passe d'une esprance universaliste,
encyclopdique,  la ncessit de choix ditoriaux pointus. Dans le mme
article, le prsident de la BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la dcision du
comit ditorial de Gallica: Nous avons dcid d'abandonner l'ide d'un vaste
corpus encyclopdique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse
reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd'hui vers des corpus
thmatiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. (...) Nous
cherchons  rpondre, en priorit, aux demandes des chercheurs et des lecteurs.
Le premier corpus aura trait aux voyages en France, avec mise en ligne prvue en
2000. Ce corpus rassemblera des textes, estampes et photographies du 16e sicle
 1920. Les corpus envisags ensuite sont: Paris, les voyages en Afrique des
origines  1920, les utopies, et les mmoires des Acadmies des sciences de
province.

En 2003, Gallica donne accs  tous les documents libres de droit du fonds
numris de la BnF,  savoir 70.000 ouvrages et 80.000 images allant du
Moyen-Age au dbut du 20e sicle. Mais, de l'avis de nombreux usagers, les
fichiers sont trs lourds puisque les livres sont numriss en mode image, et
l'accs en est trs long. Chose tout aussi problmatique, la numrisation en
mode image n'autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve
tre la plus grande bibliothque numrique francophone du rseau en nombre de
titres disponibles en ligne. Seule une petite collection de livres (1.117 titres
en fvrier 2004) est numrise en mode texte.

En fvrier 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages. A la mme date, la BnF annonce
la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse franaise parue
entre 1826 et 1944,  savoir 22 titres reprsentant 3,5 millions de pages. Dbut
2006, les premiers journaux disponibles en ligne sont Le Figaro (fond en 1826),
La Croix (fonde en 1883), L'Humanit (fonde en 1904) et Le Temps (fond en
1861 et disparu en 1942). En dcembre 2006, les collections comprennent 90.000
ouvrages numriss (fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines
d'heures de ressources sonores. Gallica dbute la conversion en mode texte des
livres numriss en mode image pour pour favoriser l'accs  leur contenu.

= Online Books Page

Certains se donnent pour tche non pas de numriser des oeuvres mais, tout aussi
utile, de rpertorier celles qui sont en accs libre sur le web, en offrant au
lecteur un point d'accs commun. C'est le cas de John Mark Ockerbloom, doctorant
 l'Universit Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis), qui cre
l'Online Books Page pour recenser les oeuvres anglophones.

Cinq ans plus tard, en septembre 1998, il relate: J'tais webmestre ici pour la
section informatique de la CMU (Carnegie Mellon University), et j'ai dbut
notre site local en 1993. Il comprenait des pages avec des liens vers des
ressources disponibles localement, et  l'origine l'Online Books Page tait
l'une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des
collgues de notre dpartement (par exemple Robert Stockton, qui a fait des
versions web de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont
commenc  demander des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites.
J'ai remarqu que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou
Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une
liste complte qui permette de tlcharger ou de lire des livres o qu'ils
soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a dbut. J'ai quitt mes
fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gard la gestion de l'Online Books
Page, parce qu'entre temps je m'tais passionn pour l'norme potentiel qu'a
l'internet de rendre la littrature accessible au plus grand nombre. Maintenant
il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal  rester  jour. Je pense
pourtant poursuivre cette activit d'une manire ou d'une autre. Je suis trs
intress par le dveloppement de l'internet en tant que mdium de communication
de masse dans les prochaines annes. J'aimerais aussi rester impliqu dans la
mise  disposition gratuite de livres sur l'internet, que ceci fasse partie
intgrante de mon activit professionnelle, ou que ceci soit une activit
bnvole mene sur mon temps libre.

Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En 1999, il
rejoint l'Universit de Pennsylvanie, o il travaille  la R&D (recherche et
dveloppement) de la bibliothque numrique de l'universit. A la mme poque,
il y transfre l'Online Books Page, tout en gardant la mme prsentation, trs
sobre, et il poursuit son travail d'inventaire dans le mme esprit. Ce
rpertoire recense 20.000 textes lectroniques en septembre 2003 et 25.000
textes lectroniques en dcembre 2006.

Une autre initiative est celle de l'Internet Public Library (IPL). Cre en mars
1995 par l'Universit du Michigan (Etats-Unis) dans le cadre de la School of
Information and Library Studies, l'IPL se dfinit comme la premire bibliothque
publique de l'internet sur l'internet,  savoir une bibliothque slectionnant,
organisant et cataloguant les ressources disponibles sur l'internet, et
n'existant elle-mme que sur celui-ci. Cette bibliothque publique d'un genre
nouveau devient vite une rfrence. L'IPL recense de manire pratiquement
exhaustive les livres (Online Texts, avec 22.500 titres en 2006), les journaux
(Newspapers) et les magazines (Magazines) disponibles sur le web. Les livres
sont essentiellement des oeuvres du domaine public.


7.2. Bibliothques traditionnelles


Qu'en est-il de l'internet dans les bibliothques traditionnelles? La premire
bibliothque prsente sur le web est la Bibliothque municipale d'Helsinki
(Finlande), qui inaugure son site en fvrier 1994. Des bibliothques mettent sur
pied des cyberespaces  destination de leurs lecteurs. D'autres bibliothques
font connatre les joyaux de leurs collections par le biais du web. Des
bibliothques nationales unissent leurs efforts pour crer un portail commun.
Voici un rcit succint de quelques ralisations trs diffrentes.

= ARPALS, en milieu rural

Lanc en 1996, le site web de l'ARPALS a pour sous-titre: Internet et
multimdia aux champs, ou comment amener la culture en milieu rural. L'ARPALS
(Amicale du regroupement pdagogique Armillac Labretonie Saint-Barthlmy)
regroupe les 950habitants de quatre villages (Armillac, Labretonie, Laperche et
Saint-Barthlmy) sis dans le dpartement du Lot-et-Garonne, dans le sud-ouest
de la France. Le regroupement pdagogique intercommunal (RPI) permet aux quatre
villages de faire cole commune afin d'viter la fermeture de classes
malheureusement frquente en zone rurale.

L'ARPALS met sur pied d'une part des animations (repas, kermesse, bal masqu),
d'autre part une bibliothque intercommunale de 1.300 livres en partenariat avec
la Bibliothque dpartementale de prt (BDP) de Villeneuve-sur-Lot. Le site web
prsente une slection de livres avec un rsum pour chacun d'eux. L'association
cre aussi une mdiathque ouverte 22 heures par semaine pour un public allant
de 3  76 ans. Quatre ordinateurs multimdias - complts par deux imprimantes
couleur et un scanner  plat  - permettent la consultation de CD-Rom, le libre
accs  l'internet et l'utilisation de logiciels bureautiques tels que Works,
Dbase for Windows, Corel Draw, Publisher, PhotoPaint, etc.

En juin 1998, Jean-Baptiste Rey, webmestre de l'ARPALS, prcise: Le but de
notre site internet est de faire connatre l'existence de la mdiathque
intercommunale de Saint-Barthlmy et ce que nous y faisons. C'est un moyen pour
nous de dmontrer l'utilit et l'intrt de ce type de structure et la
simplicit de l'usage des nouvelles technologies dans le cadre d'une
bibliothque. C'est aussi un moyen de pallier la faiblesse de notre fonds
documentaire. Internet et le multimdia nous permettent d'offrir beaucoup plus
de ressources et d'informations  nos usagers.

= Cyberespace des Nations Unies

L'internet peut aussi relancer les bibliothques traditionnelles. C'est le cas
de la Bibliothque de l'Organisation des Nations Unies  Genve (ONUG), sise
dans l'imposant Palais des Nations, entre le Lac Lman et le quartier des
organisations internationales.

En juillet 1997,  l'initiative de Pierre Pelou, son directeur, la bibliothque
ouvre un cyberespace de 24 postes informatiques en libre accs avec plusieurs
dizaines de CD-Rom en rseau et connexion  l'internet. Amnag au premier tage
de la bibliothque par Antonio Bustamante, architecte au Palais des Nations, ce
cyberespace est mis gratuitement  la disposition des reprsentants des missions
permanentes, dlgus de confrences, fonctionnaires internationaux, chercheurs,
tudiants, journalistes, membres des professions librales, ingnieurs et
techniciens, sans slection par le rang, chose assez rare dans ce milieu. Le
premier arriv est le premier servi.

Les 24 stations du cyberespace comprennent chacune un ordinateur multimdia, un
lecteur de CD-Rom et un casque individuel. Chaque groupe de trois ordinateurs
est reli  une imprimante laser. Chaque station permet de consulter l'internet
et sa messagerie lectronique et d'utiliser le traitement de texte WordPerfect.
Sont disponibles aussi les services suivants: 1)le systme optique des Nations
Unies; 2)un serveur regroupant une cinquantaine de CD-Rom en rseau; 3)la
banque de donnes UNBIS (United Nations Bibliographic Information System),
coproduite par les deux bibliothques des Nations Unies  New York et  Genve;
4)le catalogue de la Bibliothque de l'Office des Nations Unies  Genve; 5)
Profound, un ensemble de banques de donnes conomiques et commerciales; 6)
RERO, le catalogue du Rseau romand des bibliothques suisses (qui comprend le
catalogue de la Bibliothque des Nations Unies de Genve  titre de bibliothque
associe); 7)plusieurs CD-Rom multimdia (Encarta97, L'Etat du monde, Elyse
2, Nuklear, etc.); 8)des vidocassettes multistandards et des DVD prsentant
des programmes, films et documentaires sur l'action internationale et l'action
humanitaire.

Trs rapidement, de l'avis du personnel, la consultation lectronique induit
une plus grande consultation imprime et un renforcement de toutes les formes de
recherche. Dpassant les prvisions les plus optimistes, ce cyberespace joue le
rle de catalyseur, amenant un public nouveau, jeune, vari et enthousiaste 
consulter les collections de la bibliothque et  utiliser ses autres services.
Suite au succs du premier cyberespace, un deuxime cyberespace ouvre en avril
1998, deux tages plus haut, avec six postes informatiques et une vue imprenable
sur le lac Lman et la chane des Alpes.

= Enluminures de la Bibliothque de Lyon

Nombre de bibliothques reclent des joyaux que l'internet permet de faire
connatre. C'est le cas de la Bibliothque municipale de Lyon qui, en 1998,
dcide de diffuser en ligne sa collection d'enluminures, en dbutant par une
collection numrique de 3.000images, le but  terme tant une collection de
10.000 images manant de 200manuscrits et incunables s'chelonnant du 5e sicle
 la Renaissance. Le systme utilis est le SGBI (Systme de gestion de banques
d'images) cr par la Maison de l'Orient  Lyon, sous l'gide du CNRS (Centre
national de la recherche scientifique) et de l'Universit Lyon2.

Chaque document, signal par son auteur, son titre et son sicle de
ralisation, reprsente une entit, est-il expliqu sur le site web. Par un
double clic sur l'entit choisie, on accde  un cran qui permet de feuilleter
les images du document. Chaque cran peut comporter neuf imagettes,
correspondant  des objets-images. Lorsque le document comporte davantage
d'objets-images, des flches permettent d'accder aux objets-images suivants.
Chaque objet-image peut comprendre plusieurs images, leur nombre tant indiqu
sous chaque objet-image. Un double-clic sur une imagette permet de voir l'image
agrandie. Dans une seconde tape, une interrogation multicritres sera
possible.

Deux ans plus tard, en dcembre 2000, le site web donne accs  la plus
importante collection franaise d'enluminures mdivales, soit 12.000 images
scannes dans 457ouvrages prcieux. Certains manuscrits et incunables sont 
dominante religieuse: bibles, missels, brviaires, pontificaux, livres d'heures,
droit canon. D'autres,  dominante profane, traitent de philosophie, d'histoire,
de littrature, de sciences, etc. Les images numrises sont les peintures en
pleine page et les miniatures, ainsi que les initiales ornes et les dcors des
marges.

La bibliothque poursuit ensuite la numrisation de ses collections
iconographiques. Dbut 2003, plusieurs fonds spcialiss sont en accs libre sur
le web: manuscrits, livres imprims anciens, manuscrits autographes, collections
locales (Lyon) et rgionales (Rhne-Alpes), sotrisme et franc-maonnerie,
fonds de la premire guerre mondiale (1914-1918), estampes, affiches, livres
d'artistes, photographies, fonds Lacassagne (pre de l'Ecole lyonnaise
d'anthropologie criminelle), fonds chinois, arts du spectacle, et enfin
collection jsuite des Fontaines.

= Gabriel, serveur europen

Lanc en 1997, Gabriel - acronyme de: Gateway and Bridge to Europe's National
Libraries - est le serveur des bibliothques nationales europennes, cr pour
offrir un point d'accs unique  leurs services et collections. Le choix de ce
nom rappelle galement les travaux de Gabriel Naud, dont l'Advis pour dresser
une bibliothque (Paris, 1627) est le premier travail thorique en Europe sur
les bibliothques et qui constitue ainsi un point de dpart sur les
bibliothques de recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employ dans de
nombreuses langues europennes et vient de l'Ancien Testament, Gabriel tant
l'un des archanges, ou messager cleste. Il est galement prsent dans le
Nouveau Testament et dans le Coran.

Plus prosaquement, le site trilingue (anglais, franais, allemand) propose des
liens hypertextes vers les services en ligne d'un certain nombre de
bibliothques nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark,
Espagne, Estonie, Finlande, France, Grce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie,
Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macdoine, Malte, Norvge,
Pays-Bas, Pologne, Portugal, Rpublique slovaque, Rpublique tchque, Roumanie,
Royaume-Uni, San Marino, Sude, Suisse, Turquie et Vatican). Une rubrique
informe des projets communs  plusieurs pays. La recherche sur Gabriel est
possible par pays ou par type de services: OPAC (online public access
catalogue), bibliographies nationales, catalogues collectifs nationaux, index de
priodiques, serveurs web, gophers ( savoir des systmes d'information  base
de menus textuels  plusieurs niveaux), liste complte des services en ligne par
bibliothque.

Comment Gabriel voit-il le jour? L'ide d'un site web commun aux bibliothques
nationales europennes nat en 1994  Oslo (Norvge) lors de la runion annuelle
de la CENL (Conference of European National Librarians). En mars 1995, une
nouvelle runion rassemble les reprsentants de la Koninklijke Bibliotheek
(Pays-Bas), de la British Library (Royaume-Uni) et de l'Helsinki University
Library (Finlande). Aprs s'tre mises d'accord sur un projet pilote, ces trois
bibliothques sont rejointes par trois autres bibliothques nationales: Die
Deusche Bibliothek (Allemagne), la Bibliothque nationale de France et la
Biblioteka Narodowa (Pologne).

Le projet Gabriel est approuv en septembre 1995 lors de la runion annuelle de
la CENL  Berne (Suisse). Un serveur pilote est lanc sur l'internet par la
British Library, qui s'occupe ensuite de sa maintenance ditoriale avec la
collaboration des Bibliothques nationales de Finlande et des Pays-Bas. La
seconde tape se droule entre octobre 1995 et septembre 1996. Les bibliothques
nationales n'ayant pas particip  la phase pilote sont invites  se joindre au
projet. Entre-temps, nombre de bibliothques nationales dbutent leur propre
site web. Lors de sa runion  Lisbonne (Portugal) en septembre 1996, la CENL
dcide de lancer officiellement Gabriel  compter du 1erjanvier 1997, la
maintenance ditoriale tant assure par la Bibliothque nationale des Pays-Bas.

En t 2005, Gabriel est intgr  la Bibliothque europenne. Lance dix-huit
mois plus tt, en janvier 2004, la Bibliothque europenne est issue du projet
TEL (Telematics & Electronic Libraries), un projet subventionn par la
Commission europenne pendant trois ans, entre 2001 et 2003, pour tudier la
faisabilit d'un service pan-europen donnant accs aux ressources dissmines
dans toutes les bibliothques nationales d'Europe. Ce portail commun est mis en
ligne par la CENL et hberg par la Bibliothque nationale des Pays-Bas. Il
offre un point d'accs unique aux catalogues de 18 bibliothques nationales
(Allemagne, Autriche, Croatie, Danemark, Estonie, Finlande, France, Italie,
Hongrie, Lettonie, Pays-Bas, Portugal, Rpublique tchque, Royaume-Uni, Serbie,
Slovaquie, Slovnie et Suisse), avec accs (gratuit ou payant) aux documents
lectroniques de ces bibliothques. S'y ajoutent les catalogues de la CENL et de
l'ICCU (Instituto Centrale per il Catalogo Unico delle Bibliothece Italiane).
Les collections des 25 autres bibliothques nationales seront intgres dans une
phase ultrieure. La Bibliothque europenne devrait galement accueillir en son
sein la future Bibliothque numrique europenne, nouveau projet officiellement
lanc en mars 2006.

= De la conservation  la communication

Face  un web encyclopdique et des bibliothques numriques de plus en plus
nombreuses, les jours des bibliothques traditionnelles sont-ils compts? La
bibliothque numrique menace-t-elle vraiment l'existence de la bibliothque
traditionnelle? En 1997 et 1998, plusieurs grandes bibliothques expliquent sur
leur site que,  ct d'un secteur numrique en pleine expansion, la
communication physique des documents reste essentielle. Ces commentaires ont
depuis disparu. La bibliothque numrique rend enfin compatibles deux objectifs
qui ne l'taient gure,  savoir la conservation des documents et leur
communication. Le document est numris une bonne fois pour toutes, et le grand
public y a facilement accs. Au dbut des annes 2000, toute bibliothque
traditionnelle quelque peu dynamique dispose de collections numriques, soit 
usage interne, soit en accs libre sur le web.

Les problmes de bande passante s'estompent aussi. Aprs avoir propos avec
enthousiasme des images en pleine page trs agrables  l'oeil mais
excessivement longues  apparatre  l'cran, nombreux sont les sites qui optent
ensuite pour des images de format rduit, avec possibilit de cliquer ou non sur
ces images pour obtenir un format plus grand. Cette prsentation est souvent
reste la norme, mme avec la gnralisation de l'internet  dbit rapide. Le
passage du petit format ou grand format est dsormais rapide sinon immdiat, 
la grande satisfaction des iconographes, photographes et autres amateurs
d'images.

La raison d'tre des bibliothques nationales est de prserver un patrimoine
accumul au fil des sicles: manuscrits, incunables, livres imprims, journaux,
priodiques, gravures, affiches, partitions musicales, images, photos, films,
etc. Ceci n'est pas prs de changer. Si le fait de disposer de supports
numriques favorise la communication, il faut bien un endroit pour stocker les
documents physiques originaux,  commencer par les Bibles de Gutenberg.

Les bibliothques nationales archivent d'ailleurs aussi les documents
lectroniques et les pages web. A la Bibliothque nationale de France (BnF) par
exemple, il a t dcid de collecter et d'archiver les sites dont le nom de
domaine se termine en .fr, ou encore les sites ddis aux campagnes lectorales,
d'abord pour les prsidentielles de 2002, puis pour les lgislatives de 2004, et
enfin pour les prsidentielles et les lgislatives de 2007, en archivant et
collectant les sites institutionnels, les sites et blogs officiels des
candidats, les sites d'analyses, les sites des mdias traditionnels, les sites
d'associations et de syndicats, etc.

Les bibliothques publiques ne semblent pas prs de disparatre non plus. Malgr
la curiosit suscite par le livre numrique, les lecteurs assurent le plus
souvent qu'ils ne sont pas prts  lire Zola ou Proust  l'cran. Question de
gnration peut-tre. Les enfants ayant appris  lire directement  l'cran ne
verront peut-tre aucun problme  lire des livres en ligne sur des supports
lectroniques en tous genres.

Si les bibliothques nationales et les bibliothques publiques restent toujours
utiles, la situation est diffrente pour les bibliothques spcialises. Dans
nombre de domaines o l'information la plus rcente est primordiale, on
s'interroge maintenant sur la ncessit d'aligner des documents imprims sur des
rayonnages, alors qu'il est tellement plus pratique de rassembler, stocker,
archiver, organiser, cataloguer et diffuser des documents lectroniques, et de
les imprimer seulement  la demande.


7.3. Du bibliothcaire au cyberthcaire


En trois dcennies, le bibliothcaire-documentaliste a vu son activit
professionnelle frappe de plein fouet par l'informatique puis par l'internet.
Comment la transition s'est-elle passe?

= Bibliothcaires et internet

Selon Olivier Bogros, directeur de la Bibliothque municipale de Lisieux
(Normandie), interview en juin 1998, l'internet est un outil formidable
d'change entre professionnels (tout ce qui passe par le courrier lectronique,
les listes de diffusion et les forums) (...). C'est aussi pour les bibliothques
la possibilit d'largir leur public en direction de toute la Francophonie. Cela
passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne
du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de vritables bibliothques
virtuelles.

L'internet est un outil de communication sans prcdent. La liste de diffusion
Biblio-fr est cre en 1993 par Herv Le Crosnier, professeur  l'Universit de
Caen (Normandie)  l'intention des bibliothcaires et documentalistes
francophones et [de] toute personne intresse par la diffusion lectronique de
l'information documentaire. La liste se veut le regard francophone des
documentalistes sur les questions souleves par le dveloppement de l'internet,
par exemple la diffusion de la connaissance, l'organisation de collections de
documents lectroniques, la maintenance et l'archivage de l'crit lectronique.
Biblio-fr compte 3.329 abonns le 20 dcembre 1998 et 15.136 abonns le 20 avril
2007. Une autre liste de diffusion est ADBS-info, gre par l'Association des
professionnels de l'information et de la documentation (ADBS), avec 7.699
abonns le 20 avril 2007.

Des portails sont crs  l'intention des bibliothques, par exemple Biblio On
Line. Jean-Baptiste Rey, son rdacteur et webmestre, relate en juin 1998: Le
site dans sa premire version a t lanc en juin 1996. Une nouvelle version
(l'actuelle) a t mise en place  partir du mois de septembre 1997. Le but de
ce site est d'aider les bibliothques  intgrer internet dans leur
fonctionnement et dans les services qu'elles offrent  leur public. Le service
est dcompos en deux parties: a)une partie "professionnelle" o les
bibliothcaires peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens
vers les organismes, les institutions, et les projets et ralisations ayant
trait  leur activit; b)une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de
l'internet, villes et provinces, etc... permet au public des bibliothques
d'utiliser le service Biblio On Line comme un point d'entre vers internet.

Le site de l'ENSSIB (Ecole nationale suprieure des sciences de l'information et
des bibliothques) hberge la version lectronique du Bulletin des bibliothques
de France (BBF), une revue professionnelle bimensuelle dans laquelle
professionnels et spcialistes de l'information discutent de toutes les
questions concernant la politique et le dveloppement des bibliothques et des
centres de documentation: volution par secteur, grands projets,
informatisation, technologies de l'information, crits lectroniques, rseaux,
coopration, formation, gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et
lecture... Annie Le Saux, rdactrice de la revue, relate en juillet 1998:
C'est en 1996 que le BBF a commenc  paratre sur internet (les numros de
1995). (...) Nous nous servons beaucoup du courrier lectronique pour prendre
contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela diminue
grandement les dlais. Nous avons aussi recours au web pour prendre connaissance
des sites mentionns lors de colloques, vrifier les adresses, retrouver des
indications bibliographiques dans les catalogues des bibliothques...

Avec cette manne documentaire qu'offre dsormais l'internet, que vont devenir
les bibliothcaires-documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthcaires, ou
bien vont-ils progressivement disparatre parce que les usagers n'auront tout
simplement plus besoin d'eux?
Le mtier de bibliothcaire n'en est pas  sa premire transformation.
L'apparition de l'informatique permet au bibliothcaire de remplacer des
catalogues de fiches sur bristol par des catalogues consultables  l'cran, avec
un classement alphabtique ou systmatique effectu non plus par lui-mme mais
par la machine. L'informatisation du prt et de la gestion des commandes fait
disparatre l'impressionnant stock de fiches et bordereaux ncessaires lors des
oprations manuelles. L'informatique en rseau permet ensuite la gestion de
catalogues collectifs regroupant dans une mme base de donnes les catalogues
des bibliothques de la mme rgion, du mme pays ou de la mme spcialit,
entranant du mme coup des services trs facilits pour le prt
inter-bibliothques et le regroupement des commandes auprs des fournisseurs.
Puis les bibliothques ouvrent un serveur minitel pour la consultation de leur
catalogue, dsormais disponible au domicile du lecteur. Ces catalogues sont
progressivement transfrs sur l'internet, avec une consultation plus souple et
plus attractive que sur minitel. Outre un catalogue, les sites web des
bibliothques offrent un ensemble de documents numriss ou encore un choix de
liens hypertextes vers d'autres sites, vitant ainsi aux usagers de se perdre
sur la toile.

= Quelques expriences

Il ne semble donc pas que la profession soit en danger, au contraire. Piloter
les usagers sur l'internet, filtrer et organiser l'information  leur intention,
crer et grer un site web, rechercher des documents dans des bases de donnes
spcialises, telles sont dsormais les tches de nombreux bibliothcaires. Le
bibliothcaire devient cyberthcaire, comme en tmoignent diverses expriences
relates au fil des ans, par Peter Raggett en 1998, Bruno Didier en 1999,
Bakayoko Bourahima et Emmanuel Barthe en 2000, et Anissa Rachef en 2001.

Peter Raggett est directeur du centre de documentation et d'information (CDI) de
l'OCDE. Situe  Paris, l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement
conomiques) regroupe trente pays membres. Au noyau d'origine, constitu des
pays d'Europe de l'Ouest et d'Amrique du Nord, viennent s'ajouter le Japon,
l'Australie, la Nouvelle-Zlande, la Finlande, le Mexique, la Rpublique
tchque, la Hongrie, la Pologne et la Core. Rserv aux fonctionnaires de
l'organisation, le centre de documentation permet la consultation de quelque
60.000 monographies et 2.500 priodiques imprims. En ligne depuis 1996, les
pages intranet du CDI deviennent une source d'information essentielle pour le
personnel.

Je dois filtrer l'information pour les usagers de la bibliothque, ce qui
signifie que je dois bien connatre les sites et les liens qu'ils proposent,
explique Peter Raggett en juin 1998. J'ai slectionn plusieurs centaines de
sites pour en favoriser l'accs  partir de l'intranet de l'OCDE. Cette
slection fait partie du bureau de rfrence virtuel propos par la bibliothque
 l'ensemble du personnel. Outre de nombreux liens, ce bureau de rfrence
contient des pages recensant les articles, monographies et sites web
correspondant aux diffrents projets de recherche en cours  l'OCDE, l'accs en
rseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux titres.

Comment voit-il l'avenir de la profession? L'internet offre aux chercheurs un
stock d'informations considrable. Le problme pour eux est de trouver ce qu'ils
cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti une telle surcharge
d'informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un
renseignement sur un sujet prcis en utilisant les moteurs de recherche
disponibles sur l'internet. A mon avis, les bibliothcaires auront un rle
important  jouer pour amliorer la recherche et l'organisation de l'information
sur le rseau. Je prvois aussi une forte expansion de l'internet pour
l'enseignement et la recherche. Les bibliothques seront amenes  crer des
bibliothques numriques permettant  un tudiant de suivre un cours propos par
une institution  l'autre bout du monde. La tche du bibliothcaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de plus en
plus devenir un bibliothcaire virtuel. Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer
les usagers, ils me contacteront plutt par courriel, par tlphone ou par fax,
j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les rsultats par voie
lectronique.

En 1999, Bruno Didier est bibliothcaire  l'Institut Pasteur (Paris), une
fondation prive dont le but est la prvention et le traitement des maladies
infectieuses par la recherche, l'enseignement et des actions de sant publique.
Sduit par les perspectives qu'offre le rseau pour la recherche documentaire,
Bruno Didier cre le site web de la bibliothque en 1996 et devient son
webmestre. Le site web de la bibliothque a pour vocation principale de servir
la communaut pasteurienne, relate-t-il en aot 1999. Il est le support
d'applications devenues indispensables  la fonction documentaire dans un
organisme de cette taille: bases de donnes bibliographiques, catalogue,
commande de documents et bien entendu accs  des priodiques en ligne. C'est
galement une vitrine pour nos diffrents services, en interne mais aussi dans
toute la France et  l'tranger. Il tient notamment une place importante dans la
coopration documentaire avec les instituts du rseau Pasteur  travers le
monde. Enfin j'essaie d'en faire une passerelle adapte  nos besoins pour la
dcouverte et l'utilisation d'internet. (...) Je dveloppe et maintiens les
pages du serveur, ce qui s'accompagne d'une activit de veille rgulire. Par
ailleurs je suis responsable de la formation des usagers, ce qui se ressent dans
mes pages. Le web est un excellent support pour la formation, et la plupart des
rflexions actuelles sur la formation des usagers intgrent cet outil.

Son activit professionnelle a chang de manire radicale, tout comme celle de
ses collgues. C'est  la fois dans nos rapports avec l'information et avec les
usagers que les changements ont eu lieu, explique-t-il. Nous devenons de plus en
plus des mdiateurs, et peut-tre un peu moins des conservateurs. Mon activit
actuelle est typique de cette nouvelle situation: d'une part dgager des chemins
d'accs rapides  l'information et mettre en place des moyens de communication
efficaces, d'autre part former les utilisateurs  ces nouveaux outils. Je crois
que l'avenir de notre mtier passe par la coopration et l'exploitation des
ressources communes. C'est un vieux projet certainement, mais finalement c'est
la premire fois qu'on dispose enfin des moyens de le mettre en place.

En 2000, Bakayoko Bourahima est responsable de la bibliothque de l'ENSEA (Ecole
nationale suprieure de statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, un
tablissement qui assure la formation de statisticiens pour les pays africains
d'expression franaise. Le site web de l'ENSEA est mis en ligne en avril 1999
dans le cadre du rseau REFER, mis sur pied par l'Agence universitaire de la
Francophonie (AUF) pour desservir la communaut scientifique et technique en
Europe de l'Est, en Asie et en Afrique (24 pays participants en 2002).

Bakayoko Bourahima s'occupe de la gestion de l'information scientifique et
technique et de la diffusion des travaux publis par l'Ecole. En ce qui concerne
l'internet, mon service a eu rcemment des sances de travail avec l'quipe
informatique pour discuter de l'implication de la bibliothque dans l'animation
du site, relate-t-il en juillet 2000. Le service de la bibliothque travaille
aussi  deux projets d'intgration du web pour amliorer ses prestations. (...)
J'espre bientt pouvoir mettre  la disposition de mes usagers un accs
internet pour l'interrogation de bases de donnes. Par ailleurs, j'ai en projet
de raliser et de mettre sur l'intranet et sur le web un certain nombre de
services documentaires (base de donnes thmatique, informations
bibliographiques, service de rfrences bibliographiques, bulletin analytique
des meilleurs travaux d'tudiants...). Il s'agit donc pour la bibliothque, si
j'obtiens les financements ncessaires pour ces projets, d'utiliser pleinement
l'internet pour donner  notre cole un plus grand rayonnement et de renforcer
sa plateforme de communication avec tous les partenaires possibles. En intgrant
cet outil au plan de dveloppement de la bibliothque, j'espre amliorer la
qualit et largir la gamme de l'information scientifique et technique mise  la
disposition des tudiants, des enseignants et des chercheurs, tout en tendant
considrablement l'offre des services de la bibliothque.

En 2000, Emmanuel Barthe est documentaliste juridique et responsable
informatique de Coutrelis & Associs, un cabinet d'avocats parisien. Les
principaux domaines de travail du cabinet sont le droit communautaire, le droit
de l'alimentation, le droit de la concurrence et le droit douanier, crit-il en
octobre 2000. Je fais de la saisie indexation, et je conois et gre les bases
de donnes internes. Pour des recherches documentaires difficiles, je les fais
moi-mme ou bien je conseille le juriste. Je suis aussi responsable informatique
et tlcoms du cabinet: conseils pour les achats, assistance et formation des
utilisateurs. De plus, j'assure la veille, la slection et le catalogage de
sites web juridiques: titre, auteur et bref descriptif. Je suis galement
formateur internet juridique aussi bien  l'intrieur de mon entreprise qu'
l'extrieur lors de stages de formation.

Emmanuel Barthe est aussi le modrateur de Juriconnexion, une liste de
discussion cre par l'association du mme nom. L'association Juriconnexion a
pour but la promotion de l'lectronique juridique, c'est--dire la documentation
juridique sur support lectronique et la diffusion des donnes publiques
juridiques. Elle organise des rencontres entre les utilisateurs et les diteurs
juridiques (et de bases de donnes), ainsi qu'une journe annuelle sur un thme.
Vis--vis des autorits publiques, Juriconnexion a un rle de mdiateur et de
lobbying  la fois. L'association, notamment, est favorable  la diffusion
gratuite sur internet des donnes juridiques produites par le Journal officiel
et les tribunaux. Les bibliothcaires-documentalistes juridiques reprsentent la
majorit des membres de l'association, suivis par certains reprsentants des
diteurs et des juristes.

En 2001, Anissa Rachef est bibliothcaire et professeur  l'Institut franais de
Londres. Prsents dans nombre de pays, les instituts franais sont des
organismes officiels proposant des cours et manifestations culturelles. A
Londres, 5.000 tudiants environ s'inscrivent aux cours chaque anne. Inaugure
en mai 1996, la mdiathque utilise l'internet ds sa cration.

L'objectif de la mdiathque est double, explique Anissa Rachef en avril 2001.
Servir un public s'intressant  la culture et la langue franaises et
"recruter" un public allophone en mettant  disposition des produits d'appel
tels que vidos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en place rcente
d'un espace multimdia sert aussi  fidliser les usagers. L'installation d'un
service d'information rapide a pour fonction de rpondre dans un temps minimum 
toutes sortes de questions poses via le courrier lectronique, ou par fax. Ce
service exploite les nouvelles technologies pour des recherches trs
spcialises. Nous laborons galement des dossiers de presse destins aux
tudiants et professeurs prparant des examens de niveau secondaire. Je m'occupe
essentiellement de catalogage, d'indexation et de cotation. (...) J'utilise
internet pour des besoins de base. Recherches bibliographiques, commande de
livres, courrier professionnel, prt inter-bibliothques. C'est grce  internet
que la consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC (Systme universitaire
de documentation) et OCLC (Online Computer Library Center), a t possible.
C'est ainsi que j'ai pu mettre en place un service de fourniture de documents
extrieurs  la mdiathque. Des ouvrages peuvent dsormais tre achemins vers
la mdiathque pour des usagers ou bien  destination des bibliothques
anglaises.


7.4. Dans la ligne de Handicapzro


L'existence de bibliothques numriques reprsente un tournant important pour
l'accs des personnes handicapes au livre, par exemple les personnes ayant un
problme visuel,  savoir 10% de la population, ou encore les personnes 
motricit rduite, par exemple celles qui ne peuvent tenir un livre dans les
mains ou bien tourner les pages. Pour la premire fois, elles peuvent accder 
de nombreux titres du patrimoine scientifique et littraire, et non plus
seulement  un pourcentage infime, et elles peuvent accder aux nouveauts sans
devoir attendre des mois sinon des annes.

= Premiers pas

Un dpartement de la Library of Congress, le NLS (National Library Service for
the Blind and Physically Handicapped), lance en aot 1999 un serveur permettant
aux personnes handicapes visuelles de tlcharger des livres, soit au format
BRF (braille format) pour une lecture sur plage braille ou une impression sur
imprimante braille, soit au format DAISY (digital accessible information system)
pour une coute sur synthse vocale. A l'ouverture du service, 3.000 livres sont
disponibles pour tlchargement ou consultables en ligne. Ce service fournit
aussi un synthtiseur de parole, qui est un logiciel permettant de dsagrger le
texte pour lecture sur synthse vocale. Les collections du NLS comptent 4.700
titres en septembre 2003.

De son ct, l'association Recording For the Blind & Dyslexic (RFB&D) enregistre
4.000 titres par an avec l'aide de 5.000 volontaires officiant dans 32 studios
d'enregistrement rpartis dans tout le pays. Elle est la plus grande association
de ce type aux Etats-Unis.  En 2002, la RFB&D dbute la numrisation de ses
collections au format DAISY. 6.000 livres audionumriques sont disponibles sur
CD-Rom en septembre 2002, et 37.500 livres cinq ans plus tard, en septembre
2007.

Les transcriptions en braille peuvent tre rapides quand existent  la fois la
motivation et les moyens. Le quatrime volet de la srie best-seller de Joanne
K. Rowling, Harry Potter and the Goblet of Fire, est publi par la National
Braille Press (NBP) en juillet 2000, vingt jours seulement aprs sa sortie en
librairie, avec un premier tirage de 500exemplaires. Si les 734 pages du livre
standard publi par Scholastic donnent 1.184 pages en braille, le prix du
livre braille n'est pas plus lev, souligne la NBP. Ce court dlai est d 
deux facteurs. D'une part, Scholastic fournit le fichier lectronique, une
initiative dont d'autres diteurs feraient bien de s'inspirer. D'autre part, les
31membres de l'quipe de la NBP travaillent sans relche pendant quinze jours.
Comme pour les autres titres de la NBP, le livre est galement disponible au
format PortaBook,  savoir un fichier en braille informatique abrg stock sur
disquette, pour lecture sur un lecteur braille portable ou au moyen d'un
logiciel braille. Sept ans plus tard, en juillet 2007, le septime et dernier
opus de la srie, Harry Potter and the Deathly Hallows, est disponible chez
Bookshare.org 4 heures et 20 minutes aprs la parution officielle le 21 juillet
 minuit et une minute, le temps de scanner le livre et de mettre en forme les
fichiers numriques.

Dans de nombreux pays, malgr l'existence d'un matriel informatique adapt,
l'dition braille reste encore confidentielle sinon clandestine, le problme des
droits d'auteur sur les transcriptions n'tant pas rsolu. Les livres en gros
caractres et sur cassettes sont eux aussi peu nombreux par rapport aux milliers
de titres paraissant chaque anne, malgr les efforts dispenss par les diteurs
spcialiss et les organismes bnvoles.

Directeur de la communication de l'association Handicapzro, Patrice Cailleaud
explique en janvier 2001 que, si le livre numrique est une nouvelle solution
complmentaire aux problmes des personnes aveugles et malvoyantes, (...) les
droits et autorisations d'auteurs demeurent des freins pour l'adaptation en
braille ou caractres agrandis d'ouvrage. Les dmarches sont saupoudres,
longues et n'aboutissent que trop rarement. D'o la ncessit imprieuse de
lois nationales et d'une loi internationale du droit d'auteur pour les personnes
atteintes de dficience visuelle.

Richard Chotin, professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de Lille,
relate en mai 2001: Ma fille vient d'obtenir la deuxime place  l'agrgation
de lettres modernes. Un de ses amis a obtenu la matrise de confrence en droit
et un autre a soutenu sa thse de doctorat en droit galement. Outre l'aspect
performance, cela prouve au moins que, si les aveugles taient rellement aids
(tous les aveugles n'ont videmment pas la chance d'avoir un pre qui peut
passer du temps et consacrer de l'argent) par des mthodes plus actives dans la
lecture des documents (obligation d'obtenir en braille ce qui existe en "voyant"
notamment), le handicap pourrait presque disparatre.

Entrine  la mme date, la directive 2001/29/CE de la Commission europenne
sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et des droits voisins
dans la socit de l'information - plus simplement appele directive EUCD
(European Union Copyright Directive) - insiste dans son article 43 sur la
ncessit pour les Etats membres d'adopter toutes les mesures qui conviennent
pour favoriser l'accs aux oeuvres pour les personnes souffrant d'un handicap
qui les empche d'utiliser les oeuvres elles-mmes, en tenant plus
particulirement compte des formats accessibles. C'est chose faite les annes
suivantes. En France par exemple, la loi du 1er aot 2006 sur le droit d'auteur
et droits voisins dans la socit de l'information - plus simplement appele loi
DADVSI - prvoit l'exception au droit d'auteur en faveur des personnes
handicapes, exception qui permet d'adapter  moindre cot des oeuvres
originales en fonction de certains handicaps pour offrir des version numriques,
des versions audio, etc.

En partenariat avec plusieurs organismes (associations, tablissements
d'enseignement spcialis, diteurs), l'association BrailleNet - fonde en 1997
par Dominique Burger - cre en novembre 2001 le serveur Hlne pour l'dition
adapte, afin de proposer en accs restreint des livres numriques permettant
des impressions en braille ou en gros caractres. Ces livres sont des oeuvres
littraires rcentes, des documentations techniques, des ouvrages scientifiques,
des manuels scolaires et des supports de cours adapts, ainsi que des livres du
domaine public. Dvelopp en partenariat avec l'INRIA Rhne-Alpes (INRIA:
Institut national de recherche en informatique et en automatique) et soutenu par
la Direction du livre et de la lecture (Ministre de la culture et de la
communication), le serveur comprend 2.700 titres en aot 2007, dont 70% de
livres sous droits. Les fichiers numriques sont utiliss par 67 centres de
transcription spcialiss situs en France et dans la Francophonie.

En parallle, la Bibliothque Hlne ouvre en janvier 2006  l'intention des
lecteurs dficients visuels, avec des livres pour la jeunesse, suivis ensuite
d'ouvrages de littrature gnrale. Les collections comptent 1200 livres, dont
la moiti du domaine public. Catherine Desbuquois, gestionnaire de la
bibliothque, explique en aot 2007: Le catalogue de la bibliothque Hlne
progresse au rythme de la bonne volont des diteurs, qui commencent  envisager
les avantages du droit de prt numrique, mais c'est un long travail de
pdagogie. L'inscription est gratuite sur prsentation d'un certificat mdical.
A ce stade, la lecture est possible uniquement sur le bloc-notes braille Iris de
la socit Eurobraille, qui cote entre 6.595 euros et 11.910 euros selon les
modles (prix d'aot 2007), et dont le parc compte 700 units seulement dans
toute l'Europe (en 2006). De ce fait, la bibliothque touche un public rduit,
avec 123 lecteurs actifs et 217 lecteurs inscrits. L'cart significatif entre
le nombre de lecteurs inscrits et le nombre de lecteurs actifs tient au fait que
beaucoup de personnes intresses par la lecture numrique - mais non quipes
d'Iris - se sont inscrites dans l'attente de la mise en place du nouveau mode de
lecture scuris (PDF) auquel travaillent BrailleNet et la socit Adobe
(France). (extrait d'un document statistique de BrailleNet) Ce nouveau mode de
lecture est  scuris au moyen d'un certificat numrique individuel dpos sur
un eToken,  savoir un systme d'authentification sur cl USB. Disponible 
l'automne 2007, il permet d'augmenter la frquentation de la bibliothque
puisqu'une plateforme spcifique n'est plus ncessaire.

= Bookshare.org

Lanc par Benetech en 2002, Bookshare.org est  ce jour la plus grande
bibliothque numrique mondiale destine aux personnes ayant un problme visuel,
et son modle est envi dans de nombreux pays.

Benetech est une socit de la Silicon Valley (Californie) qui se donne pour
objectif de mettre les technologies au service de tous les tres humains, et pas
seulement de quelques-uns. Ds ses dbuts en 2001, Benetech dcide de crer une
grande bibliothque numrique  l'intention des personnes aveugles et
malvoyantes rsidant aux Etats-Unis. L'ide tant que,  l'heure du numrique,
il est beaucoup plus rapide et conomique de scanner les livres rcents plutt
que de les enregister sur cassettes (version audio) ou de les transcrire en
braille emboss (version imprime). Le temps ncessaire se compte en heures ou
en jours, et non plus en semaines ou en mois. Et le cot se trouve rduit de
75%.

Bookshare.org est mis en ligne en fvrier 2002. Aprs avoir soumis la preuve
crite de leur handicap et s'tre acquitts de la somme de 25 dollars pour
l'inscription, les adhrents ont accs  la bibliothque moyennant un abonnement
annuel de 50 dollars. Scanns par une centaine de volontaires, les 7.620 titres
disponibles au dpart sont proposs en deux formats, BRF et DAISY.

L'initiative de Bookshare.org constitue une avance considrable. L'objectif de
l'association est assez diffrent de celui du NLS ou du RFB&D, dont le nombre de
titres est trs infrieur et dont les textes sont enregistrs par des narrateurs
sous contrat (NLS) ou par des volontaires (RFB&D), avec un processus de contrle
garantissant une qualit optimale et entranant un cot assez lev par livre.
Dans le cas de Bookshare.org, le but est de proposer une grande bibliothque de
livres scanns  moindre cot au lieu d'une petite bibliothque de livres de
grande qualit.

Il faut compter entre deux et quatre heures pour scanner le livre, le convertir
en texte grce  un logiciel OCR, puis vrifier le fichier lectronique obtenu
pour s'assurer qu'aucune page n'a t oublie et que les paragraphes sont
distincts les uns des autres. Un second volontaire vrifie ensuite que les
informations relatives au livre (auteur, titre, date, copyright) sont correctes
et corrige ventuellement le fichier numrique au regard du livre original, en
fonction du temps qu'il souhaite y consacrer. Un logiciel convertit enfin le
livre aux formats BRF et DAISY. L'association distingue trois niveaux de qualit
pour le livre numris: excellent (pratiquement sans erreur), bon (avec quelques
erreurs) et correct (avec beaucoup d'erreurs, mais lisible), ceci en fonction de
la qualit du logiciel OCR utilis. Le cot de production est estim  6 dollars
US pour un roman et 50 dollars pour un manuel d'enseignement dont le contenu est
entirement vrifi au regard de l'original.

Si, jusque-l, moins de 5% des titres publis aux Etats-Unis sont disponibles en
version braille ou en version audio, la seule limite devient celle du nombre de
volontaires scannant les livres. Nombreux sont ceux qui scannent dj des livres
 titre priv, pour un usage personnel ou pour un membre de leur famille aveugle
ou malvoyant.  L'association les incite donc  envoyer leurs fichiers et 
grossir les rangs de l'quipe actuelle, afin de proposer  terme plusieurs
dizaines de milliers de livres, y compris toutes les nouveauts.

Le nombre de livres et de volontaires augmente rapidement. En un an, de fvrier
2002  fvrier 2003, le catalogue passe de 7.620 livres  11.500 livres, et le
nombre de volontaires de 100  200 personnes.  Le catalogue comprend 14.000
livres en aot 2003, 17.000 livres en fvrier 2004, 20.000 livres en janvier
2005, 23.000 livres en juillet 2005 et 30.000 livres en dcembre 2006. 5.000
nouveaux livres sont ajouts au cours de l'anne 2006, avec un rythme de 100
livres par semaine. En mars 2005, Bookshare.org dbute des collections en
espagnol, la deuxime langue du pays, avec un fonds initial de 500 livres, qui
passe  1.000 livres en dcembre 2006. A la mme date, la bibliothque compte
5.000 adhrents.

Bookshare.org propose aussi des oeuvres du domaine public en tlchargement
libre. Accessibles  tous, abonns ou non, ces oeuvres sont disponibles en
quatre formats: HTML, TXT, BRF et DAISY. Toujours en tte de file lorsqu'il
s'agit de lecture pour tous, le Projet Gutenberg met  la disposition de
l'association l'ensemble de ses collections.

En juillet 2002, Bookshare.org passe un partenariat avec le service Braille
Press du Braille Institute of America pour proposer des ditions en braille
emboss  toute personne rsidant aux Etats-Unis, moyennant un cot modique. Les
transcripteurs et  correcteurs de la Braille Press produisent 13 millions de
pages par an  destination des coles, des entreprises, des agences
gouvernementales et des particuliers. En fvrier 2003, Bookshare.org s'associe
avec la socit Pulse Data pour que ses livres puissent tre facilement
tlchargs sur le BrailleNote, un assistant personnel destin aux personnes
malvoyantes. En fvrier 2004, Bookshare.org lance diverses formules
d'inscription  destination des coles et des groupes. En avril 2004,
l'association LightHouse International dbute une collection de livres sur
l'emploi et le dveloppement professionnel  l'intention des membres de la
bibliothque. En 2005, Bookshare.org procure un logiciel de synthse vocale lors
de l'inscription. Il s'agit du Victor Reader de la socit HumanWare (qui
remplace Pulse Data en janvier 2005).

Bookshare.org n'aurait pu voir le jour sans la volont bien ancre de l'quipe
de faire appliquer un amendement spcifique de la loi sur le copyright, le 1996
Chafee Amendment (U.S. Copyright Law, 17 U.S.C.  121). Cet amendement autorise
la distribution d'oeuvres littraires dans des formats adapts, et ce auprs des
personnes handicapes visuelles, des personnes souffrant d'un handicap de
lecture (par exemple la dyslexie) et des personnes  motricit rduite (par
exemple les personnes ne pouvant tourner les pages d'un livre). Toute version
numrique doit obligatoirement inclure la mention du copyright, avec le nom de
l'diteur dtenteur des droits et la date originale de publication.

De plus, ds sa phase initiale, Bookshare.org s'assure du soutien de
l'Association of American Publishers (AAP), et prend en compte les diverses
remarques faites par l'AAP et plusieurs diteurs. Le fait que les livres ne
puissent tre utiliss que par la communaut concerne est strictement appliqu,
avec un systme adapt de gestion des droits numriques - fichiers encrypts,
empreintes digitales, autres procdures de contrle - et les infractions sont
immdiatement sanctionnes. De plus, plusieurs diteurs et auteurs donnent 
Bookshare.org le droit de mettre leurs livres  la disposition de ses adhrents.
C'est le cas par exemple de O'Reilly Media, diteur de manuels informatiques et
de livres sur les technologies qui, en mars 2003, passe un accord avec
Bookshare.org pour que ses livres soient intgrs aux collections ds
publication et convertis aux formats BRF et DAISY.

En mars 2006, suite  une phase pilote mene depuis 2004, Bookshare.org
s'associe officiellement avec la National Federation of the Blind (NFB) pour
proposer la lecture vocale de 125 journaux et magazines rgionaux et nationaux.
Cette lecture tait jusque-l rserve aux adhrents de la NFB, et possible
uniquement par tlphone au moyen d'une synthse vocale. Les membres de
Bookshare.org peuvent dsormais lire ces priodiques sur leur ordinateur. 150
titres sont disponibles en dcembre 2006.

En mai 2007, Benetech lance un service international. 15% des collections - 4
600 livres en anglais et 600 livres en espagnol - sont disponibles  l'intention
des personnes ayant un problme similaire dans d'autres pays.

Qu'en est-il de Benetech, la socit fondatrice de Bookshare.org? Benetech est
fond en 2001 par Jim Fruchterman, pour prendre la suite d'Arkenstone, une
socit spcialise dans les appareils de lecture pour personnes aveugles.
Benetech conoit, dveloppe et met en oeuvre des technologies novatrices au
service du handicap, des droits humains, de l'alphabtisation, de l'ducation et
de la fracture numrique. Pour tous les projets qu'elle lance, la socit
privilgie un retour sur investissement plus social que financier. Aprs avoir
lanc Bookshare.org, Benetech lance notamment Route 66, un logiciel de lecture
pour l'alphabtisation des adultes, et Martus, un logiciel scuris permettant
de recenser les atteintes aux droits de l'homme.

= Handicapzro

Dans la Francophonie, l'association la plus active dans ce domaine est
Handicapzro, qui a pour but d'amliorer l'autonomie des personnes handicapes
visuelles,  savoir 10% de la population francophone. L'association est cre en
1987  partir du constat suivant: l'information visuelle est omniprsente, mais
les personnes aveugles et malvoyantes n'y ont pas accs. En France par exemple,
une personne sur mille est aveugle, une personne sur cent est malvoyante et une
personne sur deux a des problmes de vue. Selon le Programme de prvention de la
ccit publi par l'Organisation mondiale de la sant (OMS) en 2001, on dnombre
1,5 million de dficients visuels, dont 112.000 personnes aveugles et 250.000
personnes dont l'acuit visuelle est en dessous de 4 dizimes.

Mis en ligne en septembre 2000, le site web de l'association devient rapidement
le site adapt le plus visit, avec 10.000 requtes mensuelles. Suite  cette
premire exprience russie, l'association lance en fvrier 2003 un portail
gnraliste offrant en accs libre l'information nationale et internationale en
temps rel (en partenariat avec l'Agence France-Presse), l'actualit sportive
(avec le journal L'Equipe), les programmes de tlvision (avec le magazine
Tlrama), la mto (avec Mto France) et un moteur de recherche (avec Google),
ainsi que toute une gamme de services dans les domaines de la sant, de
l'emploi, de la consommation, des loisirs, des sports et de la tlphonie.

Les personnes aveugles peuvent accder au site au moyen d'une plage braille ou
d'une synthse vocale. Les personnes malvoyantes peuvent paramtrer leur propre
confort de lecture,  savoir la taille et la police des caractres ainsi que
la couleur du fond d'cran pour une navigation confortable, en crant puis en
modifiant leur profil selon leur potentiel visuel. Ce profil est utilisable pour
la lecture de n'importe quel texte situ sur le web, en faisant un copier-coller
dans la fentre prvue  cet effet. Les personnes voyantes peuvent correspondre
en braille avec des aveugles par le biais du site, l'association assurant
gratuitement la transcription et l'impression braille des courriers (4.000
caractres maximum) ainsi que leur expdition par voie postale dans les pays de
l'Union europenne. Handicapzro entend ainsi dmontrer que, sous rserve du
respect de certaines rgles lmentaires, l'internet peut devenir enfin un
espace de libert pour tous.

L'association permet aussi  l'internaute de recevoir directement  son domicile
un document adapt  ses besoins, en braille, en caractres agrandis ou en
audio. 80.000 documents sont dits en braille et en caractres agrandis en
2005, et 90.000 documents en 2006, avec un champ d'action dans 15 pays. Par le
biais du site ou  partir du numro vert de l'association, 20.000 personnes en
2005 et 25.000 personnes en 2006 bnficient gratuitement des services de plus
de 200 collectivits et entreprises partenaires. Le site reoit la visite de
200.000 visiteurs par mois. En octobre 2006, le portail adopte une nouvelle
prsentation en enrichissant encore son contenu, en adoptant une navigation plus
intuitive pour la page d'accueil, en proposant des raccourcis de clavier, en
offrant un service amlior pour l'affichage confort de lecture, etc. Plus de
2 millions de visiteurs utilisent les services du portail au cours de l'anne
2006.

= Bibliothque numrique pour le Handicap

Handicapzro est l'un des nombreux partenaires de la Bibliothque numrique pour
le Handicap (BnH), un projet novateur qui voit le jour en janvier 2006 
l'initiative de la ville de Boulogne-Billancourt (rgion parisienne) et sous
l'gide d'Alain Patez, bibliothcaire numrique charg de mission pour la BnH.
Celui-ci explique: Projet  vocation nationale, la BnH repose sur la conviction
que l'dition numrique est le moyen d'accs  l'information et  la culture le
mieux adapt aux personnes en situation de handicap. L'objectif de la BnH est de
permettre  toute personne confronte  un handicap de tlcharger  distance
des livres numriques. Ces documents sont commercialiss dans le public, donc
non libres de droit de reproduction.

La BnH se veut un service public proposant un accs adapt  l'dition, et non
un accs  l'dition adapte. Elle propose un service de prt de livres
numriques et de livres audio tlchargeables et chronodgradables (dure
limite dans le temps). En 2006, lors de sa premire anne de fonctionnement 
titre exprimental en tant que projet d'tude et de recherche, la bibliothque
compte 400 lecteurs, 971 titres (60% fiction et 40% documentaires) et 1.500
prts. Chaque livre est disponible en cinq exemplaires numriques (permettant
cinq accs simultans) et dix exemplaires audio (permettant dix accs
simultans). Le prt est de trois livres pour une dure de trois semaines. Les
personnes inscrites sont pour moiti des handicaps moteurs et pour moiti des
handicaps visuels.

Comment la BnH voit-elle le jour? Alain Patez est responsable des ditions
numriques  la Mdiathque Landowski de Boulogne-Billancourt depuis juin 2000.
L'ouverture de la BnH est prcde de deux expriences. Premire exprience, un
service de prt de tablettes de lecture Cybook qui dbute en fvrier 2002 au
sein de la Mdiathque Landowski. Le public intress s'avre tre de grands
lecteurs, plutt gs, et des lecteurs malvoyants. Mais la socit Cytale, qui
dveloppe et commercialise le Cybook, cesse ses activits quelques mois plus
tard. Deuxime exprience, suite  un partenariat avec la socit Mobipocket,
spcialise dans la lecture et la distribution scurise de livres numriques,
la Bibliothque numrique Landowski (BnL) cre en fvrier 2003 un service de
prt de livres d'une dure de deux semaines. Cette bibliothque comprend 1100
titres, essentiellement des oeuvres de fiction (65% de livres en franais, 30%
en anglais, 5% en allemand et en espagnol). La BnL totalise 256 lecteurs et 1
020 emprunts pour l'anne 2005.

En 2003, la BnL passe un partenariat avec l'Association du locked-in syndrome
(ALIS), - qui regroupe des personnes ttraplgiques et muettes communiquant
uniquement par clignement de paupires - pour que les malades de l'association
puissent avoir accs  la bibliothque numrique. De ce partenariat merge
l'ide d'une bibliothque  vocation nationale pour les personnes handicapes.

Dbut 2005, un groupe est constitu avec des reprsentants de la ville de
Boulogne-Billancourt, l'Association du locked-in syndrome (ALIS), l'Association
franaise contre les myopathies (AFM), l'Association des paralyss de France
(APF) et la Mission handicap de l'Assistance publique - Hpitaux de Paris
(AP-HP). Ce groupe dcide en mai 2005 de dvelopper une bibliothque numrique
pour le handicap. Aprs approbation  l'unanimit par le conseil municipal de
Boulogne-Billancourt en septembre 2005, la BnH est lance en janvier 2006. Son
comit technique de pilotage est compos des associations ci-dessus, auxquelles
s'ajoutent l'Association Valentin Hay (AVH), le Groupement pour l'insertion des
personnes handicapes physiques (GIHP) et l'Union nationale des associations de
parents et amis de personnes handicapes mentales (UNAPEI).

Qu'est-ce exactement qu'une bibliothque numrique du handicap? Alain Patez
explique en juin 2007: Il faut lever une ambigut: le livre numrique n'est
pas  proprement parler de l'dition adapte - braille, gros caractres... -
mais fournit un accs adapt  l'dition: il ncessite en effet une mdiation
technique. C'est en particulier une orthse de lecture pour certains types de
handicap: l'accs au texte imprim est limit pour la manipulation dans le cas
de handicaps moteurs trs lourds, tels les locked-in syndrome; ces difficults
sont supprimes avec la fonction de dfilement automatique du texte.

Le financement des livres est pris en charge par la ville de
Boulogne-Billancourt et l'Association franaise contre les myopathies (AFM).
L'AFM finance galement l'tude sur la lecture numrique (ELUPHA - Etude de la
lecture numrique pour les personnes handicapes) et le site de la bibliothque
au regard des diffrents critres d'accessibilit. La plateforme technique est
entirement gre par la socit Numilog, spcialise dans la distribution de
livres numriques.

Denis Zwirn, prsident de Numilog, explique en juin 2007: Numilog, en tant que
principal diffuseur franais de livres numriques, fournit  la Bibliothque
numrique pour le Handicap sa plateforme technique - permettant de grer le prt
des livres depuis un site ddi et adapt aux personnes non voyantes - et le
catalogue des livres prts. Ces livres et audiolivres sont issus des accords
passs par Numilog avec de nombreux diteurs francophones, parmi lesquels entre
autres: Gallimard, POL, Le Dilettante, Le Rocher, La Dcouverte, De Vive Voix,
Eyrolles ou Pearson Education France. Ce projet est particulirement important
pour Numilog, tant par les services qu'il rend  des personnes atteintes de
diverses formes de handicap, que par le fait qu'il dmontre la valeur ajoute
apporte par le numrique  la lecture et au dveloppement de ses accs. Il
montre galement la possibilit de proposer des modles techniques et
conomiques adapts aux personnes handicapes et satisfaisant les diteurs, dont
les droits sont parfaitement respects au sein de cette bibliothque numrique.

La bibliothque comprend 1.098 livres en juin 2007. Ces livres sont disponibles
en plusieurs formats. Le format PRC permet la lecture sur assistant personnel
(PDA) et sur smartphone. Le format PDF peut tre lu avec JAWS, un logiciel de
lecture d'cran sur plateforme Windows utilis par 80% des personnes aveugles.
Ces deux formats permettent notamment le dfilement automatique du texte - le
lecteur n'est donc plus dpendant d'un tiers pour tourner les pages - et le
grossissement de la taille des caractres. Les livres audio sont au format WMA
(Windows media audio), lisible sur les logiciels Windows Media et Real Player,
tout comme sur baladeur WMA. Tous ces livres audio sont lus par des comdiens et
parfois par les auteurs eux-mmes, et sont disponibles par ailleurs en librairie
sous forme de CD-Rom.

En septembre 2007, l'accs  la BnH est gnralis   toutes les personnes en
situation de handicap - aveugles et malvoyants, sourds et malentendants,
handicaps moteurs, handicaps psychiques et mentaux. Dans cette optique, Alain
Patez prcise en juin 2007: Je travaille au rapprochement de la BnH avec des
institutions ou des organisations nationales et internationales lies  la
question du handicap, de tous les handicaps. La BnH est d'abord et avant tout un
projet collaboratif, partenarial, et pourrait devenir un projet "sans
frontire". C'est notamment le cas avec la Bibliothque nationale de France.
Concrtement, et dans un premier temps, les lecteurs handicaps pourront
tlcharger des ouvrages de la BnH  partir des postes informatiques qui leur
sont ddis.

Il ajoute en aot 2007: La BnH s'adresse aux lecteurs quel que soit leur
handicap, leur lieu gographique ou leur support de lecture; le handicap peut
d'ailleurs tre dfinitif ou temporaire, comme dans le cas d'une
hospitalisation. Un don important de Hewlett-Packard France va permettre  un
partenaire de la BnH, l'hpital Raymond Poincar de Garches (rgion parisienne),
de crer le premier service de prt de portables dans un hpital public
franais. De quoi favoriser le dveloppement de la lecture numrique en milieu
hospitalier.


7.5. Une future bibliothque plantaire


En 2005, alors que le Projet Gutenberg poursuit tranquillement la mise en ligne
gratuite des oeuvres du domaine public, une tche immense entreprise depuis
nombre d'annes, le livre devient un objet convoit par les gants de l'internet
que sont Google, Yahoo! et Microsoft, d'une part par souci mritoire de mettre
le patrimoine mondial  la disposition de tous, d'autre part  cause de l'enjeu
reprsent par les recettes publicitaires gnres par les liens commerciaux
accols aux rsultats des recherches. L'Internet Archive considre quant  elle
qu'un projet de cette ampleur ne doit pas tre li  des enjeux commerciaux et
fonde  cet effet l'Open Content Alliance (OCA) pour fdrer un grand nombre de
partenaires dans l'optique d'une bibliothque plantaire publique.

= Google Book Search / Google Livres

Le moteur de recherche Google dcide de mettre son expertise au service du
livre. En octobre 2004, il lance la premire partie de son programme Google
Print, tabli en partenariat avec les diteurs pour pouvoir consulter  l'cran
des extraits de livres, puis commander les livres auprs d'une librairie en
ligne. La version bta de Google Print est mise en ligne en mai 2005. En
novembre 2004, Google lance Google Scholar, qui indexe la production
scientifique et universitaire disponible sur le web. En dcembre 2004, Google
lance la deuxime partie de son programme Google Print, cette fois  destination
des bibliothques. Il s'agit d'un projet de bibliothque numrique de 15
millions de livres consistant  numriser plusieurs grandes bibliothques
partenaires,  commencer par la bibliothque de l'Universit du Michigan (dans
sa totalit,  savoir 7 millions d'ouvrages), les bibliothques des Universits
de Harvard, de Stanford et d'Oxford, et celle de la ville de New York. Le cot
estim au dpart se situe entre 150 et 200 millions de dollars US, avec la
numrisation de 10 millions de livres sur six ans, et une dure totale de dix
ans. En aot 2005, Google Print est suspendu pour un temps indtermin pour
cause de conflit avec les diteurs de livres sous droits.

Le programme reprend en aot 2006 sous le nouveau nom de Google Book Search,
dnomm Google Livres pour la version franaise. Google Book Search permet des
recherches par date, titre ou diteur. La numrisation des fonds de grandes
bibliothques se poursuit, axe cette fois sur les livres libres de droit, tout
comme le dveloppement de partenariats avec les diteurs qui le souhaitent. Les
livres libres de droit sont consultables  l'cran en texte intgral, leur
contenu est copiable et l'impression est possible page  page. Ils sont
galement tlchargeables sous forme de fichiers PDF et imprimables dans leur
entier. Les liens publicitaires associs aux pages de livres sont situs en haut
et  droite de l'cran. Le conflit avec les diteurs se poursuit lui aussi,
puisque Google continue de numriser des livres sous droits sans l'autorisation
pralable des diteurs en invoquant le droit de citation pour prsenter des
extraits sur le web. L'Authors Guild et l'Association of American Publishers
(AAP) invoquent pour leur part le non respect de la lgislation relative au
copyright pour attaquer Google en justice. Le feuilleton judiciaire promet de
durer.

Alexandre Laumonier, directeur des ditions Kargo, participe au programme Google
Livres en France. Dans La non affaire Google Livres, suite, un texte dat de
juin 2006 et publi sur le site de l'diteur, il propose une analyse lucide des
vritables enjeux: Sur le fond, au-del des discours et des rebonds, au-del
des problmes juridiques  rgler, au-del des intrts conomiques et/ou
corporatistes que chacun(e) essaie de dfendre, au-del des technologies encore
balbutiantes, au-del d'un antiamricanisme primaire qui se rvle ici et l, au
fond les vritables interrogations que posent les transformations
technologiques, notamment lorsqu'elles impliquent certaines formes de savoir,
sont celles du partage de l'information, du savoir en tant que bien commun, des
qualits et des dfauts de l'criture numrique, qui permet dsormais une
maniabilit du savoir comme jamais cela n'avait t possible auparavant.
Rarement trouve-t-on, dans les quelques discussions ici et l sur Google Livres,
les mots "bien commun", "partage du savoir", "dmocratisation de l'criture"...
Car c'est bien de cela dont il s'agit, au moment o l'on constate que
l'objet-livre, qui symboliquement et dans les faits, tait jusqu' maintenant le
seul garant d'une vrit, ne l'est plus (seulement).

Michel Valensi, directeur des ditions de l'Eclat, passe lui aussi un
partenariat avec Google Livres en aot 2005. Dans Faut-il une grande cuiller
pour signer avec Google? (version 2.0), un texte en ligne dat de septembre 2006
et disponible sur le site de l'diteur, il explique: Le projet Google Livres
est le premier projet de grande envergure (il en existait d'autres auparavant,
parmi lesquels le lyber lui-mme; il en existera d'autres dans les mois  venir)
qui permet une entre en force du Livre dans l'internet. Aprs la multiplication
des sites de toutes sortes sur les sujets les plus divers et la prolifration
pidmique des blogs (dont le terme mme, onomatopque, dit toute la
profondeur: blog!) on en revient au Livre comme source premire d'information.
On permet l'accs  une partie des contenus, on permet une recherche thmatique
 l'intrieur du livre, on renvoie  d'autres livres,  l'diteur, vers des
librairies, etc., mais jamais on ne se substitue au livre, dont la forme reste
omni-prsente  travers l'image mme des pages consultes. Contrairement aux
sites, on ne peut ni tlcharger, ni imprimer. Paradoxalement, Google Livres
indique ainsi les limites d'une information infinie (qui est un leurre) surfant
de blogs en sites, et propose un retour (qui est une avance) vers un mdium
ancien, encore aujourd'hui sans quivalent.

Fin 2006, Google scanne 3.000 livres par jour, ce qui reprsenterait un million
de livres par an. Le cot estim serait de 30 dollars par livre - d'autres
sources mentionnent un cot double - et les collections actuelles se monteraient
 3 millions de livres. Tous chiffres  prendre avec prcaution, la socit ne
communiquant pas de statistiques  ce sujet. A l'exception de la New York Public
Library, les collections en cours de numrisation appartiennent toutes  des
bibliothques universitaires (Harvard, Stanford, Michigan, Oxford, Californie,
Virginie, Wisconsin-Madison, Complutense de Madrid). S'y ajoutent dbut 2007 les
bibliothques des Universits de Princeton et du Texas (Austin), ainsi que la
Biblioteca de Catalunya (Catalogne, Espagne) et la Bayerische Staatbibliothek
(Bavire, Allemagne). En mai 2007, Google annonce la participation de la
premire bibliothque francophone, la Bibliothque cantonale et universitaire
(BCU) de Lausanne (Suisse), pour la numrisation de 100.000 titres en franais,
allemand et italien publis entre le 17e et le 19e sicle, qui seront
consultables dans leur intgralit et tlchargeables au format PDF.

= Open Content Alliance

Paralllement est lance une autre initiative du mme genre, mais cette fois
respectueuse du copyright et sur un modle ouvert. En janvier 2005, l'Internet
Archive s'associe  Yahoo! pour mettre sur pied l'Open Content Alliance (OCA),
une initiative visant  crer un rpertoire libre et multilingue de livres
numriss et de documents multimdias pour consultation sur n'importe quel
moteur de recherche. L'OCA est officiellement lance en octobre 2005. Un site de
dmonstration, l'Open Library, prsente quelques livres numriss issus des
fonds de l'Universit de Californie. Le but de l'initiative est de s'inspirer de
Google Livres tout en vitant ses travers,  savoir la numrisation des livres
sous droits sans l'accord pralable des diteurs, tout comme la consultation et
le tlchargement impossibles sur un autre moteur de recherche.

L'OCA regroupe de nombreux partenaires: des bibliothques et des universits
bien sr, mais aussi des organisations gouvernementales, des associations  but
non lucratif, des organismes culturels et des socits informatiques (Adobe,
Hewlett Packard, Microsoft, etc.). Les premiers partenaires sont les
bibliothques des Universits de Californie et de Toronto, l'European Archive,
les Archives nationales du Royaume-Uni, O'Reilly Media et Prelinger Archives.
Seuls les livres appartenant au domaine public sont numriss, pour viter les
problmes de copyright auxquels se heurte Google. Les collections numrises
alimenteront la section Text Archive de l'Internet Archive.

Qu'est-ce exactement que l'Internet Archive, l'organisme pilotant l'Open Content
Alliance? Fonde en avril 1996 par Brewster Kahle  San Francisco, l'Internet
Archive a pour but premier de constituer, stocker, prserver et grer une
bibliothque de l'internet, en archivant la totalit du web tous les deux
mois, afin d'offrir un outil de travail aux universitaires, chercheurs et
historiens, et de prserver un historique de l'internet pour les gnrations
futures. En octobre 2001, l'Internet Archive met ses archives en accs libre sur
le web grce  la Wayback Machine, qui permet  tout un chacun de consulter
l'historique d'un site web,  savoir le contenu et la prsentation d'un site web
 diffrentes dates, thoriquement tous les deux mois,  partir de 1996.
L'Internet Archive dbute aussi la constitution de collections numriques telles
que le Million Book Project (10.520 livres en avril 2005), des archives de films
de la priode 1903-1973, des archives de concerts live rcents, des archives de
logiciels, etc. Toutes ces collections sont en consultation libre sur le web.

En dcembre 2006, l'Open Content Alliance franchit la barre des 100.000 livres
numriss, avec un rythme de 12.000 nouveaux livres par mois. A la mme date,
l'Internet Archive reoit une subvention de 1 million de dollars de la part de
la Sloan Foundation pour numriser les collections du Metropolitan Museum of Art
(l'ensemble des livres et plusieurs milliers d'images) ainsi que certaines
collections de la Boston Public Library (les 3.800 livres de la bibliothque
personnelle de John Adams, deuxime prsident des Etats-Unis), du Getty Research
Institute, de la John Hopkins University (une srie de documents lis au
mouvement anti-esclavagiste) et de l'Universit de Californie  Berkeley (une
srie de documents relatifs  la rue vers l'or). En mai 2007, l'Open Content
Alliance franchit la barre des 200.000 livres numriss.

= Autres initiatives

Si Microsoft est l'un des partenaires de l'Open Content Alliance, il se lance
galement dans l'aventure  titre personnel. En dcembre 2006 est mise en ligne
aux Etats-Unis la version bta de Live Search Books, qui permet une recherche
par mots-cls dans les livres du domaine public. Ces livres sont numriss par
Microsoft suite  des accords passs avec de grandes bibliothques, les
premires tant la British Library et les bibliothques des Universits de
Californie et de Toronto, suivies en janvier 2007 par celles de la New York
Public Library et de l'Universit Cornell. Microsoft compte aussi ajouter des
livres sous droits, mais uniquement avec l'accord pralable des diteurs. Tout
comme Google Book Search, Live Search Books permet de consulter les livres avec
les mots-cls surligns. Par la suite, il sera possible de tlcharger les
livres dans leur entier au format PDF. A ce stade, la base est beaucoup moins
riche que celle de Google Book Search et son moteur de recherche plus
rudimentaire. En mai 2007, Microsoft annonce des accords avec plusieurs grands
diteurs amricains, dont Cambridge University Press et McGraw Hill.

En Europe, certains s'inquitent d'une soi-disant hgmonie amricaine. En
septembre 2005, la Commission europenne lance une vaste consultation sur un
projet de bibliothque numrique europenne, avec rponse requise en janvier
2006. Le projet est officiellement lanc en mars 2006. Le plan de la Commission
europenne visant  promouvoir l'accs numrique au patrimoine de l'Europe prend
forme rapidement, lit-on dans le communiqu de presse. Dans les cinq prochaines
annes, au moins six millions de livres, documents et autres oeuvres culturelles
seront mis  la disposition de toute personne disposant d'une connexion 
l'internet, par l'intermdiaire de la "bibliothque numrique europenne". Afin
de stimuler les initiatives de numrisation europennes, la Commission va
cofinancer la cration d'un rseau paneuropen de centres de numrisation. La
Commission abordera galement, dans une srie de documents stratgiques, la
question du cadre appropri  adopter pour assurer la protection des droits de
proprit intellectuelle dans le cadre des bibliothques numriques. Cette
bibliothque numrique europenne devrait tre accessible  partir de la
Bibliothque europenne, un portail commun aux 43 bibliothques nationales
d'Europe lanc en janvier 2004 par la CENL (Conference of European National
Librarians) et hberg par la Bibliothque nationale des Pays-Bas.


7.6. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1971 (juillet): Le Projet Gutenberg, fond par Michael Hart.

1993: L'Online Books Page, cre par John Mark Ockerbloom.

1993 (avril): L'ABU, cre par l'Association des bibliophiles universels (ABU).

1994: Athena, bibliothque numrique cre par Pierre Perroud.

1995 (mars): Internet Public Library (IPL), premire bibliothque de l'internet
sur l'internet.

1995 (septembre): Gabriel, serveur des bibliothques nationales europennes.

1996 (avril): L'Internet Archive, fonde par Brewster Kahle.

1996 (juin): La Bibliothque lectronique de Lisieux, cre par Olivier Bogros.

1996: Mise en ligne du Bulletin des bibliothques de France (BBF).

1997: Gallica, bibliothque numrique de la Bibliothque nationale de France.

1997 (juillet): Cyberespace de la Bibliothque des Nations Unies  Genve.

1998: Mise en ligne des enluminures de la Bibliothque municipale de Lyon.

1999 (aot): Serveur de la Library of Congress pour aveugles et malvoyants.

2000 (septembre): Premier site web de Handicapzro.

2001 (octobre): Wayback Machine, sur le site de l'Internet Archive.

2002 (fvrier): Bookshare.org, pour les personnes dficientes visuelles.

2003 (fvrier): Portail gnraliste de Handicapzro.

2004 (janvier): Bibliothque europenne, portail des bibliothques nationales
europennes.

2004 (octobre): Google Print, premire partie,  l'intention des diteurs.

2004 (novembre): Google Scholar.

2004 (dcembre): Google Print, deuxime partie,  l'intention des
bibliothques.

2005 (aot): Arrt de Google Print.

2005 (octobre): Open Content Alliance, lance par l'Internet Archive.

2005 (novembre): Bibliothque numrique pour le Handicap (BnH).

2006 (mars): Projet de Bibliothque numrique europenne.

2006 (aot): Google Book Search (Google Livres).

2006 (dcembre): Live Search Books, bibliothque numrique de Microsoft.


8. UNE VASTE ENCYCLOPEDIE


[8.1. Outils de rfrence / Dictionnaires et encyclopdies / Dictionnaires de
langues / Annuaires et portails // 8.2. Bases textuelles / Quelques exemples /
Payant versus gratuit // 8.3. Catalogues collectifs / Premiers pas / WorldCat et
RedLightGreen // 8.4. Chronologie]

Au fil des ans, le web devient une vaste encyclopdie. On y trouve des
dictionnaires et des encyclopdies de renom, d'abord issus d'ouvrages imprims
puis ns directement sur le web, ainsi que des dictionnaires de langues, des
annuaires, des portails, des bases textuelles, des catalogues collectifs, etc.
Si certains organismes facturent l'utilisation de leurs services, d'autres
tiennent  ce que les leurs soient en accs libre, pour favoriser la diffusion
libre du savoir. Des services payants passent en gratuit,  commencer par le
grand catalogue collectif mondial WorldCat.


8.1. Outils de rfrence


= Dictionnaires et encyclopdies

Un des premiers dictionnaires en accs libre est le Dictionnaire universel
francophone en ligne, qui rpertorie 45.000 mots et 116.000 dfinitions tout en
prsentant sur un pied d'galit, le franais dit "standard" et les mots et
expressions en franais tel qu'on le parle sur les cinq continents. Issu de la
collaboration entre Hachette et l'AUPELF-UREF (devenu depuis l'AUF - Agence
universitaire de la Francophonie), il correspond  la partie noms communs du
dictionnaire imprim disponible chez Hachette. L'quivalent pour la langue
anglaise est le site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement accs au
Collegiate Dictionary et au Collegiate Thesaurus.

En dcembre 1999 apparaissent sur le web plusieurs encyclopdies de renom,
paralllement  leur version imprime ou CD-Rom. La premire encyclopdie
francophone en accs libre est WebEncyclo, publie par les ditions Atlas. La
recherche est possible par mots-cls, thmes, mdias (cartes, liens internet,
photos, illustrations) et ides. Un appel  contribution incite les spcialistes
d'un sujet donn  envoyer des articles, qui sont regroups dans la section
WebEncyclo contributif. Aprs avoir t libre, l'accs est ensuite soumis 
une inscription pralable gratuite.

Mis en ligne  la mme date, Britannica.com propose en accs libre l'quivalent
numrique des 32 volumes de la 15e dition de l'Encyclopaedia Britannica,
paralllement  la version imprime et  la version sur CD-Rom, toutes deux
payantes. Le site web offre une slection d'articles issus de 70 magazines, un
guide des meilleurs sites, un choix de livres, etc., le tout tant accessible 
partir d'un moteur de recherche unique. En septembre 2000, le site fait partie
des cent sites les plus visits au monde. En juillet 2001, la consultation
devient payante sur la base d'un abonnement mensuel ou annuel.

Dcembre 1999 est aussi la date de mise en ligne de l'Encyclopaedia Universalis,
avec 28.000 articles signs par 4.000 auteurs. Si la consultation est payante
sur la base d'un abonnement annuel, de nombreux articles sont en accs libre.

La mise en ligne d'encyclopdies de renom se poursuit en 2000 et 2001.

En mars 2000, les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary sont mis en ligne
par l'Oxford University Press (OUP). La consultation du site est payante. Le
dictionnaire bnficie d'une mise  jour trimestrielle d'environ 1.000 entres
nouvelles ou rvises. Deux ans aprs cette premire exprience, en mars 2002,
l'OUP met en ligne l'Oxford Reference Online, une vaste encyclopdie conue
directement pour le web et consultable elle aussi sur abonnement payant. Avec
60.000 pages et un million d'entres, elle reprsente l'quivalent d'une
centaine d'ouvrages de rfrence.

A la mme date, le Quid, encyclopdie en un volume actualise une fois par an
depuis 1963, dcide de mettre une partie de son contenu en accs libre sur le
web. En septembre 2000, aprs avoir t payante, la consultation de
l'encyclopdie Encarta de Microsoft devient libre.

Issu du terme hawaen wiki (qui signifie: vite, rapide), un wiki est un site
web permettant  plusieurs utilisateurs de collaborer en ligne sur un mme
projet. A tout moment, ces utilisateurs peuvent contribuer  la rdaction du
contenu, modifier ce contenu et l'enrichir en permanence. Le wiki est utilis
par exemple pour crer et grer des dictionnaires, des encyclopdies ou encore
des sites d'information sur un sujet donn. Le programme prsent derrire
l'interface d'un wiki est plus ou moins labor. Un programme simple gre du
texte et des hyperliens. Un programme labor permet d'inclure des images, des
graphiques, des tableaux, etc. L'encyclopdie wiki la plus connue est Wikipedia.

Cre en janvier 2001  l'initiative de Jimmy Wales et de Larry Sanger,
Wikipedia est une encyclopdie gratuite crite collectivement et dont le contenu
est librement rutilisable. Elle est immdiatement trs populaire. Sans
publicit et finance par des dons, cette encyclopdie cooprative est rdige
par des milliers de volontaires (appels Wikipdiens), avec possibilit de
corriger et de complter les articles. Les articles restent la proprit de
leurs auteurs, et leur libre utilisation est rgie par la licence GFDL (GNU free
documentation license). En dcembre 2004, Wikipedia compte 1,3million
d'articles rdigs par 13.000 contributeurs dans 100 langues. En dcembre 2006,
elle compte 6 millions d'articles dans 250 langues, et elle est l'un de dix
sites les plus visits du web. En avril 2007, un CD payant est dit pour la
premire fois avec une slection de 2.000 articles de la version anglophone. En
mai 2007, la version francophone fte ses 500.000 articles (et un CD en 2008). A
la mme date, Wikipedia compte 7 millions d'articles dans 192 langues, dont 1,8
million en anglais, 589.000 en allemand, 260.000 en portugais et 236.000 en
espagnol.

Fonde en juin 2003, la Wikimedia Foundation gre non seulement Wikipedia mais
aussi Wiktionary, un dictionnaire et thsaurus multilingue lanc en dcembre
2002, puis Wikibooks (livres et manuels en cours de rdaction) lanc en juin
2003, auxquels s'ajoutent ensuite Wikiquote (rpertoire de citations),
Wikisource (textes appartenant au domaine public), Wikimedia Commons (sources
multimdias), Wikispecies (rpertoire d'espces animales et vgtales), Wikinews
(site d'actualits) et enfin Wikiversity (matriel d'enseignement), lanc en
aot 2006. La fin 2007 voit le lancement d'un moteur de recherche dnomm Wiki
Search, qui utilise le rseau de contributeurs de Wikipedia pour classer les
sites en fonction de leur qualit.

Une nouvelle tape s'ouvre avec les dbuts de Citizendium (qui se veut l'abrg
de: The Citizens' Compendium), une grande encyclopdie collaborative en ligne
conue en novembre 2006 et lance en mars 2007 (version bta) par Larry Sanger,
co-fondateur de Wikipedia, mais qui quitte ensuite l'quipe de Wikipedia suite 
des problmes de qualit de contenu. Citizendium est bas sur le mme modle que
Wikipedia (collaborative et gratuite) tout en vitant ses travers (vandalisme et
manque de rigueur). Les auteurs signent les articles de leur vrai nom et les
articles sont dits par des experts (editors) titulaires d'une licence
universitaire et gs d'au moins 25 ans. De plus, des constables sont chargs
de la bonne marche du projet et du respect du rglement. Le jour de son
lancement (25 mars 2007), Citizendium comprend 820 auteurs et 180 experts.

Dans Why Make Room for Experts in Web 2.0?, une communication date d'octobre
2006, Larry Sanger voit dans Citizendium l'mergence d'un nouveau modle de
collaboration massive de dizaines de milliers d'intellectuels et scientifiques,
non seulement pour les encyclopdies, mais aussi pour les manuels
d'enseignement, les ouvrages de rfrence, le multimdia et les applications en
3D. Cette collaboration est base sur le partage des connaissances, dans la
ligne du web 2.0, un concept lanc en 2004 pour caractriser les notions de
communaut et de partage et qui se manifeste d'abord par une floraison de wikis,
de blogs et de sites sociaux. D'aprs Larry Sanger, il importe maintenant de
crer des structures permettant des collaborations scientifiques et Citizendium
pourrait servir de prototype dans ce domaine.

Un appel qui semble dj se concrtiser avec l'Encyclopedia of Life, nouveau
compendium dont le projet dbute en mai 2007. Cette vaste encyclopdie
collaborative en ligne rassemblera les connaissances sur toutes les espces
animales et vgtales connues (1,8 million), y compris les espces en voie
d'extinction, avec l'ajout de nouvelles espces au fur et  mesure de leur
identification (il en existerait de 8  10millions). Il s'agira d'une
encyclopdie multimdia permettant de ressembler textes, photos, cartes, bandes
sonores et vidos, avec une page web par espce, et permettant aussi d'offrir un
portail unique  des millions de documents pars, en ligne et hors ligne. Outil
d'apprentissage et d'enseignement pour une meilleure connaissance de notre
plante, cette encyclopdie sera  destination de tous: scientifiques,
enseignants, tudiants, scolaires, mdias, dcideurs et grand public.

Ce projet collaboratif est men par plusieurs grandes institutions (Field Museum
of Natural History, Harvard University, Marine Biological Laboratory, Missouri
Botanical Garden, Smithsonian Institution, Biodiversity Heritage Library). Son
directeur honoraire est Edward Wilson, professeur mrite  l'Universit de
Harvard, qui, dans un essai dat de 2002, est le premier  mettre le voeu d'une
telle encyclopdie. Cinq ans aprs, en 2007, c'est chose dsormais possible
grce aux avances technologiques de ces dernires annes, notamment les outils
logiciels permettant l'agrgation de contenu, le mash-up ( savoir le fait de
rassembler un contenu donn  partir de trs nombreuses sources diffrentes),
les wikis de grande taille et la gestion de contenu  vaste chelle. Consortium
des dix plus grandes bibliothques des sciences de la vie (d'autres suivront),
la Biodiversity Heritage Library a d'ores et dj dbut la numrisation de 2
millions de documents, dont les dates de publication s'talent sur 200ans. En
mai 2007, date du lancement officiel du projet, on compte dj 1,25 million de
pages traites dans les centres de numrisation de Londres, Boston et Washington
DC, et disponibles sur le site de l'Internet Archive.

Le financement initial est assur par la MacArthur Foundation (10 millions de
dollars) et la Sloan Foundation (2,5 millions de dollars). 100 millions de
dollars US sont ncessaires pour un financement sur dix ans, avant que
l'encyclopdie ne puisse s'autofinancer. La ralisation des pages web dbute
courant 2007. L'encyclopdie fait ses dbuts  la mi-2008. Oprationnelle d'ici
trois  cinq ans, elle devrait tre complte - c'est--dire  jour - dans dix
ans.

Dans la ligne du Human Genome Project (Squencage du gnome humain), publi
pour la premire fois en fvrier 2001 et appartenant d'emble au domaine public,
l'Encyclopedia of Life permettra non seulement de rassembler toutes les
connaissances disponibles  ce jour sur les espces animales et vgtales, mais
elle sera aussi un macroscope permettant de dceler les grandes tendances 
partir d'un stock considrable d'informations,  la diffrence du microscope qui
permet l'tude du dtail. En plus de sa flexibilit et de sa diversit, elle
permettra  chacun de contribuer au contenu sous une forme s'apparentant au
wiki, ce contenu tant ensuite valid ou non par des scientifiques. La version
initiale sera d'abord en anglais avant d'tre traduite en plusieurs langues par
de futurs organismes partenaires.

= Dictionnaires de langues

Des dictionnaires de langues sont en accs libre ds les dbuts du web. Souvent
sommaires et de qualit ingale, ils sont rpertoris dans Travlang, un site
consacr aux voyages et aux langues cr en 1994 par Michael M. Martin.

Fond en 1979  Modne (Italie) par Rodrigo Vergara, Logos est une socit de
traduction offrant des services dans 35 langues en 1997, avec un rseau de 300
traducteurs dans le monde. Initiative peu courante  l'poque, Logos dcide de
mettre tous ses outils professionnels en accs libre sur le web. Dans un
entretien publi dans le quotidien Le Monde du 7 dcembre 1997, Rodrigo Vergara
relate: Nous voulions que nos traducteurs aient tous accs aux mmes outils de
traduction. Nous les avons donc mis  leur disposition sur internet, et tant
qu' faire nous avons ouvert le site au public. Cela nous a rendus trs
populaires, nous a fait beaucoup de publicit. L'opration a drain vers nous de
nombreux clients, mais aussi nous a permis d'toffer notre rseau de traducteurs
grce aux contacts tablis  la suite de cette initiative.

Les outils de traduction disponibles sur le web comprennent un dictionnaire
multilingue de 7,5 millions d'entres (Logos Dictionary), une base de donnes de
553 glossaires (Linguistic Resources), des tables de conjugaison en 17 langues
(Conjugation of Verbs), et enfin la Wordtheque, une base de donnes multilingue
de 328 millions de termes issus de traductions de romans et de documents
techniques. La recherche dans la Wordtheque est possible par langue, mot, auteur
ou titre. En 2007, la Wordtheque, devenue la Logos Library, comprend 710
millions de termes. Conjugation of Verbs, devenu l'Universal Conjugator, propose
des tableaux de conjugaison dans 36 langues. Linguistic Resources offre un point
d'accs unique pour 1215 glossaires.

Au dbut des annes 2000, des dictionnaires bilingues et multilingues de qualit
sont progressivement mis en ligne par des organismes de renom, par exemple la
base Eurodicautom de la Commission europenne, ou encore Le Signet et le Grand
dictionnaire terminologique (GDT) de l'Office qubcois de la langue franaise
(OQLF), tous trois en accs libre et gratuit.

Gr par le service de traduction de la Commission europenne, Eurodicautom est
un dictionnaire multilingue de termes conomiques, scientifiques, techniques et
juridiques, avec une moyenne de 120.000 consultations quotidiennes. Il permet de
combiner entre elles les onze langues officielles de l'Union europenne
(allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, franais, grec, hollandais,
italien, portugais, sudois), ainsi que le latin. Fin 2003, Eurodicautom annonce
son intgration dans une base terminologique plus vaste regroupant les bases de
plusieurs institutions de l'Union europenne. Cette nouvelle base traiterait non
plus douze langues, mais une vingtaine, puisque l'Union europenne s'largit 
l'Est et passe de 15  25 membres en mai 2004, pour atteindre 27membres en
janvier 2007. Cette base terminologique voit le jour en mars 2007, sous le nom
de IATE (Inter-Active Terminology for Europe), avec 1,4 million d'entres dans
24 langues.

Gr par l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF), Le Signet propose
10.000fiches bilingues franais-anglais dans le domaine des technologies de
l'information. Quant au Grand dictionnaire terminologique (GDT), il est mis en
ligne en septembre 2000. Il s'agit d'un vaste dictionnaire bilingue
franais-anglais de 3 millions de termes du vocabulaire industriel, scientifique
et commercial, qui reprsente l'quivalent de 3.000 ouvrages de rfrence
imprims. Sa mise en ligne est le rsultat d'un partenariat entre l'OQLF, auteur
du dictionnaire, et Semantix, socit spcialise dans les solutions logicielles
linguistiques. Evnement clbr par de nombreux linguistes, cette mise en ligne
est un succs. Ds le premier mois, le GDT est consult par 1,3 million de
personnes, avec des pointes de 60.000 requtes quotidiennes. La gestion de la
base est ensuite assure par Convera Canada. En fvrier 2003, les requtes sont
au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est mise en
ligne en mars 2003. Sa gestion est dsormais assure par l'OQLF lui-mme, et non
plus par une socit prestataire.

Par ailleurs, des moteurs spcifiques permettent la recherche simultane dans
plusieurs centaines de dictionnaires. Pour ne prendre qu'un exemple, le site
OneLook, cr par Robert Ware, puise dans prs de 9 millions de termes provenant
de 936 dictionnaires gnralistes et spcialiss (chiffres d'avril 2007).

Des quipes de linguistes grent aussi des rpertoires de dictionnaires, par
exemple Dictionnaires lectroniques et yourDictionary.com.

Maintenu par la section franaise des services linguistiques centraux de la
Chancellerie fdrale suisse, Dictionnaires lectroniques est un excellent
rpertoire de dictionnaires monolingues (franais, allemand, italien, anglais,
espagnol), bilingues et multilingues en accs libre sur le web. Ce rpertoire
est complt par des listes d'abrviations et d'acronymes et par des rpertoires
gographiques, essentiellement des atlas. Marcel Grangier, responsable de la
section franaise des services linguistiques, prcise en janvier 2000: Les
Dictionnaires lectroniques ne sont qu'une partie de l'ensemble, et d'autres
secteurs documentaires ont trait  l'administration, au droit,  la langue
franaise, etc., sans parler des informations gnrales. (...) Conu d'abord
comme un service intranet, notre site web se veut en premier lieu au service des
traducteurs oprant en Suisse, qui souvent travaillent sur la mme matire que
les traducteurs de l'Administration fdrale, mais galement, par certaines
rubriques, au service de n'importe quel autre traducteur o qu'il se trouve.
(...) Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible. Au-del de
tous les outils et commodits utiliss (messagerie lectronique, consultation de
la presse lectronique, activits de services au profit de la profession des
traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inpuisable
d'informations dans ce que j'appellerais le "secteur non structur" de la toile.
Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site comportant de l'information
organise ne fournit de rponse  un problme de traduction, les moteurs de
recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chanon manquant
quelque part sur le rseau.

Rput lui aussi pour sa qualit, yourDictionary.com est cofond par Robert
Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site - A Web of Online
Dictionaries - cr ds 1995. En septembre 2003, yourDictionary.com rpertorie
plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de nombreux outils
linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, mthodes de langues, etc.
En avril 2007, le rpertoire comprend 2.500 dictionnaires et grammaires dans 300
langues. Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le site propose
une section spcifique - Endangered Language Repository - consacre aux langues
menaces d'extinction.

Publie par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics),
l'encyclopdie Ethnologue: Languages of the World existe  la fois en version
web (gratuite), sur CD-Rom (payant) et en version imprime (payante). Barbara
Grimes, sa directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e ditions),
relate en janvier 2000: Il s'agit d'un catalogue des langues dans le monde,
avec des informations sur les endroits o elles sont parles, une estimation du
nombre de personnes qui les parlent, la famille linguistique  laquelle elles
appartiennent, les autres termes utiliss pour ces langues, les noms de
dialectes, d'autres informations socio-linguistiques et dmographiques, les
dates des Bibles publies, un index des noms de langues, un index des familles
linguistiques et des cartes gographiques relatives aux langues. En avril 2007,
cette encyclopdie rpertorie 6.912 langues selon plusieurs critres (pays, nom
de la langue, code de la langue attribu par le SIL, famille de langues), avec
moteur de recherche.

= Annuaires et portails

Le premier annuaire internet francophone est lanc par l'UREC (Unit rseaux du
CNRS). Cr ds janvier 1994, cet annuaire recense d'abord les sites acadmiques
avant d'offrir un contenu plus gnraliste. Il permet aux usagers francophones
de se familiariser avec le web sans se noyer dans la masse d'informations
mondiale. Trois ans plus tard, la gestion de l'annuaire devient difficile du
fait du nombre exponentiel de sites web, notamment de sites commerciaux. De
plus, d'autres annuaires voient le jour dans l'intervalle, dont certains dbuts
avec l'aide de l'UREC. En juillet 1997, considrant que sa mission est
accomplie, l'UREC arrte la mise  jour de cet annuaire gnraliste. L'annuaire
retourne  sa vocation premire,  savoir un annuaire spcialis consacr 
l'enseignement suprieur et la recherche.

Patrick Rebollar est professeur de littrature franaise et d'informatique dans
des universits japonaises. Ds 1987, il utilise l'ordinateur pour ses activits
d'enseignement et de recherche. En 1994, il voit apparatre l'internet dans le
champ culturel et linguistique francophone. En 1996, il dbute un site web de
recherches et activits littraires. Son site inclut une Chronologie littraire
1848-1914 organise par anne. Une srie de liens mne au texte intgral des
oeuvres publies cette anne-l, avec des notes historiques, politiques,
sociales, scientifiques, techniques et mdicales, et des informations sur le
monde littraire de l'poque.

En juillet 1998, Patrick Rebollar raconte: Pour la Chronologie littraire, cela
a commenc dans les premires semaines de 1997, en prparant un cours sur le
roman fin de sicle (19e). Je rassemblai alors de la documentation et m'aperus
d'une part que les diverses chronologies trouves apportaient des informations
complmentaires les unes des autres, et d'autre part que les quelques documents
littraires alors prsents sur le web n'taient pas prsents de faon
chronologique, mais toujours alphabtique. Je fis donc un document unique qui
contenait toutes les annes de 1848  1914, et l'augmentais progressivement.
Jusqu' une taille gnante pour le chargement, et je dcidai alors, fin 1997, de
le scinder en faisant un document pour chaque anne. Ds le dbut, je l'ai
utilis avec mes tudiants, sur papier ou sur cran. Je sais qu'ils continuent
de s'en servir, bien qu'ils ne suivent plus mon cours. J'ai reu pas mal de
courrier pour saluer mon entreprise, plus de courrier que pour les autres
activits web que j'ai dveloppes.

Une autre activit web de Patrick Rebollar est la gestion de ses Signets, un
rpertoire trs complet des sites francophones littraires: littrature et
recherche (normes et rgles, bibliothques et diteurs, bibliographies), revues
littraires, linguistique, dictionnaires, lexiques, recherche littraire,
documents littraires par thme et par auteur (Malraux, Sarraute, Camus, Gracq,
Robbe-Grillet, etc.), oeuvres littraires, posie, bandes dessines, etc. Quelle
est l'origine de ces Signets? Patrick Rebollar relate en juillet 1998: Animant
des formations d'enseignants  l'Institut franco-japonais de Tokyo, je voyais
d'un mauvais oeil d'imprimer rgulirement des adresses pour demander aux gens de
les recopier. J'ai donc commenc par des petits documents rassemblant les
quelques adresses web  utiliser dans chaque cours (avec Word), puis me suis dit
que cela simplifierait tout si je mettais en ligne mes propres signets, vers la
fin 1996. Quelques mois plus tard, je dcidai de crer les sections finales de
nouveaux signets afin de visualiser des adresses qui sinon taient fondues dans
les catgories. Cahin-caha, je renouvelle chaque mois.

Une Autre Terre, portail de science-fiction, dbute en novembre 1996. Fabrice
Lhomme, son crateur, raconte en juin 1998: J'ai commenc en prsentant
quelques bibliographies trs incompltes  l'poque et quelques critiques.
Rapidement, j'ai mis en place les forums  l'aide d'un logiciel "maison" qui
sert galement sur d'autres actuellement. (...) Ensuite, le phnomne le plus
marquant que je puisse noter, c'est la participation de plusieurs personnes au
dveloppement du serveur alors que jusque-l j'avais tout fait par moi-mme. Le
graphisme a t refait par un gnreux contributeur et je reois rgulirement
des critiques ralises par d'autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles,
la rubrique a eu du mal  dmarrer mais une fois qu'il y en a eu un certain
nombre, j'ai commenc  en recevoir rgulirement (effet d'entranement).
Actuellement, j'ai toutes les raisons d'tre satisfait car mon site reoit plus
de 2.000 visiteurs diffrents chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne
audience. Le forum des visiteurs est trs actif, ce qui me ravit. Concernant les
perspectives d'avenir, j'envisage pour trs bientt d'ouvrir une nouvelle
rubrique proposant des livres d'occasion  vendre avec l'ambition de proposer un
gros catalogue. Eventuellement, j'ouvrirai aussi une rubrique prsentant des
biographies car je reois pas mal de demandes de visiteurs en ce sens. (...) Si
l'activit de vente de livres d'occasion se montre prometteuse, il est possible
que j'en fasse une activit professionnelle sous la forme d'une
micro-entreprise.

Le Club des potes est un site de posie francophone qui souhaite la bienvenue
en territoire de posie de la France au Chili, de Villon jusqu' de jeunes
potes contemporains, en passant par toutes les grandes voix de la posie de
tous les temps et de tous les pays. Son webmestre, Blaise Rosnay, relate les
dbuts du site en juin 1998: Le site du Club des Potes a t cr en 1996, il
s'est enrichi de nombreuses rubriques au cours des annes et il est mis  jour
deux fois par semaine. L'internet nous permet de communiquer rapidement avec les
potes du monde entier, de nous transmettre des articles et pomes pour notre
revue, ainsi que de garder un contact constant avec les adhrents de notre
association. Par ailleurs, nous avons organis des travaux en commun, en
particulier dans le domaine de la traduction. Nos projets pour notre site sont
d'y mettre encore et toujours plus de posie. Ajouter encore des enregistrements
sonores de posie dite, ainsi que des vidos de spectacles.

Posie franaise propose pour sa part un choix de pomes allant de la
Renaissance au dbut du 20e sicle. Claire Le Parco, de la socit Webnet,
raconte  la mme date: Nous avons cr ce site lors de la cration de notre
socit, spcialise dans la ralisation de sites internet et intranet. Nous
sommes des informaticiens qui aimons la posie, et nous avions envie de montrer
que posie et internet pouvaient faire bon mnage!

Isabelle Aveline est d'abord libraire puis journaliste avant de se lancer dans
la conception de sites internet et intranet. En juin 1996, elle fonde Zazieweb,
un site indpendant conu pour tous les amoureux du livre, professionnels et
amateurs. Selon ses propres mots, le site Zazieweb dbarque sur la toile dans
un no man's land littraire. Le succs est immdiat. A l'poque, Zazieweb se
prsente comme une revue en ligne permettant de suivre l'actualit du livre sur
le rseau, avec un graphisme d'Olivier Cornu. On y trouve un ditorial, une
rubrique d'actualit, un agenda, une revue de presse, un annuaire des sites et
un self-service multimdia.

Puis le site volue. Sur une nouvelle mouture du site, Isabelle Aveline
explique: Zazieweb est un site World Wide Web professionnel et grand public
indpendant, spcifiquement ddi aux libraires, diteurs... et grand public de
culture "livre". Conu comme une librairie virtuelle, un espace de
documentation, d'orientation et de ressources pour un public de culture "papier"
s'intressant  internet, il se situe aux frontires de l'crit et de l'dition
lectronique. L'originalit du traitement des rubriques par rapport  un mdia
papier tant videmment de "mailler" l'information avec un site sur internet.
C'est donc un site "passerelle" vers internet pour un public curieux et
dsorient, avide de connatre ce qui se passe "de l'autre ct de l'cran".

Quelques annes plus tard, Zazieweb est un portail offrant de multiples
services. Un annuaire recense 5.000 sites littraires. Zazieweb offre aussi des
espaces d'changes et de rencontres pour lecteurs communicants et actifs, avec
la possibilit pour chacun de poster des nouvelles et des commentaires. Y
participe une communaut active de plus de 10.000 membres appels e-lecteurs.
Qu'est-ce qu'un e-lecteur? Un e-lecteur est un lecteur actif et communicant qui
souhaite changer, discuter, polmiquer avec d'autres lecteurs. Des espaces et
services lui sont ddis sur Zazieweb, sur le mode interactif du web! Zazieweb
se prsente comme une interface mdia qui reconstruit, rinvente les relations
entre les gens, entre les textes, entre toutes ces articulations possibles qui
existent entre les personnes et les livres.


8.2. Bases textuelles


= Quelques exemples

Le web favorise la cration et la consultation de bases textuelles. Le
laboratoire ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue franaise)
gre plusieurs bases textuelles payantes, par exemple Frantext, un corpus 
dominante littraire de textes franais (16e-20e), ou encore l'Encyclopdie de
Diderot, ralise en collaboration avec le programme ARTFL (American and French
Research on the Treasury of the French Language) de l'Universit de Chicago. En
accs libre, la section Dictionnaires de l'ATILF est une collection de
dictionnaires informatiss comprenant les dictionnaires de Robert Estienne
(1552), Jean Nicot (1606) et Pierre Bayle (1740), plusieurs ditions des
dictionnaires de l'Acadmie franaise (1694, 1798, 1835, 1932-1935, 1992) et
enfin le Trsor de la langue franaise informatis (TLFi, 1971-1994).

Dbute en 1995 par l'Institut national de la langue franaise (INaLF, remplac
par le laboratoire ATILF en janvier 2001), la base Frantext, en accs payant,
comprend en janvier 1998 180 millions de mots-occurrences rsultant du
traitement informatique de 3.500 units textuelles en arts, sciences et
techniques, une collection reprsentative  couvrant cinq sicles (16e-20e). 82
centres de recherche et bibliothques universitaires d'Europe, d'Australie, du
Japon et du Canada y sont abonns, ce qui reprsente 1.250postes de travail,
avec une cinquantaine d'interrogations de la base par jour.

L'ARTFL est un projet commun du CNRS (Centre national de la recherche
scientifique, France) et de l'Universit de Chicago (Illinois, Etats-Unis).
L'ARTFL propose notamment une version en ligne exhaustive de la premire dition
(1751-1772) de l'Encyclopdie ou Dictionnaire raisonn des sciences, des mtiers
et des arts de Diderot et d'Alembert. 72.000 articles rdigs par plus de 140
collaborateurs (dont Voltaire, Rousseau, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc.)
font de cette encyclopdie un monumental ouvrage de rfrence, avec 17 volumes
de texte, 11 volumes de planches, 18.000 pages et 20,8 millions de mots.
Destine  rassembler puis divulguer les connaissances de l'poque, elle porte
la marque des courants intellectuels et sociaux du Sicle des Lumires, dont
elle aide  propager les ides.

En 1998, la base de donnes correspondant au premier volume est accessible sur
le web en dmonstration libre,  titre exprimental. La recherche est possible
par mot, portion de texte, auteur ou catgorie, ou en combinant ces critres
entre eux. On dispose de renvois d'un article  l'autre, et de liens permettant
d'aller d'une planche au texte, ou d'aller du texte au fac-simil des pages
originales. Il reste encore  corriger les erreurs typographiques et les erreurs
d'identification dues  l'automatisation complte des procdures de saisie. Il
reste aussi  complter la recherche textuelle par la recherche d'images,
envisage par mot, portion de texte (lgende) et catgorie. C'est chose faite
dans les annes qui suivent.

L'ARTFL propose galement les versions en ligne du Dictionnaire de l'Acadmie
franaise (1694-1935), de l'dition illustre du Dictionnaire historique et
critique de Philippe Bayle (1740), du Thresor de la langue franaise de Jean
Nicot (1606), etc.

Autre exemple, trs diffrent, et d cette fois  une initiative individuelle:
le site Rubriques  Bac. Cr en 1998 par Grard Fourestier, diplm en science
politique et professeur de franais  Nice, le site regroupe des bases de
donnes  destination des lycens et des tudiants. ELLIT (Elments de
littrature) propose des centaines d'articles sur la littrature franaise du
12e sicle  nos jours, ainsi qu'un rpertoire d'auteurs. RELINTER (Relations
internationales) recense 2.000 liens sur le monde contemporain depuis 1945. Ces
deux bases de donnes sont accessibles par souscription, avec version de
dmonstration en accs libre. Lanc en juin 2001 dans le prolongement d'ELLIT,
la base de donnes Bac-L (baccalaurat section lettres) est en accs libre.

En octobre 2000, Grard Fourestier raconte: Rubriques  Bac a t cr pour
rpondre au besoin de trouver sur le net, en un lieu unique, l'essentiel,
suffisamment dtaill et abordable par le grand public, dans le but: a)de se
forger avant tout une culture tout en prparant  des examens probatoires  des
tudes de lettres - c'est la raison d'ELLIT (Elments de littrature), base de
donnes en littrature franaise; b)de comprendre le monde dans lequel nous
vivons en en connaissant les tenants et les aboutissants, d'o RELINTER
(Relations internationales). J'ai dvelopp ces deux matires car elles
correspondent  des tudes que j'ai, entre autres, faites en leur temps, et
parce qu'il se trouve que, depuis une dizaine d'annes, j'exerce des fonctions
de professeur dans l'enseignement public (18 tablissements de la 6e aux
terminales de toutes sections et de tous types d'tablissements). (...)

Mon activit lie  internet consiste tout d'abord  en slectionner les outils,
puis  savoir les manier pour la mise en ligne de mes travaux et, comme tout a
un cot et doit avoir une certaine rentabilit, organiser le commercial qui
permette de dgager les recettes indispensables; sans parler du butinage
indispensable pour la recherche d'informations qui seront ensuite traites.
(...) Mon initiative  propos d'internet n'est pas directement lie  mes
fonctions de professeur. J'ai simplement voulu rpondre  un besoin plus gnral
et non pas troitement scolaire, voire universitaire. Dbarrass des contraintes
du programme, puisque j'agis en mon nom et pour mon compte et non "es-qualit",
mais tout en donnant la matire grise qui me parat indispensable pour mieux
faire une tte qu' la bien remplir, je laisse  d'autres le soin de ne prparer
qu' l'examen.

Les recettes de Rubriques  Bac sont consacres  la ralisation de projets
ducatifs en Afrique. Par la suite, Grard Fourestier aimerait dvelopper des
bases de donnes dans d'autres domaines, par exemple l'analyse socitale,
l'analyse smantique ou l'cologie.

= Payant versus gratuit

Bases de donnes payantes  destination des organismes et des particuliers qui
en ont les moyens, ou bases de donnes gratuites  la disposition de tous? Au
dbut des annes 2000, les outils dont on dispose pour crer et grer des bases
textuelles  moindres frais permettent de pencher vers la deuxime solution,
tout au moins lorsqu'il existe une vritable volont dans ce sens.

Emilie Devriendt, lve professeur  l'Ecole normale suprieure (ENS) de Paris,
crit en juin 2001: L'avenir me semble prometteur en matire de publications de
ressources en ligne, mme si, en France tout au moins, bon nombre de
rsistances, inhrentes aux systmes universitaire et ditorial, ne risquent pas
de cder du jour au lendemain (dans dix, vingt ans, peut-tre?). Ce qui me
donne confiance, malgr tout, c'est la conviction de la ncessit pratique
d'internet. J'ai du mal  croire qu' terme, un chercheur puisse se passer de
cette gigantesque bibliothque, de ce formidable outil. Ce qui ne veut pas dire
que les nouvelles pratiques de recherche lies  internet ne doivent pas tre
rflchies, mesures  l'aune de mthodologies plus traditionnelles, bien au
contraire. Il y a une histoire de l'"outillage", du travail intellectuel, o
internet devrait avoir sa place.

Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, Russon
Wooldridge est le crateur de ressources littraires librement accessibles en
ligne. En 2001, sa tche se trouve facilite par TACTweb (TACT: text analysis
computing tools). Dvelopp par John Bradley, informaticien au King's College
London (Royaume-Uni), et par Geoffrey Rockwell, professeur  la McMaster
University (Canada), TACTweb est un logiciel de recherche de donnes textuelles
en ligne. En mai 2001, Russon Wooldridge explique: La dernire version de
TACTweb permet dornavant de construire des bases interactives importantes comme
les dictionnaires de la Renaissance (Estienne et Nicot; base RenDico), les deux
principales ditions du Dictionnaire de l'Acadmie franaise (1694 et 1835), les
collections de la Bibliothque lectronique de Lisieux (base LexoTor), les
oeuvres compltes de Maupassant, ou encore les thtres complets de Corneille,
Molire, Racine, Marivaux et Beaumarchais (base thtre 17e-18e).  la
diffrence de grosses bases comme Frantext ou ARTFL ncessitant l'intervention
d'informaticiens professionnels, d'quipes de gestion et de logiciels coteux,
TACTweb, qui est un gratuiciel que l'on peut dcharger en ligne et installer
soi-mme, peut tre gr par le chercheur individuel crateur de ressources
textuelles en ligne.

Autre exemple, le projet HyperNietzsche, lanc en 2000 sous la direction de
Paolo d'Iorio, charg de recherches  l'Institut des textes et manuscrits
modernes (ITEM) du CNRS. Ce projet exprimental vise  crer une infrastructure
de travail collectif en rseau, lit-on sur le site web. Cette infrastructure
sera d'abord applique et teste sur l'oeuvre de Nietzsche, pour tre ensuite
gnralisable  d'autres auteurs,  l'tude d'une priode historique ou d'un
fonds d'archive, ou  l'analyse d'un problme philosophique. Il ne s'agit donc
pas seulement d'un projet de numrisation et de mise en rseau d'un ensemble de
textes et d'tudes sur Nietzsche, ni d'une dition lectronique conue comme un
produit confectionn et offert  la consultation, mais plutt d'un instrument de
travail permettant  une communaut savante dlocalise de travailler de faon
cooprative et cumulative et de publier les rsultats de son travail en rseau,
 l'chelle de la plante. Il ne s'agit pas seulement d'une bibliothque de
textes lectroniques en ligne, plus ou moins bien indexe, accompagne d'un
moteur de recherche par mots-cls ou en texte intgral. C'est un vritable
systme hypertextuel qui permet tout d'abord de disposer les textes et les
manuscrits de Nietzsche selon des ordonnancements chronologiques, gntiques ou
thmatiques, et surtout d'activer un ensemble de liens hypertextuels qui relient
les sources primaires aux essais critiques produits par les chercheurs. Le
texte intgral consacr  la prsentation du projet est disponible pendant deux
ans en accs libre sur le site des PUF (Presses universitaires de France). Son
quivalent imprim est publi en octobre 2000 dans la srie Ecritures
lectroniques de la collection Que sais-je?.

En fvrier 2003, Emilie Devriendt fait  nouveau le point:Dans ce domaine que
l'on appelle parfois l'informatique littraire, deux aspects du texte
lectronique m'intressent plus particulirement, dans une perspective
d'enseignement ou de recherche: la publication de ressources textuelles, par
exemple littraires, sur le web au format texte ou au format image (exemple:
Gallica ou la Bibliothque lectronique de Lisieux); la publication de bases de
donnes textuelles interactives, c'est  dire d'outils de recherche et d'analyse
linguistique appliqus  des textes lectroniques donns (exemple: la Nefbase du
Net des tudes franaises ou, si l'on veut citer une banque de donnes payante,
Frantext). Aujourd'hui ce type de ressources est relativement bien dvelopp
(mme si aucune "explosion" ne semble avoir eu lieu si l'on compare la situation
actuelle  celle d'il y a deux ou trois ans). En revanche, on ne peut
vritablement mesurer les usages qui en sont faits.


8.3. Catalogues collectifs


= Premiers pas

Par le pass, on a pu reprocher aux catalogues de bibliothques d'tre austres,
peu conviviaux, et surtout de donner les rfrences du document mais en aucun
cas l'accs  au contenu. Depuis qu'ils sont disponibles sur l'internet, les
catalogues sont moins austres et plus conviviaux. Et surtout - rve de tous qui
commence  devenir ralit - ils permettent l'accs aux documents eux-mmes:
textes et images dans un premier temps, extraits sonores et vidos dans un
deuxime temps. En 1998, les 2.500 oeuvres de l'Universal Library sont
accessibles par le biais d'un systme exprimental (ESS: experimental search
system) intgr ensuite au catalogue en ligne de la Library of Congress.

L'avenir des catalogues en rseau tient  l'harmonisation du format MARC
(machine readable cataloguing) par le biais de l'UNIMARC (universal machine
readable cataloguing). Cr en 1977 par l'IFLA (International Federation of
Library Associations), le format UNIMARC est un format universel permettant le
stockage et l'change de notices bibliographiques au moyen d'une codification
des diffrentes parties de la notice (auteur, titre, diteur, etc.) pour
traitement informatique. Ce format favorise les changes de donnes entre la
vingtaine de formats MARC existants, qui correspondent chacun  une pratique
nationale de catalogage (INTERMARC en France, UKMARC au Royaume-Uni, USMARC aux
Etats-Unis, CAN/MARC au Canada, etc.). Les notices dans le format MARC d'origine
sont d'abord converties au format UNIMARC avant d'tre converties  nouveau dans
le format MARC de destination. UNIMARC peut aussi tre utilis comme standard
pour le dveloppement de nouveaux formats MARC.

Dans le monde anglophone, la British Library (qui utilise UKMARC), la Library of
Congress (qui utilise USMARC) et la Bibliothque nationale du Canada (qui
utilise CAN/MARC) dcident d'harmoniser leurs formats MARC nationaux. Un
programme de trois ans (dcembre 1995 - dcembre 1998) permet de mettre au point
un format MARC commun aux trois bibliothques.

Paralllement, en 1996, dans le cadre de son Programme des bibliothques, la
Commission europenne promeut l'utilisation du format UNIMARC comme format
commun d'change entre tous les formats MARC utiliss dans les pays de l'Union
europenne. Le groupe de travail correspondant tudie aussi les problmes poss
par les diffrentes polices de caractres, ainsi que la manire d'harmoniser le
format bibliographique, tout comme le format du document lui-mme pour les
documents disponibles en ligne.

A la fin des annes 1990, de plus en plus de catalogues sont disponibles sur le
web, moyennant une interface spcifique. L'usager a souvent le choix entre deux
types de recherche, simple et avance, et il peut slectionner plusieurs
critres complmentaires tels que le nombre de notices souhaites ou bien le
mode de classement. A rception du rsultat, il dispose de plusieurs pages de
notices abrges ou compltes. Les notices slectionnes peuvent tre copies,
imprimes, sauvegardes ou bien envoyes par courriel. Des liens hypertextes
permettent de passer facilement d'une requte  l'autre.

Ces catalogues utilisent le protocole Z39.50, un standard de communication
permettant de chercher et rcuprer des informations bibliographiques dans des
bases de donnes en ligne. Ce protocole est d'abord utilis par le WAIS (wide
area information servers), un systme de recherche cr au dbut des annes 1990
pour consulter les index de bases de donnes situes sur des serveurs
consultables  distance, avant l'apparition des moteurs de recherche sur le web.
La version du Z39.50 en cours (norme ISO 23950: 1998) est utilise par les
grands catalogues de bibliothques disponibles sur le web, notamment par celui
de la Library of Congress. Ce protocole est galement promu par la Commission
europenne pour favoriser son utilisation dans les pays de l'Union europenne.

Tous deux en accs libre, les catalogues de la British Library et de la Library
of Congress sont d'excellents outils bibliographiques  l'chelon mondial. En
mai 1997, la British Library lance son OPAC 97 (OPAC: online public access
catalogue), un catalogue en ligne permettant l'accs aux catalogues de ses
principales collections  Londres et  Boston Spa, soit 150 millions de
documents rassembls depuis 250 ans. Catalogue exprimental, l'OPAC 97 est
ensuite remplac par sa version dfinitive, le BLPC (British Library public
catalogue). Quant au catalogue de la Library of Congress, avec menus en anglais
et en espagnol, il s'agit du plus important catalogue en ligne au monde, avec un
grand nombre de notices en franais.

Les catalogues collectifs visent  faire connatre les ressources disponibles 
l'chelon local, rgional, national et international. C'est le cas par exemple
du Catalogue collectif de France (CCFr), mis en chantier en juillet 1997, qui
permet de trouver des informations dtailles sur les bibliothques franaises,
leurs collections et leurs fonds (anciens, locaux ou spcifiques), connatre
prcisment les services qu'elles rendent et interroger leur catalogue en
ligne. A terme, annonce-t-on en 1998, il permettra aussi de localiser des
ouvrages (documents imprims, audio, vido, multimdia) dans les principales
bibliothques et demander le prt ou la reproduction de documents qui seront
remis  l'usager dans la bibliothque de son choix. C'est chose faite en
novembre 2002. En juillet 2001, la gestion du CCFr est confie  la Bibliothque
nationale de France (BnF). Le CCFr regroupe les catalogues de la BnF et des
bibliothques universitaires, ainsi que les catalogues des fonds anciens (avant
1811) et locaux des bibliothques municipales et spcialises. En dcembre 2006,
le CCFr permet de localiser 15millions de documents dans 160 bibliothques
franaises.

= WorldCat et RedLightGreen

L'internet facilite la gestion de catalogues collectifs mondiaux. Le but premier
de ces catalogues est d'viter de cataloguer  nouveau un document dj
catalogu par une bibliothque partenaire. Si le catalogueur trouve la notice du
livre qu'il est cens cataloguer, il la copie pour l'inclure dans le catalogue
de sa propre bibliothque. S'il ne trouve pas la notice, il la cre, et cette
notice est aussitt disponible pour les catalogueurs officiant dans d'autres
bibliothques. Ce pari os est tent par deux associations, l'OCLC (Online
Computer Library Center) ds 1971 et le RLG (Research Libraries Group) ds 1980.
Quelque trente ans plus tard, l'OCLC et le RLG grent de gigantesques bases
bibliographiques alimentes par leurs adhrents, permettant ainsi aux
bibliothcaires d'unir leurs forces par-del les frontires.

Fonde en 1967 dans l'Ohio (Etats-Unis), l'OCLC gre l'OCLC Online Union
Catalog, dbut en 1971 pour desservir les bibliothques universitaires de
l'Etat de l'Ohio. Ce catalogue collectif s'tend ensuite  tout le pays, puis au
monde entier. Dsormais appel WorldCat, et disponible sur abonnement payant, il
comprend en 1998 38millions de notices en 370 langues, avec translittration
pour les caractres non romains des langues JACKPHY (japonais, arabe, chinois,
coren, persan, hbreu et yiddish). L'accroissement annuel est de 2 millions de
notices. WorldCat utilise huit formats bibliographiques correspondant aux
catgories suivantes: livres, priodiques, documents visuels, cartes et plans,
documents mixtes, enregistrements sonores, partitions, documents informatiques.
En 2005, 61 millions de notices bibliographiques produites par 9.000
bibliothques et centres de documentation sont disponibles dans 400langues. En
2006, 73 millions de notices provenant de 10.000 bibliothques dans 112 pays
permettent de localiser un milliard de documents. Une notice type contient la
description du document ainsi que des informations sur son contenu: table des
matires, rsum, couverture, illustrations et courte biographie de l'auteur.

Devenue la plus grande base mondiale de donnes bibliographiques, WorldCat migre
progressivement sur le web, d'abord en rendant la consultation des notices
possible par le biais de plusieurs moteurs de recherche (Yahoo!, Google et bien
d'autres), puis en lanant en aot 2006 une version web (bta) de WorldCat en
accs libre, avec en sus un accs direct aux documents lectroniques des
bibliothques membres: livres du domaine public, articles, photos, livres audio,
musique et vidos.

Fond en 1980 en Californie, avec une antenne  New York, le RLG (Research
Library Group, qui devient ensuite le Research Libraries Group) se donne pour
but d'amliorer l'accs  l'information dans le domaine de l'enseignement et de
la recherche. Le RLG dbute son propre catalogue sous le nom de RLIN (Research
Libraries Information Network). Contrairement  WorldCat qui n'accepte qu'une
notice par document, RLIN accepte plusieurs notices pour un mme document. En
1998, RLIN comprend 82millions de notices  dans 365 langues, avec des notices
translittres pour les documents publis dans les langues JACKPHY et en
cyrillique. Des centaines de dpts d'archives, bibliothques de muses,
bibliothques universitaires, bibliothques publiques, bibliothques de droit,
bibliothques techniques, bibliothques d'entreprise et bibliothques d'art
utilisent RLIN pour le catalogage, le prt inter-bibliothques et le contrle
des archives et des manuscrits. Une des spcialits de RLIN est l'histoire de
l'art. Alimente par 65 bibliothques spcialises, une section spcifique
comprend 100.000 notices de catalogues d'expositions et 168.500 notices de
documents iconographiques (photographies, diapositives, dessins, estampes et
affiches). Cette section inclut aussi les 110.000 notices de la base
bibliographique Scipio, consacre aux catalogues de ventes.

En 2003, RLIN change de nom pour devenir le RLG Union Catalog, qui comprend
dsormais 126 millions de notices bibliographiques correspondant  42 millions
de documents (livres, cartes, manuscrits, films, bandes sonores, etc.). Au
printemps 2004, une version web du catalogue est disponible en accs libre sous
le nom de RedLightGreen, suite  une phase pilote lance  l'automne 2003. La
mise en ligne de RedLightGreen inaugure une re nouvelle. C'est en effet la
premire fois qu'un catalogue collectif mondial est en accs libre. Destin en
premier lieu aux tudiants du premier cycle universitaire, RedLightGreen propose
130 millions de notices, avec des liens vers des informations spcifiques aux
bibliothques d'un campus donn (cote, version en ligne si celle-ci existe,
etc.). Aprs trois ans d'activit, en novembre 2006, les usagers sont invits 
utiliser WorldCat, dont la version web (bta) est en accs libre depuis aot
2006. A la mme date, le RLG est intgr  OCLC.


8.4. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1967: Fondation d'OCLC (Online Computer Library Center).

1971: Dbuts de l'OCLC Online Union Catalog, qui deviendra WorldCat.

1977: Lancement de l'UNIMARC, format universel de catalogage.

1980: Dbuts du RLG (Research Libraries Group) et de son catalogue RLIN
(Research Libraries Information Network).

1994: Travlang, rpertoire de dictionnaires de langues cr par Michael Martin.

1994 (janvier): Annuaire de l'UREC (Unit rseaux du CNRS).

1995: Frantext, base textuelle de l'Institut national de la langue franaise
(INaLF).

1995: A Web of Online Dictionaries, cr par Robert Beard.

1996: Adoption de l'UNIMARC par la Communaut europenne.

1996: Site de recherches et activits littraires de Patrick Rebollar.

1996: Une Autre Terre, portail de science-fiction, cr par Fabrice Lhomme.

1996 (juin): Zazieweb, site d'actualit littraire cr par Isabelle Aveline.

1997 (mai): OPAC (online public access catalogue) de la British Library.

1997 (juillet): Dbuts du Catalogue collectif de France (CCFr).

1997 (dcembre): Outils linguistiques de la socit de traduction Logos.

1998: Rubriques  Bac, site cr par Grard Fourestier.

1998: ESS (experimental search system) de la Library of Congress.

1999: yourDictionary.com, portail cofond par Robert Beard.

1999 (dcembre): WebEncyclo, premire encyclopdie francophone en accs libre.

1999 (dcembre): Britannica.com, premire encyclopdie anglophone en accs
libre.

1999 (dcembre): Mise en ligne de l'Encyclopaedia Universalis.

2000: Mise en ligne du Quid.

2000: HyperNietzsche, lanc sous la direction de Paolo d'Iorio.

2000 (mars): Mise en ligne de l'Oxford English Dictionary.

2000 (septembre): L'encyclopdie Encarta de Microsoft en accs libre.

2000 (septembre): Mise en ligne du Grand dictionnaire terminologique (GDT) par
l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF).

2001 (janvier): Laboratoire ATILF (Analyse et traitement informatique de la
langue franaise).

2001 (janvier): Wikipedia, grande encyclopdie cooprative fonde par Jimmy
Wales et Larry Sanger.

2003: RLIN devient le RLG Union Catalog, puis le RedLightGreen.

2004 (printemps): RedLightGreen, premier catalogue collectif mondial en accs
libre.

2006 (aot): Le catalogue collectif mondial WorldCat en accs libre en version
bta.

2006 (novembre): Disparition de RedLightGreen, et fusion du RLG avec l'OCLC.

2007 (mars): Citizendium, grande encyclopdie collaborative en ligne fonde par
Larry Sanger.

2007 (mai): Encyclopedia of Life, grande encyclopdie collaborative des sciences
de la vie  fonde par un consortium.


9. LE LIVRE NUMERIQUE


[9.1. Formats de lecture / PDF - Adobe Reader / OeB (Open eBook) / LIT -
Microsoft Reader / PRC - Mobipocket Reader / PDB - Palm Reader / BRF (braille
format) / DAISY - livre audio // 9.2. Une tche titanesque / Une voie trace par
la presse / Divers canaux de diffusion / Une progression rgulire // 9.3.
Chronologie]

Si le livre numrique commercial nat en mai 1998, il ne se dveloppe
vritablement qu' compter du deuxime semestre 2000, en tant que mode de
diffusion complmentaire de l'imprim. De plus en plus de titres sont
disponibles en deux versions, imprime et numrique, puis, au fil des ans,
uniquement en version numrique. Tout comme la version imprime, la version
numrique se dcline en plusieurs formats, y compris au format braille et audio.
En 2007, on compte des dizaines de milliers de livres numriques lisibles sur
ordinateur, PDA, tlphone, smartphone et tablette lectronique.


9.1. Formats de lecture


Un format de lecture correspond  un logiciel donn. Un logiciel de lecture
permet de lire  l'cran un livre numrique tout en bnficiant des
fonctionnalits suivantes: navigation hypertexte au sein du livre ou vers le
web, changement de la taille et de la police des caractres, surlignage de
certains passages, recherche de mots dans l'ensemble du texte, ajout de signets
ou de notes personnelles, choix de l'affichage en mode paysage ou portrait,
agrandissement des figures et graphiques, sommaire affich en permanence, et
enfin formatage automatique du livre et de sa pagination en fonction de la
taille de l'cran (ce qu'on appelle le reflowing). Lancs en 2001 pour contrler
l'accs aux livres numriques sous droits, des systmes de DRM (digital rights
management) permettent la gestion des droits numriques en fonction des
consignes donnes par l'diteur.

= PDF / Adobe Reader

Lanc en juin 1993 par la socit Adobe et diffus gratuitement, le premier
logiciel de lecture du march est l'Acrobat Reader, qui permet de lire des
documents au format PDF (portable document format). Ce format permet de figer
les documents numriques dans une prsentation donne, pour conserver les
polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la
plateforme utilise pour le crer et pour le lire. Vendu en parallle, le
logiciel Adobe Acrobat permet de convertir n'importe quel document au format
PDF.

Au fil des ans, le format PDF devient la norme internationale de diffusion des
documents lectroniques, pour impression ou pour transfert d'une plateforme 
l'autre. Des millions de documents PDF sont prsents sur le web pour lecture ou
tlchargement, ou bien transitent par courriel sous forme de fichier attach.
L'Acrobat Reader pour ordinateur est progressivement disponible dans plusieurs
langues et pour diverses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix). En 2001, Adobe
lance galement un Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA), utilisable sur
le Palm Pilot (en mai 2001) puis sur le Pocket PC (en dcembre 2001).

Face  la concurrence reprsente par le Microsoft Reader (lanc en avril 2000),
Adobe annonce en aot 2000 l'acquisition de la socit Glassbook, spcialise
dans les logiciels de distribution de livres numriques  destination des
diteurs, des libraires, des distributeurs et des bibliothques. Adobe passe
aussi un partenariat avec Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des
titres lisibles sur l'Acrobat Reader et le Glassbook Reader.

En janvier 2001, Adobe met sur le march deux nouveaux logiciels. Le premier,
gratuit, est l'Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF de
livres numriques sous droits, avec gestion des droits par l'Adobe Content
Server. Il permet aussi d'ajouter des notes et des signets, de choisir
l'orientation de lecture des livres (paysage ou portrait), ou encore de
visualiser leur couverture dans une bibliothque personnelle. Il utilise la
technique d'affichage CoolType et comporte un dictionnaire intgr. Le deuxime
logiciel, payant, est l'Adobe Content Server, destin aux diteurs et
distributeurs. Il s'agit d'un logiciel serveur de contenu assurant le
conditionnement, la protection, la distribution et la vente scurise de livres
numriques au format PDF. Ce systme de gestion des droits numriques (DRM)
permet de contrler l'accs aux livres numriques sous droits, et donc de grer
les droits d'un livre selon les consignes donnes par le gestionnaire des
droits, par exemple en autorisant ou non l'impression ou le prt. En avril 2001,
Adobe conclut un partenariat avec la grande librairie en ligne Amazon, qui met
en vente 2.000 livres numriques lisibles sur l'Acrobat eBook Reader: titres de
grands diteurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.

En dix ans, entre 1993 et 2003, l'Acrobat Reader aurait t tlcharg 500
millions de fois. Ce logiciel gratuit est dsormais disponible dans de
nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix,
Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.). En mai 2003, l'Acrobat Reader (5e
version) fusionne avec l'Acrobat eBook Reader (2e version) pour devenir l'Adobe
Reader (dbutant  la version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF
standard que les fichiers PDF scuriss.

Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, dnomme Digital Media Store, avec
les titres au format PDF de grands diteurs (HarperCollins Publishers, Random
House, Simon & Schuster, etc.) et des versions lectroniques de journaux et
magazines (The New York Times, Popular Science, etc.). Adobe lance aussi Adobe
eBooks Central, un service permettant de lire, publier, vendre et prter des
livres numriques, et l'Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de
bibliothque de livres numriques. Trs complet, le site Planet PDF permet de
suivre l'actualit du PDF. En novembre 2004, l'Adobe Content Server est remplac
par l'Adobe LiveCycle Policy Server. Les versions rcentes d'Adobe Acrobat
permettent de crer des PDF compatibles avec le standard Open eBook (OeB).

= OeB (Open eBook)

Les annes 1998 et 1999 sont marques par la prolifration des formats, dans le
cadre d'un march naissant promis  une expansion rapide. Aux formats classiques
- format texte, Word, HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup
language) et PDF (portable document format) - s'ajoutent des formats
propritaires crs par plusieurs socits pour une lecture sur leurs propres
logiciels: Glassbook Reader, Rocket eBook Reader, Peanut Reader, Franklin
Reader, logiciel de lecture Cytale, Gemstar eBook Reader, Palm Reader, etc., ces
logiciels correspondant le plus souvent  un appareil donn: Rocket eBook,
eBookMan (Franklin), Cybook (Cytale), Gemstar eBook, Palm Pilot, etc.

Inquiets pour l'avenir du livre numrique qui,  peine n, propose presque
autant de formats que de titres, certains insistent sur l'intrt, sinon la
ncessit, d'un format unique. A l'instigation du NIST (National Institute of
Standards and Technology, Etats-Unis) nat en juin 1998 l'Open eBook Initiative,
qui constitue un groupe de travail de 25personnes (Open eBook Authoring Group).
Ce groupe labore l'OeB (open ebook), un format bas sur le langage XML pour
normaliser le contenu, la structure et la prsentation des livres numriques. Le
format OeB est dfini par l'OeBPS (open ebook publication structure), dont la
version 1.0 est disponible en septembre 1999. L'OeB est un format ouvert et
gratuit appartenant au domaine public. Le format original est toutefois utilis
uniquement par les professionnels de la publication, puisqu'il doit tre associ
 un systme de gestion des droits numriques (DRM).

Fond en janvier 2000  la suite de l'Open eBook Initiative, l'Open eBook Forum
(OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs,
concepteurs de logiciels, diteurs, libraires et spcialistes du numrique (85
participants en 2002) pour dvelopper le format OeB et dfinir les versions
successives de l'OeBPS. En avril 2005, l'OeBF change de nom pour devenir l'IDPF
(International Digital Publishing Forum). La version en cours de l'OeBPS date de
dcembre 2006.

= LIT / Microsoft Reader

Lanc en avril 2000, le Microsoft Reader est un logiciel permettant la lecture
de livres numriques au format LIT (abrg du terme anglais literature),
lui-mme bas sur le format OeB. Dans un premier temps, le Microsoft Reader
quipe uniquement le Pocket PC, l'assistant personnel lanc  la mme date par
Microsoft. Quatre mois plus tard, en aot 2000, il est utilisable sur toute
plateforme Windows, et donc aussi bien sur ordinateur que sur assistant
personnel. Ses caractristiques sont un affichage utilisant la technologie
Cleartype, le choix de la taille des caractres, la mmorisation des mots-cls
pour des recherches ultrieures, et l'accs d'un clic au Merriam-Webster
Dictionary.

Ce logiciel tant tlchargeable gratuitement, Microsoft facture les diteurs et
distributeurs pour l'utilisation de sa technologie de gestion des droits
numriques (DRM), et touche une commission sur la vente de chaque titre. La
gestion des droits numriques s'effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS:
digital asset server). Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes
librairies en ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en aot
2000 - pour la vente de livres numriques lisibles sur le Microsoft Reader.
Barnes & Noble.com ouvre son secteur numrique en aot 2000, suivi par
Amazon.com en novembre 2000. En novembre 2002, le Microsoft Reader est
disponible pour tablette PC, ds la commercialisation de cette nouvelle machine
par 14fabricants.

= PRC / Mobipocket Reader

Face  Adobe et Microsoft, un nouvel acteur s'impose rapidement sur le march,
sur un crneau bien spcifique, la lecture sur assistant personnel (PDA). Cre
 Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la socit Mobipocket
est finance en partie par Viventures, branche de la multinationale Vivendi.
Mobipocket conoit le logiciel de lecture Mobipocket Reader, qui permet la
lecture de fichiers au format PRC (Palm resource). Gratuit et disponible en
plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol, italien), il est
universel, c'est--dire utilisable sur tout assistant personnel. En octobre
2001, le Mobipocket Reader reoit l'eBook Technology Award de la Foire
internationale du livre de Francfort. A la mme date, Franklin passe un
partenariat avec Mobipocket pour l'installation du Mobipocket Reader sur
l'eBookMan, l'assistant personnel multimdia de Franklin, au lieu du partenariat
prvu  l'origine entre Franklin et Microsoft pour l'installation du Microsoft
Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d'autres logiciels Mobipocket sont payants.
Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d'extraction automatique de contenu
auprs des sites de presse partenaires. Le Mobipocket Publisher permet aux
particuliers (qui ont le choix entre une version prive gratuite et une version
standard payante) et aux diteurs (version professionnelle payante) de crer des
livres numriques scuriss utilisant la technologie Mobipocket DRM, afin de
contrler l'accs aux livres numriques sous droits. Dans un souci d'ouverture
aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet de crer des livres
numriques non seulement au format PRC, lu par le Mobipocket Reader, mais aussi
au format LIT, lu par le Microsoft Reader.

En avril 2002, la socit lance une version du Mobipocket Reader pour ordinateur
personnel. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader quipe tous les assistants
personnels du march,  savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan et
Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la mme date, le nombre
de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre  6.000 titres dans
plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol), distribus soit sur
le site de Mobipocket soit dans les librairies partenaires.

= PDB / Palm Reader

En mars 1996, la socit Palm lance le Palm Pilot, un assistant personnel (PDA)
dont le succs est immdiat. Son systme d'exploitation est le Palm OS,
dvelopp par PalmSource, une division de Palm. Sept ans aprs, malgr la
concurrence de la gamme Pocket PC de Microsoft - lance en avril 2000 - et des
modles de Hewlett-Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio, le Palm Pilot
reste l'assistant personnel le plus utilis au monde, avec 23 millions de
machines vendues entre 1996 et 2002. Quant au Palm OS, il quipe 55% des
assistants personnels vendus en 2002, l'autre grande plateforme tant le systme
d'exploitation Pocket PC de Microsoft, avec un pourcentage de 25,7%.

En mars 2001, Palm aborde le march du livre numrique en faisant l'acquisition
de Peanutpress.com, diteur et distributeur de livres numriques pour assistant
personnel, qui appartenait jusque-l  la socit netLibrary. Le Peanut Reader
devient le Palm Reader, et le format correspondant devient le format PDB (Palm
database). D'abord utilisable uniquement sur les gammes Palm et Pocket PC, le
Palm Reader est utilisable sur ordinateur en juillet 2002. Le Palm Pilot est
quip des logiciels de lecture Palm Reader et Mobipocket Reader.

Lors du rachat de Peanutpress.com par Palm en mars 2001, les 2.000 titres
numriques de Peanutpress.com - des best-sellers et des titres de grands
diteurs - sont transfrs dans la librairie numrique Palm Digital Media. A la
mme date, le roman Dreamcatcher de Stephen King, dont on connat l'intrt pour
le numrique, sort simultanment en version imprime chez Simon & Schuster et en
version numrique chez Palm Digital Media. Sont disponibles aussi chez Palm les
versions numriques des best-sellers de Michael Connelly, Michael Crichton, Anne
Rice et Scott Turow, ainsi que le Wall Street Journal et plusieurs magazines. En
mars 2002, Everything's Eventual, le nouveau recueil de nouvelles de Stephen
King, est lanc simultanment par Scribner, une subdivision de Simon & Schuster,
et par Palm Digital Media, qui en propose un extrait en tlchargement libre. En
juillet 2002, les collections de Palm Digital Media se chiffrent  5.500 titres
dans plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000 titres. Palm
Digital Media devient ensuite le Palm eBook Store.

= BRF (braille format)

Alphabet tactile invent en 1829 par le franais Louis Braille, le braille est
le seul systme d'criture accessible aux aveugles. Il s'agit d'un systme de
six points compos de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six
points permet de former toutes les lettres de l'alphabet, les signes de
ponctuation et les symboles. Le braille est d'abord emboss sur papier au moyen
d'une tablette et d'un poinon. A partir de la fin des annes 1970, il est
produit  l'aide d'un afficheur braille pizo-lectrique. A cet afficheur
succde la machine Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparat le
matriel informatique, par exemple le bloc-notes braille, qui sert  la fois de
machine  crire le braille et, quand il est connect  un ordinateur, d'cran
tactile permettant de lire l'cran de l'ordinateur. Le braille informatique peut
s'afficher sur huit points, ce qui permet d'augmenter par quatre le nombre de
combinaisons possibles.

Le document numrique permettant de dissocier contenu et prsentation, on peut
dsormais influer sur cette dernire en changeant la taille et la police des
caractres, en inversant les contrastes, en supprimant la couleur ou en la
modifiant, afin de faciliter la lecture des personnes malvoyantes. Les personnes
aveugles peuvent convertir le contenu au format BRF ou alors au format DAISY
pour lecture sur synthse vocale.

= DAISY / livre audio

Quelle est l'origine du format DAISY, acronyme de digital audio information
system puis de digital accessible information system?

Depuis trente ans sinon plus, les personnes ayant un problme visuel peuvent
couter des livres sur bandes magntiques ou sur cassettes, enregistrs au fil
des ans par des centaines de bnvoles. Elles peuvent aussi se procurer en
librairie des livres audio sur cassettes et - plus rcemment - sur CD-Rom.
Certains diteurs proposent en effet une petite srie de titres parfois
enregistrs par les auteurs eux-mmes.

Fait rcent, les technologies numriques permettent dsormais de convertir
automatiquement un document numrique en voix pour lecture sur synthse
vocale.

Si les techniques de synthse vocale s'amliorent, de l'avis de certains, rien
ne remplace une vraie voix, c'est--dire une voix humaine, moins parfaite
peut-tre, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc.
Or de nombreux organismes disposent d'enregistrements raliss en analogique (
savoir sur bandes magntiques et sur cassettes) par des bnvoles. La
numrisation de tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non
seulement dans la communaut desservie mais partout ailleurs. D'une part chaque
organisme pourrait accrotre ses collections de manire exponentielle, d'autre
part de nouvelles bibliothques audio pourraient tre cres  moindre cot,
notamment dans les pays en dveloppement.

Plusieurs organismes spcialiss dcident d'unir leurs forces pour oeuvrer en
commun. Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium, un consortium international
charg d'assurer la transition entre le livre audio analogique et le livre
audionumrique. Sa tche est immense: dfinir une norme internationale,
dterminer les conditions de production, d'change et d'utilisation du livre
audionumrique, organiser la numrisation du matriel audio  l'chelle
mondiale. Les activits du consortium sont peu  peu mises en place: dfinition
des normes de spcification de fichiers  partir de celles du World Wide Web
Consortium (W3C), conception de logiciels de conversion des bandes son
analogiques en bandes son numriques, gestion d'ensemble de la production,
change de livres audionumriques entre bibliothques, dfinition d'une loi
internationale du droit d'auteur pour les personnes atteintes de dficience
visuelle, protection des documents soumis au droit d'auteur, et enfin promotion
de la norme DAISY  l'chelle mondiale.

La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet
l'indexation du livre audio et l'ajout de signets pour une navigation facile au
niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Prs de 41.000 livres audio
rpondent  cette norme en mars 2003, 104.100 livres audio en mars 2004 et
129.650 livres audio en aot 2005. D'autres formats possibles sont les standards
de compression audio utiliss pour la musique, comme le MP3 ou le WMA (Windows
media audio). En 2007, les collections enregistres de livres du domaine public
sont nombreuses, et le plus souvent en accs libre, par exemple AudioLivres (en
franais), LiteralSystems (en anglais), AudioBooksForFree (en anglais) et
LibriVox (multilingue).


9.2. Une tche titanesque


= Une voie trace par la presse

Le dveloppement de la presse en ligne (dans les annes 1990) est intressant
parce qu'il prfigure celui du livre en ligne (dans les annes 2000). Raison
pour laquelle on l'expose brivement ici.

Au dbut des annes 1990, les premires ditions lectroniques de journaux sont
disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou
CompuServe. Suite  l'apparition du premier navigateur fin 1993 et  la
croissance rapide du web qui s'ensuit, les organes de presse crent leurs
propres sites. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur
un site dnomm Times Online, avec possibilit de crer une dition
personnalise. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est
payante, avec 100.000 abonns en 1998. Celle du New York Times est disponible
sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualit quotidienne en
ligne et de nombreux articles archivs, le tout avec images, sons et vidos.
Pathfinder (rebaptis ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner,
diteur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living,
Money, Sunset, etc. On peut y lire les articles maison et les rechercher par
date ou par sujet. Lanc en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprim
entirement consacr  la culture cyber, est bien videmment prsent sur le web.

Mis en ligne en fvrier 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est
le premier site d'un priodique imprim franais. Mont dans le cadre d'un
projet exprimental avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA), ce site est
inaugur lors du forum des images Imagina. Il donne accs  l'ensemble des
articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L'intgralit du
mensuel en cours est consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa
parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses
lecteurs. En juin 1998, Philippe Rivire, responsable du site, prcise que,
trois ans aprs sa mise en ligne, celui-ci a bien grandi, autour des mmes
services de base: archives et annonce de sommaire. Grce  l'internet, le
travail journalistique s'enrichit de sources faciles d'accs, aisment
disponibles. Le travail ditorial est facilit par l'change de courriers
lectroniques; par contre, une charge de travail supplmentaire due aux messages
reus commence  peser fortement.

Fin 1995, le quotidien Libration met en ligne son site web, peu aprs le
lancement du Cahier Multimdia, un cahier imprim hebdomadaire inclus dans
l'dition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimdia,
qui propose les articles du Cahier Multimdia et les archives des cahiers
prcdents, le Cahier Livres complt par Chapitre Un (les premiers chapitres
des nouveauts), et bien d'autres rubriques. La rubrique Multimdia est ensuite
rebaptise Numriques.

Le site du quotidien Le Monde est lanc en 1996. On y trouve des dossiers en
ligne, la Une en version graphique  partir de 13 h, l'intgralit du journal
avant 17 h, l'actualit en liaison avec l'AFP (Agence France-Presse), et des
rubriques sur la bourse, les livres, le multimdia et les sports. En 1998, le
journal complet en ligne cote 5 FF (0,76 euros) alors que l'dition papier
cote 7,50 FF (1,15 euros). S'ils concernent le multimdia, les articles du
supplment imprim hebdomadaire Tlvision-Radio-Multimdia sont disponibles
gratuitement en ligne dans la rubrique Multimdia, rebaptise ensuite Nouvelles
technologies.

L'Humanit est le premier quotidien franais  proposer la version intgrale du
journal en accs libre. Classs par rubriques, les articles sont disponibles
entre 10 h et 11 h du matin,  l'exception de L'Humanit du samedi, disponible
en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivs sur le site. En
juillet 1998, Jacques Coubard, responsable du site web, explique: Le site de
L'Humanit a t lanc en septembre 1996  l'occasion de la Fte annuelle du
journal. Nous y avons ajout depuis un forum, un site consacr  la rcente
Coupe du monde de football (avec d'autres partenaires), et des donnes sur la
Fte et sur le meeting d'athltisme, parrain par L'Humanit. Nous esprons
pouvoir dvelopper ce site  l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du
quotidien qui devrait intervenir  la fin de l'anne ou au dbut de l'an
prochain. Nous esprons galement mettre sur le web L'Humanit Hebdo, dans les
mmes dlais. Jusqu' prsent on ne peut pas dire que l'arrive d'internet ait
boulevers la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va
ensemble). Les rubriques sont peu  peu quipes avec des postes ddis, mais
une minorit de journalistes exploitent ce gisement de donnes. Certains s'en
servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute
encore une "peur" culturelle  plonger dans l'univers du net. Normal, en face de
l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu complique) de
combler ce handicap. On peut rver  un enrichissement par une sorte d'dition
lectronique, mais nous sommes svrement brids par le manque de moyens
financiers.

La presse rgionale est prsente sur le web, par exemple Dernires nouvelles
d'Alsace et Ouest-France. Lanc en septembre 1995, le site des Dernires
nouvelles d'Alsace propose l'intgrale de l'dition du jour, tout comme des
informations pratiques: cours de la bourse, calcul des impts, etc. Il offre
aussi une dition abrge en allemand. Michel Landaret, responsable du site,
prcise en juin 1998 que celui-ci compte actuellement 5.500 lecteurs par jour.

Le quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996. D'abord appel
France-Ouest, le site est ensuite renomm Ouest-France, du nom du journal. En
juin 1998, Bernard Boudic, son responsable ditorial, relate: A l'origine,
l'objectif tait de prsenter et relater les grands vnements de l'Ouest en
invitant les internautes  une promenade dans un grand nombre de pages
consacres  nos rgions (tourisme, industrie, recherche, culture). Trs vite,
nous nous sommes aperus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tourns
vers la mise en ligne de dossiers d'actualit, puis d'actualits tout court.
Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos: quotidien, hebdo (tendant de
plus en plus vers un rythme plus rapide), vnements et dossiers. Et nous
offrons des services (petites annonces, guide des spectacles, presse-cole,
boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal lectronique total:
mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante ditions (450 pages
diffrentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hirarchie
de l'information et autorisant la constitution par chacun de son journal
personnalis (critres gographiques croiss avec des critres thmatiques).

Quelles sont les retombes de l'internet pour les journalistes? Elles sont
encore minces. Nous commenons seulement  offrir un accs internet  chacun
(rdaction d'Ouest-France: 370 journalistes rpartis dans soixante rdactions,
sur douze dpartements... pas simple). Certains utilisent internet pour la
messagerie lectronique (courrier interne ou externe, rception de textes de
correspondants  l'tranger, envoi de fichiers divers) et comme source
d'informations. Mais cette pratique demande encore  s'tendre et  se
gnraliser. Bien sr, nous rflchissons aussi  tout ce qui touche 
l'criture multimdia et  sa rtro-action sur l'criture imprime, aux
changements d'habitudes de nos lecteurs, etc. (...) Internet est  la fois une
menace et une chance. Menace sur l'imprim, trs certainement (captation de la
pub et des petites annonces, changement de rflexes des lecteurs, perte du got
de l'imprim, concurrence d'un mdia gratuit, que chacun peut utiliser pour
diffuser sa propre info, etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces
dfis, de rajeunir la presse imprime.

Tous sujets que l'on retrouve quelques annes plus tard pour les dbuts du livre
numrique: rapport accru de l'auteur avec ses lecteurs, mise en place de forums
de discussion, ncessit d'une formation technique, utilisation de sources trs
diverses manant de l'encyclopdie que devient le web, version payante versus
version gratuite, version numrique versus version imprime, etc.

= Divers canaux de diffusion

Contrairement au livre imprim, vendu dans les librairies, le livre numrique
est d'abord vendu par les diteurs avant d'tre vendu par les libraires, pour la
raison bien simple qu'il faut laisser le temps  ces derniers de crer une
structure qui n'existe pas. Par la suite, l'diteur peut soit vendre directement
sur son propre site ses titres numriques, soit passer un partenariat avec une
librairie numrique, soit adopter simultanment les deux formules.

Publis en mai 1998 par les ditions 00h00, les tout premiers livres numriques
commerciaux sont des classiques de la littrature franaise - Le Tour du monde
en 80 jours de Jules Verne, Colomba de Prosper Mrime, Poil de carotte de Jules
Renard, etc. - ainsi que deux indits: Sur le bout de la langue de Rouja
Lazarova et La Coupe est pleine de Pierre Marmiesse. 00h00 passe aussi des
accords avec des diteurs traditionnels pour publier en version numrique
certains de leurs titres imprims.

En mars 2000, Michel Valensi, directeur des ditions de l'Eclat, lance le
concept du lyber, un terme construit  partir du mot latin liber qui signifie 
la fois: libre, livre, enfant, vin. Dans lePetit trait pli en dix sur le
lyber, paru dans Libres enfants du savoir (ditions de l'Eclat, avril 2000), il
dfinit le lyber comme un livre numrique disponible gratuitement sur l'internet
dans son intgralit, selon le principe du shareware (partagiciel). Avec
invitation d'acheter un exemplaire pour soi ou ses amis, possibilit de signaler
l'adresse du libraire le plus proche o trouver le livre, et possibilit de
laisser des commentaires sur le texte en ligne. Le lyber est une tentative de
cohabitation dynamique de ces supports. Le principe est simple: diffusion
simultane d'un mme contenu sur les deux supports. Livre papier et
document-en-ligne.

A la mme date, en mars 2000, Stephen King dcide de distribuer sa nouvelle
Riding The Bullet uniquement par voie lectronique, avec vente dans des
librairies en ligne. Suite  cette exprience qui s'avre un succs  la fois
mdiatique et financier, l'auteur dcide de se passer des services de Simon &
Schuster, son diteur habituel. En juillet 2000, il cre un site web spcifique
pour dbuter la publication en pisodes d'un roman pistolaire, The Plant. Cette
deuxime exprience s'avre beaucoup moins concluante que la premire, le nombre
de tlchargements et de paiements ne cessant de baisser au fil des chapitres.
En dcembre 2000, aprs la parution gratuite du sixime chapitre, l'auteur
dcide de mettre The Plant en hibernation pendant une priode indtermine. Le
suivi mdiatique de cette exprience pendant les six mois qu'elle aura dur
contribue largement  faire connatre le livre numrique, aussi bien chez les
professionnels du livre que dans le grand public. D'autres auteurs de
best-sellers prennent ensuite le relais, comme Frederick Forsyth au Royaume-Uni
et Arturo Prez-Reverte en Espagne, mais cette fois en partenariat avec leurs
diteurs respectifs.

Durant l't 2000, Simon & Schuster, l'diteur habituel de Stephen King, profite
de la vague mdiatique entourant l'auto-publication d'un de ses auteurs-phare
pour se lancer dans l'aventure en crant SimonSays.com. Il dcide aussi de
publier en version numrique seulement, sans correspondant imprim, certains
titres de Star Trek, la srie de science-fiction la plus vendue au monde, qui
compte six titres vendus par minute et quarante nouveaux titres publis par an,
en incluant les histoires et rcits bass sur les sries tlvises et les
films. Le premier titre numrique, The Belly of the Beast de Dean Wesley Smith,
est disponible en aot 2000 pour 5 dollars US.

D'autres diteurs embotent le pas  Simon & Schuster et dbutent la vente de
certains titres en version numrique, par exemple le gant Random House et,
quelques mois plus tard, St. Martin's Press, puis HarperCollins par le biais de
son service lectronique PerfectBound.

En octobre 2000, les Presses universitaires de France (PUF) annoncent la
parution de quatre titres simultanment en version numrique et en version
imprime. Ces quatre titres ont trait  l'internet: La presse sur internet de
Charles de Laubier, La science et son information  l'heure d'internet de
Gilbert Varet, Internet et nos fondamentaux par un collectif d'auteurs, et enfin
HyperNietzsche publi sous la direction de Paolo d'Iorio. Chose peu courante
chez les diteurs franais, le texte intgral d'HyperNietzsche est en accs
libre sur le site des PUF pendant deux ans.

En novembre 2000, pour convertir les auteurs qu'il publie  ce nouveau format,
Random House annonce que ceux-ci recevront 50% des bnfices nets raliss sur
la vente de leurs livres numriques, au lieu des 15% habituels. Si ce fort
pourcentage tait dj propos par certains diteurs lectroniques comme le
londonien Online Originals, c'est la premire fois qu'une maison d'dition
traditionnelle de rputation internationale fait un tel effort financier.

En janvier 2001, Barnes & Noble, autre gant du livre, se lance dans l'aventure
en crant Barnes & Noble Digital. Barnes & Noble est non seulement une chane de
librairies traditionnelles double d'une librairie en ligne, en partenariat avec
Bertelsmann pour cette dernire, mais aussi un diteur de livres classiques et
illustrs. Pour attirer les auteurs, l'diteur leur propose de leur verser 35%
du prix des livres numriques vendus sur son site et les sites affilis. Un
pourcentage moindre que celui offert par Random House, mais nettement suprieur
 celui vers par les autres diteurs en ligne qui, aprs avoir propos un
pourcentage de 15%  l'origine, proposent un pourcentage d'environ 25% dbut
2001. L'opration de Barnes & Noble Digital vise bien sr  convaincre les
auteurs de best-sellers de l'intrt d'une version numrique  ct de la
version imprime.

= Une progression rgulire

Comme on le voit, si la vente de livres numriques dbute ds mai 1998 avec la
commercialisation de quelques titres par les ditions 00h00, elle ne commence
vraiment  se gnraliser qu' l'automne 2000. Les titres disponibles sont
vendus soit directement par les diteurs, soit par le biais des libraires, avec
impression  la demande grce aux nouvelles technologies d'impression numrique
dveloppes notamment par les socits Xerox, Oc et IBM.

Tlchargeables gratuitement, les principaux logiciels de lecture sont les
logiciels d'Adobe (Acrobat Reader en juin 1993, Adobe eBook Reader en janvier
2001, Adobe Reader en mai 2003), le Mobipocket Reader (lanc en mars 2000), le
Microsoft Reader (lanc en avril 2000) et le Palm Reader (lanc en mars 2001). A
l'exception du format PDF (portable document format) apparu ds 1993, les
formats utiliss sont bass sur l'OeB (open ebook), devenu en 1999 le format
standard des livres numriques.

On voit apparatre les premires librairies numriques,  savoir des librairies
vendant exclusivement des livres numriques, le plus souvent par tlchargement,
et dans plusieurs formats.

Outre le fait qu'il faille une machine pour le lire - mais, aprs tout, c'est ce
qui le caractrise, en attendant le papier lectronique de demain - l'obstacle
majeur  la diffusion du livre numrique est le faible nombre de titres
disponibles. Le volume de titres disponibles en format de lecture  l'cran est
ridicule par rapport aux quelque 600.000 titres existant en franais, indique
en fvrier 2001 Denis Zwirn, prsident de la librairie numrique Numilog. Mais,
ds cette date, nombre d'diteurs numrisent - ou font numriser - leurs fonds,
 la perspective d'un march naissant qui devrait connatre une forte expansion
dans les prochaines annes. Editeurs en ligne et libraires numriques ngocient
patiemment les droits auprs des diteurs traditionnels, et ce non sans mal
puisque,  tort ou  raison, la profession reste trs inquite des risques de
piratage.

Selon Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique au Laboratoire ATILF
(Analyse et traitement informatique de la langue franaise), interviewe en
novembre 2000, l'ebook offre une combinaison d'opportunits: la digitalisation
et l'internet. Les diteurs apportent leurs titres  tous les lecteurs du monde.
C'est une nouvelle re de la publication. Mais,  l'poque, le livre numrique
est encore dans l'enfance. Comme l'explique en janvier 2001 Bakayoko Bourahima,
documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de statistique et
d'conomie applique) d'Abidjan, il faut voir par la suite comment il se
dveloppera et quelles en seront surtout les incidences sur la production, la
diffusion et la consommation du livre. A coup sr cela va entraner de profonds
bouleversements dans l'industrie du livre, dans les mtiers lis au livre, dans
l'criture, dans la lecture, etc.

Une des incidences sur la diffusion du livre est la vente de celui-ci en pices
dtaches,  savoir un chapitre seul, ou une partie de livre, ou un article 
l'unit, ou encore une carte ou un tableau statistique. Ce type de vente dbute
en 2002,  titre exprimental, par exemple chez Numilog ou encore dans la
librairie en ligne de l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement
conomiques).

Le prix du livre numrique est infrieur d'environ 30%  celui du livre imprim.
Sa commande et sa livraison sont quasi immdiates via l'internet. Quant  sa
taille et son poids, ils sont nuls, bien qu'en pareil cas il faille bien sr
prendre en compte la taille et le poids de la machine ncessaire pour le lire.
En 2003, un assistant personnel (PDA) de type Pocket PC ou Palm Pilot pesant
environ 200 grammes permet d'emporter avec soi une quinzaine de romans de 200
pages. Un ordinateur ultra-portable disposant d'un disque dur de 6 Go
(gigaoctets), pesant moins de 1,5 kilo et quip des logiciels de bureautique
standard permet de stocker environ 5.000 livres.

Quelle est la taille d'un fichier de livre numrique, et son temps de
tlchargement? En 2003, quelques exemples sont donns  titre indicatif dans la
FAQ de Numilog. Une nouvelle de 50 pages reprsente un fichier de 150
kilo-octets. Le temps ncessaire  son tlchargement est de 37 secondes avec un
modem 56 K (kilobits par seconde) et de 3  6 secondes avec une connexion  haut
dbit (cble ou DSL - digital subscriber line). Un roman de 300 pages reprsente
un fichier de 1 mgaoctet. Son temps de tlchargement est de 4 minutes avec un
modem 56 K et de 20  40 secondes avec une connexion  haut dbit. Un guide
pratique de 200 pages incluant des tableaux reprsente un fichier de 1,5
mgaoctet. Son temps de tlchargement est de 6 minutes avec un modem 56 K et de
30  60 secondes avec une connexion  haut dbit. Un livre illustr avec des
photos reprsente un fichier de 10 mgaoctets. Son temps de tlchargement est
de 41 minutes avec un modem 56 K et de 3  6 minutes avec une connexion  haut
dbit.

Chez les adeptes du livre numrique, l'enthousiasme des annes 2000 et 2001 fait
place  plus de mesure dans les annes qui suivent. On ne parle plus du tout
numrique pour le proche avenir, mais plutt de la publication simultane d'un
mme titre en deux versions, imprime et numrique. Pour mettre en place ce
nouveau mode de distribution, la tche est rude. Il faut constituer les
collections, amliorer les logiciels de lecture, rendre le prix des appareils de
lecture abordable et, plus difficile encore, habituer le grand public  lire un
livre  l'cran.

Alors que, en octobre 2000, l'eBook est l'une des vedettes de la Foire
internationale du livre de Francfort, il se fait beaucoup plus modeste les
annes suivantes. La mme remarque vaut pour le Salon du livre de Paris qui,
aprs avoir propos un Village eBook en mars 2000, puis le premier sommet
europen de l'dition numrique - dnomm eBook Europe 2001 - l'anne suivante,
n'organise pas de grande manifestation spcifique en 2002 et 2003. Il faut
attendre le Salon de 2006 pour observer  nouveau un rel engouement, avec une
vaste plateforme numrique rassemblant des imprimeurs numriques, des socits
de numrisation d'ouvrages et des fabricants de livres numriques.

Cependant, malgr le pessimisme relatif ayant succd aux dclarations
enthousiastes, le livre numrique poursuit patiemment son chemin. Si sa
progression est lente, elle est constante. En 2001, le grand diteur Random
House vend deux fois plus de livres numriques qu'en 2000. Tous diteurs
confondus, les ventes de 2001 se chiffrent par milliers pour le New World
College Dictionary de Webster, les ouvrages de fiction de Stephen King et de
Lisa Scottolini, les livres d'conomie et les manuels pratiques. Palm Digital
Media, grande librairie numrique pour assistant personnel (PDA), vend 180.000
livres en 2001, une augmentation de 40% par rapport  l'anne prcdente. Dbut
2002, PerfectBound, le service lectronique de l'diteur HarperCollins, propose
10% du catalogue imprim sous forme numrique. A la mme date, Random House
dcide de publier systmatiquement une version imprime et une version numrique
pour ses nouveaux titres.

Consquence d'un march en pleine expansion, aprs avoir t conus pour une
machine spcifique - soit un ordinateur soit un assistant personnel - les
principaux logiciels de lecture deviennent polyvalents. Si l'Acrobat Reader est
d'abord uniquement disponible sur ordinateur les premires annes, Adobe lance
un Acrobat Reader pour assistant personnel en 2001, d'abord pour le Palm Pilot
(mai 2001), puis pour Pocket PC (dcembre 2001). Si,  l'origine, le Mobipocket
Reader est destin  la lecture sur assistant personnel, Mobipocket lance une
version pour ordinateur en avril 2002. La mme remarque vaut pour le Palm
Reader. D'abord destin au Palm Pilot et au Pocket PC, il s'tend  l'ordinateur
en juillet 2002.

Chose peu courante chez les concepteurs de logiciels, Mobipocket propose
d'emble un logiciel de lecture universel, utilisable sur tout assistant
personnel puis sur ordinateur, et manifeste trs tt un rel souci d'ouverture
aux autres formats. Le Mobipocket Publisher permet de crer des livres
numriques non seulement au format PRC (lisible sur le Mobipocket Reader) mais
aussi au format LIT (lisible sur le Microsoft Reader).

Aprs avoir fait cavalier seul en promouvant leur propre logiciel de lecture,
les constructeurs y mettent aussi du leur. L'assistant personnel Palm Pilot
permet de lire des livres numriques aussi bien sur le Palm Reader que sur le
Mobipocket Reader. Son principal concurrent, le Pocket PC de Microsoft, permet
de lire des livres sur le Microsoft Reader, le Mobipocket Reader et le Palm
Reader.

Vtran des logiciels de lecture avec dix ans d'existence en 2003, l'Acrobat
Reader (devenu l'Adobe Reader en mai 2003) s'adapte rgulirement aux besoins du
march. Pour ne prendre qu'un exemple, les utilisateurs d'autres logiciels
disent apprcier le reflowing, une technique leur permettant de reformater
automatiquement un livre et sa pagination en fonction de la taille de l'cran.
Le reflowing est autoris par les formats bass sur l'OeB (open ebook). Alors
que ceci tait impossible avec les versions prcdentes de l'Acrobat Reader, le
format PDF n'tant pas bas sur l'OeB, les versions5 et suivantes d'Adobe
Acrobat permettent de crer des documents PDF autorisant le reflowing, mme si
la numrotation des pages du document initial reste fige. Quatre ans aprs, en
2007, il est possible de crer des PDF compatibles avec l'OeB.

Le nombre de titres s'accrot rapidement au fil des ans. En septembre 2003, le
catalogue de Numilog comprend 3500 titres (livres et numros de revues) en
franais et en anglais, grce  un partenariat avec une quarantaine d'diteurs.
En dcembre 2006, ce catalogue comprend 35.000 titres grce  un partenariat
avec 200 diteurs, dont 60diteurs francophones. La progression est tout aussi
rapide pour Mobipocket. En 2003, le catalogue comprend 6.000 titres en plusieurs
langues. En avril 2007, le catalogue comprend 39.000 titres en vente et 10.000
titres gratuits, et il est dsormais diffus par Amazon, qui a rachet la
socit en avril 2005.


9.3. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1993 (juin): Acrobat Reader, premier logiciel de lecture, lanc par Adobe.

1996 (mars): Palm Pilot, premier assistant personnel du march.

1996 (mai): Fondation du DAISY Consortium pour dfinir un standard de livre
audionumrique.

1998 (mai): Premiers livres commerciaux lancs par les ditions 00h00.

1999 (septembre): Open eBook (OeB), standard de livre numrique.

2000 (janvier): Fondation de l'Open eBook Forum (OeBF).

2000 (janvier): Partenariat entre Microsoft et Barnes & Noble.com pour la vente
de livres  numriques.

2000 (mars): Mobipocket Reader, logiciel de lecture de Mobipocket.

2000 (mars): Concept du lyber par Michel Valensi.

2000 (mars): Riding the Bullet, nouvelle de Stephen King, distribue sur
l'internet.

2000 (avril): Pocket PC, assistant personnel de Microsoft.

2000 (avril): Microsoft Reader, logiciel de lecture utilisable sur Pocket PC.

2000 (juillet): Autopublication sur le web de The Plant, roman de Stephen King.

2000 (aot): Partenariat entre Microsoft et Amazon pour la vente de livres
numriques.

2000 (aot): Microsoft Reader disponible pour toute plateforme Windows.

2000 (aot): eBooks Store de Barnes & Noble.com.

2000 (t): SimonSays.com, branche numrique de Simon & Schuster.

2000 (octobre): Premiers titres numriques des PUF (Presses universitaires de
France).

2000 (novembre): Conditions attractives pour la publication en numrique des
auteurs de Random House.

2000 (dcembre): eBooks Store d'Amazon.

2000 (dcembre): Arrt de l'autopublication sur le web de The Plant, roman de
Stephen King.

2001: Premiers systmes de DRM pour la gestion des droits numriques.

2001 (janvier): Adobe eBook Reader, logiciel de lecture pour livres sous droits.

2001 (janvier): Adobe Content Server, logiciel de gestion des droits numriques.

2001 (janvier): Barnes & Noble Digital, branche numrique de Barnes & Noble.

2001 (mars): Rachat de Peanutpress et de son logiciel de lecture par Palm.

2001 (mars): Palm Reader, logiciel de lecture de Palm.

2001 (avril): Partenariat entre Adobe et Amazon pour la vente de livres
numriques.

2001 (mai): Acrobat Reader disponible pour Palm Pilot.

2001 (dcembre): Acrobat Reader disponible pour Pocket PC.

2002 (avril): Mobipocket Reader disponible pour ordinateur personnel.

2002 (juillet): Palm Reader disponible pour ordinateur personnel.

2002 (novembre): Microsoft Reader disponible pour tablette PC.

2003 (mai): L'Adobe Reader remplace l'Acrobat Reader et l'Adobe eBook Reader.

2004 (novembre): L'Adobe LiveCycle Policy Server remplace l'Adobe Content
Server.

2005 (avril): L'IDPF (International Digital Publishing Forum) succde  l'OeBF
(Open eBook Forum).

2005 (avril): Rachat de Mobipocket par Amazon.


10. LES SUPPORTS DE LECTURE


[10.1. Tablettes de lecture / Premiers modles / Gemstar eBook / Cybook (Cytale
- Bookeen) / Autres tablettes rcentes // 10.2. Assistants personnels (PDA) /
Psion / eBookMan (Franklin) / Palm Pilot et Pocket PC // 10.3. Nouveaux
appareils / Souhaits en l'an 2000 / @folio, baladeur de textes / Smartphones et
successeurs // 10.4. Le papier lectronique / Souhaits en l'an 2000 / E Ink /
Autres initiatives // 10.5. Chronologie]

Les livres numriques sont d'abord lisibles sur l'cran de l'ordinateur. En
1999, pour plus de mobilit, on voit apparatre des appareils ddis, sous forme
de tablettes lectroniques. A partir de l'an 2000, les assistants personnels
(PDA) intgrent peu  peu des logiciels de lecture.  Suit la lecture sur webpad
et tablette PC, puis sur tlphone portable et smartphone. Annonc pour la fin
des annes 2000, le papier lectronique devrait permettre de concilier les
avantages du numrique et le confort d'un matriau souple proche du papier.


10.1. Tablettes de lecture


Une tablette lectronique de lecture se prsente comme une machine portable de
la taille d'un gros livre, avec un cran  cristaux liquides (appel aussi cran
LCD: liquid crystal display) rtro-clair ou non, noir et blanc ou en couleur.
Elle fonctionne sur batterie et, selon les modles, dispose d'un modem intgr,
d'un port USB et de  connexions Bluetooth et WiFi, pour connexion  l'internet
et tlchargement des livres  partir de sites d'diteurs ou de librairies
numriques.

= Premiers modles

Apparues en 1999, les premires tablettes de lecture sont conues et dveloppes
dans la Silicon Valley, en Californie. Le modle le plus connu, le Rocket eBook,
est cr par la socit NuvoMedia, en partenariat avec la chane de librairies
Barnes & Noble et le gant des mdias Bertelsmann. Un deuxime modle, le
Softbook Reader, est dvelopp par la socit Softbook Press, en partenariat
avec les deux grandes maisons d'dition Random House et Simon & Schuster.
Plusieurs autres modles ont une dure de vie assez courte, par exemple
l'Everybook, appareil  double cran cr par la socit du mme nom, ou encore
le Millennium eBook, cr par Librius.com. A cette poque, qui n'est pas si
lointaine, toutes ces tablettes lectroniques psent entre 700 grammes et 2
kilos et peuvent stocker une dizaine de livres.

= Gemstar eBook

Lancs en octobre 2000  New York, les deux premiers modles de Gemstar eBook
sont les successeurs du Rocket eBook (conu par la socit NuvoMedia) et du
Softbook Reader (conu par la socit Softbook Press), suite au rachat de
NuvoMedia et de Softbook Press par Gemstar-TV Guide International en janvier
2000. Commercialiss en novembre 2000 aux Etats-Unis, ces deux modles - le REB
1100 (cran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (cran
couleur, successeur du Softbook Reader) - sont construits et vendus sous le
label RCA, appartenant  Thomson Multimedia. Le systme d'exploitation, le
navigateur et le logiciel de lecture sont spcifiques au produit, tout comme le
format de lecture, bas sur le format OeB (open ebook).

Le REB 1100 (18 x 13,5 centimtres) a une taille comparable  celle d'un (trs)
gros livre broch. Son poids est de 510 grammes. Son autonomie est de 15 heures.
Il dispose d'un modem 36,6 K (kilobits par seconde). Sa mmoire compact flash de
8 mgaoctets permet de stocker 20 romans, soit 8.000 pages de texte. La mmoire
peut tre tendue  72 mgaoctets pour permettre un stockage de 150 livres, soit
60.000 pages de texte. L'cran tactile noir et blanc rtro-clair a une
rsolution de 320 x 480 pixels. Le REB 1100 est vendu par la chane de magasins
SkyMall au prix de 300 dollars US.

Un peu plus volumineux, le REB 1200 (23 x 19 centimtres) a la taille d'un grand
livre cartonn. Son poids est de 750 grammes. Son autonomie est de 6  12
heures. Il dispose d'un modem 56 K et d'une connexion Ethernet. Sa mmoire
compact flash de 8mgaoctets permet de stocker 5.000 pages. La mmoire peut
tre tendue  128mgaoctets pour permettre un stockage de 80.000 pages.
L'cran tactile couleur rtro-clair a une rsolution de 480 x 640 pixels. Le
REB 1200 est vendu par SkyMall au prix de 699 dollars.

La commercialisation du modle europen, le GEB 2200, dbute en octobre 2001 en
commenant par l'Allemagne. Le GEB 2200 a les mmes caractristiques que le REB
1200. Son poids est un peu suprieur (970 grammes) parce qu'il inclut une
couverture en cuir protgeant l'cran. Son prix est de 649 euros. Ce prix inclut
deux abonnements - un abonnement de six semaines  la version lectronique de
Der Spiegel et un abonnement de quatre semaines  la version lectronique du
Financial Times Deutschland - ainsi que deux best-sellers et quinze oeuvres
classiques.

Aux Etats-Unis, les ventes sont trs infrieures aux pronostics. En avril 2002,
un article du New York Times annonce l'arrt de la fabrication de ces appareils
par RCA. A l'automne 2002, leurs successeurs, le GEB 1150 et le GEB 2150, sont
produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall  un prix beaucoup plus
comptitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel  la librairie numrique
de Gemstar eBook. Le GEB 1150 cote 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars
avec abonnement annuel (factur 20 dollars par mois). Le GEB 2150 cote 349
dollars sans abonnement, et 199 dollars avec abonnement bisannuel (20 dollars
par mois). Les deux modles GEB 1150 et GEB 2150 sont livrs non seulement avec
un dictionnaire intgr, le Webster's Pocket American Dictionary (publi par
Random House), mais aussi avec la version anglaise du Tour du monde en 80 jours
de Jules Verne (publie par eBooks Classics), best-seller universel qui poursuit
ainsi sa carrire en version numrique. En Allemagne, on parle d'un remplacement
ventuel du GEB 2200 par le GEB 1150 courant 2003. Mais Gemstar dcide de mettre
fin  ses activits eBook. La socit cesse la vente de ses tablettes de lecture
en juin 2003 et celle de ses livres numriques le mois suivant.

= Cybook (Cytale / Bookeen)

Premire tablette de lecture europenne, le Cybook (21 x 16 centimtres) est
conu et dvelopp par la socit franaise Cytale, et commercialis en janvier
2001. Son poids est de 1 kilo. Sa mmoire - 32 Mo (mgaoctets) de mmoire SDRAM
(synchronous dynamic random access memory) et 16  Mo de mmoire flash - permet
de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages. Son autonomie est
de 5 heures. Il est quip d'un modem 56 K, d'un haut-parleur, d'une sortie
stro avec prise casque et de plusieurs ports pour priphriques. L'cran
tactile couleur rtro-clair a une rsolution de 600 x 800 pixels. L'affichage
est possible en mode portrait ou paysage. Le Cybook utilise le systme
d'exploitation Windows CE de Microsoft, le navigateur Internet Explorer et un
logiciel de lecture spcifique bas sur le format OeB. Il intgre un
dictionnaire Hachette de 35.000 mots. En mars 2002, il cote 883 euros sans
abonnement, et 456 euros avec abonnement annuel (factur 20 euros par mois). Les
 livres sont tlchargs  partir du site web de Cytale, suite  des
partenariats avec plusieurs diteurs et socits de presse.

J'ai crois il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le
livre lectronique, crit en dcembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis
ce jour, je suis devenu le promoteur impnitent de ce nouveau mode d'accs 
l'crit,  la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numrique se dveloppe
enfin, grce  cet objet merveilleux: bibliothque, librairie nomade, livre
"adaptable", et aussi moyen d'accs  tous les sites littraires (ou non), et 
toutes les nouvelles formes de la littrature, car c'est galement une fentre
sur le web.

Cytale dveloppe aussi le Cybook Pro, une version du Cybook  destination des
entreprises, des universits et des collectivits pour la gestion de leurs
documents numriss: dossiers clients, normes techniques, procdures,
catalogues, cartes, etc.

Par ailleurs, en collaboration avec l'INSERM (Institut national de la sant et
de la recherche mdicale), Cytale adapte son logiciel pour permettre la lecture
de livres numriques sur plage braille ou sur synthse vocale. Dans cette
optique, la socit dveloppe le Cybook Vision, une tablette adapte aux besoins
des personnes malvoyantes et distribue par un rseau d'opticiens. Toutes les
oprations de navigation, en mode autonome, ont t labores sur les conseils
d'orthoptistes et  partir des suggestions de malvoyants, lit-on sur le site
web. Rduites  l'essentiel, elles autorisent la cration de stratgies de
lecture personnalises. L'appareil, qui fonctionne comme un enregistreur, est
dot d'une capacit de mmoire qui autorise une contenance d'environ trente
livres. Chaque ouvrage est lisible dans deux polices et six tailles de
caractres. La catgorie la plus grande correspond  un corps de texte 28 ou 
la taille P.20 selon les normes des orthoptistes. La rsolution d'cran "Super
VGA" (super video graphics adapter) de 100 DPI (dots per inch) offre une
excellente nettet des caractres. Le rtro-clairage de cet cran autorise la
lecture dans une ambiance peu lumineuse. Le contraste et la luminosit peuvent
tre rgls sparment et sont activs par un bouton. Une icne autorise le
changement de couleur de fond, qui passe du blanc au jaune pour rpondre 
certains problmes de photosensibilit. Les textes peuvent tre lus en corps
noir sur blanc ou blanc sur noir, jaune sur noir ou noir sur jaune.

Pour les trois modles, les ventes sont trs infrieures aux pronostics. Ces
ventes insuffisantes forcent la socit  se dclarer en cessation de paiement,
l'administrateur ne parvenant pas  trouver un repreneur aprs le redressement
judiciaire prononc en avril 2002. Cytale est mis en liquidation judiciaire en
juillet 2002 et cesse ses activits  la mme date.

La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus tard par la
socit Bookeen, cre en 2003  l'initiative de Michael Dahan et de Laurent
Picard, deux ex-ingnieurs de chez Cytale. A ct des logiciels "maison" - le
Boo Reader et le Boo Reader Vision - le Mobipocket Reader, le Book et le PDF
Viewer quipent dsormais par dfaut la tablette, explique Alain Patez,
responsable des ditions numriques  la Mdiathque Landowski de
Boulogne-Billancourt, et qui met ces tablettes  la disposition de son public.
Le Cybook s'enrichit d'une nouvelle suite logicielle et d'un nouveau mode de
connexion et de synchronisation, grce au support de l'infrarouge et de l'USB.
Cette nouvelle version est mise en vente en juin 2004. Grce  son partenariat
avec Mobipocket, Bookeen ouvre en novembre 2004 sa propre librairie en ligne
(Ubibooks). Les livres sont galement proposs sur carte amovible, la
"BibliCarte", au format OeB. Commercialise principalement aux Etats-Unis, la
tablette est en rupture de stock en octobre 2006. En juillet 2007, Bookeen
dvoile la nouvelle version e-ink / e-paper de sa tablette baptise "Cybook
Gen3". Cette machine opre dsormais sous plateforme Linux et dispose d'une
suite logicielle comparable  la version antrieure. Elle se distingue
particulirement par son poids - 174 grammes - et par une autonomie de lecture
d'un mois sans rechargement. L'cran, monochrome, affiche quatre nuances de
gris. La commercialisation du Cybook Gen3 est annonce pour septembre 2007.
Cette tablette exploitera la technologie d'encre lectronique E Ink.

= Autres tablettes rcentes

En avril 2004, Sony lance au Japon le Libri 1000-EP, produit en partenariat
avec les socits Philips et E Ink. Cette nouvelle tablette est la premire 
utiliser la technologie d'affichage dveloppe par la socit E Ink et
communment appele encre lectronique. L'appareil pse 300 grammes (avec piles
et protection d'cran), pour une taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimtres. Sa
mmoire est de 10 mgaoctets - avec possibilit d'extension - et sa capacit de
stockage de 500 livres. Son cran de 6 pouces a une dfinition de 170 DPI et une
rsolution de 800 x 600 pixels. Un port USB permet le tlchargement des livres
 partir de l'ordinateur. L'appareil comprend aussi un clavier, une fonction
enregistrement et une synthse vocale. Il fonctionne avec quatre piles
alcalines, qui permettraient la consultation de 10.000 pages. Son prix est de
375 dollars US.

D'autres modles sont lancs par divers constructeurs, par exemple Toshiba, qui
lance le Ebook, Panasonic, qui lance le Sigma Book, ou eREAD, qui lance le
STAReBook (appel aussi e-Reader par le quotidien Les Echos).

Les trois modles les plus prsents en 2007 semblent tre l'iLiad (iRex
Technologies), le Sony Reader (Sony) et le Hanlin eReader (Jinke), qui utilisent
tous les trois la technologie E Ink. Lanc par la socit nerlandaise iRex
Technologies, l'iLiad est conu spcifiquement pour la consultation de journaux
lectroniques et pour la lecture de livres sur le Mobipocket Reader. Produit par
la socit chinoise Jinke, le Hanlin eReader se dcline en plusieurs versions et
supporte de nombreux formats, dont les formats PDF, DOC, HTML, MP3, JPG, TXT et
ZIP. Lanc en octobre 2006 aux Etats-Unis, le Sony Reader, plus petit que
l'iLiad, est vendu au prix de 350 dollars US.

En mai 2007, Telecom Italia lance le Librofonino, dcrit comme un livre
cellulaire. Connectable en permanence aux rseaux tlphoniques sans fil (3GSM
et autres) quel que soit le pays, le Librofonino tient aisment dans une poche,
avec un cran ouvrant  plus large que l'appareil lui-mme. Suite  l'acquisition
de Mobipocket en avril 2005, Amazon lance fin 2007 sa propre tablette de
lecture, le Kindle. Reste  voir si ces modles auront une dure de vie
suprieure  celle de leurs prdcesseurs. En 2008, on attend un cran souple
ultrafin appel papier lectronique.

Paralllement, quelques quotidiens tentent une exprience de lecture nomade. En
avril 2006, le quotidien belge De Tidj est propos en version lectronique
nomade sur l'iLiad. En avril 2007, le quotidien franais Les Echos lance une
version lectronique nomade - actualise plusieurs fois par jour - sur deux
tablettes de lecture, avec un prix diffrent selon la tablette achete: 649
euros (abonnement annuel + achat de l'e-Reader d'e-READ) ou 769 euros
(abonnement annuel + achat de l'iLiad). Pour ceux qui auraient dj leur
tablette, l'abonnement annuel sans tablette est de 365 euros.


10.2. Assistants personnels (PDA)


Lorsque le livre numrique commence  se gnraliser en 2000, les fabricants
d'assistants personnels (PDA) dcident d'intgrer un logiciel de lecture dans
leur machine, en plus des fonctionnalits habituelles: agenda, dictaphone,
lecteur de MP3, etc. En parallle,  partir de la production imprime existante,
ils ngocient les droits de diffusion numrique de centaines de titres. Si
certains professionnels du livre s'inquitent de la petitesse de l'cran, les
adeptes de la lecture sur PDA assurent que la taille de l'cran n'est pas un
problme.

= Psion

Marie-Joseph Pierre est enseignante-chercheuse  l'Ecole pratique des hautes
tudes (EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne). Elle utilise un
Psion depuis plusieurs annes pour lire et tudier dans le train lors de ses
frquents dplacements entre Argentan, sa ville de rsidence, et Paris. Elle
achte son premier Psion en 1997, un Srie 3, remplac ensuite par un Srie 5,
remplac lui-mme par un Psion 5mx en juin 2001. En fvrier 2002, elle raconte:
J'ai charg tout un tas de trucs littraires - dont mes propres travaux et dont
la Bible entire - sur mon Psion 5mx (16 + 16 mgaoctets), que je consulte
surtout dans le train ou pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une
bibliothque. J'ai mis les lments de programme qui permettent de lire page par
page comme sur un vritable ebook. Ce qui est pratique, c'est de pouvoir charger
une norme masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce n'est pas le
mme usage qu'un livre, surtout un livre de poche qu'on peut feuilleter, tordre,
sentir..., et qui s'ouvre automatiquement  la page qu'on a aime. C'est
beaucoup moins agrable  utiliser, d'autant que sur PDA, la page est petite: on
n'a pas de vue d'ensemble. Mais une qualit apprciable: on peut travailler sur
le texte enregistr, en rechercher le vocabulaire, rutiliser des citations,
faire tout ce que permet le traitement informatique du document, et cela m'a pas
mal servi pour mon travail, ou pour mes activits associatives. Je fais par
exemple partie d'une petite socit potique locale, et nous faisons
prochainement un rcital potique. J'ai voulu rechercher des textes de Victor
Hugo, que j'ai maintenant pu lire et mme charger  partir du site de la
Bibliothque nationale de France: c'est vraiment extra.

Le Psion Organiser est le vtran des agendas lectroniques. Le premier modle
est lanc ds 1984 par la socit britannique Psion. Au fil des ans, la gamme
des appareils s'tend et la socit se dveloppe  l'international. En 2000, les
divers modles (Srie 7, Srie 5mx, Revo, Revo Plus) sont concurrencs par le
Palm Pilot et le Pocket PC. Suite  une baisse des ventes, la socit dcide de
diversifier ses activits. Suite au rachat de Teklogix, Psion Teklogix est fond
en septembre 2000 afin de dvelopper des systmes informatiques mobiles sans fil
 destination des entreprises. Psion Software est fond en 2001 pour dvelopper
les logiciels de la nouvelle gnration d'appareils mobiles utilisant la
plateforme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210, modle
prcurseur commercialis la mme anne.

= eBookMan (Franklin)

Base dans le New Jersey (Etats-Unis), la socit Franklin commercialise ds
1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans
plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages de rfrence sur des machines de
poche: dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopdies, bibles, manuels
d'enseignement, ouvrages mdicaux et livres de loisirs.

En octobre 2000, Franklin lance l'eBookMan, un assistant personnel multimdia
qui, entre autres fonctionnalits (agenda, dictaphone, etc.), permet la lecture
de livres numriques sur le logiciel de lecture Franklin Reader. A la mme date,
l'eBookMan reoit l'eBook Technology Award de la Foire internationale du livre
de Francfort. Trois modles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles dbut
2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix est
fonction de la taille de la mmoire vive (8 ou 16 mgaoctets) et de la qualit
de l'cran  cristaux liquides (cran LCD), rtro-clair ou non selon les
modles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents, l'cran n'existe
toutefois qu'en noir et blanc, contrairement  la gamme Pocket PC ou  certains
modles Palm avec cran couleur. L'eBookMan permet l'coute de livres audio et
de fichiers musicaux au format MP3.

En octobre 2001, Franklin dcide de ne pas intgrer le Microsoft Reader 
l'eBookMan, mais de lui prfrer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jug
plus performant, et prim  la mme date par l'eBook Technology Award 
Francfort. Paralllement, le Franklin Reader est progressivement disponible pour
les gammes Psion, Palm, Pocket PC et Nokia. Franklin dveloppe aussi une
librairie numrique sur son site en passant des partenariats avec plusieurs
diteurs, notamment avec Audible.com pour avoir accs  sa collection de 4.500
livres audionumriques.

= Palm Pilot et Pocket PC

Suite au Psion et  l'eBookMan, les usagers se tournent peu  peu vers deux
nouvelles gammes d'assistants personnels (ou PDA: personal digital assistant),
les Palm Pilot et les Pocket PC, qui deviennent les favoris du march.

La socit Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23 millions de
machines entre 1996 et 2002. Son systme d'exploitation est le Palm OS et son
logiciel de lecture le Palm Reader. En mars 2001, les modles Palm permettent
aussi la lecture de livres numriques sur le Mobipocket Reader.

Commercialis par Microsoft en avril 2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le
Pocket PC utilise un systme d'exploitation spcifique, Windows CE, qui intgre
le nouveau logiciel de lecture Microsoft Reader. En octobre 2001, Windows CE est
remplac par Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres
numriques sous droits. Ces livres sont protgs par un systme de gestion des
droits numriques dnomm Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). En
2002, le Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader
bien sr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.

D'aprs Seybold Reports.com, en avril 2001, on compte 100.000 tablettes de
lecture pour 17 millions d'assistants personnels (PDA). Deux ans plus tard, en
juin 2003, plus aucune tablette n'est commercialise. De nouveaux modles
apparaissent ensuite, mais on se demande s'ils peuvent vraiment russir 
s'imposer face  l'assistant personnel, qui offre aussi d'autres
fonctionnalits.  On se demande aussi s'il existe une clientle spcifique pour
les deux machines, la lecture sur assistant personnel tant destine au grand
public, et la lecture sur tablette lectronique tant rserve aux gros
consommateurs de documents que sont les lycens, les tudiants, les professeurs,
les chercheurs ou les juristes. Le dbat reste toujours d'actualit dans les
annes qui suivent.


10.3. Nouveaux appareils


= Souhaits en l'an 2000

En l'an 2000,  l'exception de quelques spcialistes, les professionnels du
livre restent assez sceptiques sur le confort de lecture procur par une
machine. Si le concept les sduit, les premiers modles ne suscitent gure
d'enthousiasme, sinon une curiosit amuse et le souhait de meilleurs appareils
de lecture. Je pense qu'on est loin des formats et des techniques dfinitifs,
dclare en novembre 2000 Nicolas Pewny, fondateur des ditions du Choucas.
Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et un support idal verront
certainement le jour sous peu.

Anne-Bndicte Joly, crivain auto-diteur, crit  la mme date: Le livre
lectronique est avant tout un moyen pratique d'atteindre diffremment une
certaine catgorie de lecteurs compose pour partie de curieux aventuriers des
techniques modernes et pour partie de victimes du mode rsolument technologique.
(...) Je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l'on peut retirer d'une
lecture sur un cran d'un roman de Proust. Dcouvrir la vie des personnages 
coups de souris  molette ou de descente d'ascenseur ne me tente gure. Ce
support, s'il possde  l'vidence comme avantage la disponibilit de toute
oeuvre  tout moment, possde nanmoins des inconvnients encore trop
importants. Ceci tant, sans nous cantonner  une position durablement ancre
dans un mode passiste, laissons  ce support le temps ncessaire pour acqurir
ses lettres de noblesse.

Cet avis est partag par Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion
d'indits artistiques et littraires. L'ebook est sans aucun doute un support
extraordinaire, explique-t-il en octobre 2000. Il aura son rle  jouer dans la
diffusion des oeuvres ou des journaux lectroniques, mais il ne remplacera
jamais le vritable bouquin papier de papa. Il le compltera. (...) Voyez la
monnaie lectronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec
sa carte de crdit et on a toujours besoin d'un peu de monnaie dans sa poche, en
plus de sa carte Visa. L'achat d'un livre n'est pas un acte purement
intellectuel, c'est aussi un acte de sensualit que ne comblera jamais un ebook.
Naturellement, l'dition classique devra en tenir compte sur le plan marketing
pour se diffrencier davantage, mais je crois que l'utilisation des deux types
de supports sera bien distincte. Le tlphone n'a pas tu le courrier, la radio
n'a pas tu la presse, la tlvision n'a pas tu la radio ni le cinma... Il y a
de la place pour tout, simplement, a oblige  chaque fois  une adaptation et 
un regain de crativit. Et c'est tant mieux!

Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8,
crit pour sa part en janvier 2001: J'attends de voir concrtement comment ils
fonctionnent et si les diteurs sont capables de proposer des produits
spcifiques  ce support car, si c'est pour reproduire uniquement des livres
imprims, je suis assez sceptique. L'histoire des techniques montre qu'une
technique n'est adopte que si - et seulement si... - elle apporte des avantages
concrets et consquents par rapport aux techniques auxquelles elle prtend se
substituer.

Ce scepticisme est partag par Olivier Bogros, directeur de la Mdiathque
municipale de Lisieux (Normandie), qui s'exclame en aot 2000: De quoi
parle-t-on? Des machines monotches encombrantes et coteuses, avec format
propritaire et offre ditoriale limite? Les Palm, Psion et autres hand et
pocket computers permettent dj de lire ou de crer des livres lectroniques
(appels ici livres numriques, ndlr), et en plus servent  autre chose. Ceci
dit, la notion de livre lectronique m'intresse en tant que bibliothcaire et
lecteur. Va-t-il permettre de s'affranchir d'un modle conomique  bout de
souffle (la chane ditoriale n'est pas le must en la matire)? Les machines 
lire n'ont de mon point de vue de chance d'tre viables que si leur utilisateur
peut crer ses propres livres lectroniques avec (cf. cassettes vido).

Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise et d'informatique dans des
universits japonaises, crit en dcembre 2000: Je trouve enthousiasmant le
principe de stockage et d'affichage mais j'ai des craintes quant  la
commercialisation des textes sous des formats payants. Les chercheurs
pourront-ils y mettre leurs propres corpus et les retravailler? L'outil
sera-t-il vraiment souple et lger, ou faut-il attendre le dveloppement de
l'encre lectronique? Je crois galement que l'on prpare un cartable
lectronique pour les lves des coles, ce qui pourrait tre bon pour leur
dos...

Olivier Gainon, fondateur des ditions CyLibris, manifeste lui aussi un certain
scepticisme  l'gard des modles actuels. Il explique  la mme date: Je ne
crois pas trop  un objet qui a des inconvnients clairs par rapport  un livre
papier (prix / fragilit / aspect / confort visuel / etc.), et des avantages qui
me semblent minimes (taille des caractres volutifs / plusieurs livres dans un
mme appareil / rtro-clairage de l'cran / etc.). De mme, je vois mal le
positionnement d'un appareil exclusivement ddi  la lecture, alors que nous
avons les ordinateurs portables d'un ct, les tlphones mobiles de l'autre et
les assistants personnels (dont les Pocket PC) sur le troisime front. Bref,
autant je crois qu' terme la lecture sur cran sera gnralise, autant je ne
suis pas certain que cela se fera par l'intermdiaire de ces objets.

Nicolas Ancion, crivain et responsable ditorial de Luc Pire lectronique,
partage le mme sentiment. Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d'avenir
dans le grand public tant qu'ils restent monotches (ou presque), crit-il en
avril 2001. Un mdecin ou un avocat pourront adopter ces plateformes pour
remplacer une bibliothque entire, je suis prt  le croire. Mais pour
convaincre le grand public de lire sur un cran, il faut que cet cran soit
celui du tlphone mobile, du PDA ou de la tlvision. D'autre part, je crois
qu'en cherchant  limiter les fournisseurs de contenus pour leurs appareils
(plusieurs types d'ebooks ne lisent que les fichiers fournis par la bibliothque
du fabricant), les constructeurs tuent leur machine. L'avenir de ces appareils,
comme de tous les autres appareils technologiques, c'est leur ouverture et leur
souplesse. S'ils n'ont qu'une fonction et qu'un seul fournisseur, ils
n'intresseront personne. Par contre, si,  l'achat de son tlphone portable,
on reoit une bibliothque de vingt bouquins gratuits  lire sur le tlphone et
la possibilit d'en charger d'autres, alors on risque de convaincre beaucoup de
monde.

Emilie Devriendt, lve professeur  l'Ecole normale suprieure (ENS) de Paris,
crit en juin 2001: S'il doit s'agir d'un ordinateur portable lgrement
"relook", mais prsentant moins de fonctionnalits que ce dernier, je n'en vois
pas l'intrt. Tel qu'il existe, l'ebook est relativement lourd, l'cran peu
confortable  mes yeux, et il consomme trop d'nergie pour fonctionner
vritablement en autonomie. A cela s'ajoute le prix scandaleusement lev,  la
fois de l'objet mme et des contenus tlchargeables; sans parler de
l'incompatibilit des formats constructeur, et des "formats" maison d'dition.
J'ai pourtant eu l'occasion de voir un concept particulirement astucieux,
vraiment pratique et peu coteux, qui me semble tre pour l'heure le support de
lecture lectronique le plus intressant: celui du "baladeur de textes" ou
@folio, en cours de dveloppement  l'Ecole nationale suprieure des arts et
industries de Strasbourg. Bien videmment, les proccupations de ses concepteurs
sont  l'oppos de celles des "gros" concurrents qu'on connat, en France ou
ailleurs: aucune vise ditoriale monopolistique chez eux, puisque c'est le
contenu du web (dans l'idal gratuit) que l'on tlcharge.

= @folio, baladeur de textes

Conu ds octobre 1996 par Pierre Schweitzer, architecte designer  Strasbourg,
@folio (qui se prononce: a-folio) est un support de lecture nomade permettant de
lire des textes glans sur l'internet. Il cherche  mimer, sous forme
lectronique, le dispositif technique du livre, afin de proposer une mmoire de
fac-simils relis en hypertexte pour faciliter le feuilletage.

J'hsite  parler de livre lectronique, crit Pierre Schweitzer en janvier
2001, car le mot "livre" dsigne aussi bien le contenu ditorial (quand on dit
qu'untel a crit un livre) que l'objet en papier, gnial, qui permet sa
diffusion. La lecture est une activit intime et itinrante par nature. @folio
est un baladeur de textes, simple, lger, autonome, que le lecteur remplit selon
ses dsirs  partir du web, pour aller lire n'importe o. Il peut aussi y
imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-Rom. Les
textes sont mmoriss en faisant: "imprimer", mais c'est beaucoup plus rapide
qu'une imprimante, a ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont
maintenus au niveau d'une reliure tactile. (...) Le projet est n  l'atelier
Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg o j'tais tudiant. Il est
dvelopp  l'Ecole nationale suprieure des arts et industries de Strasbourg
avec le soutien de l'ANVAR-Alsace. Aujourd'hui, je participe avec d'autres  sa
formalisation, les prototypes, design, logiciels, industrialisation,
environnement technique et culturel, etc., pour transformer ce concept en un
objet grand public pertinent. Pour ce faire, la start-up iCodex est fonde en
juillet 2002.

Quelques annes aprs, l'optique de Pierre Schweitzer reste toujours la mme.
Il ne s'agit pas de transformer le support papier des livres existants, c'est
absurde, crit-il en janvier 2007. Il s'agit plutt d'offrir un support de
lecture efficace aux textes qui n'en ont pas, ceux qui sont accessibles sur le
web. Avec @folio, je reste persuad qu'un support de lecture transportable qui
serait  la fois simple et lger, annotable et effaable,  bas cot,
respectueux de la page et de nos traditions typographiques, pourrait apporter un
supplment de confort apprciable  tous les usagers du texte numrique. Une
ardoise dont on pourrait feuilleter l'hypertexte  main nue, en lieu et place de
l'imprimante...

Quelle est la technologie utilise? Pierre Schweitzer explique en aot 2007: La
technologie d'@folio est trs diffrente de celle des autres "ebooks", actuels
ou passs: elle est inspire du fax et du classeur  onglets. La mmoire flash
est imprime comme Gutenberg imprimait ses livres. Ce mode facsimil ne
ncessite aucun format propritaire, il est directement lisible  l'oeil nu. Le
facsimil est un mode de reprsentation de l'information robuste, prenne,
adaptable  tout type de contenu (de la musique imprime aux formules de
mathmatique ou de chimie) sans aucune adaptation ncessaire. C'est un mode de
reprsentation totalement ouvert et accessible  tous: il supporte l'criture
manuscrite, la calligraphie, les critures non alphabtiques, et le dessin 
main leve, toutes choses qui sont trs difficiles  faire  l'aide d'un seul
outil sur un ordinateur ou un eBook classique. Cette conception technique
nouvelle et trs simplifie permet de recueillir une grande varit de contenus
et surtout, elle permet un prix de vente trs raisonnable (100 euros pour le
modle de base) dans diffrentes combinaisons de formats (tailles d'cran) et de
mmoire (nombre de pages) adaptes aux diffrentes pratiques de lecture.

Outre cette technologie novatrice, quel est l'avantage de la lecture sur @folio
par rapport  la lecture sur ordinateur portable? La simplicit d'usage,
l'autonomie, le poids, le prix. Quoi d'autre? La finesse n'est pas ngligeable
pour pouvoir tre gliss presque n'importe o. Et l'accs immdiat aux documents
- pas de temps d'attente comme quand on "allume" son ordinateur portable:
@folio ne s'allume jamais et ne s'teint pas, la dernire page lue reste
affiche et une simple pression sur le bord de l'cran permet de remonter
instantanment au sommaire du document ou aux onglets de classement.

= Smartphones et successeurs

Au dbut des annes 2000, le choix des gros consommateurs de documents semble se
porter vers l'ordinateur ultra-portable, du fait de ses fonctions multi-tches.
Outre le stockage d'un millier de livres sinon plus, selon le format numrique
choisi, celui-ci permet l'utilisation d'outils bureautiques standard, l'accs au
web, l'coute de fichiers musicaux et le visionnement de vidos ou de films.
Certains sont galement tents par le webpad, un ordinateur-cran sans disque
dur disposant d'une connexion sans fil  l'internet, apparu en 2001. D'autres
optent pour la tablette PC, une tablette informatique pourvue d'un cran
tactile, apparue fin 2002.

Paralllement, le march des assistants personnels (PDA) poursuit sa croissance.
13,2millions d'assistants personnels sont vendus dans le monde en 2001, et 12,1
millions en 2002. En 2002, Palm est toujours le leader du march (36,8% des
machines vendues), suivi par la gamme Pocket PC de Microsoft et les modles de
Hewlett-Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio. Les systmes d'exploitation
utiliss sont essentiellement le Palm OS (pour 55% des machines) et le Pocket PC
(pour 25,7% des machines). En 2004, on note une amlioration des machines, une
plus grande diversit des modles et une baisse des prix chez tous les
fabricants. Les trois principaux fabricants sont Palm, Sony et Hewlett-Packard.
Suivent Handspring, Toshiba, Casio et d'autres. Mais l'assistant personnel est
de plus en plus concurrenc par le smartphone, qui est un tlphone portable
doubl d'un assistant personnel, et les ventes commencent  baisser. En fvrier
2005, Sony dcide de se retirer compltement du march des assistants
personnels.

Le premier smartphone est le Nokia 9210, modle prcurseur lanc en 2001 par la
socit finlandaise Nokia, grand fabricant mondial de tlphones portables.
Apparaissent ensuite le Nokia Series 60, le Sony Ericsson P800, puis les modles
de Motorola et de Siemens. Ces diffrents modles permettent de lire des livres
numriques sur le Mobipocket Reader. Appel aussi tlphone multimdia,
tlphone multifonctions ou encore tlphone intelligent, le smartphone dispose
d'un cran couleur, du son polyphonique et de la fonction appareil photo, qui
viennent s'ajouter aux diverses fonctions de l'assistant personnel: agenda,
dictaphone, lecteur de livres numriques, lecteur de musique, etc. Les
smartphones reprsentent 3,7% des ventes de tlphones portables en 2004 et 9%
des ventes en 2006,  savoir 90millions d'units sur un milliard.

Si les livres numriques ont une longue vie devant eux, les appareils de lecture
risquent de muer rgulirement. Denis Zwirn, prsident de la socit Numilog,
rsume bien la situation en fvrier 2003: L'quipement des individus et des
entreprises en matriel pouvant tre utilis pour la lecture numrique dans une
situation de mobilit va continuer de progresser trs fortement dans les dix
prochaines annes sous la forme de machines de plus en plus performantes (en
terme d'affichage, de mmoire, de fonctionnalits, de lgret...) et de moins
en moins chres. Cela prend ds aujourd'hui la forme de PDA (Pocket PC et Palm
Pilot), de tablettes PC et de smartphones, ou de smart displays (crans tactiles
sans fil). Trois tendances devraient tre observes: la convergence des usages
(tlphone / PDA), la diversification des types et tailles d'appareils (de la
montre-PDA-tlphone  la tablette PC waterproof), la dmocratisation de l'accs
aux machines mobiles (des PDA pour enfants  15 euros). Si les diteurs et les
libraires numriques savent en saisir l'opportunit, cette volution reprsente
un environnement technologique et culturel au sein duquel les livres numriques,
sous des formes varies, peuvent devenir un mode naturel d'accs  la lecture
pour toute une gnration.


10.4. Le papier lectronique


= Souhaits en l'an 2000

Considr par beaucoup comme transitoire, l'appareil de lecture ne serait qu'une
tape vers le papier lectronique. De l'avis d'Alex Andrachmes, explorateur
d'hypertexte,  interview en dcembre 2000, c'est l'arrive du fameux "papier
lectrique" qui changera la donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of
Technology) qui consiste  charger lectriquement une fine couche de "papier" -
dont je ne connais pas la formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de
nouveaux textes, par modification de cette charge lectrique. Un ebook sur
papier, en somme, c'est ce que le monde de l'dition peut attendre de mieux.

Lucie de Boutiny, romancire multimdia, crit pour sa part en juin 2000: Et
voici le changement que j'attends: arrter de considrer les livres
lectroniques comme le stade ultime post-Gutenberg. L'ebook rtro-clair a pour
l'instant la mmoire courte: il peut accueillir par exemple dix livres contenant
essentiellement du texte mais pas une seule oeuvre multimdia riche en son et
images, etc. Donc ce que l'on attend pour commencer: l'cran souple comme une
feuille de papier lgre, transportable, pliable, autonome, rechargeable,
accueillant tout ce que le web propose (du savoir, de l'information, des
crations...) et cela dans un format universel avec une rsolution sonore et
d'image acceptable.

Pierre-Nol Favennec, expert  la direction scientifique de France Tlcom R&D,
explique en fvrier 2001: Si l'invention du livre-papier avait t faite aprs
celle de l'ebook, nous l'aurions tous trouv gniale, Mais un ebook a un avenir
prometteur si on peut tlcharger suffisamment d'ouvrages, si la lecture est
aussi agrable que sur le papier, s'il est lger (comme un livre), s'il est
pliable (comme un journal), s'il n'est pas cher (comme un livre de poche)... En
d'autres mots, l'ebook a un avenir s'il est un livre, si le hard fait croire que
l'on a du papier imprim... Techniquement, c'est possible, aussi j'y crois. Au
niveau technologique, cela exigera encore quelques efforts (chimie,
lectronique, physique...).

Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa et spcialiste des
thories de la lecture, rsume les dveloppements probables. Le livre
lectronique va acclrer cette mutation du papier vers le numrique, surtout
pour les ouvrages techniques, prdit-il ds mai 2001. Mais les dveloppements
les plus importants sont encore  venir. Lorsque le procd de l'encre
lectronique sera commercialis sous la forme d'un codex numrique plastifi
offrant une parfaite lisibilit en lumire rflchie, comparable  celle du
papier - ce qui devrait tre courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait gure de
doute que la part du papier dans nos activits de lecture quotidienne descendra
 une fraction de ce qu'elle tait hier. En effet, ce nouveau support portera 
un sommet l'idal de portabilit qui est  la base mme du concept de livre.

Tout comme le codex avait dplac le rouleau de papyrus, qui avait lui-mme
dplac la tablette d'argile, le codex numrique dplacera le codex papier, mme
si ce dernier continuera  survivre pendant quelques dcennies, grce notamment
au procd d'impression sur demande qui sera bientt accessible dans des
librairies spcialises. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages
susceptibles de permettre l'affichage de millions de livres, de journaux ou de
revues, le codex numrique offrira en effet au lecteur un accs permanent  la
bibliothque universelle. En plus de cette ubiquit et de cette instantanit,
qui rpondent  un rve trs ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de
l'indexabilit totale du texte lectronique, qui permet de faire des recherches
plein texte et de trouver immdiatement le passage qui l'intresse. Enfin, le
codex numrique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothque
et acclrera la mutation d'une culture de la rception vers une culture de
l'expression personnelle et de l'interaction.

= E Ink

Le dveloppement du papier lectronique dbute ds 1997. On peut le dfinir
comme un support souple d'une densit comparable au papier plastifi ou au
transparent. Ce support peut tre utilis indfiniment et le texte chang 
volont au moyen d'une connexion sans fil. Si le concept est rvolutionnaire, le
produit lui-mme est le rsultat d'une fusion entre trois sciences: la chimie,
la physique et l'lectronique. Plusieurs quipes travaillent  des projets
diffrents, le plus connu tant E Ink.

Fonde en avril 1997 par des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts
Institute of Technology), la socit E Ink met au point une technologie d'encre
lectronique. Il s'agit d'une technologie  particules, dites
lectrophortiques. Trs schmatiquement, on peut la dcrire ainsi: prises
entre deux feuilles de plastique souple, des millions de microcapsules
contiennent chacune des particules noires et blanches en suspension dans un
fluide clair. Un champ lectrique positif ou ngatif permet de faire apparatre
le groupe de particules souhait  la surface du support, afin d'afficher, de
modifier ou d'effacer les donnes.

En juillet 2002, E Ink prsente le prototype du premier cran utilisant cette
technologie, un cran de haute rsolution  matrice active dvelopp en
partenariat avec les socits Toppan et Philips. La commercialisation de cet
cran de 6 pouces est effective en avril 2004 pour le Libri de Sony, suivi
ensuite de l'iLiad d'Irex Technologies puis du Sony Reader en dcembre 2006.

Ds ses dbuts, E Ink envisage des livres et journaux lectroniques sur support
souple, notamment ce que la socit appelle provisoirement le RadioPaper, qui
donnera les nouvelles du jour via l'internet sans fil. Un projet qui deviendra
bientt ralit dans les usines de Plastic Logic en Europe et de LG.Philips LCD
en Asie, avec des produits utilisant tous deux la technologie E Ink.

Fonde en 2000, la socit britannique Plastic Logic est spcialise dans le
dveloppement et la production de papier lectronique. Avec un poids infime de
62grammes (un quotidien imprim pse 375 grammes), cet cran souple  matrice
active aura au dpart quatre niveaux de gris. Le fait de plier le support souple
dclenchera le chargement d'une nouvelle page. Le tlchargement des livres et
journaux se fera par connexion WiFi. En janvier 2007, Plastic Logic annonce la
construction de son premier site de production de papier lectronique dans la
rgion de Dresde, en Allemagne, avec dbut de production en 2008. Si l'affichage
des donnes se fera en noir et blanc dans un premier temps, la couleur est
prvue pour 2010 et la vido pour 2012.

La socit corenne LG.Philips LCD travaille quant  elle sur un prototype
d'cran flexible couleur. Un cran souple de 10,1 pouces est d'abord disponible
en noir et blanc en octobre 2005, suivi d'un cran souple de 14,1 pouces en mai
2006 puis d'un cran couleur de mme taille en mai 2007. Le groupe japonais
Epson prsente lui aussi un papier lectronique ultrafin et de haute rsolution
en avril 2007.

En mai 2007, la socit E Ink prsente le successeur de sa technologie E Ink
sous le nom de Vizplex Imaging Film, appel plus simplement Vizplex, une
technologie EPD (electronic paper display) avec un chargement d'image deux fois
plus rapide (740microsecondes au lieu de 1200), une image plus constraste (20%
de plus) et huit niveaux de gris au lieu de quatre. Les premiers modles
utilisant la technologie Vizplex seront produits ds l't 2007 par PrimeView
International (PVI), qui est  ce jour le seul fabricant d'crans EPD  matrice
active. Les futurs crans souples auront une diagonale de 1,9 pouces, 5 pouces,
6 pouces, 8 pouces et 9,7 pouces. Ils quiperont divers appareils: tlphones
mobiles, lecteurs de MP3, accessoires PC, assistants personnels (PDA),
affichettes commerciales, dictionnaires lectroniques, tablettes de lecture et
tablettes PC. La gnration prcdente (technologie E Ink) se limite aux crans
de 6 pouces quipant les tablettes de lecture.

= Autres initiatives

Tout comme l'quipe d'E Ink, des chercheurs du Palo Alto Research Center (PARC),
le centre Xerox de la Silicon Valley, travaillent depuis 1997  la mise au point
d'une technique d'affichage dnomme gyricon. Le procd est un peu diffrent de
celui d'E Ink. Trs schmatiquement, la technologie est la suivante: prises
entre deux feuilles de plastique souple, des millions de micro-alvoles
contiennent des microbilles bicolores en suspension dans un liquide clair.
Chaque bille est pourvue d'une charge lectrique. Cette fois, c'est une
impulsion lectrique extrieure qui permet la rotation des billes, et donc le
changement de couleur, permettant ainsi d'afficher, de modifier ou d'effacer les
donnes. Intitul SmartPaper, le matriau correspondant serait produit en
rouleaux, tout comme le papier traditionnel. La socit Gyricon Media est cre
en dcembre 2000 pour commercialiser cette technologie. Le march pressenti est
d'abord celui de l'affichage commercial, qui utilise le systme SmartSign,
dvelopp en complment du SmartPaper. La vente d'affichettes fonctionnant sur
piles dbute en 2004. Sont prvus ensuite les panneaux de signalisation, puis le
papier lectronique et le journal lectronique. La socit cesse ses activits
en 2005. Les activits de dveloppement  se poursuivent ensuite au sein de
Xerox.

Un autre acteur d'importance est Nemoptic. Cre en 1999 en rgion parisienne
par Alain Boissier et une quipe du CNRS, la socit Nemoptic dveloppe et
produit des crans  cristaux liquides (crans LCD) bistables pour des
applications mobiles destines au grand public et aux professionnels. Comme
indiqu sur le site web, ces crans fins et lgers permettent d'obtenir des
images de haute rsolution trs contrastes et prsentent un confort de lecture
quivalent au papier imprim.  La technologie de rupture BiNem (Bistable
Nematic) de Nemoptic peut s'appliquer  de nombreux produits portables, comme
les livres ducatifs lectroniques, les dictionnaires et journaux lectroniques,
les PC ultra-portables, les tlphones portables, les jouets ainsi que les
tiquettes lectroniques. Les crans de Nemoptic possdent plusieurs avantages:
haute rsolution, consommation d'nergie nulle en tat de veille, rapidit
d'affichage et faible cot. Les crans Nemoptic sont dclinables en version noir
et blanc ou couleurs (jusqu' 32.000).

La comptition risque d'tre rude sur un march qui s'annonce trs prometteur.
Reste  voir quels seront les modles qui seront retenus par l'usager parce que
solides, lgers, conomiques et procurant un vritable confort de lecture,
sans oublier l'aspect esthtique et les possibilits de lecture en 3 D.

On progresse, crit en janvier 2007 Jean-Paul, webmestre du site hypermdia
cotres.net. Les PDA et autres baladeurs multimdia ont form le public 
manipuler des crans tactiles de dimension individuelle (par opposition aux
bornes publiques de circulation et autres tirettes--sous). L'hypermdia est
maintenant une vidence. Il ne reste plus qu' laisser se bousculer les
ingnieurs et les marketteurs pour voir sortir un objet rentable, lger,
attirant, peu fragile, occupant au mieux l'espace qui spare les deux mains d'un
terrien assis dans le bus ou sur sa lunette WC: la surface d'une feuille A4 en
format italien, soit  800x600 pixels. Bien sr, ce que montrera cette surface
ne sera pas en 2 D mais en 3 D. Comme les GPS prochaine gnration, ou les
crans de vise sur le cockpit d'un A-Win.


10.5. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1984: Psion Organiser, vtran des agendas lectroniques.

1986: Premier dictionnaire sur machine de poche, par Franklin.

1996 (mars): Palm Pilot, premier assistant personnel (PDA).

1996 (octobre): Projet @folio, baladeur de textes conu par Pierre Schweitzer.

1997: E Ink dveloppe une technologie de papier lectronique.

1997: Gyricon, technologie de papier lectronique dveloppe par PARC.

1999: Rocket eBook, tablette de lecture conue par Nuvomedia.

1999: Softbook Reader, tablette de lecture conue par Softbook Press.

1999: Nemoptic dveloppe une technologie d'encre lectronique.

2000: Cration de la socit Plastic Logic.

2000 (janvier): Rachat de Nuvomedia et Softbook Press par Gemstar.

2000 (avril): Pocket PC, assistant personnel de Microsoft.

2000 (octobre): Premiers modles du Gemstar eBook.

2000 (octobre): eBookMan, assistant personnel multimdia de Franklin.

2001 (janvier): Cybook, tablette de lecture de Cytale.

2001 (mars): Mobipocket Reader intgr aux modles Palm.

2001 (octobre): Modle europen du Gemstar eBook.

2001 (octobre): Mobipocket Reader intgr  l'eBookMan.

2001: Nokia 9210, premier smartphone du march.

2002 (juillet): Arrt de la commercialisation du Cybook par Cytale.

2003 (juin): Arrt de la commercialisation du Gemstar eBook.

2003: Reprise de la commercialisation du Cybook par Bookeen.

2004 (avril): Libri, tablette de lecture de Sony.

2006 (avril): De Tidj, quotidien en version lectronique nomade.

2006 (octobre): Sony Reader, tablette de lecture de Sony.

2007 (avril): Les Echos, quotidien en version lectronique nomade.

2007 (avril): Projet de la premire usine de papier lectronique de Plastic
Logic.

2007 (mai): Vizplex, nouvelle technologie d'encre lectronique de la socit E
Ink.


11. UNE INFORMATION MULTILINGUE


[11.1. Premiers pas // 11.2. Anglais versus autres langues // 11.3. Langues
minoritaires // 11.4. Traduction // 11.5. Chronologie]

En 1998 et 1999, la ncessit d'un web multilingue occupe tous les esprits. Au
dbut des annes 2000, le web, devenu multilingue, permet une large diffusion
des textes lectroniques sans contrainte de frontires, mais la barrire de la
langue est loin d'avoir disparu. La priorit semble tre la cration de
passerelles entre les communauts linguistiques pour favoriser la circulation
des crits dans d'autres langues, en amliorant notamment les outils de
traduction.


11.1. Premiers pas


A tort ou  raison, on se plaint souvent de l'hgmonie de l'anglais sur
l'internet. Celle-ci tait invitable au dbut, puisque le rseau se dveloppe
d'abord en Amrique du Nord avant de s'tendre au monde entier. En 1997, on note
dj la prsence de nombreuses langues, mais il reste aux diffrentes
communauts linguistiques  poursuivre le travail entrepris. En dcembre 1997,
Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web, dclare  Pierre Ruetschi dans la
Tribune de Genve: Pourquoi les Francophones ne mettent-ils pas davantage
d'informations sur le web? Est-ce qu'ils pensent que personne ne veut la lire,
que la culture franaise n'a rien  offrir? C'est de la folie, l'offre est
videmment norme. C'est chose faite dans les annes qui suivent.

Consultant en marketing internet de produits et services de traduction, Randy
Hobler crit en septembre 1998: Comme l'internet n'a pas de frontires
nationales, les internautes s'organisent selon d'autres critres propres au
mdium. En termes de multilinguisme, vous avez des communauts virtuelles, par
exemple ce que j'appelle les "nations des langues", tous ces internautes qu'on
peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur lieu
gographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement les
internautes d'Espagne et d'Amrique latine, mais aussi tous les Hispanophones
vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc.

En t 2000, les usagers non anglophones dpassent la barre des 50%. Ce
pourcentage continue ensuite d'augmenter, comme le montrent les statistiques de
la socit Global Reach, mises  jour  intervalles rguliers. Le nombre
d'usagers non anglophones est de 52,5% en t 2001, 57% en dcembre 2001, 59,8%
en avril 2002, 64,4% en septembre 2003 (dont 34,9% d'Europens non anglophones
et 29,4% d'Asiatiques) et 64,2% en mars 2004 (dont 37,9% d'Europens non
anglophones et 33% d'Asiatiques).

Bruno Didier, webmestre de la Bibliothque de l'Institut Pasteur, crit en aot
1999: Internet n'est une proprit ni nationale, ni linguistique. C'est un
vecteur de culture, et le premier support de la culture, c'est la langue. Plus
il y a de langues reprsentes dans leur diversit, plus il y aura de cultures
sur internet. Je ne pense pas qu'il faille justement cder  la tentation
systmatique de traduire ses pages dans une langue plus ou moins universelle.
Les changes culturels passent par la volont de se mettre  la porte de celui
vers qui on souhaite aller. Et cet effort passe par l'apprhension de sa langue.
Bien entendu c'est trs utopique comme propos. Concrtement, lorsque je fais de
la veille, je peste ds que je rencontre des sites norvgiens ou brsiliens sans
un minimum d'anglais.

Ds dcembre 1997, le moteur de recherche AltaVista lance Babel Fish
Translation, un logiciel de traduction automatique de l'anglais vers cinq autres
langues (allemand, espagnol, franais, italien, portugais), et vice versa.
Aliment par un dictionnaire multilingue de 2,5 millions de mots, ce service
gratuit est l'oeuvre de Systran, socit pionnire en traitement automatique des
langues. Le texte  traduire doit tre de trois pages maximum. La page originale
et la traduction apparaissent en vis--vis  l'cran. La traduction tant
entirement automatise, elle est videmment approximative. Si cet outil a ses
limites, il a le mrite d'exister et il prfigure ceux de demain, dvelopps
entre autres par Systran, Alis Technologies, Globalink et Lernout & Hauspie.

Communiquer dans plusieurs langues implique d'avoir des systmes de codage
adapts  nos alphabets ou idogrammes respectifs.

Le premier systme de codage informatique est l'ASCII (American standard code
for information interchange). Publi par l'American National Standards Institute
(ANSI) en 1968, avec actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard
de 128caractres traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit par
1000001, B est traduit par 1000010, etc.). Les 128 caractres comprennent 33
caractres de contrle (qui ne reprsentent donc pas de symbole crit) et 95
caractres imprimables: les 26 lettres sans accent en majuscules (A-Z) et
minuscules (a-z), les chiffres, les signes de ponctuation et quelques symboles,
le tout correspondant aux touches du clavier anglais ou amricain.

L'ASCII permet uniquement la lecture de l'anglais et du latin. Il ne permet pas
de prendre en compte les lettres accentues prsentes dans bon nombre de langues
europennes, et  plus forte raison les systmes non alphabtiques (chinois,
japonais, coren, etc.). Ceci ne pose pas de problme majeur les premires
annes, tant que l'change de fichiers lectroniques se limite essentiellement 
l'Amrique du Nord. Mais le multilinguisme devient bientt une ncessit vitale.
Des variantes de l'ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les
caractres accentus de quelques langues europennes. La variante pour le
franais est dfinie par la norme ISO 8859-1 (Latin-1). Mais le passage de
l'ASCII original  ses diffrentes extensions devient vite un vritable
casse-tte, y compris au sein de l'Union europenne, les problmes tant entre
autres la multiplication des variantes, la corruption des donnes dans les
tapes transitoires ou encore l'incompatibilit des systmes, les pages ne
pouvant tre affiches que dans une seule langue  la fois.

Avec le dveloppement du web, l'change des donnes s'internationalise de plus
en plus. On ne peut plus se limiter  l'utilisation de l'anglais et de quelques
langues europennes, traduites par un systme d'encodage datant des annes 1960.

Publi pour la premire fois en janvier 1991, l'Unicode est un systme de codage
universel sur 16 bits spcifiant un nombre unique pour chaque caractre. Ce
nombre est lisible quels que soient la plateforme, le logiciel et la langue
utiliss. L'Unicode peut traiter 65.000 caractres uniques et prendre en compte
tous les systmes d'criture de la plante. A la grande satisfaction des
linguistes, il remplace progressivement l'ASCII. L'Unicode dispose de plusieurs
variantes en fonction des besoins, par exemple UTF-8, UTF-16 et UTF-32 (UTF:
Unicode transformation format). Il devient une composante des spcifications du
W3C (World Wide Web Consortium), l'organisme international charg du
dveloppement du web.

L'utilisation de l'Unicode se gnralise en 1998, par exemple pour les fichiers
texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows 2000, Windows XP et versions
suivantes), qui taient jusque-l en ASCII. Mais l'Unicode ne peut rsoudre tous
les problmes, comme le souligne en juin 2000 Luc Dall'Armellina, co-auteur et
webmestre d'oVosite, un espace d'critures multimdias: Les systmes
d'exploitation se dotent peu  peu des kits de langues et bientt peut-tre de
polices de caractres Unicode  mme de reprsenter toutes les langues du monde;
reste que chaque application, du traitement de texte au navigateur web, embote
ce pas. Les difficults sont immenses: notre clavier avec ses  250 touches
avoue ses manques ds lors qu'il faille saisir des Katakana ou Hiragana
japonais, pire encore avec la langue chinoise. La grande varit des systmes
d'critures de par le monde et le nombre de leurs signes font barrage. Mais les
cueils culturels ne sont pas moins importants, lis aux codes et modalits de
reprsentation propres  chaque culture ou ethnie.

Que prconise Olivier Gainon, crateur de CyLibris et pionnier de l'dition
littraire en ligne? Premire tape: le respect des particularismes au niveau
technique, explique-t-il en dcembre 2000. Il faut que le rseau respecte les
lettres accentues, les lettres spcifiques, etc. Je crois trs important que
les futurs protocoles permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce
qui n'est pas forcment simple (dans les futures volutions de l'HTML, ou des
protocoles IP, etc.). Donc, il faut que chacun puisse se sentir  l'aise avec
l'internet et que ce ne soit pas simplement rserv  des (plus ou moins)
anglophones. Il est anormal aujourd'hui que la transmission d'accents puisse
poser problme dans les courriers lectroniques. La premire dmarche me semble
donc une dmarche technique. Si on arrive  faire cela, le reste en dcoule: la
reprsentation des langues se fera en fonction du nombre de connects, et il
faudra envisager  terme des moteurs de recherche multilingues.


11.2. Anglais versus autres langues


Aprs avoir t anglophone  pratiquement 100%, l'internet est encore anglophone
 plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s'explique par trois facteurs: a)la
cration d'un grand nombre de sites web manant des Etats-Unis, du Canada et du
Royaume-Uni; b)une proportion d'usagers particulirement forte en Amrique du
Nord par rapport au reste du monde; c)l'anglais en tant que principale langue
d'change internationale.

L'anglais reste en effet prpondrant et ceci n'est pas prs de disparatre.
Comme indiqu en janvier 1999 par Marcel Grangier, responsable de la section
franaise des services linguistiques centraux de l'Administration fdrale
suisse, cette suprmatie n'est pas un mal en soi, dans la mesure o elle
rsulte de ralits essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus
de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n'est pas de "lutter contre
l'anglais" et encore moins de s'en tenir  des jrmiades, mais de multiplier
les sites en d'autres langues. Notons qu'en qualit de service de traduction,
nous prconisons galement le multilinguisme des sites eux-mmes. La
multiplication des langues prsentes sur internet est invitable, et ne peut que
bnficier aux changes multiculturels.

Professeur en technologies de la communication  la Webster University de
Genve, Henri Slettenhaar insiste lui aussi sur la ncessit de sites bilingues,
dans la langue originale et en anglais. Les communauts locales prsentes sur
le web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour diffuser des
informations, crit-il en dcembre 1998. Si elles veulent galement prsenter
ces informations  la communaut mondiale, celles-ci doivent tre aussi
disponibles en anglais. Je pense qu'il existe un rel besoin de sites bilingues.
(...) Mais je suis enchant qu'il existe maintenant tant de documents
disponibles dans leur langue originale. Je prfre de beaucoup lire l'original
avec difficult plutt qu'une traduction mdiocre. En aot 1999, il ajoute: A
mon avis, il existe deux types de recherches sur le web. La premire est la
recherche globale dans le domaine des affaires et de l'information. Pour cela,
la langue est d'abord l'anglais, avec des versions locales si ncessaire. La
seconde, ce sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les
plus reculs. Si l'information est  destination d'une ethnie ou d'un groupe
linguistique, elle doit d'abord tre dans la langue de l'ethnie ou du groupe,
avec peut-tre un rsum en anglais.

Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique, dnonce pour sa part la
main-mise anglophone sur le rseau. Tout ce qui peut contribuer  la diversit
linguistique, sur internet comme ailleurs, est indispensable  la survie de la
libert de penser, explique-t-il en mars 2001. Je n'exagre absolument pas:
l'homme moderne joue l sa survie. Cela dit, je suis trs pessimiste devant
cette volution. Les Anglo-saxons vous crivent en anglais sans vergogne.
L'immense majorit des Franais constate avec une indiffrence totale le
remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et
des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hgmonie
linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons que de
servir ces riches et puissants matres. La seule solution consisterait 
recourir  des lgislations internationales assez contraignantes pour obliger
les gouvernements nationaux  respecter et  faire respecter la langue nationale
dans leur propre pays (le franais en France, le roumain en Roumanie, etc.),
cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rvons
pas...

Guy Antoine, fondateur du site Windows on Haiti, explique en novembre 1999:
Pour des raisons pratiques, l'anglais continuera  dominer le web. Je ne pense
pas que ce soit une mauvaise chose, en dpit des sentiments rgionalistes qui
s'y opposent, parce que nous avons besoin d'une langue commune permettant de
favoriser les communications  l'chelon international. Ceci dit, je ne partage
pas l'ide pessimiste selon laquelle les autres langues n'ont plus qu' se
soumettre  la langue dominante. Au contraire. Tout d'abord l'internet peut
hberger des informations utiles sur les langues minoritaires, qui seraient
autrement amenes  disparatre sans laisser de trace. De plus,  mon avis,
l'internet incite les gens  apprendre les langues associes aux cultures qui
les intressent. Ces personnes ralisent rapidement que la langue d'un peuple
est un lment fondamental de sa culture. De ce fait, je n'ai pas grande
confiance dans les outils de traduction automatique qui, s'ils traduisent les
mots et les expressions, ne peuvent gure traduire l'me d'un peuple. Que sont
les Hatiens, par exemple, sans le kreyl (crole pour les non initis), une
langue qui s'est dveloppe et qui a permis de souder entre elles diverses
tribus africaines transplantes  Hati pendant la priode de l'esclavage? Cette
langue reprsente de manire la plus palpable l'unit de notre peuple. Elle est
toutefois principalement une langue parle et non crite. A mon avis, le web va
changer cet tat de fait plus qu'aucun autre moyen traditionnel de diffusion
d'une langue. Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on
y trouve tout aussi bien un forum de discussion anim conduit en kreyl. Il
existe aussi des documents sur Hati en franais et dans l'ancien crole
colonial, et je suis prt  publier d'autres documents en espagnol et dans
diverses langues. Je ne propose pas de traductions, mais le multilinguisme est
effectif sur ce site, et je pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur
le web.

Tt ou tard, le pourcentage des langues sur le rseau correspondra-t-il  leur
rpartition sur la plante? Rien n'est moins sr  l'heure de la fracture
numrique entre riches et pauvres, entre zones rurales et zones urbaines, entre
rgions favorises et rgions dfavorises, entre l'hmisphre nord et
l'hmisphre sud, entre pays dvelopps et pays en dveloppement. Selon Zina
Tucsnak, ingnieur d'tudes au Laboratoire ATILF (Analyse et traitement
informatique de la langue franaise), interviewe en octobre 2000, le meilleur
moyen serait l'application d'une loi par laquelle on va attribuer un "quota" 
chaque langue. Mais n'est-ce pas une utopie de demander l'application d'une
telle loi dans une socit de consommation comme la ntre? A la mme date,
Emmanuel Barthe, documentaliste juridique, exprime un avis contraire: Des
signes rcents laissent penser qu'il suffit de laisser les langues telles
qu'elles sont actuellement sur le web. En effet, les langues autres que
l'anglais se dveloppent avec l'accroissement du nombre de sites web nationaux
s'adressant spcifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers
internet. Il suffit de regarder l'accroissement du nombre de langues disponibles
dans les interfaces des moteurs de recherche gnralistes.

Bakayoko Bourahima, bibliothcaire  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, crit en juillet 2000: Pour
nous les Africains francophones, le diktat de l'anglais sur la toile reprsente
pour la masse un double handicap d'accs aux ressources du rseau. Il y a
d'abord le problme de l'alphabtisation qui est loin d'tre rsolu et que
l'internet va poser avec beaucoup plus d'acuit, ensuite se pose le problme de
la matrise d'une seconde langue trangre et son adquation  l'environnement
culturel. En somme,  dfaut de multilinguisme, l'internet va nous imposer une
seconde colonisation linguistique avec toutes les contraintes que cela suppose.
Ce qui n'est pas rien quand on sait que nos systmes ducatifs ont dj beaucoup
de mal  optimiser leurs performances, en raison, selon certains spcialistes,
des contraintes de l'utilisation du franais comme langue de formation de base.
Il est donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires pour
les formations de base, pour "dsenclaver" l'cole en Afrique et l'impliquer au
mieux dans la valorisation des ressources humaines. Comment faire? Je pense
qu'il n'y a pas de chance pour nous de faire prvaloir une quelconque exception
culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout  fait grgaire. Il faut
donc que les diffrents blocs linguistiques s'investissent beaucoup plus dans la
promotion de leur accs  la toile, sans oublier leurs diffrentes spcificits
internes.

Richard Chotin, professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de Lille,
rappelle  juste titre que la suprmatie de l'anglais a succd  celle du
franais. Le problme est politique et idologique: c'est celui de
l'"imprialisme" de la langue anglaise dcoulant de l'imprialisme amricain,
explique-t-il en septembre 2000. Il suffit d'ailleurs de se souvenir de
l'"imprialisme" du franais aux 18e et 19e sicles pour comprendre la
dficience en langues des tudiants franais: quand on n'a pas besoin de faire
des efforts pour se faire comprendre, on n'en fait pas, ce sont les autres qui
les font.


11.3. Langues minoritaires


De plus, cet imprialisme linguistique, politique et idologique n'est-il pas
universel, malheureusement? La France elle aussi n'est pas sans exercer
pression pour imposer la suprmatie de la langue franaise sur d'autres langues,
comme en tmoigne Guy Antoine, crateur du site Windows on Haiti, qui crit en
juin 2001: J'ai fait de la promotion du kreyl (crole hatien) une cause
personnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous les
Hatiens, malgr l'attitude ddaigneuse d'une petite lite hatienne - 
l'influence disproportionne - vis--vis de l'adoption de normes pour l'criture
du kreyl et le soutien de la publication de livres et d'informations
officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il y avait rcemment dans la
capitale d'Hati un Salon du livre de deux semaines,  qui on avait donn le nom
de "Livres en folie". Sur les 500 livres d'auteurs hatiens qui taient
prsents lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyl, ceci dans le
cadre de la campagne insistante que mne la France pour clbrer la Francophonie
dans ses anciennes colonies. A Hati cela se passe relativement bien, mais au
dtriment direct de la Crolophonie.

En rponse  l'attitude de cette minorit hatienne, j'ai cr sur mon site web
Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyl. Le premier
forum regroupe des discussions gnrales sur toutes sortes de sujets, mais en
fait ces discussions concernent principalement les problmes socio-politiques
qui agitent Hati. Le deuxime forum est uniquement rserv aux dbats sur les
normes d'criture du kreyl. Ces dbats sont assez anims, et un certain nombre
d'experts linguistiques y participent. Le caractre exceptionnel de ces forums
est qu'ils ne sont pas acadmiques. Je n'ai trouv nulle part ailleurs sur
l'internet un change aussi spontan et aussi libre entre des experts et le
grand public pour dbattre dans une langue donne des attributs et des normes de
la mme langue.

En septembre 2000, Guy Antoine rejoint l'quipe dirigeante de Mason Integrated
Technologies, dont l'objectif est de crer des outils permettant l'accessibilit
des documents publis dans des langues dites minoritaires. Etant donn
l'exprience de l'quipe en la matire, nous travaillons d'abord sur le crole
hatien (kreyl), qui est la seule langue nationale d'Hati, et l'une des deux
langues officielles, l'autre tant le franais. Cette langue ne peut gure tre
considre comme une langue minoritaire dans les Carabes puisqu'elle est parle
par huit  dix millions de personnes.

Autre exprience, celle de Caoimhn  Donnale, professeur d'informatique 
l'Institut Sabhal Mr Ostaig, situ sur l'le de Skye, en Ecosse. Il dispense
ses cours en galique cossais. Il est aussi le webmestre du site de l'institut,
qui est bilingue anglais-galique et se trouve tre la principale source
d'information mondiale sur le galique cossais. Sur ce site, il tient  jour
European Minority Languages, une liste de langues minoritaires elle aussi
bilingue, avec classement par ordre alphabtique de langues et par famille
linguistique. Interview en mai 2001, il raconte: Nos tudiants utilisent un
correcteur d'orthographe en galique et une base terminologique en ligne en
galique. (...) Il est maintenant possible d'couter la radio en galique
(cossais et irlandais) en continu sur l'internet partout dans le monde. Une
ralisation particulirement importante a t la traduction en galique du
logiciel de navigation Opera. C'est la premire fois qu'un logiciel de cette
taille est disponible en galique. En janvier 2007, le galique irlandais est
ajout aux langues officielles de la Communaut europenne, en plus du roumain
et du bulgare, les deux langues des pays entrants. Le nombre de langues
officielles passe de 20  23 langues. Pour mmoire, ce nombre tait pass de 12
 20 langues lors de l'largissement de l'Union europenne en mai 2004.

Robert Beard co-fonde en 1999 yourDictionary.com en tant que portail de
rfrence pour toutes les langues sans exception, avec une section importante
consacre aux langues menaces (Endangered Language Repository). Les langues
menaces sont essentiellement des langues non crites, crit-il en janvier 2000.
Un tiers seulement des quelque 6.000 langues existant dans le monde sont  la
fois crites et parles. Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer  la
perte de l'identit des langues et j'ai mme le sentiment que,  long terme, il
va renforcer cette identit. Par exemple, de plus en plus d'Indiens d'Amrique
contactent des linguistes pour leur demander d'crire la grammaire de leur
langue et de les aider  laborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un
instrument  la fois accessible et trs prcieux d'expression culturelle.
Caoimhn  Donnale indique pour sa part en mai 2001: En ce qui concerne
l'avenir des langues menaces, l'internet acclre les choses dans les deux
sens. Si les gens ne se soucient pas de prserver les langues, l'internet et la
mondialisation qui l'accompagne acclreront considrablement la disparition de
ces langues. Si les gens se soucient vraiment de les prserver, l'internet
constituera une aide irremplaable.


11.4. Traduction


L'internet tant une source d'information  vocation mondiale, il semble
indispensable de favoriser les activits de traduction. Auteur des Chroniques de
Cybrie, une chronique hebdomadaire des actualits du rseau, Jean-Pierre
Cloutier dplore en aot 1999 qu'il se fasse trs peu de traductions des textes
et essais importants qui sont publis sur le web, tant de l'anglais vers
d'autres langues que l'inverse. (...) La nouveaut d'internet dans les rgions
o il se dploie prsentement y suscite des rflexions qu'il nous serait utile
de lire.  quand la traduction des penseurs hispanophones et autres de la
communication? Professeur d'espagnol en entreprise et traductrice, Maria
Victoria Marinetti crit  la mme date: Il est trs important de pouvoir
communiquer en diffrentes langues. Je dirais mme que c'est obligatoire, car
l'information donne sur le net est  destination du monde entier, alors
pourquoi ne l'aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans la langue que
nous souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les
langues, ce serait contradictoire, pas vrai?

Il va sans dire que la traduction automatique n'offre pas la qualit de travail
des professionnels de la traduction, et qu'il est prfrable de faire appel 
ces derniers lorsqu'on a le temps et l'argent ncessaires. Les logiciels de
traduction sont toutefois trs pratiques pour fournir un rsultat immdiat et 
moindres frais, sinon gratuit. Certains logiciels sont en accs libre sur
l'internet et permettent de traduire en quelques secondes une page web ou un
texte court, avec plusieurs combinaisons de langues possibles.

Le but d'un logiciel de traduction est d'analyser le texte dans la langue source
(texte  traduire) et de gnrer automatiquement le texte correspondant dans la
langue cible (texte traduit), en utilisant des rgles prcises pour le transfert
de la structure grammaticale. Comme l'explique l'EAMT (European Association for
Machine Translation) sur son site, il existe aujourd'hui un certain nombre de
systmes produisant un rsultat qui, s'il n'est pas parfait, est de qualit
suffisante pour tre utile dans certaines applications spcifiques, en gnral
dans le domaine de la documentation technique. De plus, les logiciels de
traduction, qui sont essentiellement destins  aider le traducteur humain 
produire des traductions, jouissent d'une popularit croissante auprs des
organismes professionnels de traduction.

En 1998, un historique de la traduction automatique est prsent sur le site de
Globalink, socit spcialise dans les produits et services de traduction. Le
site a depuis disparu, Globalink ayant t rachet en 1999 par Lernout &
Hauspie, lui-mme rachet en 2002 par ScanSoft. Voici cet historique rsum en
deux paragraphes.

La traduction automatique et le traitement de la langue naturelle font leur
apparition  la fin des annes 1930, et progressent ensuite de pair avec
l'volution de l'informatique quantitative. Pendant la deuxime guerre mondiale,
le dveloppement des premiers ordinateurs programmables bnficie des progrs de
la cryptographie et des efforts faits pour tenter de fissurer les codes secrets
allemands et autres codes de guerre. Le secteur mergent des technologies de
l'information continue ensuite de s'intresser de prs  la traduction et 
l'analyse du texte en langue naturelle. Dans les annes 1950, la recherche porte
sur la traduction littrale,  savoir la traduction mot  mot sans prise en
compte des rgles linguistiques. Le projet russe dbut en 1950  l'Universit
de Georgetown reprsente la premire tentative systmatique visant  crer un
systme de traduction automatique utilisable. Tout au long des annes 1950 et au
dbut des annes 1960, des recherches sont galement menes en Europe et aux
Etats-Unis. En 1965, les progrs rapides en linguistique thorique culminent
avec la publication d'Aspects de la thorie syntaxique de Noam Chomsky, qui
propose de nouvelles dfinitions pour la phonologie, la morphologie, la syntaxe
et la smantique du langage humain. En 1966, un rapport officiel amricain donne
une estimation prmaturment ngative des systmes de traduction automatique,
mettant fin au financement et  l'exprimentation dans ce domaine pour la
dcennie suivante.

Il faut attendre la fin des annes 1970 pour que des expriences srieuses
soient  nouveau entreprises, paralllement aux progrs de l'informatique et des
technologies des langues. Cette priode voit le dveloppement de systmes de
transfert d'une langue  l'autre et le lancement des premires tentatives
commerciales. Des socits comme Systran et Metal sont persuades de la
viabilit et de l'utilit d'un tel march. Elles mettent sur pied des produits
et services de traduction automatique relis  un serveur central. Mais les
problmes restent nombreux, par exemple des cots levs de dveloppement, un
norme travail lexicographique, la difficult de proposer de nouvelles
combinaisons de langues, l'inaccessibilit de tels systmes pour l'utilisateur
moyen, et enfin la difficult de passer  de nouveaux stades de dveloppement.

En 1999 et 2000, la gnralisation de l'internet et les dbuts du commerce
lectronique entranent la naissance d'un vritable march. Trois socits -
Systran, Softissimo et Lernout & Hauspie - lancent des produits  destination du
grand public, des professionnels et des industriels. Systran dveloppe un
logiciel de traduction utilis notamment par le moteur de recherche AltaVista.
Softissimo commercialise la srie de logiciels de traduction Reverso,  ct de
produits d'criture multilingue, de dictionnaires lectroniques et de mthodes
de langues. Reverso quipe par exemple Voil, le moteur de recherche de France
Tlcom. Lernout & Hauspie (rachet depuis par ScanSoft) propose des produits et
services en dicte, traduction, compression vocale, synthse vocale et
documentation industrielle.

En mars 2001, IBM se lance  son tour dans un march en pleine expansion avec un
produit professionnel haut de gamme, le WebSphere Translation Server. Ce
logiciel traduit instantanment en plusieurs langues (allemand, anglais,
chinois, coren, espagnol, franais, italien, japonais) les pages web, les
courriels et les dialogues en direct (chats). Il interprte 500 mots  la
seconde et permet l'ajout de vocabulaires spcifiques.

En juin 2001, les socits Logos et Y.A. Champollion s'associent pour crer
Champollion Wordfast, une socit de services d'ingnierie en traduction et
localisation et en gestion de contenu multilingue. Wordfast est un logiciel de
traduction avec terminologie disponible en temps rel et contrle typographique.
Il est compatible avec le WebSphere Translation Server d'IBM, les logiciels de
TMX et ceux de Trados. Une version simplifie de Wordfast est tlchargeable
gratuitement, avec un manuel d'utilisation disponible en 16 langues.

Des organismes publics participent eux aussi  la R&D (recherche et
dveloppement) en traduction automatique. Suivent trois exemples parmi d'autres.

Rattach  l'USC/ISI (University of Southern California / Information Sciences
Institute), le Natural Language Group traite de plusieurs aspects du traitement
de la langue naturelle: traduction automatique, rsum automatique de texte,
gestion multilingue des verbes, dveloppement de taxinomies de concepts
(ontologies), gnration de texte, laboration de gros lexiques multilingues,
communication multimdia.

Au sein du laboratoire CLIPS (Communication langagire et interaction
personne-systme) de l'Institut d'informatique et mathmatiques appliques
(IMAG) de Grenoble, le GETA (Groupe d'tude pour la traduction automatique) est
une quipe pluridisciplinaire forme d'informaticiens et de linguistes. Ses
thmes de recherche concernent tous les aspects thoriques, mthodologiques et
pratiques de la traduction assiste par ordinateur (TAO), et plus gnralement
de l'informatique multilingue.

Le GETA participe entre autres  l'laboration de l'UNL (universal networking
language), un mtalangage numrique destin  l'encodage, au stockage,  la
recherche et  la communication d'informations multilingues indpendamment d'une
langue source donne. Ce mtalangage est dvelopp par l'UNL Program, un
programme international rassemblant de nombreux partenaires dans toutes les
communauts linguistiques. Cr dans le cadre de l'UNU/IAS (United Nations
University / Institute of Advanced Studies), ce programme se poursuit dsormais
sous l'gide de l'UNDL Foundation (UNDL: universal networking digital language).

Comme le souligne en fvrier 2001 Pierre-Nol Favennec, expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D, les recherches sur la traduction
automatique devraient permettre une traduction automatique dans les langues
souhaites, mais avec des applications pour toutes les langues et non les seules
dominantes (ex.: diffusion de documents en japonais, si l'metteur est de langue
japonaise, et lecture en breton, si le rcepteur est de langue bretonne...). Il
y a donc beaucoup de travaux  faire dans le domaine de la traduction
automatique et crite de toutes les langues.


11.5. Chronologie


* Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit.

1963: ASCII (American standard code for information interchange).

1991 (janvier): Fondation de l'Unicode Consortium.

1997: Outils professionnels de Logos en accs libre.

1999: yourDictionary.com, cofond par Robert Beard.

2001 (mars): WebSphere Translation Server, lanc par IBM.

2001 (juin): Wordfast, logiciel de traduction de Logos et Champollion.


12. DE NOMBREUX DEFIS


[12.1. L'internet, espace de libert // 12.2. Domaine public versus copyright //
12.3. La convergence multimdia // 12.4. La relation information-utilisateur //
12.5. Ecriture et dition en ligne // 12.6. Numrique versus imprim]

L'internet pose une foule de questions et il faudra des annes pour organiser
des rponses, imaginer des solutions, crit en janvier 2001 Pierre Schweitzer,
inventeur du projet @folio, une tablette numrique de lecture nomade. L'tat
d'excitation et les soubresauts autour de la dite "nouvelle" conomie sont sans
importance, c'est l'poque qui est passionnante.


12.1. L'internet, espace de libert


Apparu en 1974, l'internet se dveloppe  partir de 1983 et prend son essor avec
l'avnement du web en 1990 et l'apparition du premier navigateur en 1993.
Quelque trente ans aprs les dbuts de l'internet, ses trois pouvoirs -
l'ubiquit, la varit et l'interactivit - rendent son potentiel d'usages quasi
infini, lit-on dans le quotidien Le Monde du 19 aot 2005. Nous sommes un
milliard  utiliser l'internet  la fin 2006.

Mais comment dfinir l'internet autrement que par ses composantes techniques?
Sur le site de l'Internet Society (ISOC), organisme international coordonnant le
dveloppement du rseau, A Brief History of the Internet propose une triple
dfinition. L'internet est: a)un instrument de diffusion internationale, b)un
mcanisme de diffusion de l'information, c)un moyen de collaboration et
d'interaction entre les individus et les ordinateurs, indpendamment de leur
situation gographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (tlgraphe, tlphone,
radio, ordinateur), l'internet rvolutionne de fond en comble le monde des
communications. Il reprsente l'un des exemples les plus russis d'interaction
entre un investissement soutenu dans la recherche et le dveloppement d'une
infrastructure de l'information, dans le cadre d'un rel partenariat entre les
gouvernements, les entreprises et les universits.

Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), organisme international de
normalisation du web, Bruce Sterling dcrit le dveloppement spectaculaire de
l'internet dans Short History of the Internet. L'internet se dveloppe plus vite
que les tlphones cellulaires et les tlcopieurs. En 1996, sa croissance est
de 20% par mois. Le nombre de machines ayant une connexion directe TCP/IP
(transmission control protocol / internet protocol) a doubl depuis 1988.
D'abord prsent dans l'arme et dans les instituts de recherche, l'internet
dferle dans les coles, les universits et les bibliothques, et il est
galement pris d'assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s'intresse aux raisons pour lesquelles on se connecte 
l'internet. Une raison majeure lui semble tre la libert. L'internet est un
exemple d'anarchie relle, moderne et fonctionnelle. Il n'y a pas de socit
rgissant l'internet. Il n'y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons,
de comits de direction ou d'actionnaires. Toute personne peut parler d'gale 
gale avec une autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des
protocoles qui ne sont pas sociaux ni politiques mais strictement techniques.
Malgr tous les efforts des dinosaures politiques et commerciaux, il est
difficile  quelque organisme que ce soit de mettre la main sur l'internet.
C'est ce qui fait sa force.

On y voit aussi une relle solidarit. Christiane Jadelot, ingnieur d'tudes 
l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue franaise), relate en juin
1998: J'ai commenc  utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un
logiciel qui s'appelait Mosaic. J'ai alors dcouvert un outil prcieux pour
progresser dans ses connaissances en informatique et linguistique,
littrature... Tous les domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur,
mais en consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai
surtout apprci les logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de
connexion  distance. J'avais  cette poque des problmes avec un logiciel qui
s'appelait Paradox et des polices de caractres inadaptes  ce que je voulais
faire. J'ai tent ma chance et pos la question dans un groupe de News
appropri. J'ai reu des rponses du monde entier, comme si chacun tait
soucieux de trouver une solution  mon problme!

Quelles sont les relations entre l'internet et les autres mdias? En janvier
1998, lors d'un entretien avec Annick Rivoire, journaliste du quotidien
Libration, Pierre Lvy, philosophe, explique que l'internet va contribuer  la
fin des monopoles: Le rseau dsenclave, donne plus de chance aux petits. On
crie "ah! le monopole de Microsoft", mais on oublie de dire que l'internet sonne
la fin du monopole de la presse, de la radio et de la tlvision et de tous les
intermdiaires. D'aprs lui, l'internet ouve la voie  une intelligence
collective: Les rseaux permettent de mettre en commun nos mmoires, nos
comptences, nos imaginations, nos projets, nos ides, et de faire en sorte que
toutes les diffrences, les singularits se relancent les unes les autres,
entrent en complmentarit, en synergie.

D'aprs Timothy Leary, philosophe adepte du cyberespace ds ses dbuts, le 21e
sicle verrait l'mergence d'un nouvel humanisme, dont les ides-force seraient
la contestation de l'autorit, la libert de pense et la crativit
personnelle, le tout soutenu et encourag par la vulgarisation de l'ordinateur
et des technologies de la communication. Dans son livre Chaos et cyberculture
(ditions du Lzard, 1998), il crit: Jamais l'individu n'a eu  sa porte un
tel pouvoir. Mais,  l'ge de l'information, il faut saisir les signaux.
Populariser signifie "rendre accessible au peuple". Aujourd'hui, le rle du
philosophe est de personnaliser, de populariser et d'humaniser les concepts
informatiques, de faon  ce que personne ne se sente exclu.

L'internet vient au secours de la libert d'expression. Il permet de lire en
ligne des titres difficiles ou impossibles  trouver en kiosque. Il permet aussi
aux journaux interdits d'tre publis malgr tout. C'est le cas de
l'hebdomadaire algrien La Nation, contraint de cesser ses activits en dcembre
1996 parce qu'il dnonce les violations des droits humains en Algrie. Un an
aprs, un numro spcial de La Nation est disponible sur le site de Reporters
sans frontires (RSF). En mettant La Nation en ligne, notre but tait de dire:
cela n'a plus de sens de censurer les journaux en Algrie, parce que grce 
internet les gens peuvent rcuprer les articles, les imprimer, et les
distribuer autour d'eux, indique Malti Djallan,  l'origine de cette
initiative.

En dcembre 1997, le journal lectronique Nouvelles du bled est lanc dans la
mme optique  Paris par Mohamed Zaoui, journaliste algrien en exil, et
Christian Debraisne, infographiste franais responsable de la mise en page.
L'quipe regroupe une douzaine de personnes qui se retrouvent le jeudi soir dans
un caf du 11e arrondissement. La revue de presse est  faite  partir des
journaux d'Alger. Dans Le Monde du 23 mars 1998, Mohamed Zaoui explique: La
rdaction d'El Watan (quotidien algrien, ndlr), par exemple, nous envoie des
papiers qu'elle ne peut pas publier l-bas. C'est une faon de djouer la
censure. J'avais envie d'tre utile et j'ai pens que mon rle en tant que
journaliste tait de saisir l'opportunit d'internet pour faire entendre une
autre voix entre le gouvernement algrien et les intgristes. Christian
Debraisne ajoute: Avec internet, nous avons trouv un espace de libre
expression et, en prime, pas de problme d'imprimerie ni de distribution. Je
rcupre tous les papiers et je les mets en ligne la nuit  partir de chez moi.
Nouvelles du bled parat jusqu'en octobre 1998. Quant  El Watan, il est en
ligne depuis octobre 1997. Redha Belkhat, son rdacteur en chef, explique: Pour
la diaspora algrienne, trouver dans un kiosque  Londres, New York ou Ottawa un
numro d'El Watan dat de moins d'une semaine relve de l'exploit. Maintenant,
le journal tombe ici  6heures du matin, et  midi il est sur internet.

Outil de communication, l'internet est une passerelle au-dessus du gouffre
sparant riches et pauvres, ceux qui ont du travail et ceux qui n'en ont pas,
ceux qui ont leur place dans la socit et ceux qui en sont exclus. Un encart de
la revue Psychologies de mai 1998 relate: Aux Etats-Unis, un mouvement voit le
jour: la confiance en soi... par internet! Des milliers de sans-abri ont recours
au rseau pour retrouver une place dans la socit. Non seulement le net fournit
une adresse  qui n'en a pas et te les inhibitions de qui redoute d'tre jug
sur son apparence, mais c'est aussi une source d'informations et de contacts
incomparable. Bibliothques et associations d'aide au quart-monde l'ont bien
compris: des salles informatiques, avec accs  internet, animes par des
formateurs, sont ouvertes un peu partout et les mairies en publient la liste. A
travers le e-mail (courrier lectronique), les homeless (sans-abri) obtiennent
les adresses des lieux d'accueil, des banques alimentaires et des centres de
soins gratuits, ainsi qu'une plthore de sites pour trouver un emploi. A 50 ans,
Matthew B. a pass le quart de sa vie dans la rue et survit, depuis trois ans,
d'une maigre subvention. Il hante la bibliothque de San Francisco, les yeux
rivs sur l'cran des ordinateurs. "C'est la premire fois, dit-il, que j'ai le
sentiment d'appartenir  une communaut. Il est moins intimidant d'tre sur
internet que de rencontrer les gens face  face."


12.2. Domaine public versus copyright


Si le dbat relatif au droit d'auteur sur l'internet est vif dans les annes
2000, Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique, ramne ce dbat
aux vrais problmes. Le dbat sur le droit d'auteur sur le web me semble assez
proche sur le fond de ce qu'il est dans les autres domaines o le droit d'auteur
s'exerce, ou devrait s'exercer, crit-il en mars 2001. Le producteur est en
position de force par rapport  l'auteur dans pratiquement tous les cas de
figure. Les pirates, voire la simple diffusion libre, ne menacent vraiment
directement que les producteurs. Les auteurs ne sont menacs que par ricochet.
Il est possible que l'on puisse lgifrer sur la question, au moins en France o
les corporations se revendiquant de l'exception culturelle sont actives et
rsistent encore un peu aux Amricains, mais le mal est plus profond. En effet,
en France comme ailleurs, les auteurs taient toujours les derniers et les plus
mal pays avant l'apparition d'internet, on constate qu'ils continuent d'tre
les derniers et les plus mal pays depuis. Il me semble ncessaire que l'on
rgle d'abord la question du respect des droits d'auteur en amont d'internet.
Dj dans le cadre gnral de l'dition ou du spectacle vivant, les socits
d'auteurs - SACD (Socit des auteurs et compositeurs dramatiques), SGDL
(Socit des gens de lettres), SACEM (Socit des auteurs, compositeurs et
diteurs de musique), etc. - faillissent ds lors que l'on sort de la routine ou
du vedettariat, ou ds que les producteurs abusent de leur position de force, ou
tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui est trs frquent.

Des auteurs et crateurs souhaitent respecter la vocation premire du web,
rseau de diffusion  l'chelon mondial. De ce fait, les adeptes de contrats
flexibles  -  copyleft, GPL (general public license) et Creative Commons - sont
de plus en plus nombreux.

L'ide du copyleft est lance en 1984 par Richard Stallman, programmeur et
dfenseur inlassable du logiciel libre au sein de la Free Software Foundation
(FSF). Conu  l'origine pour les logiciels, le copyleft est formalis par la
GPL (general public license) et tendu ensuite  toute oeuvre de cration. Il
contient la dclaration normale du copyright affirmant le droit d'auteur. Son
originalit est de donner au lecteur le droit de librement redistribuer le
document et de le modifier. Le lecteur s'engage toutefois  ne revendiquer ni le
travail original, ni les changements effectus par d'autres personnes. De plus,
tous les travaux drivs de l'oeuvre originale sont eux-mmes soumis au
copyleft.

Lance en 2004 par Lawrence Lessig, professeur de droit en Californie, la
licence Creative Commons a pour but de favoriser la diffusion d'oeuvres
numriques tout en protgeant le droit d'auteur. L'organisme du mme nom propose
des licences-type, qui sont des contrats flexibles de droit d'auteur compatibles
avec une diffusion sur l'internet. Simplement rdiges, ces autorisations non
exclusives permettent aux titulaires des droits d'autoriser le public  utiliser
leurs crations tout en ayant la possibilit de restreindre les exploitations
commerciales et les oeuvres drives. L'auteur peut par exemple choisir
d'autoriser ou non la reproduction et la rediffusion de ses oeuvres. Ces
contrats peuvent tre utiliss pour tout type de cration: texte, film, photo,
musique, site web, etc. Finalise en fvrier 2007, la version 3.0 de la Creative
Commons instaure une licence internationale et la compatibilit avec d'autres
licences similaires, dont le copyleft et la GPL.

Chose inquitante  l'heure d'une socit dite de l'information, le domaine
public se rduit comme peau de chagrin. A une poque qui n'est pas si lointaine,
50% des oeuvres appartenaient au domaine public, et pouvaient donc tre
librement utilises par tous. D'ici 2100, 99% des oeuvres seraient rgies par le
droit d'auteur, avec un maigre 1% laiss au domaine public. Un problme pineux
pour tous ceux qui grent des bibliothques numriques, et qui affecte aussi
bien le Projet Gutenberg que Google Livres.

Si le Projet Gutenberg s'est donn pour mission de diffuser gratuitement par
voie lectronique le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public, sa
tche n'est gure facilite par les coups de boutoir ports au domaine public.
Michael Hart, son fondateur, se penche sur la question depuis quelque trente
ans, avec l'aide d'un groupe d'avocats spcialiss dans le droit d'auteur.
Raison pour laquelle on expose ici ses rflexions, pour montrer combien le
domaine public s'est dgrad au fil des sicles, et particulirement au 20e
sicle.

Dans la section Copyright HowTo, le Projet Gutenberg dtaille les calculs 
faire pour dterminer si un titre publi aux Etats-Unis appartient ou non au
domaine public. Les oeuvres publies avant 1923 sont soumises au droit d'auteur
pendant 75 ans  partir de leur date de publication (elles sont donc maintenant
du domaine public). Les oeuvres publies entre 1923 et 1977 sont soumises au
droit d'auteur pendant 95 ans  partir de leur date de publication (rien ne
tombera dans le domaine public avant 2019). Une oeuvre publie en 1998 et les
annes suivantes est soumise au droit d'auteur pendant 70ans  partir de la
date du dcs de l'auteur s'il s'agit d'un auteur personnel (rien dans le
domaine public avant 2049), ou alors pendant 95 ans  partir de la date de
publication - ou 120 ans  partir de la date de cration - s'il s'agit d'un
auteur collectif (rien dans le domaine public avant 2074). Tout ceci dans les
grandes lignes. D'autres rgles viennent s'ajouter  ces rgles de base, et la
loi sur le copyright est retouche 11 fois au cours des 40 dernires annes.

Nettement plus contraignante que la prcdente, la lgislation actuelle est
entrine par le Congrs le 27 octobre 1998 pour contrer le formidable vhicule
de diffusion qu'est l'internet. Au fil des sicles, chaque avance technique est
accompagne d'un durcissement du copyright, qui semble tre la rponse des
diteurs  un accs plus facile au savoir, et la peur affrente de perdre des
royalties. Le copyright a t augment de 20 ans, explique Michael Hart en
juillet 1999. Auparavant on devait attendre 75 ans, on est maintenant pass  95
ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une extension de 28 ans si on
la demandait avant l'expiration du dlai) et, avant cela, le copyright durait 14
ans (plus une extension de 14 ans si on la demandait avant l'expiration du
dlai). Comme on le voit, on assiste  une dgradation rgulire et constante du
domaine public.

Les dates voques sont les suivantes:

(a) 1790 est la date de la main-mise de la Guilde des imprimeurs (les diteurs
de l'poque en Angleterre) sur les auteurs, qui entrane la naissance du
copyright. Le 1790 Copyright Act institue un copyright de 14 ans aprs la date
de publication de l'oeuvre, plus une extension de 28 ans si celle-ci est
demande avant l'expiration du dlai. Les oeuvres pouvant tre lgalement
imprimes passent subitement de 6.000  600, et neuf titres sur dix
disparaissent des librairies. Quelque 335 ans aprs les dbuts de l'imprimerie,
cense ouvrir les portes du savoir  tous, le monde du livre est dsormais
contrl par les diteurs et non plus par les auteurs. Cette nouvelle
lgislation est galement effective aux Etats-Unis et en France.

(b) 1831 est la date d'un premier renforcement du copyright pour contrer la
rdition de vastes collections du domaine public sur les nouvelles presses 
vapeur. Le 1831 Copyright Act institue un copyright de 28 ans aprs la date de
publication de l'oeuvre, plus une extension de 14 ans si celle-ci est demande
avant l'expiration du dlai,  savoir un total de 42 ans.

(c) 1909 est la date d'un deuxime renforcement du copyright pour contrer une
rdition des collections du domaine public sur les nouvelles presses
lectriques. Le 1909 Copyright Act double la priode de l'extension, qui passe 
28 ans, le tout reprsentant un total de 56 ans.

(d) 1976 est la date d'un nouveau durcissement du copyright suite l'apparition
de la photocopieuse lance par Xerox. Le 1976 Copyright Act institue un
copyright de 50 ans aprs le dcs de l'auteur. De ce fait, tout copyright en
cours avant le 19 septembre 1962 n'expire pas avant le 31 dcembre 1976.

(e) 1998 est la date d'un durcissement supplmentaire du copyright suite au
dveloppement rapide des technologies numriques et aux centaines de milliers
d'oeuvres dsormais disponibles sur CD et DVD et sur le web, gratuitement ou 
un prix trs bas. Le 1998 Copyright Act allonge la dure du copyright qui est
dsormais de 70ans aprs le dcs de l'auteur, pour protger l'empire Disney
(raison pour laquelle on parle souvent de Mickey Mouse Copyright Act) et nombre
de multinationales culturelles.

Pour ne prendre qu'un exemple, le classique mondial Autant en emporte le vent
(Gone With the Wind), publi en 1939, aurait d tomber dans le domaine public au
bout de 56ans, en 1995, conformment  la lgislation de l'poque, librant
ainsi les droits pour les adaptations en tous genres. Suite aux lgislations de
1976 et 1998, ce classique ne devrait dsormais tomber dans le domaine public
qu'en 2035.

La lgislation de 1998 porte un coup trs rude aux bibliothques numriques, en
plein essor avec le dveloppement du web, et scandalisent ceux qui les grent, 
commencer par Michael Hart et John Mark Ockerbloom, crateur de l'Online Books
Page en 1993. Nombre de titres doivent tre retirs des collections. Mais
comment faire le poids vis--vis des majors de l'dition?

Michael Hart raconte en juillet 1999: J'ai t le principal opposant aux
extensions du copyright, mais Hollywood et les grands diteurs ont fait en sorte
que le Congrs ne mentionne pas mon action en public. Les dbats actuels sont
totalement irralistes. Ils sont mens par "l'aristocratie terrienne de l'ge de
l'information" et servent uniquement ses intrts. Un ge de l'information? Et
pour qui?

John Mark Ockerbloom crit en aot 1999: Il est important que les internautes
comprennent que le copyright est un contrat social conu pour le bien public -
incluant  la fois les auteurs et les lecteurs. Ceci signifie que les auteurs
devraient avoir le droit d'utiliser de manire exclusive et pour un temps limit
les oeuvres qu'ils ont cres, comme ceci est spcifi dans la loi actuelle sur
le copyright. Mais ceci signifie galement que leurs lecteurs ont le droit de
copier et de rutiliser ce travail autant qu'ils le veulent  l'expiration de ce
copyright. Aux Etats-Unis, on voit maintenant diverses tentatives visant 
retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les rgles relatives 
l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la dure du copyright (y compris
avec certaines propositions visant  le rendre permanent) et en tendant la
proprit intellectuelle  des travaux distincts des oeuvres de cration (comme
on en trouve dans les propositions de copyright pour les bases de donnes). Il
existe mme des propositions visant  entirement remplacer la loi sur le
copyright par une loi instituant un contrat beaucoup plus lourd. Je trouve
beaucoup plus difficile de soutenir la requte de Jack Valenti, directeur de la
MPAA (Motion Picture Association of America), qui demande d'arrter de copier
les films sous copyright, quand je sais que, si ceci tait accept, aucun film
n'entrerait jamais dans le domaine public (Mary Bono a fait mention des vues de
Jack Valenti au Congrs l'anne dernire). Si on voit les socits de mdias
tenter de bloquer tout ce qu'elles peuvent, je ne trouve pas surprenant que
certains usagers ragissent en mettant en ligne tout ce qu'ils peuvent.
Malheureusement, cette attitude est  son tour contraire aux droits lgitimes
des auteurs. Comment rsoudre cela pratiquement? Ceux qui ont des enjeux dans ce
dbat doivent faire face  la ralit, et reconnatre que les producteurs
d'oeuvres et leurs usagers ont tous deux des intrts lgitimes dans
l'utilisation de celles-ci. Si la proprit intellectuelle tait ngocie au
moyen d'un quilibre des principes plutt que par le jeu du pouvoir et de
l'argent que nous voyons souvent, il serait peut-tre possible d'arriver  un
compromis raisonnable.

En effet. Les instances politiques ne cessent de parler d'ge de l'information
alors que, en parallle, elles durcissent la rglementation relative  la mise 
disposition de cette information. La contradiction est flagrante. Le copyright
est pass d'une dure de 30 ans en moyenne en 1909  une dure de 95 ans en
moyenne en 1998, explique Michael Hart sur son blog. En 89 ans, de 1909  1998,
le copyright a subi une extension de 65 ans qui affecte les trois quarts de la
production du 20e sicle. Seul un livre publi avant 1923 peut tre considr
avec certitude comme du domaine public. Un durcissement similaire touche les
pays de l'Union europenne. La rgle gnrale est dsormais un copyright de 70
ans aprs le dcs de l'auteur, alors qu'il tait auparavant de 50 ans. Ceci
suite aux pressions exerces par les diteurs de contenu, sous le prtexte
d'harmoniser les lois nationales relatives au copyright pour rpondre  la
mondialisation du march.

A ceci s'ajoute la lgislation sur le copyright des ditions numriques en
application des traits internationaux de l'OMPI (Organisation mondiale de la
proprit intellectuelle) signs en 1996 dans l'optique du contrle de la
gestion des droits numriques. Le Digital Millenium Copyright Act (DMCA) est
entrin en octobre 1998 aux Etats-Unis. La directive EUCD (European Union
Copyright Directive) est entrine en mai 2001 par la Communaut europenne. En
franais, cette directive s'intitule trs prcisment Directive 2001/29/EC du
Parlement europen et du Conseil sur l'harmonisation de certains aspects du
droit d'auteur et des droits voisins dans la socit de l'information. Elle
fait suite  la directive de fvrier 1993 (Directive 93/98/EEC) qui visait 
harmoniser les lgislations des diffrents pays en matire de protection du
droit d'auteur. La directive EUCD entre peu  peu en vigueur dans tous les pays
de l'Union europenne, avec mise en place de lgislations nationales, le but
officiel tant de renforcer le respect du droit d'auteur sur l'internet et de
contrer ainsi le piratage. En France, par exemple, la loi DADVSI (droit d'auteur
et droits voisins dans la socit de l'information) est promulgue en aot 2006,
et n'est pas sans susciter de nombreux remous.

Mais revenons aux bibliothques numriques. Pour viter les poursuites
judiciaires, le Projet Gutenberg se lance rgulirement dans des recherches
pouvant durer des annes pour dterminer si tel ou tel livre est du domaine
public ou non. A ce jour, il peut s'enorgueillir d'un rsultat exact  99,9%
pour l'ensemble de ses collections, ce qui signifie que 20 livres seulement sur
les 20.000 livres que comptent les collections (chiffres de dcembre 2006)
pourraient poser problme. Sur le site du Project Gutenberg Consortia Center
(PGCC), Michael Hart raconte que la version originale en tchque de Universal
Robots de Rossum lui a demand des annes de recherches dans le monde entier
pour avoir l'assurance que cette version tait du domaine public aux Etats-Unis.
Quant au discours I Have a Dream de Martin Luther King, tomb pendant un temps
court dans le domaine public, il a d tre retir des collections suite au
passage d'une lgislation plus contraignante sur le copyright.

Une lueur d'espoir existe toutefois pour les livres parus aprs 1923. D'aprs
Greg Newby, directeur de la Project Gutenberg Literary Archive Foundation
(PGLAF), un million de livres publis aux Etats-Unis entre 1923 et 1963
appartiendrait en fait au domaine public, puisque seuls 10% des copyrights sont
effectivement renouvels - avec renouvellement demand entre 1950 et 1993. Les
livres dont le copyright n'a pas t renouvel peuvent donc lgalement intgrer
les collections du Projet Gutenberg. Pourquoi la priode 1923-1963? Parce que
les livres parus avant le 1er janvier 1923 sont du domaine public et que les
livres parus  compter du 1er janvier 1964 ont vu leur copyright automatiquement
renouvel suite  l'adoption du 1976 Copyright Act.

Pour un titre donn, comment savoir si le copyright a t renouvel ou non? Pour
les livres aux copyrights renouvels en 1978 et aprs, on dispose de la base de
donnes en ligne du US Copyright Office. Pour les livres aux copyrights
renouvels entre 1950 et 1977, on ne disposait que des publications imprimes
bisannuelles (deux fois par an) du mme Copyright Office. En 2004, ces listes
sont numrises par Distributed Proofreaders et mises en ligne sur le site du
Projet Gutenberg. Si un livre publi entre 1923 et 1963 ne figure sur aucune de
ces listes, cela signifie que son copyright n'a pas t renouvel, qu'il est
tomb dans le domaine public et qu'on peut donc le traiter. En avril 2007,
l'Universit de Stanford (Californie) convertit les listes numrises du Projet
Gutenberg en base de donnes (Copyright Renewal Database), avec recherche
possible par titre, auteur, date du copyright et date de renouvellement du
copyright.


12.3. La convergence multimdia


Depuis plus de trente ans, la chane de l'dition est soumise  de nombreux
bouleversements. Dans les annes 1970, l'imprimerie traditionnelle est d'abord
branle par l'apparition des machines de photocomposition. Le cot de
l'impression continue ensuite de baisser avec les procds d'impression assiste
par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le matriel
d'impression numrique. Dans les annes 1990, l'impression est souvent assure 
bas prix par des ateliers de PAO (publication assiste par ordinateur). Tout
contenu est dsormais systmatiquement numris pour permettre son transfert par
voie lectronique.

La numrisation permet de crer, d'enregistrer, de combiner, de stocker, de
rechercher et de transmettre  des textes, des sons et des images par des moyens
simples et rapides. Des procds similaires permettent le traitement de
l'criture, de la musique et du cinma alors que, par le pass, ce traitement
tait assur par des procds diffrents sur des supports diffrents (papier
pour l'criture, bande magntique pour la musique, cellulod pour le cinma). De
plus, des secteurs distincts comme l'dition (qui produit des livres) et
l'industrie musicale (qui produit des disques) travaillent de concert pour
produire des CD-Rom.

La numrisation acclre considrablement le processus matriel de production.
Dans la presse, alors qu'auparavant le personnel de production devait
dactylographier les textes du personnel de rdaction, les journalistes envoient
dsormais directement leurs textes pour mise en page. Dans l'dition, le
rdacteur, le concepteur artistique et l'infographiste travaillent souvent
simultanment sur le mme ouvrage. On assiste progressivement  la convergence
de tous les secteurs lis  l'information: imprimerie, dition, presse,
conception graphique, enregistrements sonores, films, radiodiffusion, etc.

La convergence multimdia peut tre dfinie comme la convergence de
l'informatique, du tlphone, de la radio et de la tlvision dans une industrie
de la communication et de la distribution utilisant les mmes inforoutes. Si
certains secteurs voient l'apparition de nouveaux emplois, par exemple ceux lis
 la production audio-visuelle, d'autres secteurs sont soumis  d'inquitantes
restructurations. La convergence multimdia a d'autres revers,  savoir des
contrats occasionnels et prcaires pour les salaris, l'absence de syndicats
pour les tltravailleurs, le droit d'auteur souvent mis  mal pour les auteurs,
etc. Et,  l'exception du droit d'auteur, vu l'enjeu financier qu'il reprsente,
il est rare que ces problmes fassent la Une des journaux.

La convergence multimdia amne-t-elle des emplois nouveaux, comme l'assurent
les employeurs, ou bien est-elle source de chmage, comme l'affirment les
syndicats? Ce sujet est dbattu ds 1997 lors du Colloque sur la convergence
multimdia organis par le Bureau international du travail (BIT)  Genve.

Si elle acclre le processus de production, l'automatisation des mthodes de
travail entrane une diminution de l'intervention humaine et donc un
accroissement du chmage. Dans la presse comme dans l'dition, la mise en page
automatique permet de combiner rdaction et composition. Dans les services
publicitaires aussi, la conception graphique et les tches commerciales sont
maintenant intgres. L'informatique permet  certains professionnels de
s'installer  leur compte, une solution choisie par 30% des salaris ayant perdu
leur emploi.

Professeur associ d'tudes sociales  l'Universit d'Utrecht (Pays-Bas), Peter
Leisink prcise que la rdaction des textes et la correction d'preuves se font
dsormais  domicile, le plus souvent par des travailleurs ayant pris le statut
d'indpendants  la suite de licenciements, dlocalisations ou fusions
d'entreprises. Or cette forme d'emploi tient plus du travail prcaire que du
travail indpendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont
gnralement tributaires d'une seule maison d'dition.

A part quelques cas particuliers mis en avant par les organisations
d'employeurs, la convergence multimdia entrane des suppressions massives
d'emplois. Selon Michel Muller, secrtaire gnral de la FILPAC (Fdration des
industries du livre, du papier et de la communication), les industries
graphiques franaises perdent 20.000 emplois en dix ans. Entre 1987 et 1996, les
effectifs passent de de 110.000  90.000 salaris. Les entreprises doivent
mettre sur pied des plans sociaux coteux pour favoriser le reclassement des
personnes licencies, en crant des emplois souvent artificiels, alors qu'il
aurait t prfrable de financer des tudes fiables sur la manire d'quilibrer
crations et suppressions d'emplois quand il tait encore temps.

Partout dans le monde, de nombreux postes  faible qualification technique sont
remplacs par des postes exigeant des qualifications techniques leves. Les
personnes peu qualifies sont licencies. D'autres suivent une formation
professionnelle complmentaire, parfois auto-finance et prise sur leur temps
libre, et cette formation professionnelle ne garantit pas pour autant le
remploi.

Directeur de AT&T, gant des tlcommunications aux Etats-Unis, Walter Durling
insiste sur le fait que les nouvelles technologies ne changeront pas
fondamentalement la situation des salaris au sein de l'entreprise. L'invention
du film n'a pas tu le thtre et celle de la tlvision n'a pas fait
disparatre le cinma. Les entreprises devraient crer des emplois lis aux
nouvelles technologies et les proposer  ceux qui sont obligs de quitter
d'autres postes devenus obsoltes. Des arguments bien thoriques alors que le
problme est plutt celui du pourcentage. Combien de crations de postes pour
combien de licenciements?

De leur ct, les syndicats prconisent la cration d'emplois par
l'investissement, l'innovation, la formation professionnelle aux nouvelles
technologies, la reconversion des travailleurs dont les emplois sont supprims,
des conditions quitables pour les contrats et les conventions collectives, la
dfense du droit d'auteur, une meilleure protection des travailleurs dans le
secteur artistique et enfin la dfense des tltravailleurs en tant que
travailleurs  part entire.

Malgr tous les efforts des syndicats, la situation deviendra-elle aussi
dramatique que celle dcrite dans une note du rapport de ce colloque, demandant
si les individus seront forcs de lutter pour survivre dans une jungle
lectronique avec les mcanismes de survie qui ont t mis au point au cours des
prcdentes dcennies?

A ceci s'ajoutent la sous-traitance et la dlocalisation. Pour la numrisation
de catalogues par exemple, certaines bibliothques font appel  des socits
employant un personnel temporaire avec de bas salaires et la rapidit pour seul
critre, quand les fichiers papier ne sont pas tout simplement envoys en Asie
et les informations saisies par des oprateurs ne connaissant pas la langue et
faisant l'impasse sur les accents. Certains catalogues sont ensuite passs au
crible et vrifis sinon corrigs, d'autres non.

La distinction traditionnelle entre maison d'dition, diteur de presse,
librairie, bibliothque, etc., sera-t-elle encore de mise dans quelques annes?
Le dveloppement de l'dition lectronique amne des changements substantiels
dans les relations entre les auteurs, les diteurs et les lecteurs. Les
catgories professionnelles forges au fil des sicles - diteurs, journalistes,
bibliothcaires, etc. - s'adapteront-elles  la convergence multimdia, comme
c'est le cas avec les premiers cyberditeurs, cyberjournalistes, cyberthcaires,
etc., ou bien toutes ces activits seront-elles progressivement restructures
pour donner naissance  de nouveaux mtiers?

L'internet offre aussi de rels avantages en matire d'emploi, notamment la
possibilit de chercher du travail en ligne et de recruter du personnel par le
mme biais. Changer d'emploi devient plus facile, tout comme le tltravail.
Cratrice du site littraire Zazieweb, Isabelle Aveline raconte en juin 1998:
Grce  internet les choses sont plus souples, on peut trs facilement passer
d'une socit  une autre (la concurrence!), le tltravail pointe le bout de
son nez (en France c'est encore un peu tabou...), il n'y a plus forcment de
grande sparation entre espace pro et personnel.

Claire Le Parco, de la socit Webnet, qui gre le site Posie franaise,
prcise  la mme date: En matire de recrutement, internet a chang
radicalement notre faon de travailler, puisque nous passons maintenant toutes
nos offres d'emploi (gratuitement) dans le newsgroup "emploi". Nous utilisons un
intranet pour changer nombre d'informations internes  l'entreprise:
formulaires de gestion courante, archivage des documents mis, suivi des
dplacements, etc. La demande des entreprises est trs forte, et je crois que
nous avons de beaux jours devant nous!

Rdacteur et webmestre du Biblio On Line, un portail destin aux bibliothques,
Jean-Baptiste Rey relate en juin 1998: Personnellement internet a compltement
modifi ma vie professionnelle puisque je suis devenu webmestre de site internet
et responsable du secteur nouvelles technologies d'une entreprise informatique
parisienne (Quick Soft Ingnierie, ndlr). Il semble que l'essor d'internet en
France commence (enfin) et que les demandes tant en matire d'informations, de
formations que de ralisations soient en grande augmentation.

Fabrice Lhomme, webmestre d'Une Autre Terre, site consacr  la science-fiction,
raconte  la mme date: Une Autre Terre est un serveur personnel hberg
gratuitement par la socit dans laquelle je travaille. Je l'ai cr uniquement
par passion pour la SF et non dans un but professionnel mme si son audience
peut laisser envisager des dbouchs dans ce sens. Par contre internet a bel et
bien chang ma vie professionnelle. Aprs une exprience de responsable de
service informatique, j'ai connu le chmage et j'ai eu plusieurs expriences
dans le commercial. Le poste le plus proche de mon domaine d'activit que j'ai
pu trouver tait vendeur en micro-informatique en grande surface. Je dois
prciser quand mme que je suis attach  ma rgion (la Bretagne, ndlr) et que
je refusais de m'"expatrier". Jusqu'au jour donc o j'ai trouv le poste que
j'occupe depuis deux ans. S'il n'y avait pas eu internet, je travaillerais
peut-tre encore en grande surface. Actuellement, l'essentiel de mon activit
tourne autour d'internet (ralisation de serveurs web, intranet/extranet,...)
mais ne se limite pas  cela. Je suis technicien informatique au sens large du
terme puisque je m'occupe aussi de maintenance, d'installation de matriel, de
rseaux, d'audits, de formations, de programmation... (...) J'ai trouv dans
internet un domaine de travail trs attrayant et j'espre fortement continuer
dans ce segment de march. La socit dans laquelle je travaille est une petite
socit en cours de dveloppement. Pour l'instant je suis seul  la technique
(ce qui explique mes nombreuses casquettes) mais nous devrions  moyen terme
embaucher d'autres personnes qui seront sous ma responsabilit.

Des professionnels du livre dcident de rejoindre des socits informatiques ou
alors de se spcialiser au sein de la structure dans laquelle ils travaillent,
en devenant par exemple les webmestres de leur librairie, de leur maison
d'dition ou de leur bibliothque. Malgr cela, de nombreux postes disparaissent
avec l'introduction des nouvelles technologies. Ces salaris peuvent-ils
vraiment tous se recycler grce  des formations professionnelles adaptes?

A ceci s'ajoutent les contrats prcaires et les salaires au rabais. Pour ne
prendre que l'exemple le plus connu, en 2000, cinq ans aprs son lancement, la
librairie en ligne Amazon ne fait plus seulement la Une pour son modle
conomique mais aussi pour les conditions de travail de son personnel. Malgr la
discrtion d'Amazon sur le sujet et les courriers internes adresss aux salaris
sur l'inutilit des syndicats au sein de l'entreprise, les problmes commencent
 filtrer. Ils attirent l'attention de l'organisation internationale Prewitt
Organizing Fund et du syndicat franais SUD PTT Loire Atlantique (SUD signifiant
: solidaires unitaires dmocratiques, et PTT signifiant: poste, tlgraphe et
tlphone). En novembre 2000,  ces deux organisations dbutent une action de
sensibilisation commune auprs du personnel d'Amazon France pour les inciter 
demander de meilleures conditions de travail et des salaires plus levs. Des
reprsentants des deux organisations rencontrent une cinquantaine de salaris du
centre de distribution de Boigny-sur-Bionne, situ dans la banlieue d'Orlans,
au sud de Paris. Dans le communiqu qui suit cette rencontre, SUD PTT dnonce
chez Amazon France des conditions de travail dgrades, la flexibilit des
horaires, le recours aux contrats prcaires dans les priodes de flux, des
salaires au rabais, et des garanties sociales minimales. Le Prewitt Organizing
Fund mne ensuite une action similaire dans les deux autres filiales europennes
d'Amazon, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Les problmes auxquels la nouvelle conomie est confronte dans les annes 2000
n'arrangent rien. On assiste  l'effondrement des valeurs internet en bourse.
Les recettes publicitaires sont moins importantes que prvu, alors qu'elles
reprsentent souvent la principale source de revenus. Dans tous les secteurs, y
compris l'industrie du livre, le ralentissement de l'conomie entrane la
fermeture d'entreprises ou bien le licenciement d'une partie de leur personnel.
C'est le cas par exemple de Britannica.com en 2000, d'Amazon.com et BOL.fr en
2001, de Cytale, Vivendi et Bertelsmann en 2002, et enfin de Gemstar et 00h00 en
2003.

En novembre 2000, la socit Britannica.com, qui gre la version web de
l'Encyclopdia Britannica, annonce sa restructuration dans l'optique d'une
meilleure rentabilit. 25% du personnel est licenci, soit 75 personnes.
L'quipe de la version imprime n'est pas affecte.

En janvier 2001, la librairie Amazon.com, qui emploie 1800 personnes en Europe,
annonce une rduction de 15% de ses effectifs et la restructuration du service
clientle europen, qui tait bas  La Haye (Pays-Bas). Les 240 personnes
qu'emploie ce service sont transfres dans les centres de Slough (Royaume-Uni)
et Regensberg (Allemagne). Aux Etats-Unis, dans la maison-mre, suite  un
quatrime trimestre 2000 dficitaire, les effectifs sont eux aussi rduits de
15%, ce qui entrane 1300 licenciements.

En juillet 2001, aprs deux ans d'activit, la librairie en ligne franaise
BOL.fr ferme dfinitivement ses portes. Cre par deux gants des mdias,
l'allemand Bertelsmann et le franais Vivendi, BOL.fr faisait partie du rseau
de librairies BOL.com (BOL: Bertelsmann on line).

En avril 2002, la socit franaise Cytale, qui avait lanc en janvier 2001 le
Cybook, une tablette lectronique de lecture, doit se dclarer en cessation de
paiement, suite  des ventes trs infrieures aux pronostics. L'administrateur
ne parvenant pas  trouver un repreneur, Cytale est mis en liquidation
judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activits.

En juillet 2002, la dmission force de Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi
Universal, une multinationale base  Paris et  New York, marque l'arrt des
activits fortement dficitaires de Vivendi lies  l'internet et au multimdia,
et la restructuration de la socit vers des activits plus traditionnelles.

En aot 2002, la multinationale allemande Bertelsmann dcide de mettre un frein
 ses activits internet et multimdias afin de rduire son endettement.
Bertelsmann se recentre lui aussi sur le dveloppement de ses activits
traditionnelles, notamment sa maison d'dition Random House et l'oprateur
europen de tlvision RTL.

En juin 2003, Gemstar, une socit amricaine spcialise dans les produits et
services numriques pour les mdias, dcide de cesser son activit eBook, 
savoir la vente de  ses tablettes de lecture Gemstar eBook, puis celle des
livres numriques le mois suivant. Cette cessation d'activit sonne galement le
glas de 00h00, pionnier de l'dition en ligne commerciale, fond  Paris en mai
1998 et rachet par Gemstar en septembre 2000.

Toutefois, pendant la mme priode, les ventes d'assistants personnels (PDA)
sont en forte progression, tout comme le nombre de livres numriques disponibles
pour PDA. Un beau dmenti au scepticisme de certains professionnels du livre qui
jugent leur cran beaucoup trop petit et voient mal l'activit noble qu'est la
lecture voisiner avec l'utilisation d'un agenda, d'un dictaphone ou d'un lecteur
de MP3.


12.4. La relation information-utilisateur


L'internet offre un nouvel outil (relativement) conomique abolissant les
frontires. Une encyclopdie multilingue est dsormais disponible  un prix
dfiant toute concurrence, une fois l'ordinateur pay. Le courriel, les forums,
les chats et les blogs favorisent l'aide mutuelle et le dbat d'ides.

Dans The World Wide Web: A Very Short Personal History, Tim Berners-Lee,
inventeur du web, crit en avril 1998: Le rve derrire le web est un espace
d'information commun dans lequel nous communiquons en partageant l'information.
Son universalit est essentielle,  savoir le fait qu'un lien hypertexte puisse
pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global,
aussi bien une bauche qu'une ralisation trs sophistique.

Un auteur peut dsormais faire connatre ses oeuvres en crant un site web, sans
attendre de trouver un diteur ou en se passant tout simplement d'diteur, et il
peut facilement changer avec ses lecteurs. Nombreux sont les crivains,
journalistes, bibliothcaires, enseignants, etc. qui participent 
l'enrichissement d'une toile littraire, artistique et scientifique. La presse
en ligne est bien assise  ct des journaux et magazines imprims. Les
libraires en ligne peuvent vendre des livres trangers ou bien vendre 
l'tranger des livres publis dans leur pays. Les lecteurs ont  leur
disposition des extraits ou parfois mme le texte intgral des nouveauts,
qu'ils peuvent feuilleter tout  loisir  l'cran. Outre les diteurs
traditionnels utilisant le web comme vitrine, on voit apparatre les diteurs
lectroniques, qui utilisent l'internet pour la dcouverte des oeuvres, leur
publication, leur promotion et leur diffusion. Les diteurs universitaires et
spcialiss peuvent largement diffuser leurs publications lectroniques sans
passer par des publications imprimes devenues trop coteuses sinon inutiles.
Les bibliothques traditionnelles disposent elles aussi d'une vitrine pour faire
connatre leurs collections. Les bibliothques numriques se dveloppent
rapidement. Grce  elles, on dispose du texte intgral de dizaines de milliers
d'oeuvres du domaine public. A ceci s'ajoutent les collections d'images, de
musique, de vidos et de films.

Outre ce changement radical dans la relation information-utilisateur, on assiste
 une transformation radicale de la nature mme de l'information. En 1974,
Vinton Cerf co-invente avec Bob Kahn le protocole TCP/IP,  la base de tout
change de donnes sur le rseau. Sur le site de l'Internet Society (ISOC),
qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le dveloppement de l'internet, il explique:
Le rseau fait deux choses (...): comme les livres, il permet d'accumuler de la
connaissance. Mais, surtout, il la prsente sous une forme qui la met en
relation avec d'autres informations. Alors que, dans un livre, l'information est
maintenue isole. De plus, l'information contenue dans les livres reste la
mme, au moins pendant une priode donne, alors que l'internet privilgie
l'information la plus rcente qui, elle, est en constante mutation.

Il s'ensuit un changement dans la manire d'enseigner. Ds septembre 1996, dans
Creativity and the Computer Education Industry, une communication de la 14e
confrence mondiale de l'International Federation of Information Processing
(IFIP), Dale Spender, professeur  l'Universit de Queensland (Australie), tente
d'analyser ce changement. Voici son argumentation rsume en deux paragraphes.

Depuis plus de cinq sicles, l'enseignement est essentiellement bas sur
l'information procure par les livres. Or les habitudes lies  l'imprim ne
peuvent tre transfres dans l'univers numrique. L'enseignement en ligne offre
des possibilits tellement nouvelles qu'il n'est gure possible d'effectuer les
distinctions traditionnelles entre enseignant et enseign. Le passage de la
culture imprime  la culture numrique exige donc d'entirement repenser le
processus d'acquisition du savoir, puisqu'on a maintenant l'opportunit sans
prcdent de pouvoir influer sur le type d'enseignement qu'on souhaite recevoir.

Dans la culture imprime, l'information contenue dans les livres reste la mme
un certain temps, ce qui encourage  penser que l'information est stable. La
nature mme de l'imprim est lie  la notion de vrit, stable elle aussi.
Cette stabilit et l'ordre qu'elle engendre sont un des fondements de l'ge
industriel et de l're des sciences et techniques. Les notions de vrit, de
loi, d'objectivit et de preuve sont le fondement de nos croyances et de nos
cultures. Mais l'avnement du numrique change tout ceci. Soudain l'information
en ligne supplante l'information imprime pour devenir la plus fiable et la plus
utile, et l'usager est prt  la payer en consquence. Cette transformation
radicale de la nature mme de l'information doit tre au coeur du dbat relatif
aux nouvelles mthodes d'enseignement.

En juillet 1998, Patrick Rebollar, professeur de franais et d'informatique dans
des universits japonaises, analyse l'impact de l'internet sur sa vie
professionnelle: Mon travail de recherche est diffrent, mon travail
d'enseignant est diffrent, mon image en tant qu'enseignant-chercheur de langue
et de littrature est totalement lie  l'ordinateur, ce qui a ses bons et ses
mauvais cts (surtout vers le haut de la hirarchie universitaire, plutt
constitue de gens gs et technologiquement rcalcitrants). J'ai cess de
m'intresser  certains collgues proches gographiquement mais qui n'ont rien
de commun avec mes ides, pour entrer en contact avec des personnes inconnues et
rparties dans diffrents pays (et que je rencontre parfois,  Paris ou  Tokyo,
selon les vacances ou les colloques des uns ou des autres). La diffrence est
d'abord un gain de temps, pour tout, puis un changement de mthode de
documentation, puis de mthode d'enseignement privilgiant l'acquisition des
mthodes de recherche par mes tudiants, au dtriment des contenus (mais cela
dpend des cours). Progressivement, le paradigme rticulaire l'emporte sur le
paradigme hirarchique - et je sais que certains enseignants m'en veulent  mort
d'enseigner a, et de le dire d'une faon aussi crue. Cependant ils sont obligs
de s'y mettre...

Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, Russon
Wooldridge relate en mai 2001: Mes activits de recherche, autrefois menes
dans une tour d'ivoire, se font maintenant presque uniquement par des
collaborations locales ou  distance. (...) Tout mon enseignement exploite au
maximum les ressources d'internet (le web et le courriel): les deux lieux
communs d'un cours sont la salle de classe et le site du cours, sur lequel je
mets tous les matriaux des cours. Je mets toutes les donnes de mes recherches
des vingt dernires annes sur le web (rdition de livres, articles, textes
intgraux de dictionnaires anciens en bases de donnes interactives, de traits
du 16e sicle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'dite un journal, je
collabore avec des collgues franais, mettant en ligne  Toronto ce qu'ils ne
peuvent pas publier en ligne chez eux.

L'internet permet une information en profondeur qu'aucun organe de presse,
diteur ou bibliothque ne pouvait donner jusqu'ici: rapidit de propagation des
informations, accs immdiat  de nombreux sites d'information, liens vers des
articles et sources connexes, normes capacits documentaires allant du gnral
au spcialis et rciproquement (cartes gographiques, notices biographiques,
textes officiels, informations d'ordre politique, conomique, social, culturel,
etc.), grande varit d'illustrations (photos, graphiques, tableaux, vidos,
etc.), possibilit d'archivage avec moteur de recherche, etc.

Certains s'inquitent des drives commerciales du rseau. Lucie de Boutiny,
romancire multimdia, relate en juin 2000: Des stratgies utopistes avaient
t mises en place mais je crains qu'internet ne soit plus aux mains
d'internautes comme c'tait le cas. L'intelligence collective virtuelle pourtant
se dfend bien dans divers forums ou listes de discussions, et a,  dfaut
d'tre souvent efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait aim
profiter de ce nouveau mdia, notamment de communication, pour sortir de cette
tarte  la crme qu'on se reoit chaque jour, merci  la socit du spectacle,
et ne pas rpter les erreurs de la tlvision qui n'est, du point de vue de
l'art, jamais devenue un mdia de cration ambitieux.

Xavier Malbreil, auteur hypermdia, est plus optimiste. Concernant l'avenir de
l'internet, je le crois illimit, explique-t-il en mars 2001. Il ne faut pas
confondre les gamelles que se prennent certaines start-up trop gourmandes, ou
dont l'objectif tait mal dfini, et la ralit du net. Mettre des gens loigns
en contact, leur permettre d'interagir, et que chacun, s'il le dsire, devienne
son propre fournisseur de contenu, c'est une rvolution dont nous n'avons pas
encore pris toute la mesure.

Cet optimisme est partag par Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit
d'Ottawa, qui crit  la mme date: Cet outil fabuleux qu'est le web peut
acclrer les changes entre les tres, permettant des collaborations  distance
et un panouissement culturel sans prcdent. Mais cet espace est encore
fragile. (...) Il existe cependant des signes encourageants, notamment dans le
dveloppement des liaisons de personne  personne et surtout dans l'immense
effort accompli par des millions d'internautes partout au monde pour en faire
une zone riche et vivante.


12.5. Ecriture et dition en ligne


De l'avis de Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de
l'Universit Paris 8, interview en fvrier 2002, les technologies numriques
sont une chance extraordinaire du renouvellement du littraire. Depuis 1998, de
nombreux genres ont vu le jour: sites d'criture hypermdia, oeuvres de fiction
hypertexte, romans multimdias, hyper-romans, mail-romans, etc. Le texte
fusionne avec l'image et le son en intgrant dessins, graphiques, photos,
chansons, musique ou vidos.

Lucie de Boutiny, qui participe  ce vaste mouvement, crit en juin 2000:
Depuis l'archaque minitel si dcevant en matire de cration tlmatique,
c'est bien la premire fois que, via le web, dans une civilisation de l'image,
l'on voit de l'crit partout prsent 24 h / 24, 7 jours / 7. Je suis d'avis que
si l'on rconcilie le texte avec l'image, l'crit avec l'cran, le verbe se fera
plus loquent, le got pour la langue plus raffin et communment partag.

L'internet renouvelle aussi la manire d'crire. Webmestre du site hypermdia
cotres.net, Jean-Paul relate en juin 2000: L'internet n'a pas chang ma vie,
mais mon rapport  l'criture. On n'crit pas de la mme manire pour un site
que pour un scnario, une pice de thtre, etc. (...) Depuis, j'cris (compose,
mets en page, en scne) directement  l'cran.

Chose qu'on oublie trop souvent, il rappelle que toutes les fonctionnalits de
l'internet taient dj en gestation dans le Macintosh - couramment appel Mac -
lanc en 1984 par Apple. Premier ordinateur personnel  disposer d'une interface
graphique intuitive facilement utilisable par le non spcialiste, le Mac
remporte un succs colossal parce qu'il facilite le rapport entre l'utilisateur
et l'information.

En fait, ce n'est pas sur la toile, c'est dans le premier Mac que j'ai
dcouvert l'hypermdia  travers l'auto-apprentissage d'Hypercard, crit
Jean-Paul. Je me souviens encore de la stupeur dans laquelle j'ai t plong,
durant le mois qu'a dur mon apprentissage des notions de boutons, liens,
navigation par analogies, par images, par objets. L'ide qu'un simple clic sur
une zone de l'cran permettait d'ouvrir un ventail de piles de cartes dont
chacune pouvait offrir de nouveaux boutons dont chacun ouvrait un nouvel
ventail dont... bref l'apprentissage de tout ce qui aujourd'hui sur la toile
est d'une banalit de base, cela m'a fait l'effet d'un coup de foudre (il parat
que Steve Jobs et son quipe eurent le mme choc lorsqu'ils dcouvrirent
l'anctre du Mac dans les laboratoires de Rank Xerox). Depuis, j'cris (compose,
mets en page, en scne) directement  l'cran. L'tat "imprim" de mon travail
n'est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilgie
la linarit et l'image, et qui exclut le son et les images animes.

Quelles sont les perspectives quelques annes aprs? En janvier 2007,
l'hypermdia est maintenant une vidence. (...) La partie du public forme 
cette cole et s'intressant  la littrature demandera de nouvelles formes de
rcit. Entre-temps, les juristes auront remplac le "droit d'auteur" par un
"droit d'entoileur", librant mes ayant-droits de tout souci de royauts.
L'argent commencera  circuler. Et les "auteurs" (?) pourront enfin prendre au
corps la seule vraie question de cette histoire: le remplacement de la
linarit par la simultanit, l'ubiquit. Ce que font dj les jeux de
stratgie, dans leur domaine. Et ce sera banza pour un sicle au moins de
littrature hypermdiatique, avant de souffler un peu pour se regarder dans le
rtroviseur.

De mme que la littrature numrique contribue au renouvellement du littraire,
l'dition lectronique contribue au renouvellement de l'dition. Nombre
d'auteurs mettent leurs espoirs dans l'dition lectronique, commerciale ou non,
pour bousculer une dition traditionnelle qui aurait fort besoin d'une cure de
rajeunissement.

Selon Lucie de Boutiny, interviewe en juin 2000, la littrature hypertextuelle,
 qui passe par le savoir-faire technologique, rapproche donc le techno-crivain
du scnariste, du dessinateur BD, du plasticien, du ralisateur de cinma.
Quelles en sont les consquences au niveau ditorial? Faut-il prvoir un budget
de production en amont? Qui est l'auteur multimdia? Qu'en est-il des droits
d'auteur? Va-t-on conserver le copyright  la franaise? L'HTX (hypertext
literature) sera publie par des diteurs papier ayant un dpartement
multimdia? De nouveaux diteurs vont merger et ils feront un mtier proche de
la production? Est-ce que nous n'allons pas assister  un nouveau type d'oeuvre
collective? Bientt le sampling littraire protg par le copyleft?

Anne-Bndicte Joly, crivain auto-ditant ses oeuvres, crit en mai 2001:
Certains diteurs on line tendent  se comporter comme de vritables diteurs
en intgrant des risques ditoriaux comme le faisaient au dbut du sicle
dernier certains diteurs classiques. Il est  ma connaissance absolument
inimaginable de demander  des diteurs traditionnels d'diter un livre en
cinquante exemplaires. L'dition numrique offre cette possibilit, avec en plus
rdition  la demande, presque  l'unit. (...) Je suis ravie que des
techniques (internet, dition numrique, ebook...) offrent  des auteurs des
moyens de communication leur permettant d'avoir accs  de plus en plus de
lecteurs.

Pour les documentaires galement, on commence  utiliser les formes d'criture
et de lecture devenues courantes dans le domaine de l'hyperfiction. Outre
plusieurs possibilits de lecture, linaire, non linaire, par thmes, etc., le
documentaire hypermdia offre de rels avantages par rapport au documentaire
imprim. Il permet l'accs immdiat aux documents cits. Les erreurs peuvent
tre aussitt corriges. Le livre peut tre rgulirement actualis, en y
incluant par exemple les dveloppements les plus rcents sur tel sujet ou les
derniers chiffres et statistiques. Ces horripilants index en fin d'ouvrage -
mais combien pratiques, au moins quand ils existent - sont remplacs par un
moteur de recherche ou une base interactive.

Tout comme pour l'hyperfiction, il reste  inventer un nouveau type de maison
d'dition spcialise dans ce type de documentaire, avec actualisation
immdiate. Si ceci vaut pour tous les sujets, cela parat d'autant plus
indispensable pour les nouvelles technologies, l'internet et le web. La place
des livres traitant du web n'est-elle pas sur le web? L'auteur pourrait choisir
de mettre son livre en consultation payante ou gratuite. La question du droit
d'auteur serait galement entirement  revoir. Copyright ou copyleft? Paiement
 la source ou paiement  la consultation? Et comment l'diteur serait-il
rmunr?

A l'heure de l'internet, pour les documentaires comme pour la fiction, il
s'avre peut-tre ncessaire de crer de toutes pices une structure ditoriale
entirement numrique se dmarquant des schmas traditionnels. De nombreux
auteurs seraient certainement heureux d'exprimenter un nouveau systme, au lieu
de se plier  un systme traditionnel trs contraignant, qui n'est peut-tre
plus de mise maintenant qu'on dispose d'un moyen de diffusion  moindres frais
chappant aux frontires. Ces nouveaux diteurs seraient diffrents des diteurs
en ligne, lectroniques ou numriques apparus ces dernires annes, qui sont
souvent issus de l'dition traditionnelle et la copient encore. Il s'agirait
d'diteurs qui repenseraient la chane ditoriale de fond en comble tout en
faisant un vritable travail d'diteur (dcouverte, slection, diffusion et
promotion).

Ces nouveaux diteurs pourraient adopter des mthodes originales spcifiques au
rseau: envoi des manuscrits sous forme lectronique, dlais de rponse courts,
critres de slection transmis par courrier lectronique, publication rapide,
droits d'auteur plus levs avec montant disponible en ligne, vente simultane
de la version imprime (impression  la demande) et de la version numrique en
plusieurs formats, vritable diffusion et vritable promotion de l'oeuvre selon
une mthode qui reste  mettre au point et ne se limiterait pas  un descriptif
avec un extrait en tlchargement libre, versions revues et corriges facilement
envisageables sinon encourages dans le domaine des sciences et techniques, etc.

Tous arguments bien thoriques peut-tre, mais il existe certainement de
nouvelles pistes  explorer.

Journaliste et infographiste, Marc Autret a derrire lui dix ans de journalisme
multi-tches et d'hyper-formation dans le domaine de l'dition, du multimdia et
du droit d'auteur. C'est un "socle" irremplaable pour mes activits
d'aujourd'hui, qui en sont le prolongement technique, explique-t-il en dcembre
2006. Je suis un "artisan" de l'information et je travaille essentiellement avec
des diteurs. Ils sont tellement en retard, tellement trangers  la rvolution
numrique, que j'ai du pain sur la planche pour pas mal d'annes. Aujourd'hui je
me concentre sur le conseil, l'infographie, la typographie, le pr-presse et le
webdesign, mais je sens que la part du logiciel va grandir. Des secteurs comme
l'animation 3D, l'automatisation des tches de production, l'intgration
multi-supports, la base de donnes et toutes les technologies issues de XML vont
s'ouvrir naturellement. Les diteurs ont besoin de ces outils, soit pour mieux
produire, soit pour mieux communiquer. C'est l que je vois l'volution, ou
plutt l'intensification, de mon travail.


12.6. Numrique versus imprim


Les documents imprims rcents sont issus d'une version lectronique sur
traitement de texte, tableur ou base de donnes. Il est frquent qu'un mme
document soit disponible en deux versions, numrique et imprime. Pour des
raisons budgtaires, de plus en plus de publications n'existent qu'en version
lectronique. Outre sa facilit d'accs et son faible cot, le document
lectronique peut tre rgulirement actualis. Point n'est besoin d'attendre
une nouvelle dition imprime soumise aux contraintes commerciales ou aux
exigences de l'diteur, notamment pour les ouvrages et priodiques scientifiques
et techniques, dans lesquels l'information rcente est primordiale.

Document lectronique? Document numrique? Livre lectronique? Livre numrique?
Un vocabulaire adapt reste  dfinir. Comme expliqu en 1995 par Jean-Gabriel
Ganascia, directeur du Groupement d'intrt scientifique (GIS) Sciences de la
cognition, dans un compte-rendu du cycle de rflexion de prospective
consacr au livre lectronique, le terme livre lectronique, souvent utilis
en franais, est  la fois restrictif et inopportun. Ce terme est restrictif
parce que le livre dsigne un support particulier de l'crit qui est advenu 
un moment donn dans l'histoire alors que le document lectronique comporte 
la fois de l'crit, de l'image et du son. Ce terme est galement inopportun
parce qu'on ne peut gure juxtaposer au terme livre le terme lectronique,
un nouvel objet immatriel dfini par un ensemble de procdures d'accs et une
structuration logique. De plus, qu'il s'agisse de sa forme exacte ou de sa
fonction exacte, le statut mme de ce qu'on appelle livre lectronique n'est
pas encore dtermin.

C'est aussi l'avis de Pierre Schweitzer, inventeur du projet @folio, une
tablette numrique de lecture nomade, qui crit en juillet 2002: J'ai toujours
trouv l'expression "livre lectronique" trs trompeuse, pigeuse mme. Car
quand on dit "livre", on voit un objet trivial en papier, tellement courant
qu'il est devenu anodin et invisible... alors qu'il s'agit en fait d'un summum
technologique  l'chelle d'une civilisation. Donc le terme "livre" renvoie sans
s'en rendre compte  la dimension ditoriale - le contenu -, puisque "l'objet
technique", gnial, n'est pas vraiment vu, ralis... Et de ce point de vue,
cette dimension-l du livre, comme objet technique permettant la mise en page,
le feuilletage, la conservation, la distribution, la commercialisation, la
diffusion, l'change, etc., des oeuvres et des savoirs, est absolument
indpassable. Quand on lui colle "lectronique" ou "numrique" derrire, cela
renvoie  tout autre chose: il ne s'agit pas de la dimension indpassable du
codex, mais de l'exploit inou du flux qui permet de transmettre  distance, de
recharger une mmoire, etc., et tout a n'a rien  voir avec le gnie originel
du codex! C'est autre chose, autour d'internet, de l'histoire du tlgraphe, du
tlphone, des rseaux...

Nous vivons une priode transitoire quelque peu inconfortable, marque par la
gnralisation des documents numriques et la numrisation  grande chelle des
documents imprims, mais qui reste encore fidle au papier. Pour des raisons
aussi bien pratiques que sentimentales, les amoureux du livre peuvent
difficilement se passer du livre imprim et de ce matriau qu'est le papier,
dont certains nous prdisent rgulirement la mort prochaine mais dont la
longvit risque de nous surprendre.

Il ne semble d'ailleurs pas opportun d'opposer livre numrique et livre imprim,
comme le rappelle Olivier Pujol, promoteur du Cybook, une tablette lectronique
de lecture. Le livre lectronique, permettant la lecture numrique, ne
concurrence pas le papier, crit-il en dcembre 2000. C'est un complment de
lecture, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la diffusion de l'crit et des
oeuvres mlant le mot et d'autres mdias (image, son, image anime...). Les
projections montrent une stabilit de l'usage du papier pour la lecture, mais
une croissance de l'industrie de l'dition, tire par la lecture numrique, et
le livre lectronique. De la mme faon que la musique numrique a permis aux
mlomanes d'accder plus facilement  la musique, la lecture numrique supprime,
pour les jeunes gnrations comme pour les autres, beaucoup de freins  l'accs
 l'crit.

Aprs avoir sonn un peu vite le glas du papier, on ne parle plus du tout
numrique pour le proche avenir, mais plutt de la juxtaposition papier et
pixel, et de la publication simultane d'un livre en deux versions. Il reste au
livre numrique  faire ses preuves face au livre imprim, un modle conomique
qui a plus de cinq cents ans et qui est parfaitement rd. Le travail est
gigantesque et comprend entre autres la constitution des collections, la mise en
place d'un rseau de distribution, l'amlioration des supports de lecture et la
baisse de leur prix. Plus important encore, les lecteurs doivent s'habituer 
lire des livres  l'cran. Si elle offre des avantages certains (recherche
textuelle, sommaire affich en permanence, etc.), de l'avis gnral,
l'utilisation d'une machine - ordinateur, assistant personnel, tlphone
portable, smartphone ou tablette lectronique - n'gale pas encore le confort
procur par le livre imprim. Toutefois, malgr les difficults rencontres, les
adeptes de la lecture numrique sont de plus en plus nombreux. Ils attendent
patiemment des appareils de lecture plus satisfaisants, ou encore des livres et
journaux lectroniques sur support souple.

Pour les livres et revues scientifiques et techniques, qu'il est ncessaire
d'actualiser rgulirement, les technologies numriques conduisent  repenser
compltement la signification mme de publication, et  s'orienter vers une
diffusion en ligne. Les tirages papier restent toujours possibles  titre
ponctuel. Des universits diffusent dsormais des manuels sur mesure
composs d'un choix de chapitres et d'articles slectionns dans une base de
donnes, auxquels s'ajoutent les commentaires des professeurs. Pour un
sminaire, un trs petit tirage peut tre fait  la demande  partir de
documents transmis par voie lectronique  un imprimeur. Quant aux revues en
ligne, elles passent souvent un partenariat avec une socit spcialise dans
l'impression  la demande.

Enseignante-chercheuse  l'Ecole pratique des hautes tudes (EPHE,
Paris-Sorbonne), Marie-Joseph Pierre crit en fvrier 2003: Il me parat
vident que la publication des articles et ouvrages au moins scientifiques se
fera de plus en plus sous forme numrique, ce qui permettra aux chercheurs
d'avoir accs  d'normes banques de donnes, constamment et immdiatement
volutives, permettant en outre le contact direct et le dialogue entre les
auteurs. Nos organismes de tutelle, comme le CNRS (Centre national de la
recherche scientifique) par exemple, ont dj commenc  contraindre les
chercheurs  publier sous ce mode, et incitent fortement les laboratoires 
diffuser ainsi leurs recherches pour qu'elles soient rapidement disponibles. Nos
rapports d'activit  deux et  quatre ans - ces normes dossiers peineux
rsumant nos labeurs - devraient prochainement se faire sous cette forme. Le
papier ne disparatra pas pour autant, et je crois mme que la consommation ne
diminuera pas... Car lorsque l'on veut travailler sur un texte, le livre est
beaucoup plus maniable. Je m'aperois dans mon domaine que les revues qui ont
commenc rcemment sous forme numrique commencent  tre aussi imprimes et
diffuses sur papier dignement reli. Le passage de l'un  l'autre peut
permettre des rvisions et du recul, et cela me parat trs intressant.

Editeur puis consultant en dition lectronique, Nicolas Pewny crit en fvrier
2003: Je vois le livre numrique du futur comme un "ouvrage total" runissant
textes, sons, images, vido, interactivit: une nouvelle manire de concevoir et
d'crire et de lire, peut-tre sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui
contiendrait tout ce que l'on a lu,  unique et multiple compagnon.

Marc Autret, journaliste et infographiste, crit pour sa part en dcembre 2006:
Sans vouloir faire dans la divination, je suis convaincu que l'e-book (ou
"ebook": impossible de trancher!) a un grand avenir dans tous les secteurs de la
non-fiction. Je parle ici de livre numrique en termes de "logiciel", pas en
terme de support physique ddi (les conjectures tant plus incertaines sur ce
dernier point). Les diteurs de guides, d'encyclopdies et d'ouvrages
informatifs en gnral considrent encore l'e-book comme une dclinaison trs
secondaire du livre imprim, sans doute parce que le modle commercial et la
scurit de cette exploitation ne leur semblent pas tout  fait stabiliss
aujourd'hui. Mais c'est une question de temps. Les e-books non commerciaux
mergent dj un peu partout et oprent d'une certaine faon un dfrichage des
possibles. Il y a au moins deux axes qui mergent: 1)une interface de
lecture/consultation de plus en plus attractive et fonctionnelle (navigation,
recherche, restructuration  la vole, annotations de l'utilisateur, quizz
interactif...); 2)une intgration multimdia (vido, son, infographie anime,
base de donnes, etc.) dsormais fortement couple au web. Aucun livre physique
n'offre de telles fonctionnalits. J'imagine donc l'e-book de demain comme une
sorte de wiki cristallis, empaquet dans un format. Quelle sera alors sa valeur
propre? Celle d'un livre: l'unit et la qualit du travail ditorial!

Pierre Schweitzer, inventeur du projet @folio, fait  nouveau le point en
janvier 2007: La lecture numrique dpasse de loin, de trs loin mme, la seule
question du "livre" ou de la presse, Le livre et le journal restent et resteront
encore, pour longtemps, des supports de lecture techniquement indpassables pour
les contenus de valeur ou pour ceux dpassant un seuil critique de diffusion.
Bien que leur modle conomique puisse encore voluer (comme pour les "gratuits"
la presse grand public), je ne vois pas de bouleversement radical  l'chelle
d'une seule gnration. Au-del de cette gnration, l'avenir nous le dira. On
verra bien. Pour autant, d'autres types de contenus se dveloppent sur les
rseaux. Internet dfie l'imprim sur ce terrain-l: celui de la diffusion en
rseau (dmatrialise = cot marginal nul) des oeuvres et des savoirs. L o
l'imprim ne parvient pas  quilibrer ses cots. L o de nouveaux acteurs
peuvent venir prendre leur place.

Or, dans ce domaine nouveau, les quilibres conomiques et les logiques
d'adoption sont radicalement diffrents de ceux que l'on connat dans l'empire
du papier - voir par exemple l'volution des systmes de validation pour les
archives ouvertes dans la publication scientifique. Ou les modles conomiques
mergents de la presse en ligne. Il est donc vain, dangereux mme, de vouloir
transformer au forceps l'cologie du papier - on la ruinerait  vouloir le
faire!  la marge, certains contenus trs spcifiques, certaines niches
ditoriales, pourraient tre transformes - l'encyclopdie ou la publication
scientifique le sont dj: de la mme faon, les guides pratiques, les livres
d'actualit quasi-jetables et quelques autres segments qui envahissent les
tables des librairies pourraient l'tre, pour le plus grand bonheur des
libraires. Mais il n'y a l rien de massif ou brutal selon moi: nos habitudes de
lecture ne seront pas bouleverses du jour au lendemain, elles font partie de
nos habitudes culturelles, elles voluent lentement, au fur et  mesure de leur
adoption (= acceptation) par les gnrations nouvelles.


13. CONCLUSION


Une conclusion est difficile pour un tel sujet. On parlera plutt de
perspectives. Trois termes paraissent essentiels: stockage, organisation et
diffusion. Dans un proche avenir, on devrait disposer de l'ensemble du
patrimoine mondial stock sous forme numrique, d'une organisation effective de
l'information et du rseau internet adapt pour y accder.

Au milieu des annes 1990, le texte est omniprsent sur le web, par dfaut
peut-tre,  cause des problmes de bande passante. Il est ensuite mis de ct
au profit de l'image et du son. Dix ans aprs, le texte revient en force, avec
le livre numrique dans son sillage. On n'a jamais tant crit, y compris dans
les wikis et les blogs. Confidentiel en 2000, puis parent pauvre des fichiers
musicaux et vido, le livre numrique est dsormais en bonne place  ct de la
musique et des films. Signe des temps, en 2005, il devient un objet convoit par
les gants de l'internet pour la constitution de leurs bibliothques
plantaires.

Le futur sera-t-il le cyberespace dcrit par Timothy Leary, philosophe, dans son
livre Chaos et cyberculture (ditions du Lzard, 1998)? Toute l'information du
monde est  l'intrieur (de gigantesques bases de donnes, ndlr). Et grce au
cyberespace, tout le monde peut y avoir accs. Tous les signaux humains contenus
jusque-l dans les livres ont t numriss. Ils sont enregistrs et disponibles
dans ces banques de donnes, sans compter tous les tableaux, tous les films,
toutes les missions de tl, tout, absolument tout.

On n'en est pas encore l. Mais, en quelques annes seulement, on ne court plus
dsesprment aprs l'information dont on a besoin. Cette information est 
notre porte, disponible  l'cran, et souvent en accs libre. Un million de
livres est disponible sur le web en janvier 2006, et 2,5 millions de livres en
mai 2007, en ne comptant que les livres lisibles et tlchargeables gratuitement
sans restriction aucune. Il existerait au moins 25 millions de livres
appartenant au domaine public, toutes ditions confondues. Il reste donc
beaucoup  faire.

Fondateur du Projet Gutenberg en 1971, Michael Hart prcise souvent dans ses
crits que, si Gutenberg a permis  chacun d'avoir ses propres livres, jusque-l
rservs  une lite, le Projet Gutenberg permet  chacun d'avoir une
bibliothque complte, jusque-l rserve  la collectivit, sur un support
qu'on peut glisser dans sa poche, le support optimal actuel tant la cl USB.

Apparue en 2000, la premire cl USB a une capacit de 32 mgaoctets, et elle
est toujours disponible au prix de 5 dollars US. En 2006, une cl USB de 4
gigaoctets - le standard  un prix abordable - permet de stocker 10.000 livres
zipps.  Apparue en 2006, la cl USB de 32 gigaoctets devrait devenir le
standard d'ici 2010. En dcembre 2006, la capacit maximale d'une cl USB est 64
gigaoctets ( 5.000 dollars l'unit). On devrait disposer en 2020 d'une cl USB
de 32 traoctets permettant de stocker l'intgralit du patrimoine crit de
l'humanit.

Tim Berners-Lee est l'inventeur du web en 1990. A la question de Pierre
Ruetschi, journaliste  la Tribune de Genve: Sept ans plus tard, tes-vous
satisfait de la faon dont le web a volu?, il rpond en dcembre 1997 que,
s'il est heureux de la richesse et de la varit de l'information disponible, le
web n'a pas encore la puissance prvue dans sa conception d'origine. Il aimerait
que le web soit plus interactif, que les gens puissent crer de l'information
ensemble, et pas seulement consommer celle qui leur est propose. Le web doit
devenir un vritable mdia de collaboration, un monde de connaissance que nous
partageons. C'est chose faite quelques annes plus tard.

Si,  l'origine, le web ressemble un peu  un grand livre compos de pages
relies entre elles par des liens hypertextes, et reproduisant les modles
connus de l'dition papier, le concept de web 2.0, lanc en 2004, met en avant
les notions de communaut et de participation, avec un contenu aliment par les
utilisateurs, y compris une nouvelle gnration de sites interactifs, par
exemple les blogs et les wikis. Le web ne vise plus seulement  utiliser
l'information, mais il incite les usagers  changer et collaborer en ligne, par
exemple sur Wikipedia, grande encyclopdie cooprative en ligne. La paternit du
terme web 2.0 revient d'ailleurs  un diteur, Tim O'Reilly, qui utilise cette
expression comme titre pour une srie de confrences. Certains parlent de World
Live Web au lieu de World Wide Web, le nom d'origine du web.

En 2007, on parle dj d'un possible web 3.0. Ce web du futur serait un web
smantique capable d'apporter une rponse complte  une requte exprime en
langage courant, en faisant appel  des procds d'intelligence artificielle qui
seraient appliqus  large chelle. D'aprs la socit Radar Networks, il
s'agirait d'un web dot d'une forme d'intelligence artificielle globale et
collective. Des donnes pourraient tre rassembles sur les nombreux rseaux
sociaux et participatifs existant sur le web. Elles pourraient tre traites
automatiquement aprs avoir t structures sur la base du langage descriptif
RDF (resource description framework) dvelopp par le W3C (World Wide Web
Consortium), l'organisme international charg du dveloppement du web. Cette
dfinition du web 3.0 est d'ailleurs loin de faire l'unanimit.

En ce qui concerne l'infrastructure, la connexion au rseau sera permanente, les
technologies WiFi (wireless fidelity) et WiMAX (worldwide interoperability for
microwave access) n'tant que des tapes intermdiaires. La prochaine gnration
de l'internet serait un rseau pervasif permettant de se connecter en tout lieu
et  tout moment sur tout type d'appareil  travers un rseau unique et
omniprsent. Le concept de rseau pervasif est dvelopp depuis plusieurs annes
par Rafi Haladjian, fondateur de la socit Ozone. La nouvelle vague touchera
notre monde physique, notre environnement rel, notre vie quotidienne dans tous
les instants, explique-t-il sur le site de la socit. Nous n'accderons plus au
rseau, nous l'habiterons. Les composantes futures de ce rseau (parties
filiaires, parties non filiaires, oprateurs) seront transparentes 
l'utilisateur final. Il sera toujours ouvert, assurant une permanence de la
connexion en tout lieu. Il sera galement agnostique en terme d'application(s),
puisque fond sur les protocoles mmes de l'internet.

Webmestre du site hypermdia cotres.net, Jean-Paul rsume la situation en
janvier 2007: J'ai l'impression que nous vivons une priode "flottante", entre
les temps hroques, o il s'agissait d'avancer en attendant que la technologie
nous rattrape, et le futur, o le trs haut dbit va librer les forces qui
commencent  bouger, pour l'instant dans les seuls jeux.

La chance qu'on a tous est de vivre l, ici et maintenant cette transformation
fantastique, crit  la mme date Pierre Schweitzer, inventeur du projet
@folio, une tablette numrique de lecture nomade. Quand je suis n en 1963, les
ordinateurs avaient comme mmoire quelques pages de caractres  peine.
Aujourd'hui, mon baladeur de musique pourrait contenir des milliards de pages,
une vraie bibliothque de quartier. Demain, par l'effet conjugu de la loi de
Moore et de l'omniprsence des rseaux, l'accs instantan aux oeuvres et aux
savoirs sera de mise. Le support de stockage lui-mme n'aura plus beaucoup
d'intrt. Seules importeront les commodits fonctionnelles d'usage et la
potique de ces objets.

Selon Denis Zwirn, prsident de la librairie numrique Numilog, interview en
aot 2007, 2008 pourrait sans doute marquer un premier point d'inflexion dans
la courbe de croissance du march des livres numriques. Plusieurs facteurs sont
runis pour cela: (1) le dveloppement de vastes catalogues en ligne utilisant
pleinement les fonctionnalits de la recherche plein texte dans les livres
numriss, comme ceux de la future Bibliothque numrique europenne, de
VolltextSuche Online, de Google et d'Amazon. Une fois le contenu trouv dans un
des ouvrages ainsi "sond" par ce type de recherche rvolutionnaire pour le
grand public, il est naturel de vouloir accder  la totalit de l'ouvrage...
dans sa version numrique. (2) Des progrs techniques cruciaux tels que la
proposition commerciale d'appareils de lecture  base d'encre lectronique
amliorant radicalement l'exprience de lecture finale pour l'usager en la
rapprochant de celle du papier. Par exemple l'iLiad d'Irex ou le Sony Reader,
mais bien d'autres appareils s'annoncent. Le progrs concerne toutefois tout
autant le dveloppement des nouveaux smartphones multifonctions comme les
BlackBerry ou l'iPhone, ou la proposition de logiciels de lecture  l'interface
fortement amliore et pense pour les ebooks sur PC, comme Adobe Digital
Edition. (3) Enfin, le changement important d'attitude de la part des
professionnels du secteur, diteurs, et probablement bientt aussi libraires.
Les diteurs anglo-saxons universitaires ont massivement trac une route que
tous les autres sont en train de suivre, en tout cas aux Etats-Unis, en Europe
du Nord et en France: proposer une version numrique de tous les ouvrages. Mme
pour les plus rticents encore il y a quelques annes, ce n'est plus une
question de "pourquoi?", c'est simplement devenu une question de "comment?". Les
libraires ne vont pas tarder  considrer que vendre un livre numrique fait
partie de leur mtier normal.

Le livre numrique n'est plus une question de colloque, de dfinition
conceptuelle ou de divination par certains "experts": c'est un produit
commercial et un outil au service de la lecture. Il n'est pas besoin d'attendre
je ne sais quel nouveau mode de lecture hypermoderne et hypertextuel enrichi de
multimdias orchestrant savamment sa spcificit par rapport au papier, il
suffit de proposer des textes lisibles facilement sur les supports de lecture
lectronique varis qu'utilisent les gens, l'encre lectronique pouvant
progressivement envahir tous ces supports. Et de les proposer de manire
industrielle. Ce n'est pas et ne sera jamais un produit de niche (les
dictionnaires, les guides de voyage, les non voyants...): c'est en train de
devenir un produit de masse, riche de formes multiples comme l'est le livre
traditionnel.

Volume imprim ou fichier numrique, le livre est d'abord un ensemble de mots
manant d'une personne voulant communiquer ses penses, ses sentiments ou son
savoir  large chelle. Souvent appel le pre de l'internet parce que
co-fondateur en 1974 des protocoles du rseau, Vinton Cerf aime  rappeler que
l'internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des ides. Ce fut le
cas pour la prparation du prsent livre. Merci  tous - professionnels du livre
et apparents - pour leur participation, pour leur temps et pour leur amiti.


14. CHRONOLOGIE COMMENTEE


[14.1. Les tapes essentielles // 14.2. En rsum]

Si le livre numrique nat en juillet 1971, il ne prend son essor qu'au milieu
des annes 1990, paralllement  celui du web, avec une acclration sensible 
partir de l'an 2000. Cette chronologie dtaille une cinquantaine d'tapes, de
1971  2007.


14.1. Les tapes essentielles


Juillet 1971 - Gense du Projet Gutenberg, premire bibliothque numrique au
monde

Fond par Michael Hart en juillet 1971 alors qu'il tait tudiant  l'Universit
d'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg a pour but de diffuser gratuitement
par voie lectronique le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public.
Il est le premier site d'information sur un internet encore embryonnaire, qui
dbute vritablement en 1974 et prend son essor en 1983. Vient ensuite le web
(sous-ensemble de l'internet), oprationnel en 1991, puis le premier navigateur,
qui apparat en novembre 1993. Lorsque l'utilisation du web se gnralise, le
Projet Gutenberg trouve un second souffle et un rayonnement international. Au
fil des ans, des centaines d'oeuvres sont patiemment numrises en mode texte
par des milliers de volontaires. D'abord essentiellement anglophones, les
collections deviennent peu  peu multilingues. Le Projet Gutenberg Europe dbute
en janvier 2004*. Le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000 titres en
dcembre 2006.

Janvier 1991 - Cration de l'Unicode, systme d'encodage permettant de traiter
toutes les langues de la plante

Cr en janvier 1991, l'Unicode Consortium a pour tche de dvelopper l'Unicode,
un systme d'encodage universel sur 16 bits spcifiant un nombre unique pour
chaque caractre. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme, le
logiciel et la langue utiliss. L'Unicode peut traiter 65.000 caractres uniques
et prendre en compte tous les systmes d'criture de la plante. A la grande
satisfaction des linguistes, il remplace progressivement l'ASCII (American
standard code for information interchange), un systme d'encodage sur 7 bits ne
pouvant traiter que 128 caractres, et donc uniquement l'anglais, avec des
extensions prenant en compte les lettres accentues de quelques langues
europennes.

Janvier 1993 - Lancement de The Online Books Page, un rpertoire d'oeuvres
anglophones en accs libre

The Online Books Page est cre en janvier 1993 par John Mark Ockerbloom pour
rpertorier les textes lectroniques de langue anglaise en accs libre sur le
web. A cette date, John Mark Ockerbloom est doctorant  l'Universit Carnegie
Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie). En 1999, il rejoint l'Universit de
Pennsylvanie pour travailler  la R&D (recherche et dveloppement) de la
bibliothque numrique de l'universit. A la mme poque, il y transfre The
Online Books Page, tout en gardant la mme prsentation, trs sobre, et il
poursuit son travail d'inventaire dans le mme esprit. En 2003, ce rpertoire
fte ses dix ans et recense plus de 20.000 textes lectroniques, dont 4.000
textes publis par des femmes,  savoir 20% de sa liste de liens. En dcembre
2006, il recense 25.000 titres, dont 6.300 titres du Projet Gutenberg.

Avril 1993 - Cration d'ABU: la bibliothque universelle, premire bibliothque
numrique francophone

Cre en avril 1993, ABU: la bibliothque universelle (ABU signifiant:
Association des bibliophiles universels) est la premire bibliothque numrique
francophone  voir le jour,  l'initiative de l'association du mme nom, base 
Paris. Ses membres  bnvoles scannent ou dactylographient eux-mmes des oeuvres
francophones du domaine public. En janvier 2002, les collections comprennent 288
textes de 101 auteurs. Il ne semble pas que d'autres textes aient t ajouts
depuis.

Juin 1993 - Lancement par Adobe de l'Acrobat Reader, premier logiciel de lecture

En juin 1993, la socit Adobe lance l'Acrobat Reader, premier logiciel de
lecture du march, qui permet de lire des documents au format PDF (portable
document format). L'attrait de ce format est de conserver la prsentation du
document source, quelle que soit la plateforme utilise pour le crer (au moyen
du logiciel Adobe Acrobat) et pour le lire. Le format PDF devient la norme
internationale de diffusion des documents lectroniques. L'Acrobat Reader est
disponible en plusieurs langues et pour diverses plateformes (Windows,
Macintosh, Linux, Unix). En 2001, Adobe lance un Acrobat Reader pour assistant
personnel (PDA), utilisable sur le Palm Pilot (en mai 2001) puis sur le Pocket
PC (en dcembre 2001). En mai 2003, l'Acrobat Reader devient l'Adobe Reader.

Novembre 1994 - Naissance des Chroniques de Cybrie, premire lettre
d'information lectronique francophone

En novembre 1994, Jean-Pierre Cloutier, journaliste qubcois, cre Les
Chroniques de Cybrie, une chronique hebdomadaire des actualits de l'internet,
sous la forme d'une lettre envoye par courrier lectronique. A partir d'avril
1995, sa chronique est prsente sur le web. Au fil des ans, elle devient une
rfrence dans la communaut francophone, y compris dans le domaine du livre. En
2002, les Chroniques comptent 5.600 abonns. Faute de financement, elles cessent
en avril 2003 pour laisser place au blogue de Jean-Pierre Cloutier.

Fvrier 1995 - Lancement du site web du Monde diplomatique, premier site d'un
priodique imprim franais

En fvrier 1995 est mis en ligne le site web du mensuel Le Monde diplomatique,
premier site d'un priodique imprim franais. Mont dans le cadre d'un projet
exprimental avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA), ce site est
inaugur lors du forum des images Imagina. Quelques mois aprs, plusieurs
quotidiens imprims mettent en ligne un site web: Libration  la fin de 1995,
Le Monde et L'Humanit en 1996, etc.

Avril 1995 - Cration d'Editel, site pionnier de l'dition littraire
francophone

En avril 1995, Pierre Franois Gagnon, pote et essayiste qubcois, cre
Editel, site pionnier de l'dition littraire francophone. Aprs avoir t le
premier site web d'auto-dition collective de langue franaise, Editel devient
un site de cyberdition non commerciale, en partenariat avec quelques auteurs
maison, ainsi qu'un webzine littraire.

Juillet 1995 - Cration de la librairie en ligne Amazon.com, futur gant du
commerce lectronique

En juillet 1995, Jeff Bezos fonde  Seattle (Etat de Washington, Etats-Unis) la
librairie en ligne Amazon.com, futur gant du commerce lectronique. Suite  une
tude de march dmontrant que les livres sont les meilleurs produits  vendre
sur l'internet, Amazon.com dbute avec dix salaris et trois millions
d'articles. Cinq ans plus tard, en novembre 2000, la socit compte 7.500
salaris, 28 millions d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales
(Royaume-Uni, Allemagne, France, Japon), auxquelles s'ajoute une cinquime
filiale au Canada en juin 2002 puis une sixime filiale en Chine en septembre
2004.

Fvrier 1996 - Lancement de la lettre d'information lectronique LMB Actu (Le
Micro Bulletin Actu)

En fvrier 1996, Franois Vadrot, directeur des systmes d'information du CNRS
(Centre national de la recherche scientifique, France), cre LMB Actu (Le Micro
Bulletin Actu), une lettre d'information hebdomadaire consacre  l'actualit de
l'internet et des nouvelles technologies. En aot 1999, il fonde la socit de
cyberpresse FTPress (French Touch Press), base  Paris. En septembre 1999, il
lance Internet Actu, qui remplace LMB Actu. D'autres publications suivent, ainsi
que des ralisations multimdias et des missions de tlvision, dont certaines
suivent de prs l'actualit du livre. En avril 2002, Internet Actu est rachet
par INIST Diffusion (INIST: Institut de l'information scientifique et
technique). FTPress cesse ses activits en mai 2003.

Avril 1996 - Fondation de l'Internet Archive pour archiver la totalit du web
tous les deux mois

Fonde en avril 1996 par Brewster Kahle  San Francisco (Californie), l'Internet
Archive a pour but de constituer, stocker, prserver et grer une bibliothque
de l'internet, en archivant la totalit du web tous les deux mois. L'objectif
est d'offrir un outil de travail aux universitaires, chercheurs et historiens,
et de prserver un historique de l'internet pour les gnrations futures. En
octobre 2001*, l'Internet Archive met ses archives en accs libre sur le web
grce  la Wayback Machine. En 2004, les archives du web reprsentent plus de
300 traoctets de donnes, avec une croissance de 12 traoctets par mois. Les
archives du web reprsentent 30 millions de pages web en 1996, 65 milliards de
pages web (provenant de 50 millions de sites web) en dcembre 2006 et 85
milliards de pages web en mai 2007.

Mai 1996 - Cration du DAISY Consortium pour dfinir un standard de livre
audionumrique

Fond en mai 1996, le DAISY Consortium (DAISY signifiant d'abord digital audio
information system puis digital accessible information system) est un
consortium international charg d'assurer la transition entre le livre audio
analogique (sur bande magntique ou sur cassette) et le livre audionumrique. Sa
tche est de dfinir une norme internationale, dterminer les conditions de
production, d'change et d'utilisation du livre audionumrique, et organiser la
numrisation du matriel audio  l'chelle mondiale. La norme DAISY se base sur
le format DTB (digital talking book), qui permet l'indexation du livre audio et
l'ajout de signets pour une navigation facile au niveau du paragraphe, de la
page et du chapitre. En aot 2003, prs de 41.000 livres audionumriques
rpondent  cette norme. En aot 2005, ils sont au nombre de 129650.

Juin 1996 - Lancement de Zazieweb, site indpendant suivant l'actualit du livre

Fond en juin 1996 par Isabelle Aveline, Zazieweb est un site indpendant conu
pour tous les amoureux du livre, professionnels et amateurs. Le succs est
immdiat. Suivant de prs l'actualit du livre sur le rseau, le site devient
peu  peu un portail avec un espace de documentation, d'orientation et de
ressources internet. L'annuaire de Zazieweb recense plus de 5.000 sites
littraires. Zazieweb offre aussi des espaces d'changes et de rencontres pour
lecteurs communicants et actifs. Y participe une communaut active de plus de
10.000 membres ou e-lecteurs. Qu'est-ce qu'un e-lecteur? Un e-lecteur est un
lecteur actif et communicant qui souhaite changer, discuter, polmiquer avec
d'autres lecteurs.

Aot 1996 - Cration de CyLibris, pionnier francophone de l'dition lectronique
commerciale

Fond en aot 1996  Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris,
livre) est le pionnier francophone de l'dition lectronique commerciale.
CyLibris est la premire maison d'dition  utiliser l'internet et le numrique
pour publier de nouveaux auteurs littraires. Vendus uniquement sur le web, les
livres sont imprims  la commande et envoys directement au client, ce qui
permet d'viter le stock et les intermdiaires. Au printemps 2000, CyLibris
devient membre du Syndicat national de l'dition (SNE). En 2001, certains titres
sont galement distribus par un rseau de librairies traditionnelles et
numriques. En 2003, le catalogue de CyLibris comprend une cinquantaine de
titres.

Octobre 1996 - Gense d'@folio, dfini comme un baladeur de texte ou un support
de lecture nomade

Architecte designer, Pierre Schweitzer cre en octobre 1996 le concept d'@folio
(qui se prononce: a-folio) dans le cadre d'un projet de design dpos  l'Ecole
d'architecture de Strasbourg. Dfini comme un baladeur de textes ou encore comme
un support de lecture nomade, @folio permet de lire des textes glans sur
l'internet. De petite taille, il cherche  mimer, sous forme lectronique, le
dispositif technique du livre, afin d'offrir une mmoire de fac-simils relis
en hypertexte pour faciliter le feuilletage. En juillet 2002, Pierre Schweitzer
fonde la start-up iCodex pour promouvoir son projet. En 2007, la
commercialisation d'@folio est encore du domaine de l'avenir.

Avril 1997 - Cration de la socit E Ink pour dvelopper une technologie
d'encre lectronique

En avril 1997, des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of
Technology) crent la socit E Ink afin de dvelopper et commercialiser une
technologie d'encre lectronique. Trs schmatiquement, la technologie est la
suivante: prises entre deux feuilles de plastique souple, des millions de
microcapsules contiennent chacune des particules noires et blanches en
suspension dans un fluide clair. Un champ lectrique positif ou ngatif permet
de faire apparatre le groupe de particules souhait  la surface du support,
afin d'afficher, de modifier ou d'effacer les donnes. En juillet 2002, E Ink
prsente le prototype du premier cran utilisant cette technologie. Dvelopp en
partenariat avec les socits Toppan et Philips, cet cran est commercialis en
2004. Suivent d'autres crans pour diverses tablettes lectroniques de lecture,
puis les premiers crans souples (papier lectronique) en noir et blanc. En mai
2007, E Ink annonce sa nouvelle technologie d'encre lectronique, le Vizplex.

Octobre 1997 - Mise en ligne de Gallica, bibliothque numrique de la
Bibliothque nationale de France

En octobre 1997, la Bibliothque nationale de France (BnF) met en ligne sa
bibliothque numrique Gallica. En accs libre, elle devient rapidement l'une
des plus importantes bibliothques numriques du rseau. On y trouve les
documents libres de droits du fonds numris de la BnF, qui vont du Moyen-Age au
dbut du 20e sicle. Pour des raisons de cot, les documents sont
essentiellement numriss en mode image. En dcembre 2006, ces collections
comprennent 90.000 ouvrages (fascicules de presse compris), 80.000 images et des
dizaines d'heures de ressources sonores. Gallica dbute la conversion en mode
texte des livres numriss en mode image pour favoriser l'accs  leur contenu.

Mai 1998 - Lancement des ditions 00h00, premier diteur au monde  vendre des
livres numriques

En mai 1998 sont lances  Paris les ditions 00h00, premier diteur au monde 
vendre des livres numriques. Les deux fondateurs de 00h00 (qui se prononce:
zro heure), Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira, choisissent ce nom 
dessein pour voquer cette ide d'origine, de nouveau dpart, en faisant le
pari de concilier dition lectronique et commerce. Pas de stock, pas de
contrainte physique de distribution, mais un trs beau site, sur lequel on lit:
Internet est un lieu sans pass, o ce que l'on fait ne s'value pas par
rapport  une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manires de faire les
choses. En 2000, le catalogue comprend 600 titres, qui comprennent une centaine
d'oeuvres originales et des rditions lectroniques d'ouvrages publis par
d'autres diteurs. Les versions numriques reprsentent 85% des ventes, les 15%
restants tant des versions imprimes  la demande du client. En septembre
2000*, 00h00 est rachet par la socit amricaine Gemstar.

Septembre 1999 - Cration du format Open eBook (OeB) pour offrir un standard de
livre numrique

En septembre 1999 est cr le format Open eBook (OeB), un standard de livre
numrique bas sur le langage XML (extensible markup language) et dfini par
l'OeBPS (open ebook publication structure). Le format OeB est dvelopp par
l'Open eBook Forum (OeBF), un consortium industriel international fond en
janvier 2000 pour regrouper constructeurs, concepteurs de logiciels, diteurs,
libraires et spcialistes du numrique (85 participants en 2002). En avril 2005,
l'Open eBook Forum change de nom pour devenir l'International Digital Publishing
Forum (IDPF).

Dcembre 1999 - Mise en ligne de WebEncyclo, premire encyclopdie francophone
en accs libre

En dcembre 1999, les ditions Atlas mettent en ligne WebEncyclo, qui est la
premire grande encyclopdie francophone en accs libre. La recherche est
possible par mots-cls, thmes, mdias (mdias signifiant: cartes, liens
internet, photos, illustrations) et ides. La section WebEncyclo contributif
regroupe les articles rgulirement envoys par des spcialistes. En 2002,
l'accs est soumis  une inscription gratuite au pralable.

Dcembre 1999 - Mise en ligne de Britannica.com, premire encyclopdie
anglophone en accs libre

En dcembre 1999, Britannica.com propose l'quivalent numrique des 32 volumes
de la 15e dition imprime de l'Encyclopdia Britannica, qui devient ainsi la
premire grande encyclopdie anglophone en accs libre sur le web.
L'encyclopdie en ligne est complte par un choix d'articles provenant de 70
titres de presse, un guide des meilleurs sites web, une slection de livres,
etc., le tout tant accessible  partir d'un moteur de recherche unique. En
septembre 2000, Britannica.com fait partie des cent sites les plus visits au
monde. En juillet 2001, la consultation devient payante sur la base d'un
abonnement mensuel ou annuel.

Janvier 2000 - Lancement du Million Book Project dans le but de numriser un
million de livres

Lanc en janvier 2000 par cinq professeurs (Jaime Carbonnel, Raj Reddy, Michael
Shamos, Gloriana St Clair et Robert Thibadeau) de la Carnegie Mellon University
(Pennsylvanie, Etats-Unis), le Million Book Project a pour but de numriser un
million de livres. Cette bibliothque numrique est hberge sur le site de
l'Internet Archive. Les livres sont scanns puis convertis au format texte en
utilisant la technologie OCR (optical character recognition). Les collections du
Million Book Project comprennent 10612 livres en avril 2005. Le projet cde
ensuite la place  l'Open Content Alliance (OCA), lance  par l'Internet Archive
en octobre 2005*.

Mars 2000 - Lancement du concept du lyber par les ditions de l'Eclat

Le concept du lyber est lanc en mars 2000 par Michel Valensi, directeur des
ditions de l'Eclat. Le lyber est un terme construit  partir du mot latin
liber qui signifie  la fois: libre, livre, enfant, vin. Dans le Petit trait
pli en dix sur le lyber, Michel Valensi dfinit le lyber comme un livre
numrique disponible gratuitement sur l'internet dans son intgralit, selon le
principe du shareware (partagiciel), avec invitation d'acheter un exemplaire
pour soi ou ses amis, possibilit de signaler l'adresse de la librairie locale,
et possibilit pour les lecteurs de laisser des commentaires sur le texte en
ligne. En novembre 2001, sur les 180 titres que comprend le catalogue des
ditions de l'Eclat, une vingtaine de titres est disponible sous forme de lyber.

Mars 2000 - Cration de la socit Mobipocket, spcialise dans les livres
numriques pour assistant personnel

Cre en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la socit Mobipocket,
base  Paris, est spcialise dans la lecture et la distribution scurise de
livres numriques sur assistant personnel (PDA). Son logiciel de lecture, le
Mobipocket Reader, est universel, c'est--dire utilisable sur tout assistant
personnel (Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan, Psion, etc.). En avril 2002, la
socit lance un Mobipocket Reader pour ordinateur. Au printemps 2003, le
Mobipocket Reader quipe les premiers smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A
la mme date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader est de 6.000
titres dans plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol),
distribus soit sur le site de Mobipocket soit dans les librairies partenaires.
En avril 2005, Mobipocket est rachet par la librairie en ligne Amazon.com.

Mai 2000 - Cration du Net des tudes franaises (NEF), rseau francophone de
diffusion libre du savoir

En mai 2000, Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto (Canada), cre le Net des tudes franaises (NEF), suite
au colloque qu'il organise  la mme date  Toronto (Colloque international sur
les tudes franaises favorises par les nouvelles technologies d'information et
de communication). Le NEF se veut  la fois un site d'dition non commerciale et
un rseau dont les auteurs partagent librement leur savoir et leurs produits
avec autrui. Le NEF est un site web consacr  divers aspects des tudes
franaises, notamment les outils critiques, rflexions et autres ressources,
ainsi que le World Wide Web comme rpositoire de textes et de bases de donnes
textuelles, en mme temps qu'objet d'tude et d'analyse critique. (Russon
Wooldridge) Le NEF organise ensuite un deuxime colloque en mai 2002  Lisieux
(Normandie).

Juillet 2000 - Auto-publication en ligne d'un roman de Stephen King, premier
auteur de best-sellers  tenter l'exprience

En juillet 2000 dbute l'auto-publication lectronique de The Plant, roman
pistolaire de Stephen King. Premier auteur de best-sellers  se lancer dans un
tel pari, Stephen King commence d'abord par distribuer en mars 2000 sa nouvelle
Riding The Bullet uniquement en version numrique. 400.000 exemplaires sont
tlchargs en vingt-quatre heures. Suite  ce succs  la fois mdiatique et
financier, il cre un site web spcifique pour auto-publier The Plant en
pisodes. Les chapitres paraissent  intervalles rguliers et sont
tlchargeables dans plusieurs formats (PDF, OeB, HTML, texte, etc.). En
dcembre 2000, aprs la parution du sixime chapitre, l'auteur dcide
d'interrompre cette exprience, le nombre de tlchargements et de paiements
ayant rgulirement baiss au fil des chapitres.

Aot 2000 - Lancement du Microsoft Reader, logiciel de lecture pour plateforme
Windows

En aot 2000, Microsoft aborde le march naissant du livre numrique en lanant
son propre logiciel de lecture, le Microsoft Reader, pour quiper le Pocket PC,
l'assistant personnel de Microsoft lanc  la mme date. Le Microsoft Reader est
ensuite disponible pour toute plateforme Windows. Microsoft passe aussi des
partenariats avec Barnes & Noble.com (en janvier 2000) et Amazon.com (en aot
2000) pour dbuter la vente de livres numriques lisibles sur le Microsoft
Reader. Barnes & Noble.com ouvre son secteur numrique en aot 2000, suivi par
Amazon.com en novembre 2000. En octobre 2001, le Pocket PC troque le systme
d'exploitation Windows CE contre le Pocket PC 2002, qui permet la lecture de
livres numriques sous droits.

Septembre 2000 - Rachat des ditions 00h00 par Gemstar-TV Guide International

En septembre 2000, les ditions 00h00 - fondes en mai 1998* - sont rachetes
par Gemstar-TV Guide International, socit amricaine spcialise dans les
produits et services numriques pour les mdias. Cette acquisition fait suite au
rachat par Gemstar en janvier 2000 des socits californiennes NuvoMedia et
Softbook Press,  l'origine des premiers modles de tablettes lectroniques de
lecture. Le rachat de 00h00 permet  Gemstar d'tendre ses activits  l'Europe
et d'accder  l'dition numrique francophone, dont 00h00 est le site de
rfrence avec 600 titres. 00h00 cesse ses activits en juin 2003, tout comme la
branche eBook de Gemstar.

Septembre 2000 - Mise en ligne du Grand dictionnaire terminologique (GDT) par
l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF)

Mis en ligne en septembre 2000 et disponible en accs libre, le Grand
dictionnaire terminologique (GDT) est un vaste dictionnaire bilingue
franais-anglais comprenant 3millions de termes du vocabulaire industriel,
scientifique et commercial. La taille du GDT quivaut  3.000 ouvrages de
rfrence imprims. Cette mise en ligne est le rsultat d'un partenariat entre
l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF), auteur du dictionnaire, et de
la socit Semantix, spcialise dans les solutions logicielles linguistiques.
Ds le premier mois, le dictionnaire est consult par 1,3 million de personnes,
avec des pointes de 60.000 requtes quotidiennes. En fvrier 2003, les requtes
sont au nombre de 3,5 millions par mois. En mars 2003, une nouvelle version du
GDT est mise en ligne, avec gestion par l'OQLF lui-mme et non plus par une
socit prestataire.

Septembre 2000 - Lancement de Numilog, premire librairie francophone  vendre
exclusivement des livres numriques

Lance en septembre 2000, la librairie Numilog est la premire librairie
francophone  vendre exclusivement des livres numriques, par tlchargement et
dans plusieurs formats. Fonde  Paris en avril 2000 par Denis Zwirn, la socit
Numilog est  la fois une librairie en ligne, un studio de fabrication et un
diffuseur de livres numriques. En 2003, le catalogue comprend 3.500 titres
(livres et priodiques) en franais et en anglais,  aux formats PDF (pour
lecture sur l'Acrobat Reader puis l'Adobe Reader), LIT (pour lecture sur le
Microsoft Reader) et PRC (pour lecture sur le Mobipocket Reader), grce  un
partenariat avec une quarantaine d'diteurs. En dcembre 2006, le catalogue de
Numilog comprend 35.000 livres numriques grce  un partenariat avec 200
diteurs, dont 60 diteurs francophones.

Septembre 2000 - Lancement du portail Handicapzro, destin aux personnes
francophones ayant un problme visuel

Mis en ligne en septembre 2000 par l'association du mme nom, Handicapzro
devient en fvrier 2003 un portail gnraliste offrant un accs adapt 
l'information (actualits, programmes de tlvision, mto, services divers pour
la sant, l'emploi, la consommation, les loisirs, les sports, la tlphonie,
etc.) pour tous les Francophones ayant un problme visuel,  savoir plus de 10%
de la population. Les personnes aveugles peuvent accder au site au moyen d'une
plage braille ou d'une synthse vocale. Les personnes malvoyantes peuvent
paramtrer sur la page d'accueil la taille et la police des caractres ainsi que
la couleur du fond d'cran pour une navigation confortable. Les personnes
voyantes peuvent correspondre en braille avec des aveugles par le biais du site.
En octobre 2006, le portail enrichit encore son contenu et se dote de nouvelles
fonctionnalits.

Octobre 2000 - Fondation de la Public Library of Science (PLoS) dans le but de
crer un service gratuit d'archives en ligne

Fonde en octobre 2000 par un groupe de chercheurs des universits de Stanford
et de Berkeley (Californie) pour contrer les pratiques des diteurs spcialiss,
la Public Library of Science (PLoS) propose de regrouper tous les articles
scientifiques et mdicaux au sein d'archives en ligne en accs libre, avec point
d'accs unique, moteur de recherche multicritres et systme d'hyperliens entre
les articles. La rponse de la communaut scientifique internationale est
remarquable. Au cours des deux annes suivantes, la lettre ouverte de PLoS est
signe par 34.000 chercheurs dans 180 pays. Le rponse des diteurs est beaucoup
moins enthousiaste, si bien que ce projet ne voit pas le jour. Mais PLoS dcide
de devenir lui-mme diteur de priodiques scientifiques et mdicaux, et lance
sa maison d'dition en janvier 2003*.

Octobre 2000 - Cration de Distributed Proofreaders pour aider  la numrisation
des livres du domaine public

Conu en octobre 2000 par Charles Franks pour aider  la numrisation des livres
du domaine public, Distributed Proofreaders (DP) est mis en ligne en mars 2001.
Le concept est de permettre la correction partage en fragmentant les livres en
pages pouvant tre relues par des correcteurs diffrents. Destin  intensifier
la production de livres pour le Projet Gutenberg, Distributed Proofreaders en
devient rapidement la principale source. Il est officiellement affili au Projet
Gutenberg en 2002. Les volontaires n'ont aucun quota  respecter. A titre
indicatif, il est suggr de relire une page par jour. Distributed Proofreaders
compte 10.000 livres numriss par ses soins en dcembre 2006. Distributed
Proofreaders Europe (DP Europe) voit le jour en janvier 2004*, en mme temps que
le Projet Gutenberg Europe.

Octobre 2000 - Lancement des tablettes lectroniques de lecture Gemstar eBook

En octobre 2000 sont lancs  New York les deux premiers modles de Gemstar
eBook, successeurs du Rocket eBook (cr par la socit NuvoMedia) et du
Softbook Reader (cr par la socit Softbook Press), suite au rachat des deux
socits par Gemstar-TV Guide International en janvier 2000. Commercialiss en
novembre 2000 aux Etats-Unis, ces deux modles - le REB 1100 (cran noir et
blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (cran couleur, successeur du
Softbook Reader) - sont construits sous le label RCA, appartenant  Thomson
Multimedia. Courant 2002, ces deux modles sont remplacs par le GEB 1150 et le
GEB 2150, construits sous le label Gemstar. En Europe, le GEB 2200 (proche du
REB 1200) est lanc en octobre 2001 en commenant par l'Allemagne. Suite  des
ventes trs infrieures aux pronostics, la commercialisation de toutes ces
tablettes de lecture cesse en juin 2003.

Novembre 2000 - Mise en ligne de la version numrise de la Bible de Gutenberg
par la British Library

En novembre 2000, la version numrique de la Bible de Gutenberg est mise en
ligne sur le site de la British Library. Date de 1454 ou 1455, cette Bible est
le premier ouvrage imprim par Gutenberg dans son atelier de Mayence, en
Allemagne. Sur les 180exemplaires d'origine, 48 exemplaires, dont certains
incomplets, existeraient toujours. La British Library en possde deux versions
compltes et une partielle. La numrisation est l'oeuvre de chercheurs et
experts techniques de l'Universit Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and
Telephone Communications), venus travailler dans les locaux de la British
Library pour numriser les deux versions compltes.

Dcembre 2000 - Cration de la socit Gyricon Media pour dvelopper un modle
de papier lectronique

En dcembre 2000, des chercheurs de PARC (Palo Alto Research Center), le centre
Xerox de la Silicon Valley, crent la socit Gyricon Media dans le but de
commercialiser le SmartPaper, un modle de papier lectronique bas sur une
technologie d'affichage dnomme gyricon (elle-mme dveloppe depuis 1997).
Trs schmatiquement, la technologie est la suivante: prises entre deux
feuilles de plastique souple, des millions de micro-alvoles contiennent des
microbilles bicolores en suspension dans un liquide clair. Chaque bille est
pourvue d'une charge lectrique. Une impulsion lectrique extrieure permet la
rotation des billes, et donc le changement de couleur, afin d'afficher, de
modifier ou d'effacer des donnes. En 2004, le march pressenti est d'abord
celui de l'affichage commercial, avec vente d'affichettes fonctionnant sur
piles. La socit disparat en 2005, et les activits de recherche et
dveloppement se poursuivent au sein de Xerox.

Janvier 2001 - Cration de Wikipedia, grande encyclopdie collaborative en ligne

Cre en janvier 2001  l'initiative de Jimmy Wales et de Larry Sanger,
Wikipedia est une encyclopdie gratuite crite collectivement et dont le contenu
est librement rutilisable. Cette encyclopdie cooprative est rdige par des
milliers de volontaires, avec possibilit pour tout un chacun de corriger ou
complter les articles. Elle est finance par des dons et sans publicit. En
dcembre 2004, Wikipedia compte 1,3million d'articles rdigs par 13.000
contributeurs dans une centaine de langues. Deux ans aprs, en dcembre 2006,
elle compte 5 millions d'articles dans 250langues. Des centaines de milliers de
visiteurs apportent quotidiennement des corrections et complments. Les articles
restent la proprit de leurs auteurs. La libre utilisation des articles est
rgie par la licence GFDL (GNU free documentation license).

Janvier 2001 - Lancement par la socit Cytale du Cybook, premire tablette
lectronique de lecture europenne

Premire tablette lectronique de lecture europenne, le Cybook est lanc en
janvier 2001 par Cytale, une socit franaise dirige par Olivier Pujol. Le
tlchargement des livres et journaux numriques s'effectue  partir d'une
librairie en ligne propre  Cytale, suite  des partenariats passs avec des
diteurs. La socit dveloppe aussi le Cybook Pro,  destination des gros
consommateurs de documents, et le Cybook Vision,  destination des personnes
malvoyantes. Les ventes des trois modles tant trs infrieures aux pronostics,
Cytale, mis en liquidation judiciaire, se voit contraint de cesser ses activits
en juillet 2002. La commercialisation du Cybook est ensuite reprise par la
socit Bookeen, fonde en 2003. La deuxime gnration de Cybook est disponible
en juin 2004. La troisime gnration de Cybook, disponible en octobre 2007,
exploite la technologie d'encre lectronique E Ink.

Janvier 2001 - Lancement par Adobe de l'Acrobat eBook Reader, logiciel de
lecture pour livres numriques sous droits

En janvier 2001, Adobe lance deux nouveaux produits en complment de l'Acrobat
Reader (qui permet de lire des documents au format PDF) et de l'Adobe Acrobat
(qui permet de les crer). L'Acrobat eBook Reader, gratuit, est un logiciel de
lecture pour les livres numriques sous droits, avec gestion des droits par
l'Adobe Content Server. L'Adobe Content Server, payant, est un systme de DRM
destin aux diteurs et distributeurs pour la gestion des droits numriques, 
savoir le conditionnement, la protection, la distribution et la vente scurise
des livres numriques au format PDF. En mai 2003, l'Acrobat eBook Reader
fusionne avec l'Acrobat Reader pour devenir l'Adobe Reader.

Mars 2001 - Lancement du Palm Reader, logiciel de lecture destin au Palm Pilot

En mars 2001, la socit Palm fait l'acquisition de Peanutpress.com, diteur et
distributeur de livres numriques pour assistant personnel (PDA), qui
appartenait jusque-l  la socit netLibrary. Le Peanut Reader devient le Palm
Reader, utilisable aussi bien sur le Palm Pilot que sur le Pocket PC, et les
2.000 titres de Peanutpress.com sont transfrs dans la librairie numrique Palm
Digital Media. En juillet 2002, le Palm Reader est utilisable sur ordinateur. A
la mme date, Palm Digital Media distribue 5.500titres dans plusieurs langues.
En 2003, le catalogue approche les 10.000 titres.

Octobre 2001 - Lancement par l'Internet Archive de la Wayback Machine, qui
permet de voir l'historique d'un site web  diffrentes dates

En octobre 2001, l'Internet Archive met ses archives en accs libre grce  la
Wayback Machine, qui permet  tout un chacun de voir l'historique d'un site web,
 savoir la prsentation et le contenu d'un site web donn  diffrentes dates,
en gnral tous les deux mois,  partir de 1996. Fonde en avril 1996* par
Brewster Kahle  San Francisco (Californie), l'Internet Archive a pour but de
constituer, stocker, prserver et grer une bibliothque de l'internet, en
archivant rgulirement la totalit du web. En 2004, les archives du web
reprsentent plus de 300 traoctets (To) de donnes, avec une croissance de 12
traoctets par mois. Le nombre de pages web visibles avec la Wayback Machine est
de 65 milliards en dcembre 2006 et 85 milliards en mai 2007.

Fvrier 2002 - Mise en ligne de Bookshare.org, grande bibliothque numrique
pour personnes aveugles et malvoyantes

En fvrier 2002 est mis en ligne Bookshare.org, grande bibliothque numrique 
l'intention des personnes aveugles et malvoyantes rsidant aux Etats-Unis.
Bookshare.org est cr et financ par Benetech, une socit de la Silicon Valley
ayant pour objectif de mettre la technologie au service de tous les tres
humains, et pas seulement de quelques-uns. Scanns par une centaine de
volontaires, 7620 titres sont disponibles en deux formats: le format BRF
(braille format), destin  une lecture sur plage braille ou une impression sur
imprimante braille, et le format DAISY (digital accessible information system),
qui permet l'coute du texte sur synthse vocale. Le nombre de livres et de
volontaires augmente rapidement. En fvrier 2003, un an aprs l'ouverture,
Bookshare.org compte 11.500 titres et 200 volontaires. Fin 2006, la bibliothque
propose 30.000 livres et 150quotidiens  5.000 adhrents. En mai 2007,
Bookshare.org lance un service international.

Janvier 2003 - Dbuts des activits d'dition de la Public Library of Science
(PLoS) pour lancer des priodiques scientifiques et mdicaux en ligne

En janvier 2003, la Public Library of Science (PLoS) - fonde en octobre 2000* -
devient un diteur non commercial de priodiques scientifiques et mdicaux en
ligne. Une quipe ditoriale de haut niveau est constitue pour lancer des
priodiques de qualit (PLoS Biology en octobre 2003 puis PLoS Medicine en 2004)
selon un nouveau modle d'dition en ligne bas sur la diffusion libre du
savoir. Trois nouveaux titres voient le jour en 2005: PLoS Genetics, PLoS
Computational Biology et PLoS Pathogens. PLoS Clinical Trials est lanc en mai
2006. PLoS Neglected Tropical Diseases est lanc en automne 2007. Librement
accessibles en ligne, tous les articles peuvent tre diffuss et rutiliss
ailleurs, y compris pour des traductions, selon les termes de la licence
Creative Commons, la seule contrainte tant la mention des auteurs et de la
source.

Septembre 2003 - Mise en ligne gratuite du MIT OpenCourseWare, un ensemble de
cours du Massachusetts Institute of Technology

Le MIT (Massachusetts Institute of Technology) dcide de publier ses cours en
ligne, avec accs libre et gratuit, pour les mettre  la disposition de tous.
Disponible en septembre 2002, la version pilote du MIT OpenCourseWare (MIT OCW)
offre en accs libre le matriel d'enseignement de 32 cours reprsentatifs des
cinq dpartements du MIT: textes des confrences, travaux pratiques, exercices
et corrigs, bibliographies, documents audio et vido, etc. Le lancement
officiel du site a lieu en septembre 2003, avec accs  quelques centaines de
cours. En mai 2006, 1400 cours manent de 34dpartements appartenant aux cinq
coles du MIT. La totalit des cours dispenss par le MIT, soit 1.800 cours, est
disponible en 2008. En dcembre 2005 est lanc en parallle l'OpenCourseWare
Consortium (OCW Consortium), qui propose les cours en accs libre de nombreuses
universits.

Janvier 2004 - Lancement du Projet Gutenberg Europe et de Distributed
Proofreaders Europe

En janvier 2004, le Projet Rastko, bas  Belgrade (Serbie), lance le Projet
Gutenberg Europe et Distributed Proofreaders Europe (DP Europe), calqu sur
Distributed Proofreaders (DP), qui opre aux Etats-Unis depuis octobre 2000*. Le
concept est de permettre la correction partage en fragmentant les livres en
pages pouvant tre relues par des correcteurs diffrents. La prsence de
plusieurs langues reflte la diversit linguistique prvalant en Europe. En juin
2005, 100 livres sont numriss. En dcembre 2006, ce nombre s'lve  400.
Quand il aura atteint sa vitesse de croisire, le Projet Gutenberg Europe
devrait se rpartir en plusieurs bibliothques numriques nationales et/ou
linguistiques, avec respect du copyright en vigueur dans le pays donn.

Octobre 2004 - Lancement de Google Print, le projet de bibliothque numrique
mondiale de Google

En octobre 2004, Google lance la premire partie de son programme Google Print,
tabli en partenariat avec les diteurs pour consulter  l'cran des extraits de
livres, puis commander les livres auprs d'une librairie en ligne. La version
bta de Google Print est mise en ligne en mai 2005. En dcembre 2004, Google
lance la deuxime partie de son programme Google Print, cette fois  destination
des bibliothques, le but tant de  numriser 15 millions de livres,  commencer
par ceux des bibliothques de plusieurs  universits (Harvard, Stanford,
Michigan, Oxford) et de la ville de New York. En aot 2005, le programme est
suspendu pour cause de conflit avec les diteurs de livres sous droits. Il
reprend en aot 2006* sous le nom de Google Book Search (Google Livres).

Octobre 2005 - Lancement de l'Open Content Alliance (OCA), projet public et
coopratif de bibliothque numrique mondiale

Lanc en octobre 2005  l'instigation de l'Internet Archive, l'Open Content
Alliance (OCA) est un projet public et coopratif de bibliothque numrique
mondiale. L'OCA regroupe de nombreux partenaires: bibliothques, universits,
organisations gouvernementales, associations  but non lucratif, organismes
culturels, socits informatiques. Les premiers participants sont les
bibliothques des Universits de Californie et de Toronto, l'European Archive,
les Archives nationales du Royaume-Uni, O'Reilly Media et Prelinger Archives.
L'OCA souhaite s'inspirer de l'initiative de Google en vitant ses travers, 
savoir la numrisation des livres sous droits sans l'accord pralable des
diteurs, tout comme la consultation et le tlchargement impossibles sur un
autre moteur de recherche.

Janvier 2006 - Lancement de la Bibliothque numrique pour le Handicap (BnH) 
destination de toutes les personnes en situation de handicap

En janvier 2006 est lance la Bibliothque numrique pour le Handicap (BnH) 
l'initiative de la ville de Boulogne-Billancourt (rgion parisienne) et sous
l'gide d'Alain Patez, bibliothcaire numrique charg de mission pour la BnH.
Projet  vocation nationale, la BnH repose sur la conviction que l'dition
numrique est le moyen d'accs  l'information et  la culture le mieux adapt
aux personnes en situation de handicap. L'objectif de la BnH est de permettre 
toute personne confronte  un handicap de tlcharger  distance des livres
numriques. Ces documents sont commercialiss dans le public, donc non libres de
droit de reproduction. (Alain Patez) La plateforme technique est entirement
gre par la socit Numilog. En septembre 2007, l'accs de la BnH est
gnralis  toute personne en situation de handicap.

Aot 2006 - Lancement de Google Book Search (Google Livres) en remplacement de
Google Print

En aot 2006, Google lance Google Book Search (Google Livres) pour remplacer le
trs controvers Google Print, lanc en octobre 2004* et suspendu en aot 2005
pour cause de conflit avec les diteurs de livres sous droits. Google souhaite
repartir sur de nouvelles bases. La numrisation des fonds de grandes
bibliothques se poursuit, tout comme le dveloppement de partenariats avec les
diteurs qui le souhaitent. Le conflit avec les diteurs se poursuit lui aussi,
puisque Google continue de numriser des livres sous droits sans l'autorisation
pralable des diteurs en invoquant le droit de citation pour prsenter des
extraits sur le web. L'Authors Guild et l'Association of American Publishers
(AAP) invoquent pour leur part le non respect de la lgislation relative au
copyright pour attaquer Google en justice.

Dcembre 2006 - Lancement de Live Search Books, le projet de bibliothque
numrique mondiale de Microsoft

En dcembre 2006 est lance la version bta de Live Search Books, qui permet de
faire des recherches par mots-cls dans les livres du domaine public scanns par
Microsoft. Les premiers fonds scanns sont la British Library et les
bibliothques des Universits de Californie et de Toronto, suivies en janvier
2007 par la New York Public Library et  par la bibliothque de l'Universit
Cornell. Microsoft compte ajouter des livres sous droits avec l'accord pralable
des diteurs. Microsoft participe aussi  l'Open Content Alliance (OCA), une
initiative lance en octobre 2005* par l'Internet Archive pour crer un
rpertoire libre et multilingue de livres numriss et documents multimdias.

Dcembre 2006 - Dveloppement d'une bibliothque numrique plantaire dans la
Text Archive, sous l'gide de l'Internet Archive

Suite  la cration de l'Open Content Alliance (OCA) en octobre 2005*,
l'Internet Archive franchit la barre des 100.000 livres numriss en dcembre
2006, avec un rythme de 12.000 nouveaux livres par mois. Ces livres sont
disponibles dans la collection Text Archive de l'Internet Archive. A la mme
date, l'Internet Archive reoit une subvention importante de la Sloan Foundation
pour numriser cinq collections historiques appartenant  des tablissements
rputs (Metropolitan Museum of Art, Boston Public Library, Getty Research
Institute, John Hopkins University, Universit de Californie  Berkeley). La
barre des 200.000 livres numriss est franchie en mai 2007.

Mars 2007 - Lancement de Citizendium, grande encyclopdie collaborative en ligne

Citizendium (qui se veut l'abrg de: The Citizens' Compendium) est une grande
encyclopdie collaborative en ligne conue en novembre 2006 et lance en mars
2007 (en version bta) par Larry Sanger, co-fondateur de Wikipedia en janvier
2001*, mais qui quitte ensuite l'quipe de Wikipedia suite  des problmes de
qualit de contenu. Citizendium est bas sur le mme modle que Wikipedia
(collaborative et gratuite) tout en vitant ses travers (vandalisme et manque de
rigueur). Les auteurs signent les articles de leur vrai nom et les articles sont
dits par des experts (editors) titulaires d'une licence universitaire et
gs d'au moins 25 ans. De plus, des constables sont chargs de la bonne
marche du projet et du respect du rglement. Le jour de son lancement (25 mars
2007), Citizendium comprend 820 auteurs et 180experts.

Mai 2007 - Lancement de l'Encyclopedia of Life, grande encyclopdie
collaborative des sciences de la vie

Projet dbut en mai 2007, l'Encyclopedia of Life est une vaste encyclopdie
collaborative en ligne rassemblant les connaissances existantes sur toutes les
espces animales et vgtales connues (1,8 million), y compris les espces en
voie d'extinction, avec l'ajout de nouvelles espces au fur et  mesure de leur
identification (il en existerait de 8  10 millions). Ce projet collaboratif est
men par plusieurs grandes institutions (Field Museum of Natural History,
Harvard University, Marine Biological Laboratory, Missouri Botanical Garden,
Smithsonian Institution, Biodiversity Heritage Library). Le financement initial
est assur par la MacArthur Foundation et la Sloan Foundation. La ralisation
des pages web dbute courant 2007. L'encyclopdie fait ses dbuts  la mi-2008.
Oprationnelle d'ici trois  cinq ans, elle devrait tre complte - c'est--dire
 jour - dans dix ans.


14.2. En rsum


1971 (juillet): Gense du Projet Gutenberg, premire bibliothque numrique au
monde.

1991 (janvier): Cration de l'Unicode, systme d'encodage permettant de traiter
toutes les langues de la plante.

1993 (janvier): Lancement de The Online Books Page, un rpertoire d'oeuvres
anglophones en accs libre.

1993 (avril): Cration d'ABU: la bibliothque universelle, premire
bibliothque numrique francophone.

1993 (juin): Lancement par Adobe de l'Acrobat Reader, premier logiciel de
lecture.

1994 (novembre): Naissance des Chroniques de Cybrie, premire lettre
d'information lectronique francophone.

1995 (fvrier): Lancement du site web du Monde diplomatique, premier site d'un
priodique imprim franais.

1995 (avril): Cration d'Editel, site pionnier de l'dition littraire
francophone.

1995 (juillet): Cration de la librairie en ligne Amazon.com, futur gant du
commerce lectronique.

1996 (fvrier): Lancement de la lettre d'information lectronique LMB Actu (Le
Micro Bulletin Actu).

1996 (avril): Fondation de l'Internet Archive pour archiver la totalit du web
tous les deux mois.

1996 (mai): Cration du DAISY Consortium pour dfinir un standard de livre
audionumrique.

1996 (juin): Lancement de Zazieweb, site indpendant suivant l'actualit du
livre.

1996 (aot): Cration de CyLibris, pionnier francophone de l'dition
lectronique commerciale.

1996 (octobre): Gense d'@folio, dfini comme un baladeur de texte ou un support
de lecture nomade.

1997 (avril): Cration de la socit E Ink pour dvelopper une technologie
d'encre lectronique.

1997 (octobre): Mise en ligne de Gallica, bibliothque numrique de la
Bibliothque nationale de France.

1998 (mai): Lancement des ditions 00h00, premier diteur au monde  vendre des
livres numriques.

1999 (septembre): Cration du format Open eBook (OeB) pour offrir un standard de
livre numrique.

1999 (dcembre): Mise en ligne de WebEncyclo, premire encyclopdie francophone
en accs libre.

1999 (dcembre): Mise en ligne de Britannica.com, premire encyclopdie
anglophone en accs libre.

2000 (janvier): Lancement du Million Book Project dans le but de numriser un
million de livres.

2000 (mars): Lancement du concept du lyber par les ditions de l'Eclat.

2000 (mars): Cration de la socit Mobipocket, spcialise dans les livres
numriques pour assistant personnel.

2000 (mai): Cration du Net des tudes franaises (NEF), rseau francophone de
diffusion libre du savoir.

2000 (juillet): Auto-publication en ligne d'un roman de Stephen King, premier
auteur de best-sellers  tenter l'exprience.

2000 (aot): Lancement du Microsoft Reader, logiciel de lecture pour plateforme
Windows.

2000 (septembre): Rachat des ditions 00h00 par Gemstar-TV Guide International.

2000 (septembre): Mise en ligne du Grand dictionnaire terminologique (GDT) par
l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF).

2000 (septembre): Lancement de Numilog, premire librairie francophone  vendre
exclusivement des livres numriques.

2000 (septembre): Lancement du portail Handicapzro, destin aux personnes
francophones ayant un problme visuel.

2000 (octobre): Fondation de la Public Library of Science (PLoS) dans le but de
crer un service gratuit d'archives en ligne.

2000 (octobre): Cration de Distributed Proofreaders pour aider  la
numrisation des livres du domaine public.

2000 (octobre): Lancement des tablettes lectroniques de lecture Gemstar eBook.

2000 (novembre): Mise en ligne de la version numrise de la Bible de Gutenberg
par la British Library.

2000 (dcembre): Cration de la socit Gyricon Media pour dvelopper un modle
de papier lectronique.

2001 (janvier): Cration de Wikipedia, grande encyclopdie collaborative en
ligne.

2001 (janvier): Lancement par la socit Cytale du Cybook, premire tablette
lectronique de lecture europenne.

2001 (janvier): Lancement par Adobe de l'Acrobat eBook Reader, logiciel de
lecture pour livres numriques sous droits.

2001 (mars): Lancement du Palm Reader, logiciel de lecture destin au Palm
Pilot.

2001 (octobre): Lancement par l'Internet Archive de la Wayback Machine, qui
permet de voir l'historique d'un site web  diffrentes dates.

2002 (fvrier): Mise en ligne de Bookshare.org, grande bibliothque numrique
pour personnes aveugles et malvoyantes.

2003 (janvier): Dbuts des activits d'dition de la Public Library of Science
(PLoS) pour lancer des priodiques scientifiques et mdicaux en ligne.

2003 (septembre): Mise en ligne gratuite du MIT OpenCourseWare, une srie de
cours du Massachusetts Institute of Technology.

2004 (janvier): Lancement du Projet Gutenberg Europe et de Distributed
Proofreaders Europe.

2004 (octobre): Lancement de Google Print, le projet de bibliothque numrique
mondiale de Google.

2005 (octobre): Lancement de l'Open Content Alliance (OCA), projet public et
coopratif de bibliothque numrique mondiale.

2006 (janvier): Lancement de la Bibliothque numrique pour le Handicap (BnH) 
destination de toutes les personnes en situation de handicap.

2006 (aot): Lancement de Google Book Search (Google Livres) en remplacement de
Google Print.

2006 (dcembre): Lancement de Live Search Books, le projet de bibliothque
numrique mondiale de Microsoft.

2006 (dcembre): Dveloppement d'une bibliothque numrique plantaire dans la
Text Archive, sous l'gide de l'Internet Archive.

2007 (mars): Lancement de Citizendium, grande encyclopdie collaborative en
ligne.

2007 (mai): Lancement de l'Encyclopedia of Life, grande encyclopdie
collaborative des sciences de la vie.


15. REMERCIEMENTS


Ce livre doit beaucoup  tous les professionnels du livre - et apparents -
ayant accept de rpondre par courriel  mes questions, dans certains pendant
plusieurs annes depuis 1998. La quasi-totalit des entretiens est publie en
ligne sur le Net des tudes franaises (www.etudes-francaises.net/entretiens/).

- Nicolas Ancion (Madrid), crivain et responsable ditorial de Luc Pire
lectronique, le secteur numrique de l'diteur belge Luc Pire.

- Alex Andrachmes (Europe), producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte.

- Guy Antoine (New Jersey), crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur
la culture hatienne.

- Silvaine Arabo (Poitou-Charentes), pote et plasticienne, cratrice de la
cyber-revue Posie d'hier et d'aujourd'hui.

- Arlette Attali (Paris), responsable de l'quipe "Recherche et projets
internet"  l'Institut national de la langue franaise (INaLF).

- Marc Autret (rgion parisienne), rdacteur en chef d'Ecrire&Editer,
journaliste et infographiste.

- Isabelle Aveline (Lyon), cratrice de Zazieweb, site consacr  l'actualit
littraire.

- Jean-Pierre Balpe (Paris), directeur du dpartement hypermdias de
l'Universit Paris8, chercheur et crivain.

- Emmanuel Barthe (Paris), documentaliste juridique du cabinet d'avocats
Coutrelis & Associs, et modrateur de la liste de discussion Juriconnexion.

- Robert Beard (Lewisburg, Pennsylvanie), co-fondateur de yourDictionary.com,
portail de rfrence pour les langues.

- Michael Behrens (Bielefeld, Allemagne), responsable du secteur numrique de la
Bibliothque universitaire de Bielefeld.

- Michel Benot (Montral), auteur de romans policiers, utilise l'internet comme
outil de recherche, de communication et d'ouverture sur le monde.

- Guy Bertrand (Montral), directeur scientifique du Centre d'expertise et de
veille inforoutes et langues (CEVEIL).

- Olivier Bogros (Lisieux, Normandie), directeur de la Mdiathque municipale et
crateur de la Bibliothque lectronique de Lisieux.

- Christian Boitet (Grenoble), directeur du Groupe d'tude pour la traduction
automatique (GETA).

- Bernard Boudic (Rennes), responsable ditorial du site internet du quotidien
Ouest-France.

- Bakayoko Bourahima (Abidjan), documentaliste  l'Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique (ENSEA).

- Marie-Aude Bourson (Lyon), cratrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy,
sites littraires destins aux nouveaux auteurs.

- Lucie de Boutiny (Paris), crivain papier et pixel, auteur de NON, roman
multimdia publi en feuilleton sur le web.

- Anne-Ccile Brandenbourger (Bruxelles), auteur de La maldiction du parasol,
hyper-roman publi aux ditions 00h00.

- Alain Bron (Paris), consultant en systmes d'information et crivain, met en
scne l'internet dans son roman Sanguine sur toile.

- Patrice Cailleaud (Paris), membre fondateur et directeur de la communication
de l'association Handicapzro, qui propose un portail destin aux personnes
aveugles et malvoyantes.

- Tyler Chambers (Boston, Massachusetts), crateur de The Human-Languages Page
et de The Internet Dictionary Project.

- Pascal Chartier (Lyon), libraire d'ancien et crateur de Livre-rare-book, site
professionnel de livres d'occasion.

- Richard Chotin (Paris), professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de
Lille.

- Alain Clavet (Ottawa), analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada.

- Jean-Pierre Cloutier (Montral), auteur des Chroniques de Cybrie, chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet.

- Jacques Coubard (Paris), responsable du site web du quotidien L'Humanit.

- Luc Dall'Armellina (Paris), co-auteur et webmestre d'oVosite, espace
d'critures hypermdias.

- Kushal Dave (Yale), tudiant puis professeur  l'Universit de Yale.

- Cynthia Delisle (Montral), consultante au Centre d'expertise et de veille
inforoutes et langues (CEVEIL).

- Catherine Desbuquois (Paris), conservateur en chef des bibliothques, charge
de mission  la Direction du livre et de la lecture (Ministre de la culture et
de la communication), en mission auprs de l'association BrailleNet.

- Emilie Devriendt (Paris), lve professeur  l'Ecole normale suprieure (ENS)
de Paris, doctorante  l'Universit Paris 4-Sorbonne et responsable du site
Translatio.

- Bruno Didier (Paris), webmestre de la mdiathque de l'Institut Pasteur.

- Catherine Domain (Paris), fondatrice de la librairie Ulysse, premire
librairie de voyage au monde.

- Helen Dry (Michigan), modratrice de The Linguist List.

- Bill Dunlap (Paris & San Francisco), fondateur de Global Reach, socit
spcialise dans le marketing international en ligne.

- Pierre-Nol Favennec (Paris & Lannion, Bretagne), expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D.

- Grard Fourestier (Nice), crateur de Rubriques  Bac, ensemble de bases de
donnes destines aux lycens et aux tudiants.

- Pierre Franois Gagnon (Montral), crateur d'Editel, pionnier de l'dition
littraire francophone en ligne.

- Olivier Gainon (Paris), fondateur et grant de CyLibris, pionnier francophone
de l'dition lectronique commerciale.

- Jacques Gauchey (San Francisco), journaliste, spcialiste en industrie des
technologies de l'information et "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe.

- Raymond Godefroy (Valognes, Normandie), crivain-paysan, diffuse son recueil
Fables pour l'an 2000 sur le web avant la parution du recueil imprim.

- Muriel Goiran (Rhne-Alpes), libraire  la librairie Decitre.

- Marcel Grangier (Berne, Suisse), responsable de la section franaise des
services linguistiques centraux de l'Administration fdrale suisse.

- Barbara Grimes (Hawaii), directrice de publication de l'Ethnologue: Languages
of the World, grande encyclopdie des langues.

- Michael Hart (Illinois), fondateur du Projet Gutenberg, premire bibliothque
numrique au monde.

- Roberto Hernndez Montoya (Caracas), responsable de la bibliothque numrique
du magazine lectronique Venezuela Analtica.

- Randy Hobler (Dobbs Ferry, New York), consultant en marketing internet de
produits et services de traduction.

- Eduard Hovy (Marina del Rey, Californie), directeur du Natural Language Group
de l'USC/ISI (University of Southern California / Information Sciences
Institute), et spcialiste de la traduction automatique et du traitement naturel
des langues.

- Christiane Jadelot (Nancy), ingnieur d'tudes  l'Institut national de la
langue franaise (INaLF).

- Grard Jean-Franois (Caen), directeur du centre de ressources informatiques
de l'Universit de Caen.

- Jean-Paul (Paris), webmestre du site hypermdia cotres.net.

- Anne-Bndicte Joly (Antony, rgion parisienne), crivain auto-ditant ses
oeuvres et utilisant le web pour les faire connatre.

- Brian King (monde), directeur du WorldWide Language Institute,  l'origine de
NetGlos, un glossaire multilingue de la terminologie de l'internet.

- Geoffrey Kingscott (Londres), co-directeur du magazine en ligne Language
Today.

- Steven Krauwer (Utrecht, Pays-Bas), coordinateur d'ELSNET (European Network of
Excellence in Human Language Technologies).

- Galle Lacaze (Paris), ethnologue et professeur d'crit lectronique dans un
institut universitaire professionnalis.

- Michel Landaret (Strasbourg), responsable du site web des Dernires nouvelles
d'Alsace.

- Hlne Larroche (Paris), fondatrice de la librairie Itinraires, spcialise
dans les voyages.

- Pierre Le Loarer (Grenoble), directeur du centre de documentation de
l'Institut d'tudes politiques de Grenoble et charg de mission TICE.

- Claire Le Parco (Paris), de la socit Webnet, socit qui cre le site Posie
franaise.

- Annie Le Saux (Paris), rdactrice du Bulletin des bibliothques de France
(BBF).

- Fabrice Lhomme (Bretagne), crateur d'Une Autre Terre, site consacr  la
science-fiction.

- Philippe Loubire (Paris), traducteur littraire et dramatique, et spcialiste
de la Roumanie.

- Pierre Magnenat (Lausanne), responsable de la cellule gestion et prospective
du centre informatique de l'Universit de Lausanne.

- Xavier Malbreil (Arige, Midi-Pyrnes), auteur multimdia, crateur du site
www.0m1.com et modrateur de la liste e-critures.

- Alain Marchiset (Paris), libraire d'ancien et prsident du Syndicat national
de la librairie ancienne et moderne (SLAM).

- Maria Victoria Marinetti (Annecy), professeur d'espagnol en entreprise et
traductrice.

- Michael Martin (Berkeley, Californie), crateur de Travlang, site consacr aux
voyages et aux langues.

- Tim McKenna (Genve), crivain, s'interroge sur la notion complexe de vrit
dans un monde en mutation constante.

- Emmanuel Mnard (Paris), directeur des publications de CyLibris, maison
d'dition littraire en ligne.

- Yoshi Mikami (Fujisawa, Japon), crateur du site The Languages of the World by
Computers and the Internet, et co-auteur du livre Pour un web multilingue paru
chez O'Reilly.

- Jacky Minier (Orlans), crateur de Diamedit, site de promotion d'indits
artistiques et littraires.

- Jean-Philippe Mouton (Paris), fondateur et grant de la socit d'ingnierie
Isayas.

- John Mark Ockerbloom (Pennsylvanie), fondateur de The Online Books Page,
rpertoire d'oeuvres anglophones en accs libre sur le web.

- Caoimhn  Donnale (Ile de Skye, Ecosse), webmestre du principal site
d'information en galique cossais, avec une section consacre aux langues
europennes minoritaires.

- Jacques Pataillot (Paris), conseiller en management chez Cap Gemini Ernst &
Young.

- Alain Patez (Boulogne-Billancourt, rgion parisienne), responsable des
ditions numriques  la Mdiathque Landowski de Boulogne-Billancourt, et
charg de mission pour la Bibliothque numrique pour le Handicap (BnH).

- Nicolas Pewny (Annecy), fondateur des ditions du Choucas, spcialises dans
les romans policiers, puis consultant en dition lectronique.

- Marie-Joseph Pierre (Argentan, Normandie), enseignante-chercheuse  l'Ecole
pratique des hautes tudes (EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne).

- Herv Ponsot (Toulouse), webmestre des ditions du Cerf, spcialises en
thologie.

- Olivier Pujol (Paris), PDG de la socit Cytale et promoteur du Cybook,
premire tablette lectronique de lecture europenne.

- Anissa Rachef (Londres), bibliothcaire et professeur de franais langue
trangre  l'Institut franais de Londres.

- Peter Raggett (Paris), directeur du centre de documentation et d'information
(CDI) de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE).

- Patrick Rebollar (Tokyo), professeur de littrature franaise et
d'informatique dans des universits japonaises, crateur d'un site web de
recherches et activits littraires, et modrateur de la liste de diffusion
LITOR (littrature et ordinateur).

- Philippe Renaut (Paris), grant des ditions du Presse-Temps, et rdacteur en
chef d'Edition-actu, la lettre d'information lectronique de CyLibris.

- Jean-Baptiste Rey (Aquitaine), webmestre et rdacteur de Biblio On Line, site
web destin aux bibliothques.

- Philippe Rivire (Paris), rdacteur au Monde diplomatique et responsable du
site web.

- Blaise Rosnay (Paris), webmestre du site du Club des Potes.

- Bruno de Sa Moreira (Paris), co-fondateur des ditions 00h00, premier diteur
au monde  vendre des livres numriques.

- Pierre Schweitzer (Strasbourg), architecte designer, inventeur du projet
@folio, une tablette numrique de lecture nomade, et de Mot@mot, un logiciel de
remise en page de fac-simils numriques.

- Henri Slettenhaar (Genve), professeur en technologies de la communication 
la Webster University et directeur excutif de la Silicon Valley Association
(SVA) suisse.

- Murray Suid (Palo Alto, Californie), crivain spcialis dans les logiciels
ducatifs en ligne et le matriel pdagogique multimdia.

- June Thompson (Hull, Royaume-Uni), directeur du C&IT (Communications &
Information Technology) Centre, bas  l'Universit de Hull.

- Zina Tucsnak (Nancy), ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyse et
traitement informatique de la langue franaise).

- Franois Vadrot (Paris), fondateur et PDG de la socit de cyberpresse FTPress
(French Touch Press).

- Christian Vandendorpe (Ottawa), professeur  l'Universit d'Ottawa et
spcialiste des thories de la lecture.

- Robert Ware (Colorado), crateur de Onelook Dictionaries, un moteur de
recherche pour les dictionnaires.

- Russon Wooldridge (Toronto), professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto, crateur de ressources littraires librement
accessibles en ligne, et fondateur du Net des tudes franaises (NEF).

- Denis Zwirn (Paris), prsident de la socit Numilog, fondateur d'une grande
librairie numrique francophone, spcialiste de la distribution de livres
numriques, et prestataire de services auprs d'diteurs et de bibliothques.


16. COMMENTAIRES


Ce travail de recherche a vu le jour ds 1995. Il s'est d'abord intitul De
l'imprim  Internet, avec une premire synthse disponible en 1999 aux ditions
00h00 (version PDF et version imprime) puis en 2001 sur le Net des tudes
franaises (version web). Il s'est poursuivi au fil des ans avec deux nouveaux
titres: Entretiens (1998-2001), qui regroupe une centaine d'entretiens avec des
professionnels du livre et apparents, et Le Livre 010101 (1993-2003), un
ouvrage de synthse en deux volumes. L'ensemble est publi en ligne sur le Net
des tudes franaises (NEF), bas  l'Universit de Toronto (Canada), tout comme
nombre d'enqutes et d'articles connexes. A la demande des adeptes du format
PDF, Le Livre 010101 est galement distribu par la librairie numrique Numilog.
Quatre ans plus tard suit un nouveau livre de synthse, Les mutations du livre 
l'heure de l'internet, disponible en septembre 2007 au format PDF sur le NEF et
chez Numilog.

Marc Autret, journaliste et infographiste: C'est tout naturellement chez
Numilog que la journaliste Marie Lebert a mis en circulation sa remarquable
enqute: Le Livre 010101 (version 2002, 158 pp., 1 Mo, ndlr). En quelque 158
pages, elle prsente d'innombrables acteurs de l'dition numrique, leur
dmarche, leurs problmes, leurs espoirs. Une somme d'entretiens et d'analyses
qui, par sa densit et sa qualit, tient de la prouesse. A dcouvrir. (Ecrire &
Editer n 41, dcembre-janvier 2003)

Anne-Bndicte Joly, crivain, qui auto-dite ses oeuvres et les promeut sur son
site web: J'ai collabor  trois reprises avec Marie Lebert dans le cadre de
ses travaux de recherche. Non seulement l'exprience s'est parfaitement droule
grce au trs grand professionnalisme dont Marie Lebert a su faire preuve tout
au long de nos travaux (tant durant la phase analyse que durant la phase
restitution avant validation), mais aussi elle a accompagn ces dmarches d'un
soutien et d'une communication de tous les instants. Une fois les travaux
effectus et les donnes rassembles dans un ouvrage, dont la qualit et la
pertinence font aujourd'hui rfrence (dans le monde de l'dition numrique),
Marie Lebert a attach une grande importance au retour d'information auprs des
personnes interviewes. Participer dans ces conditions  de tels travaux
d'analyse et collaborer de cette manire ont t des tapes particulirement
intressantes  de nombreux gards. (fvrier 2005)

Nicolas Pewny, fondateur des ditions du Choucas, puis consultant publishing et
internet: J'ai eu le plaisir de suivre les recherches de Marie Lebert. Elle
s'est intresse  l'internet et au tltravail  une poque o ils n'taient
connus que de quelques initis. Elle a su voir trs tt les consquences des
bouleversements apports dans le monde du livre par l'internet et les
technologies numriques. Marie Lebert a fait un gigantesque travail de
recherche, vritable travail de prcurseur, pour en faire l'historique et la
synthse, dans ses ouvrages Le Livre 010101. Ces ouvrages sont et resteront des
documents incontournables pour qui veut comprendre les mutations profondes que
l'internet engendre. (fvrier 2005)

Denis Zwirn, prsident de Numilog, grande librairie de livres numriques et
prestataire de services: Marie Lebert est entre en contact avec la socit
Numilog en fvrier 2001  l'occasion de la rdaction de son livre d'entretiens
avec des spcialistes du livre lectronique Le Livre 010101. Cet ouvrage, qui
porte sur deux priodes (1993-1998 et 1998-2003), fait un point extrmement
complet sur l'historique et les dveloppements actuels des livres numriques
dans le monde. Il recense, compare et classifie de manire trs instructive les
points de vue et expriences de la plupart des pionniers de l'dition numrique,
en particulier francophone. Le travail d'interviews effectu par Marie Lebert
tmoigne d'une grande connaissance des enjeux et problmatiques de ce secteur.
Il invite les spcialistes de ces nouvelles manires d'crire, d'diter et de
distribuer des livres  engager avec Marie Lebert une discussion constructive
afin d'claircir leur propre contribution et leur propre analyse de ce secteur.
L'dition numrique reprsente une innovation forte et profonde de la filire
livre, qui comporte des aspects multidisciplinaires et concerne des acteurs de
types trs diffrents: auteurs, diteurs, universitaires, entreprises de
commerce lectronique. Marie Lebert a accompli  cet gard  travers cet ouvrage
un important travail de pionnier pour en effectuer la toute premire synthse
francophone existant au monde et pour la communiquer  tous les publics
intresss par ces innovations, par l'unit qu'elles peuvent receler, les paris
sur lesquels elles reposent et les interrogations qu'elles soulvent quant  son
avenir. Marie Lebert est devenue de ce fait une des meilleures spcialistes
mondiales du sujet. Son travail lui a par ailleurs permis de crer un rseau de
communication unique entre les spcialistes du livre lectronique, utile  toute
la filire dans la mesure o par son intermdiaire de nombreux et utiles
changes ont pu se nouer entre diffrents professionnels et donner naissance 
des projets concrets de coopration. Marie Lebert accomplit avec une grande
rigueur un travail indispensable et qui restera une rfrence pour l'tude de ce
nouveau secteur, porteur d'une rvolution potentiellement majeure pour l'dition
et au-del pour la diffusion de la connaissance et pour l'ducation. Elle le
fait avec un grand srieux dans l'analyse, dans l'utilisation des concepts, tant
thoriques que techniques ou conomiques, si tant est que tous ces plans
d'analyse sont ncessaires pour comprendre de manire complmentaire et en
profondeur les enjeux de l'dition numrique. Son approche trs objective et
complte des enjeux du secteur permet par ailleurs de prsenter  la fois les
modles non commerciaux d'dition numrique, lis aux approches d'crivains
inventant de nouvelles formes de cration et de diffusion littraire ou aux
tenants de l'internet libre et gratuit, et les modles commerciaux, lis aux
entreprises d'dition ou aux professionnels du commerce lectronique. Elle
invite  rflchir sur les contradictions et/ou les complmentarits entre ces
deux types de modles, une question essentielle qui traverse aujourd'hui toute
l'conomie d'internet et des biens numriques culturels. Compte tenu de sa
valeur, la librairie Numilog a choisi de diffuser le travail de Marie Lebert sur
son site afin que ses visiteurs puissent librement le tlcharger, le consulter
et mieux s'informer sur les livres numriques qui reprsentent notre activit
principale. (fvrier 2005)

Olivier Bogros, directeur de la Mdiathque de Lisieux et crateur de la
Bibliothque lectronique de Lisieux: Notre premire collaboration avec Marie
Lebert remonte  juin 1998, poque  laquelle elle s'tait lance dans sa srie
d'entretiens en ligne consacrs aux acteurs de l'internet littraire, encore
pionniers. La simplicit apparente de sa mthode faisait apparatre par la
confrontation des opinions la richesse du sujet et du projet. Les mises  jour
des entretiens permettent de suivre au fil des ans les modifications importantes
des sites littraires lies au dveloppement de l'internet grand public. (mars
2005)

Peter Raggett, directeur du Centre de documentation et d'information (CDI) de
l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques): J'ai
particip aux Entretiens de Marie Lebert dans le cadre de son projet de
recherche Le Livre 010101 et j'ai t impressionn par ses connaissances des
derniers dveloppements dans le domaine de l'dition lectronique et par l'tude
approfondie qu'elle a rdige. Cette tude est l'une des oeuvres les plus
importantes sur l'utilisation des nouvelles technologies dans l'dition. (avril
2005)

Philippe Renaut, rdacteur en chef d'Edition-actu, lettre d'information de
CyLibris, et grant des ditions du Presse-Temps: J'ai eu l'occasion de
collaborer avec Marie Lebert dans le cadre de ses recherches en ligne. Marie
fait preuve d'un professionnalisme et d'une honntet intellectuelle sans faille
qui apporte  tous ses travaux une crdibilit et une dynamique exceptionnelles.
Sa recherche sur l'dition en ligne, fouille et argumente, a t diffuse
logiquement sur le web par moyens numriques, apportant ainsi une preuve
supplmentaire de la conviction de Marie pour l'avnement d'une re numrique
dans la lecture et la diffusion de la culture. (avril 2005)

Pierre Schweitzer, architecte designer, inventeur du projet @folio, une tablette
numrique de lecture nomade: J'ai particip en janvier 2001 aux Entretiens de
Marie Lebert et dcouvert sa prodigieuse enqute sur le texte, le livre,
l'imprim et leurs mutations  l'heure des nouvelles technologies de
l'information et d'internet. L'enqute ralise par Marie est  ma connaissance
une des plus approfondies et des mieux fouilles sur le sujet. Sortant des
sentiers battus, son enqute agrge une somme impressionnante d'interviews, tout
 fait remarquable par la diversit des clairages offerts et par la varit des
points de vue recueillis. Les Entretiens de Marie furent pour moi-mme une
source d'information passionnante et un document de rfrence vers lequel j'ai
pris l'habitude de renvoyer mes interlocuteurs ou certains amateurs clairs.
Car son travail est aussi agrable et efficace dans sa forme: l'criture
hypertexte est investie avec passion, got et malice: la mise en ligne et les
traductions offertes en facilitent grandement l'accs. Voici en quelques mots
succincts ma perception du travail patient et gnreux de Marie, qui fait
d'elle,  mes yeux, une des spcialistes les mieux aviss et les plus constants
d'un domaine qui, malgr les soubresauts et certaines dsillusions, n'a pas
encore fini de nous dire ses derniers mots... (avril 2005)

Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net: C'tait la dernire
dcennie de notre 2e millnaire. L'Histoire frappe  la porte, puis la fracasse:
l'Internet (il porte encore une majuscule) fait irruption. C'est l're, l'erre
et l'aire des pionniers de la Toile, des chemineaux de ce continent incertain
que des banquiers terroriss tentent de coloniser avant leurs concurrents, que
des mohicans blouis explorent dans le ravissement.  Marie en est. Elle arpente
le net (c'est encore possible pour un/e solitaire), va de l'un  l'autre,
interviewe, noue des liens, suscite les rencontres, les changes. Fidle 
l'esprit du temps, cela se fait dans la transparence, d'gal  gal,  la
terrasse ouverte des cafs pas toujours virtuels. D'anne en anne, les mises 
jour se font quasiment en direct, on peut suivre l'volution (ultra-rapide) du
bouleversement qu'opre l'imprialisme du rseau des rseaux sur toutes sortes
d'activits humaines, tout particulirement dans le royaume d'lection de Marie:
l'criture, et tout ce qui s'y rattache, de la plume (d'acier)  la presse (de
plomb). Le Livre 010101 sera la somme de cette exprience: une mine d'infos et
d'adresses indispensables  quiconque cherchait quelques amers dans le vaste
ocan du net. (dcembre 2005)

Marc Autret, journaliste et infographiste: En ligne depuis avant-hier [20
juillet 2007, ndlr] sur le Net des tudes franaises, un historique vertigineux
des Mutations du livre  l'heure de l'internet (PDF, 215 p., 1,2 Mo), sous la
loupe infaillible de Marie Lebert. Aprs De l'imprim  Internet (00h00, 1999),
Le Livre 010101 (NEF/Numilog, 1993-2003) et le Dictionnaire du NEF (2003-2007),
la journaliste la plus assidue de la sphre cyberbibliophile nous livre,
gratuitement, un nouvel tat des lieux de la rvolution numrique engage au
milieu des annes 90 dans le secteur du livre et de la culture. La chronologie
mticuleuse et source de Marie Lebert retend le fil d'Ariane que l'on croyait
dfinitivement perdu avec le brouillage smantique de ces dernires annes. A
ct des prospectivistes de la dernire pluie et des chantres du CAC40
ditorial, il est bon de consulter des historiens vaccins contre le messianisme
ambiant et capables de mettre en perspective cette laborieuse gntique o se
croisent le texte lectronique et ses diteurs, les bibliothques numriques,
les webrairies, les encyclopdies en ligne, les hypermdias, les e-books
(software et hardware), avec en tche de fond la grande croisade de la
numrisation du patrimoine mondial... Il manquait un(e) Homre  cette odysse,
la voici! (juillet 2007)

Olivier Gainon, fondateur et grant des ditions CyLibris: Signalons la
publication d'un nouveau livre de Marie Lebert, figure historique de l'dition
littraire sur internet, Les mutations du livre  l'heure de l'internet. Ce
livre - librement tlchargeable en format PDF - est la bible indispensable pour
tous ceux qui s'intressent (encore ou  nouveau) au livre lectronique: forte
de son exprience et de son implication sur le sujet depuis plusieurs annes,
Marie Lebert balaie tous les sujets et les replace dans une perspective
historique. Retraant avec prcision l'histoire dj mouvemente du livre
lectronique, elle ouvre galement des pistes de rflexions, des axes de travail
et souligne les ambiguits actuelles des diffrents acteurs. Bref, un must, on
vous dit! (juillet 2007)

Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net: Le texte de Mutations est
comme d'habitude chez Marie Lebert: clair, exhaustif, mthodique. C'est une
synthse exemplaire du dernier demi-sicle (ou presque, dj!) de la longue
histoire du livre, et de sa confrontation au numrique et  l'internet. (...)
Par exemple (...) l'apparition successive des copyleft, Creative Commons et
autres GPL permet de souligner que le statut de la littrature numrique reste
instable, et que le temps n'est pas encore venu o les usagers auront fait le
choix de ce qui rpond le mieux aux besoins. Et c'est justement ce que je trouve
le plus passionnant dans les Mutations que j'ai lu comme un roman " suivre",
contant les tribulations tectoniques d'une rvolution, un feuilleton dont la
dernire livraison s'crit sous nos yeux. On y voit des ides, projets,
entreprises apparatre, voluer, grandir ou couler, ou tout btement se vendre
(juste  temps, dans le cas de 00h00). De belles lgendes roses (Amazon, Yahoo!)
se transformer en polars balzaciens impitoyables, o les fantassins et petites
mains dcouvrent vite qu'ils ne sont pas dans la tourelle, mais sous les
chenilles du char de l'histoire... (...) Une Comdie Humaine, o je me suis
amus  me retrouver en figurant microscopique. Et le moins sduisant n'est pas
le bouquet final, une explosion de 18 pages encyclopdiques bourres d'adresses
internet pour dessiner plein de cartes imaginaires des courses folles qui nous
attendent derrire l'horizon. Bref, une fois de plus, merci Marie d'avoir empli
nos cales et cisel cette boussole indispensable. (octobre 2007)


17. SITES ET PAGES WEB


Etant donn le sujet, plutt que la bibliographie d'usage, on prfre proposer
une liste des principaux sites et pages web (880 rfrences) consults.

@folio: http://atfolio.u-strasbg.fr/

0m1.com: crits et thories: http://www.0m1.com/

A9.com: http://a9.com/

AACR2 (Anglo-American cataloguing rules, version 2): http://www.aacr2.org/

AAP (Association of American Publishers): http://www.publishers.org/

ABF (Association des bibliothcaires franais): http://www.abf.asso.fr/

ABU (Association des bibliophiles universels): http://abu.cnam.fr/

Acadmie franaise: http://www.academie-francaise.fr/

ACM (Association for Computing Machinery): http://portal.acm.org/

Acrobat Reader: http://www.adobe.com/products/acrobat/

ADBS (Association des professionnels de l'information et de la documentation):
http://www.adbs.fr/

ADBS-info: http://listes.adbs.fr/sympa/info/adbs-info

AddALL: http://www.addall.com/

Adobe: http://www.adobe.com/

Adobe Acrobat: http://www.adobe.com/products/acrobat/

Adobe Content Server: http://www.adobe.com/products/contentserver/

Adobe eBooks Central: http://www.adobe.com/epaper/ebooks/

Adobe Flash: http://www.adobe.com/products/flash/

Adobe Labs: http://labs.adobe.com/

Adobe LiveCycle Policy Server: http://www.adobe.com/products/server/policy/

Adobe Photoshop: http://www.adobe.fr/products/photoshop/

Adobe PostScript: http://www.adobe.com/products/postscript/

Adobe Reader: http://www.adobe.com/products/reader/

AFA (Association des fournisseurs d'accs et de services internet):
http://www.afa-france.com/

AFNOR (Association franaise de normalisation): http://www.afnor.fr/

AFP (Agence France-Presse): http://www.afp.com/

AJR (American Journalism Review): http://ajr.org/

Alapage: http://www.alapage.com/

Alcatel-Lucent: http://www.alcatel-lucent.com/

Alexa: http://www.alexa.com/

Alice: http://www.alice.it/

Alis Technologies: http://www.alis.com/

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
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array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
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